Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PORTUGAL

Document du RALIS : "Le Portugal ne sera pas le Chili de l'Europe"

Inprecor (première série) n° 36, 23 octobre 1975 · p. 5-7 · 1 910 mots

Portugal Argentine et Chili

Nous publions ici un texte rédigé au RALIS et destiné à être discuté en assemblée générale. Des copies ont été communiquées aux autres casernes. Le mot d'ordre "le Portugal ne sera pas le Chili de l'Europe" n'est pas simplement repris dans les manifestations de soldats, mais devient un sujet de débat et d'étude "Les 24 erreurs tragiques commises au Chili" "1. - Epuration et limogeage (et finalement assassinat) des officiers fidèles au régime légal "2. - Contrôle des émetteurs par les fascistes. "3. - Campagne de calomnies amplifiée par les journaux au service de la réaction. "4. - Les "militaires peu préparés" ont été pris par surprise et fusillés par milliers. "5. - Absence de service d'information et manque de surveillance sur le démarrage des opérations fascistes. "6. - Absence de contrôle des éléments "traitres" des Forces armées (dans l'active, les réserves, les révoqués). "7. - Absence de contrôle des fascistes importants ou capitalistes, de la CIA, des provocateurs, du grand capital, des entreprises appartenant aux fascistes et des relations avec l'étranger. "8. - Milices civiles mal préparées isolées et sans coordination. "9. - Absence de liens entre les masses populaires (inorganisées) et l'armée loyale. "10. - Défense des usines (pourquoi ?) "1l. - Résistance dans les centres des villes (c'est la plus mauvaise des stratégies ! ) "12. - Militaires fidèles (au gouvernement Allende) trop concentrés dans les mêmes casernes (qui par ailleurs étaient connues).

pas le Chili de l'Europe»

dans les casernes. La solidarité avec les travailleurs chiliens, exprimée dans plusieurs casernes le 1l septembre trouve ici son prolongement dans la préparation par les soldats aux-mêmes de plans pour éviter dans la pratique que le Portugal ne devienne le Chili de l'Europe.

"13, - Communications mauvaises et lentes.

"14. - Absence de plan de réaction immédiate.

"15. - Peu ou aucune expérience de combat des forces populaires. "16. - Partis désunis, passifs ou efficacement liés aux traitres. "17. - Locaux de ralliement connus et donc vulnérables. "18. - Putschistes bien préparés; planification scientifique et militaire (type USA) et soutien des militaires traitres. "19. - Absence de mise à profit de la résistance spontanée du peuple et manque d'encadrement par les militaires fidèles. "20. - Non interruption des communications et non sabotage des moyens de transport des militaires traitres, "21. - Résistance populaire fragile et localisée à des quartiers isolés. "22. - Résistance nocturne isolée et non coordonnée. "23. - Absence d'arsenaux secrets, d'armements et de munition (armement anti-char, canons, bazookas, mines anti-char, etc.) "24. - Absence de communication radio clandestine pour la résistance révolutionnaire. ETUDIER LES MEILLEURES MODALITES POUR EVITER CES ERREURS ! EVITER CES ERREURS !

