DU
PARTI
MARXISTE
REVOLU
TIONNAIRE
SUR LA
RUPTURE DU
FRONT UNIQUE
GOUVER
NEMENTAL
Les différentes lettres et déclarations publiées dans les journaux et se rapportant à la crise du gouvernement de Front Unique qui culmina avec la rupture de celui-ci le 2 septembre 1975 par l'expulsion des trois ministres membres du LSSP, n'ont pas donné de façon satisfaisante les véritables raisons de cette rupture, à ce moment critique particulier. Nous ne croyons pas que Mme Bandaranaike était obligée d'insister sur le départ du Dr. N. M. Perera du ministère des Finances à cause de ce qu'il aurait pu déclarer le 12 août 1975, au meeting du LSSP de commémoration du "Hartal" (1) au sujet de la politique de son défunt mari ou sur ses décisions politiques à elle relatives à la nationalisation envisagée de domaines appartenant à des sociétés locales ou étrangères. Les lettres écrites au ler ministre à la fois par le Dr. N. M. Perera et le Dr. Colvin R de Silva avant leur éviction du Cabinet avaient montré à l'évidence qu'ils étaient désireux de continuer à siéger dans le Cabinet de Mme Bandaranaike, en dépit de leurs divergences avec elle sur certains sujets. Le Dr. N. M. Perera a exprimé ses regrets d'avoir pu dire à propos de son défunt mari quelque chose qui aurait blesé Mme Bandaranaike. Le Dr. Colvin R. de Silva a rappelé au Premier Ministre que lui et le Dr. N. M. Perera avaient assisté à une réunion d'un comité ministériel convoqué par le ministre de l'Agriculture et des Biens fonciers M. Kobbekaduwa, le 4 août 1975, se soumettant ainsi à sa décision de charger ce ministre membre du SLFP des nationalisations envisagées des biens appartenant à des compagnies, bien que lui-même. Dr. de Silva soit toujours ministre des Plantations et qu'il ait lui-même suggéré que le ministre de l'Agriculture et des Biens fonciers préside ce comité "vu les circonstances." Le fait que les lettres écrites par les deux ministres LSSP n'avaient en rien affecté la décision du Premier Ministre de retirer le portefeuille des Finances des mains du Dr. N. M. Perera, était une preuve suffisante qu'elle n'était pas décidée à laisser plus longtemps les mininistres du LSSP siéger dans son cabinet sur la
base de l'accord passé entre la direction du SLFP et du LSSP et qui avait été la base de l'établissement du gouvernement de Front Unique ainsi que l'a souligné le Dr. Perera. Ainsi, il ne fait aucun doute que c'est bien Mme
Bandaranaike qui a voulu la rupture du gouverment de Front Unique qu'elle avait formé et dirigé, avec la collaboration active du LSSP, pendant les cinq dernières années. Ce qu'il est important que la classe ouvrière et les larges masses puissent apprécier ce sont les raisons politiques fondamentales de la décision de Mme Bandaranaike de rompre le gouvernement de Front Unique à ce moment-là. Nous ne doutons pas que les reproches mutuels et les conflits entre le SLFP et le LSSP qui résultent déjà de la rupture du Front Unique de gouvernement seront accompagnés de la révélation de choses tenues secrètes entre eux jusqu'à maintenant. De telles révélations embrouilleront plutôt qu'elles ne clarifieront les véritables problèmes à l'origine de la rupture. Nous pensons que cette rupture est le résultat de la crise économique dans laquelle le capitalisme se trouve à Ceylan comme ailleurs dans le monde capitaliste. Dans ce contexte ce secteur de la classe capitaliste que représente la direction du SLFP a un besoin pressant de consolider sa domination grâce à un gouvernement dans lequel tous les secteurs clés de l'administration soient fermement tenus en main par cette direction elle-même. C'est pour cette raison qu'on ne pouvait lais -ser aux mains des ministres LSSP le contrôle des Finances ou leur confier celui des plantations qui devaient être expropriées, ou les laisser négocier les indemnités avec les sociétés locales ou étrangères concernées. Le permettre aurait eu pour résultat, du point de vue de la direction du SLFP, un accroissement excessif de l'influence du LSSP dans l'Etat capitaliste et par conséquent un accroissement de son influence politique. En effet, les plantations restent la base principale de l'économie capitaliste à Ceylan et sont sa principale ressource pour le commerce extérieur. L'importance du ministère des Finances aurait elle-même était accrue encore par la nationalisation des domaines des compagnies car les banques d'Etat jouant alors un rôle beaucoup plus important qu'à l'heure actuelle dans l'exportation de la production des plantations auraient vu s'accroitre leur contrôle sur les investissements publics aussi bien que privés. C'est lorsque Mme Bandaranaike offrit d'autres porte-feuilles au Dr. Perera en échange du ministère des Finances, en même temps qu'elle offrait un porte-feuille alternatif à M. Leslie Goonawardene que la direction du LSSP réalisa finalement qu'ils allaient être réduits d'un rôle d'acteurs à un rôle de figurants dans le Ministère. S'y soumettre les aurait réduits à jouer un rôle politique sans la possibilité d'être reconnus comme membres d'un parti politique distinct. C'est à ce moment seulement qu'ils décidèrent de dire finalement "Non" ', à