Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PANAMA

Mobilisation anti-impérialiste

Inprecor (première série) n° 36, 23 octobre 1975 · p. 31 · 533 mots

Amérique centrale

Plus de 1000 manifestants ont marché sur l'ambassade américaine à Panama le 23 septembre pour protester contre les déclarations agressives de plusieurs officiels américains à propos de la "zone du cañal'' , qui est toujours occupée par les troupes US. Organisée par la Fraction socialiste révolutionnaire (Fraccion Socialista Revolucionaria), organisation trotskyste, la FER (Fédération des étudiants révolutionnaires), le Guaykucho et plusieurs associations de grandes écoles et d'universités, en particulier les étudiants en droit, la manifestation était la plus importante depuis le coup d'Etat de 1968. Les manifestants traversèrent la ville, passant en face du siège du gouvernement et tinrent un meeting au parc de Santa Anna dans le quartier le plus ancien de la ville, lieu historique de très nombreuses manifestations. On chantait des slogans contre le maintien de l'occupation américaine de la zone du canal, et certains dénonçaient le gouvernement du général Omar Torrijos pour son refus d'engager une réelle bataille pour recouvrer le contrôle du canal. Du parc de Santa Anna la manifestation se dirigea vers l'ambassade US. La Garde nationale n'attaqua pas les manifestants pendant l'affrontement à l'ambassade mais des grenades lacrymogènes furent lancées au moment de la dispersion. L'ambassadeur US se plaignit que la Garde n'avait pas été suffisamment énergique dans la répression des militants. Pour leur part, les manifestants exhortaient la Garde à tourner ses fusils contre les occupants de la zone du canal et non contre le peuple. Parmi les principaux mots d'ordre de la manifestation il y avait : "Pas de base Yankee à Panama", "Pas de base pour l'entrainement des criminels", "Défense commune : trahison du peuple", "Riz, haricots et viande: le peuple a faim", " Un gouvernement qui réprime les étudiants est un gouvernement qui tombe" "La souveraineté ou la mort", "Chili, Panama, Argentine : Yankees hors de l'Amérique Latine"! Les raisons immédiates de cette manifestation étaient les déclarations agressives et belliqueuses de plusieurs officiels US, y compris Henry Kissinger, sur la détermination des Américains de poursuivre l'occupation militaire de la zone du canal, indéfiniment. La "concession" US sur la zone du canal arrive à son terme et doit être renégociée. La "Défense-commune"' dénoncée par les manifestants se réfère à une proposition US visant à garder environ 10.000 hommes dans la zone du canal sous le prétexte que Panama serait autorisé à dire son mot sur la dis -position de ces forces. Les véritables intentions de l'impérialisme américain, furent cependant dévoilées par une déclaration de Kissinger au début de septembre selon laquelle "les Etats-Unis se réservaient le droit de défendre unilatéralement le canal de Panama, pour une longue période". Le Général D. P. McAuliffe, commandant des troupes US dans la zone du canal, s'engage à "prendre toutes les mesures militaires nécessaires" si les négociations échouent et que la violence surgit. La manifestation du 23 septembre fut une première réponse à de tels propos. Le lendemain soir, les étudiants émirent un communiqué disant que Washington avait prouvé qu'il n'avait même pas l'intention de négocier sérieusement et encore moins celle d'agréer la revendication populaire d'une souverainté totale sur le canal. Ils disaient aussi que le gouvernement de Torrijos devait décider s'il était du côté du peuple ou du côté de Ford et Kissinger.

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