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PORTUGAL la riposte des soldats du RASP fut si décidée qu'ils y renoncèrent. •Q. - Comment. s'organisent l'occupation et la lutte ? R. - Les premiers jours, l'organisation de la lutte fut assez confuse. L'expérience manque, c'est la première occupation d'une caserne. Dans la nuit du lundi au mardi se tient une assemblée générale du RASP, du CICAP et des soldats d'autres unités qui ont rallié cette lutte. Les camarades du RASP sont hésitants, d'autant plus que leur commandant, Castanheira affirme que l'unité serait attaquée, bombardée et que lui-même est menacé de prison. Ce qui d'ailleurs était possible! Cependant, les soldats de toutes les autres unités s'efforcent de leur faire comprendre l'importance de cette lutte pour l'ensemble des travailleurs portugais. Ils acceptent alors notre présence, qui est confirmée par une assemblée générale plénière du RASP (seul) le lendemain. Un cahier de revendications est dressé : -réouverture immédiate du CICAP et réintégration de tous les camarades -- démission de Veloso - - constituent les revendications centrales. Une "Commission de lutte" est élue en assemblée générale. Elle est responsable devant cette assemblée et révocable à tout moment, elle fut d'ailleurs révoquée, lors d'une assemblée générale qui considéra qu'elle n'avait pas rempli sa fonction. Les membres de la commission acceptèrent parfaitement cette décision de l'assemblée générale. Le 8 octobre lors de la manifestation du PPD, l'organisation de la lutte manifesta son insuffisance. Dès lors, à la "Commission de lutte' s'aioutent : une "Commission militaire" une "Commission de presse", une "Commission financière", une "Commission d'organisation interne". Toutes ces commissions sont élues et révocables et coordonnées par la "Commission de lutte", véritable direction. Donc, entre deux assemblées générales. les commissions sont responsables devant la "Commission de lutte". Cette auto-organisation ne doit pas être envisagée sous un angle purement technique. En effet, il faut souligner deux éléments très im -portants. Tout d'abord, il était très important de trouver une direction politique subordonnée aux décisions de l'AG et qui puisse ainsi assurer l'unité d'action de tous les camarades en lutte, de toutes les composantes politiques du mouvement. Ensuite, un problème fonda -mental se posait : cette occupation mettait à l'ordre du jour la nécessité d'une modification radicale des structures et du fonctionnement de l'armée pendant cette lutte. Ainsi, des "chefs de peloton" furent élus. Dans les cuisines, les tâches étaient réparties égalitairement entre soldats et officiers miliciens. Ceci augure de la forme que pourrait prendre une future armée prolétarienne. Tous les soldats qui participent à la lutte ont pu voir concrètement qu'une autre armée était possible. Durant la première semaine de lutte, les pressions multiples (manifestations du PPD, du PS, menaces de coups de main, etc.) suscitèrent une grande confusion parmi les occupants. Le reflexe de nommer automatiquement des officiers miliciens à des tâches importantes s'affirmait souvent. Ainsi, il ne faut pas idéaliser les formes d'auto-organisation. L'important, c'est de voir la tendance qui se développe et les dizaines d'exemples tout à fait significatifs. Q. - Comment ont réagi les partis réformistes. PS et PCP ? R. - Les deux n'ont pas réagi de la même façon, loin de là. Le PS a essayé de mobiliser toutes les forces vivantes de la démocratie bourgeoise pour le rétablissement de l'ordre et de la discipline dans les casernes, et pour l'appui à Veloso. pilier du VI° gouvernement. Le 10 octobre, ils ont organisé une importante manifestation, elle était cependant nettement moins massive que celle du SUV. Dans la base ouvrière du PS, il y eut des réactions contre cette initiative. Par exemple, un dirigeant du PS du secteur des pêcheurs d'Afirada (près de Porto), participa à la lutte du RASP. Parmi les soldats, les sympathisants du PS étaien! nombreux, ils n'apprécient évidemment pas cette mobilisation de Soarès. Lorsque celuici s'attaqua dans son discours à la grève des métallos, les ouvriers de la métallurgie quittèrent la manifestation. La manifestation du PS resta dans le centre de la ville et ne se dirigea pas vers le RASP. Cependant, des groupes fascistes profitant de cette manifestation s'en allèrent attaquer le siège de l'UDP. Il faut souligner que les soldats du RASP, en assemblée générale plénière, acceptèrent de laisser le PS manifester devant le RASP s'il venait. Mais, si des groupes essayaient d'attaquer avec des armes à feu, les soldats avaient décidé de riposter. Le PCP, après des jours de silence officiel a publiquement soutenu la lutte des soldats. Sans cesse il tenta de la réduire à une confrontation entre officiers réactionnaires et officiers progressistes. Il essaya de lancer le mot d'ordre : "Corvacho reviendra! "(ancien commandant de la RMN). Mais le slogan ne fut pas repris. Il tenta aussi d'utiliser les divergences entre Fabiao et Veloso pour trouver