Mme Bandaranaike, recherchant ainsi l'éviction qui s'ensuivit. Les différentes tentatives dont a dit qu'elles avaient été faites par le Parti communiste et par certains groupes dans le SLFP lui-même pour "préserver l'esprit de front unique" étaient condamnées à échouer. La direction du SLFP, le parti dominant du Front Unique n'était pas prête à le maintenir plus longtemps sur des bases politiquement accepta -bles pour sa principale composante de gauche, le LSSP. Il y a de bonnes raisons de croire que les soutiens capitalistes du SLFP et en particulier les plus gros dont on dit qu'ils exercent une forte influence sur Mme Bandaranaike et sur son fils, ont joué un rôle significatif pour amener l'éviction du LSSP. des positions qu'il tenait dans le gouvernement. Les allégations du Dr. Perera et du LSSP à cet égard n'ont servi qu'à établir que lui et ses autres collègues du gouvernement de Front Unique n'avaient été autorisés à y sièger que dans la mesure où ils servaient non seulement les intérêts de l'Etat capitaliste, mais aussi ceux des secteurs de la classe capitaliste que représente la direction du SLFP. La politique suivit par les ex-ministres LSSP était donc en conformité avec la "politique de Bandaranaike" dans la logique de laquelle, le programme commun de Front Unique avait explicitement été établi et signé en 1968 par le SLFP, le LSSP et le PC. A aucun moment, jusqu'à son expulsion du gouvernement, la direction du LSSP ne s'est déclarée hostile à cette politique. Ils ont cependant chercher à faire croire à ceux qui les suivaient que par cette politique, ils poursuivaient en réalité une "ligne tactique" à l'intérieur du gouvernement capitaliste. Ils devront maintenant expliquer à ceux qui les suivent s'ils ont ou non réussi dans cette tactique. Il est maintenant impossible pour les dirigeants du LSSP d'établir qu'ils ont été trahis par Mme Bandaranaike. La direction du SLFP n'a pas changé dans son caractère de classe ; il ne peut y avoir non plus aucun doute qu'elle avait pris les dirigeants du LSSP dans son gouvernement pour servir la classe capitaliste de la manière dont le SLFP le désirait et pour aussi longtemps qu'on aurait besoin de leurs services... Les dirigeants du LSSP aussi bien que ceux qui peuvent s'intéresser à ce qui leur est arrivé voudront bien noter ce que le Secrétariat Unifié de la IV ° Internationale avait déclaré au Comité central du LSSP dans un communiqué du 23 avril 64 sur la question de la coalition avec le SFLP que la majorité du Comité central envisageait alors :
SRI LANKA
"A ce stade, il faut dire, de façon catégorique, que nous nous opposons à l'entrée de notre parti dans toute coalition gouvernementale où le contrôle décisif est tenu par un parti qui a prouvé à maintes reprises sa répugnance à se battre contre l'ordre capitaliste et a démontré en outre dans l'action son caractère de classe essentiellement anti-ouvrier. Nous ne croyons pas que le caractère de classe du SLFP soit déterminé par les déclarations de l'un ou l'autre de ses leaders pris individuellement. Sa caractérisation a été révélée par toute son histoire pendant ses années au pouvoir. En ce sens, nous ne voyons aucune raison de changer notre caractérisation de ce parti comme agissant essentiellement à l'intérieur du cadre capitaliste et utilisé par certaines couches de la bourgeoisie comme un possible rempart contre les forces montantes de la classe ouvrière. Toute forme de coalition avec un tel parti, aussi longtemps qu'il reste la force majoritaire au sein d'une telle coalition ne peut que mener à l'immobilisation de la poussée de la gauche et faire de celleci la cible du ressentiment croissant des masses" (C'est nous qui soulignons). Aujourd'hui, non seulement l'UNP, mais même quelques uns des ex-collègues des leaders du LSSP, membres du SLFP veulent faire croire que le Dr. N. M. Perera, en tant que ministre des Finances était le responsable, au premier chef des attaques contre le niveau de vie des masses qui ont été menées par le gouvernement de Front Unique alors qu'il avait ce poste. Ceci est une indubitable distorsion de la vérité. Il n'y a pas doute en ce qui concerne la responsabilité de toute la direction du SLFP aussi bien que de celle du PC pour la politique financière et autres, qui a été suivie par le gouvernement de Front Unique. Ce que nous devons souligné, c'est que le LSSP, de même que le SLFP et le PC est responsable des atteintes directes aux droits humains et démocratiques du peuple pendant l'état d'urgence, qui règne toujours. L'interdiction et la liquidation virtuelle du Janatha Vimukti Peramuna en 1971 doit être particulièrement mentionnée dans ce contexte Ce n'est ni sur la défense du niveau de vie des masses, ni sur la défense des droits démocratiques du peuple, ni sur la restauration du droit fondamental des travailleurs à faire grève que s'est rompu le Front Unique. Ce n'est rien de plus qu'une conséquence des divergences d'intérêts à l'intérieur du gouvernement de Front Unique sur la répartition des pouvoirs à l'intérieur de l'Etat capitaliste et de l'influence politique et des privilèges qui découlent de l'exercice de ce pouvoir.
