Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PORTUGAL

CICAP: "Pour l'exemple"

Inprecor (première série) n° 36, 23 octobre 1975 · p. 3-5 · 1 218 mots

Portugal

INTERVIEW D'UN MEMBRE D'UNE COMMISSION DU RASP (Régiment d'Artillerie de Serra do Pilar)

INTERVIEW

PORTUGAL

CICAP:

Q. - Peux-tu nous expliquer pourquoi le CICAP a été dissous par l'état-major de la Région militaire du Nord ? Quelle était l'importance militaire et politique du CICAP? Quelle est la signification de cette mesure ? R. - Le CICAP en tant qu'unité militaire n'était pas très importante; elle avait peu d'armes. C'était un centre d'instruction de conducteurs automobiles, tout simplement. Son importance dans la Région militaire du Nord (RMN) était essentiellement politique. Sa dissolution devait avoir valeur d'exemple. Au CICAP la cassure entre officiers et soldats était très profonde, pour plusieurs raisons. D'abord, l'encadrement était était très réactionnaire. Par exemple un sergent était un ancien candidat à la PIDE, un sous-officier était un ex-membre de la Légion portugaise. Les soldats par contre étaient devenus les plus combatifs de la région. Ils sont d'origine ouvrière, cela est compréhensible vu le ni-

*11 veau de connaissances techniques exigé par une telle unité. En outre, le CICAP avait joué un rôle d'avant-garde le 25 avril dans le Nord. Ceci avait stimulé la radicalisation parmi les officiers miliciens. Un certain nombre d'entre eux avait été responsable de la lutte contre 1'ELP (armée de libération du Portugal) dans le nord. Ils étaient revenus dernièrement dans la caserne. En effet, ils avaient démissionné de l'état-major lors de la nomination du militariste général de brigade Veloso, en remplacement de Corvacho. Cette combativité s'était exprimée le 1l septembre 1975 : les soldats avaient massivement rendu hommage à la lutte des travailleurs chiliens (voir "Inprecor" n°35 du 9 octobre 1975). Le prétexte de cette punition exemplaire, la dissolution, réside dans la désobéissance des soldats à un ordre d'épuration, donné par le commandant, de cinq soldats et de deux offi-