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une solution de conciliation! De même, il chercha à inscrire cette lutte dans le cadre d'une réforme du MFA. Son projet échoua en grande partie. Q. - Peux-tu décrire les liens entre les occupants du RASP et les CT et CM ? R. - Quand la guérilla constante pris fin (mafestations et contre-manifestations, etc.) on comprit deux choses : la première, nous devions notre résistance et notre position de force à l'appui des travailleurs qui, au dehors de la caserne, nous appuyaient, Ils montaient la garde toute la nuit et le jour se rendaient au travail! Vers 19h, ils revenaient devant le RAS? pour nous soutenir. Leur courage était fantastique. Plus d'un, blessé, après quelques soins à l'hôpital revenait pour monter la garde. La deuxième : nous avons assimilé l'importance vitale d'élargir et d'organiser ces liens avec les travailleurs afin de pouvoir prolonger cette lutte. Des CT et des CM sont venues nous proposer une réunion avec la 'Commission de lutte'' pour structurer l'appui en créant des comités de soutien.Un journal contrôlé par les travailleurs le "Jornal de Gaia" nous offrit ses machines pour produire un journal de lutte dont le ler numéro vient d'être publié. Initialement, des brigades du RASP allaient dans les usines expliquer notre lutte. Maintenant, ce travail peut être repris par les CT et les CM de façon coordonnée. •Q. - Quel est le sens de l'intervention de Fabiao chef de l'état-major de l'armée de terre et quels furent les résiltats pour votre lutte de sa rencontre avec la "Commission de lutte" et les officiers professionnels du RASP ? R. - Le ll octobre, une délégation lui avait été envoyée pour exposer notre lutte, pour discuter de nos deux revendications centrales sur lesquelles les délégués ne pouvaient d'ailleurs pas négocier. Quand Fabiao est arrivé le 14 il a réaffirmé ce qu'il avait dit à la délégation : "Messieurs, idéologiquement je suis avec vous, mais vous avez failli me faire écarter par le Conseil de la Révolution. Si vous gagnez, je serai foutu ; si vous perdez, c'est moi qui vais vous enfoncer!" Néanmoins, entre le l1 et le 14 il avait reculé un peu. Il acceptait de reconstituer à nouveau le CICAP dans une autre caserne, et de n'appliquer aucune sanction aux camarades en lutte. Il ne précisa évidemment pas la date! Comme cadeau, il s'engageait à constituer dans l'ancienne caserne un bataillon baptisé démagogiquement : "Bataillon du 25 avril"'. Enfin, après enquête. s'engageait à réintégrer les camarades du CICAP qui sont en permission illimitée. Les réformistes ont sauté sur cette offre et ont lancé un cri de :"'Victoire, victoire!". Au Portugal on dit: "Victoire, victoire, l'histoire est finie! " C'était leur rêve. En réalité, l'histoire est loin d'être finie, la lutte continue. Les soldats ont rapidement compris qu'ils ne pouvaient pas laisser leur lutte entre les mains d'un général et leur sort être décidé par les rapports de forces fluctuants entre diverses fractions d'officiers. Fabiao a présenté ses propositions et a menacé de mettre tout le monde sous l'inculpation d'insubordination en cas de refus, puis, rapidement, il a quitté la caserne avant la tenue d'une assemblée générale qui, démocratiquement, aurait pu se prononcer. Peu après, une assemblée générale fut organisée qui décida d'accepter les propositions, mais de jusqu'à la satisfaction de toutes nos exigences. Actuellement, un délai de 10 jours est laissé pour la conclusion de l'enquête demandée par Fabiao. Durant ce temps, nous mobiliserons dans toutes les casernes pour la tenue d'une AG au RASP le 24 octobre. Elle devra faire le point et décider de la poursuite de la lutte. Des mesures d'expulsion frappent déjà des camarades ayant participé à la lutte. ce qui indique combien la hiérarchie respecte les accords! La lutte du CICAP prend un aspect exemplaire face aux mesures de licenciements massifs de soldats miliciens que la hiérarchie veut prendre, Parallèlement, elle envisage d'engager des volontaires (ex-commandos) et de renforcer la police (PSP-GNR). Pour terminer, cette lutte nous indique aussi la nécessité d'élargir et de structurer un véritable mouvement autonome des soldats à l'échelle nationale. C'est déjà un acquis important de notre combat. Porto le 15 octobre 1975

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