Quelles en seront les conséquences ? On peut penser qu'il y aura pendant un temps de la consternation et du désordre dans les rangs du LSSP et parmi ses sympathisants. Cela va toucher les syndicats, les étudiants et autres organisations contrôlées par le LSSP avec une certaine démoralisation et des défections dans leurs rangs. Il y aura aussi une déception considérable et du découragement parmi les partisans du PC et même du SLFP qui croyaient que le gouvernement de Front Unique était anti-impérialiste et "progressiste" à cause de la participation du LSSP et du PC en son sein. La cassure du Front Unique par Mme Bandaranaike avec l'approbation du comité exécutif du SLFP servira à dissiper les illusions de ces gens-là. Le Parti communiste, en tout cas, trouvera difficile de continuer, sans l'aide du LSSP à maintenir le mythe du caractère progressiste . de la soi-disant bourgeoisie nationale, que le SLFP représenterait. Ils devront maintenant décider s'ils doivent promouvoir "l'unité de toutes les forces progressistes" à l'intérieur ou à l'extérieur du gouvernement. Notre position a toujours été que le SLFP est un parti bourgeois bien qu'il ait une base de masse dans les couches moyennes et un certain soutien dans la classe ouvrière et même bien qu'il y ait certaines différences entre lui et l'UNP, qui est un parti bourgeois beaucoup plus conservateur tant en ce qui concerne les relations avec l'impérialisme que le contrôle de l'Etat sur l'économie capitaliste. Quand le LSSP entra pour la première fois dans la coalition gouvernementale avec le SLFP, sous la direction de Mme Bandaranaike en juin 1964, ceux d'entre nous qui appartenaient au LSSP s'en séparèrent et condamnèrent cette action comme une trahison de la classe ouvrière et de la gauche. Nous avons démontré que Mme Bandaranaike s'était tournée vers la direction du LSSP afin d'obtenir son aide pour maintenir la domination capitaliste dans le pays, chose que la direction du SLFP avait trouvé difficile à faire toute seule. en face de la combativité montante de la classe ouvrière et de son mécontentement à cette époque. Aujourd'hui, le fait que la direction du SLFP se passe des services de la direction du LSSP ne nous cause aucun déplaisir et ne nous pose aucun problème. Pour tous les secteurs des masses qui avaient avant qu'il ne soit rompu, le caractère contre-révolutionnaire et essentiellement réactionnaire du gouvernement de Front Unique dans tout ce qui concerne la classe ouvrière et les larges masses, la tâche reste toujours de se rassembler en un front unique pour la construction d'un nouveau mouvement de masse de gauche. C'est une tâche essentielle, non seulement pour eux, mais aussi pour toutes les masses qui suivent les trois partis qui constituaient le Front Unique. Il n'y a pas d'autre voie pour eux que de construire un tel
mouvement de gauche pour défendre leurs intérêts, encore une fois, cela ne peut se faire que sur une base anti-capitaliste et seulement sous une direction qui se base fermement sur la classe ouvrière et le développement de la lutte de classe pour le renversement de la domination capitaliste et l'établissement d'un gouvernement des Ouvriers et des Paysans. Dans le contexte actuel, un tel mouvement devra nécessairement lutter pour la fin de l'état d'urgence, pour repousser toute législation répressive, y compris le décret sur la Sécurité publique, sous le nom duquel l'état d'urgence est maintenu et la loi instituant la Commission de Justice criminelle, aussi bien que pour la libération de tous les prisonniers politiques maintenus en prison en vertu de l'une ou l'autre de ces deux lois réactionnaires, pour la restauration du droit de grève, des droits humains et des libertés démocratiques des masses, nécessaires pour défendre leurs interêts contre l'exploitation capitaliste et l'oppression sous toutes ses formes. Colombo le 8 septembre 1975 (1) "'Hartal", important moment historique de la lutte des masses ceylanaises. LSSP : Lanka Sama Samaja Party (Parti ceylanais pour une société égalitaire) SLFP : Sri Lanka Freedom Party ( Party ceylanais de la Liberté) UNP : Parti national uni Janatha Vimukti Peramuna: Front populaire de Libération.