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PORTUGAL ciers miliciens. En assemblée plénière, les soldats refusèrent cette décision de saneamento. La caserne devenait un véritable chancre dans le Nord, les affrontements entre soldats et officiers prenaient des formes très dures. Lors de cette assemblée générale, par exemple, tous les officiers de carrière sont La décision de dissolution du CICAP augure d'autres mesures qui peuvent aller, si la hiérarchie ne peut endiguer l'indiscipline, jusqu'à l'élimination plus ou moins complète des soldats et officiers miliciens et jusqu'à la création d'une armée de métier. Q. - Comment fut appliquée la décision de dissolution et quelle fut la réaction immédiate des soldats ? R. - La décision de dissolution fut prise dans la nuit du vendredi au samedi du 3 au 4 octobre). Les soldats se trouvaient en permission. Une compagnie de commandos du BAAF (Baterie anti-aérienne fixe, aujourd'hui unité du COPCON), occupe la caserne. Les quelques soldats présents sont pris au dépourvu. Immédiatement, ils prennent contact avec leurs camarades en permission et organisent une réunion la nuit même, Ils lancent un appel à tous leurs camarades à venir le lundi dent la porte de la caserne pour en exiger la jouverture. Des brigades d'explication sont onstituées, elles se rendent dans les quartiers uvriers et appellent à la solidarité des trarailleurs. Le samedi 4 octobre, une première manifestation est organisée. Elle se dirige vers la caserne mais est brutalement dispersée par la compagnie opérationnelle du RIP (Régiment d'infanterie de Porto). Des groupes de travailleurs ont fait en permanence, aux côtés des soldats, le siège de la caserne. Un ouvrier sera d'ailleurs blessé par balle au ventre. Q. - Une riposte beaucoup plus importante fut organisée, quel rôle joua le SUV dans cette mobilisation ? R. - Le Secrétariat Nord du SUV a immédiatement organisé la solidarité dans toutes les casernes de la région et a mobilisé les CT et les CM pour une manifestation d'appui le lundi 6 octobre. Des milliers de tracts furent distribués dans toutes les casernes. Des assemblées plénières furent imposées au RASP et au RTm (Régiment de transmission) pour structurer l'appui au CICAP. Le lundi, la place Humberto Delgado (place centrale de Porto) est comble; des dizaines de milliers de travailleurs sont mobilisés. C'est la plus grande manifestation depuis le ler mai 1974. Deux mille soldats y participent la combativité est très grande. La manifestation se dirige vers le quartier général puis vers le CICAP. Face au CICAP, les soldats se mettent devant la porte principale et un camarade appelle les soldats occupant le CICAP à se joindre à la manifestation. Les officiers du RIP firent tout pour les retenir. Les sous-officiers avaient enlevé leurs galons et s'étaient incorporés dans les rangs des soldats occupants afin de renforcer l'encadrement et d'assurer la discipline. Les manifestants adressent un ultimatum d'une demi-heure pour que Veloso vienne s'expli -quer debant eux et pour qu'il ouvre la porte de la caserne. La demi-heure écoulée, on commence à limer le cadenas bloquant la porte. La manifestation était sur le point de pénétrer dans la caserne, mais les troupes occupantes manifes -tèrent avec évidence la volonté de tirer. La direction de la manifestation donne alors l'ordre de se diriger vers une caserne prête à apporter son appui aux soldats du CICAP : le RASP. En effet, cette caserne ouvrit ses portes aux manifestants. Après une discussion avec les soldats du RASP, dans la nuit du 6 au 7 octobre, les manifestants occupent le RASP; le drapeau rouge est planté sur la caserne! Le RASP est une caserne importante car fortement armée, elle possède entre autres de nombreuses pièces d'artillerie, des chars, etc. Q. - Le PPD a organisé très rapidement des contre-manifestations. Peux-tu préciser leur importance et la signification de cette initiative propre du parti de Sa Carneiro ? R. - Le PPD va durant cette période, accentuer son image de marque de force de frappe réactionnaire. Il tente de donner rapidement une réponse très dure. Le 6 octobre, il contre-manifeste et s'arrête devant les portes du CICAP. Il offre à boire aux soldats occupants, leur donne de l'argent, des briquets, etc. A l'approche de la grande manifestation du SUV les membres du PPD se dispersent. Le 8 octobre, le PPD met sur pied une nouvelle manifestation aux accents hyper-réactionnaires qui correspond au cours politique imprimé à ce parti par Sa Carneiro, à nouveau secrétaire général depuis quelques semaines. Ce dernier est d'ailleurs présent à la manifestation. Les 20.000 manifestants se dirigent vers le CICAP où les portes leurs sont ouvertes... contre toutes les règles traditionnelles de l'armée! Puis la manifestation se rend

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RASP. Face à cette offensive réactionnaire l'auto-défense du RASP s'organise. Les troupes du PPD étaient fortement armées : pistolets, fusils de chasse et même quelques G3 (fusils mitrailleurs). Un affrontement eu lieu avec les défenseurs du RASP. Les soldats occupant le RASP décident de venir les mains nues séparer les deux manifestations. Une certaine confusion régnait parmi eux. Mais le cordon de soldats est attaqué par les militants du PPD; alors, ils changent d'attitude. Les chars de combat sortent du RASP et dispersent le service d'ordre du PPD et la racaille fasciste. Il est clairement apparu que le PPD voulait se montrer comme une force importante, indépendante, capable de mobiliser poar la "lutte contre l'indiscipline dans l'armée"! Par cet affrontement, le PPD cherchait aussi à justifier une intervention militaire contre le RASP. Le régiment de police militaire a d'ailleurs tenté de réaliser ce projet, avec l'appui de commandos et d'auto-mitrailleuses du RCP ( Régiment de cavalerie de Porto). Mais

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