LE CONGRES TRAVAILLISTE APPUIE
LA REDUCTION DU SALAIRE REEL
GRANDE-BRETAGNE
4444 VO TO •NO THERE'S COMI" NO VOTE BRIAN HERON Le Congrès du Parti travailliste. réuni du 29 septembre au 3 octobre 1975, marque un tournant critique du mouvement ouvrier en GrandeBretagne. Le fait dominant du congrès fut le rejet, à une majorité très forte, d'une motion proposée par le syndicat des métallos AUEW (Amalgamated Union of Engineering Workers) défendant la libre négociation des salaires, et repoussant toute forme de contrôle étatique sur les revenus. Michael Foot, l'ex-dirigeant de l'aile gauche du Labour regroupée autour de l'hebdomadaire "Tribune" et actuel ministre du Travail prononça le réquisitoire contre cette motion. Aucune lutte sérieuse contre les mesures du ministre Healy limitant l'augmentation des salaires nominaux à 6 £ par semaine (voir "Inprecor'du 17 juillet 1975) ne fut lancée au congrès. 4 étapes d'un virage à droite Ce congrès est la quatrième étape d'une tentative consciente de la bourgeoisie britannique et de ses supports au sein du mouvement ouvrier, d'infléchir en sa faveur les rapports de forces entre les classes en Grande-Bretagne. La première étape, ce fut le referendum sur l'appartenance au Marché commun. Il démontra que le projet politique global de la bourgeoisie de réorganiser ses industries sous le stimulant de la C.E. E., quelque soit le discrédit qui la frappe, ne pouvait pas être contré par un militantisme purement syndical, économiciste, de la part de la classe ouvrière. L'absence d'une solution de rechange globale et
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SSA SAV "NO' politique c'est-à-dire socialiste que les dirigeants sociaux-démocrates de gauche ne purent donner à ce projet au cours de leur campagne en faveur du "non" par peur de diviser le parti travailliste, provoqua la victoire de la bourgeoisie.
Le deuxième test fut le vote des mesures
Healy à la Chambre des Communes, Trente six députés travaillistes, groupés autour de
"Tribune", s'opposèrent aux mesures, Seuls les députés s'appuyant plutôt sur les organisations locales du parti votèrent contre, Ceux qui s'appuient sur la bureaucratie syndicale n'engagèrent pas une véritable bataille, Wedgwood Benn par exemple, qui est leur porte- parole le plus représentatif, accepta son élimination du poste de Ministre de l'Industrie et n'engagea aucune lutte réelle contre les mesures Healey.
Bien que l'opposition à ces mesures parût importante, elle ne déboucha point sur une campagne extra-parlementaire d'envergure, lorsqu'on passa à la troisième épreuve de force, celle du congrès des syndicats TUC. il y avait une confusion générale sur qui allait s'opposer aux mesures, et comment cette opposition allait s'exprimer. Un tiers des mandats au congrès se prononça néanmoins contre les mesures; le syndicat des métallos dirigea cette opposition. Ce fut une opposition d'une ampleur d'autant plus remarquable qu'elle fut lancée de nouveau sans perspective politique globale, et sans capacité de répondre aux argumentsclés de Jones, le dirigeant du syndicat des transports, TGWU, qui est la véritable éminence grise du gouvernement Wilson.
GRANDE-BRETAGNE L'argumentation de Jones trouve un écho réel parmi les ouvriers les moins politisés. Elle affirme que tout rejet des mesures Healy provoquerait la chute du gouvernement travailliste et aggraverait sérieusement la crise économique et le chômage, qui a déjà atteint 1 million 250.000 personnes. Au moment où s'annonça la quatrième étape du tournant à droite, le congrès du parti travailliste, il apparut clairement que les mesures Healy réduiraient l'an prochain de 5 à 8 % le niveau de vie de l'ouvrier britannique moyen. Des mesures de réduction radicale des dépenses sociales abaisseront davantage ce niveau de vie. Si aucune lutte massive et réelle n'est menée contre ces mesures, les rapports de forces entre les classes seront modifiés en faveur de la bourgeoisie, sapant la position de force gagnée par la classe ouvrière, après qu'elle eut renversé le gouvernement Heath en 1974. Jusqu'ici, le mouvement de grèves, sans tomber au niveau des années 60 est en recul par rapport aux années 1973 et 1974. La conclusion générale reste la même: vu la profondeur de la crise économique et sociale, l'absence d'une solution de rechange globale crédible aux yeux de la classe ouvrière risque de couronner de succès l'offensive idéologique de la bourgeoisie parmi les travailleurs, leur présentant les sacrifices que le Cabinet Wilson impose avec l'appui de la bourgeoisie comme inévitables dans les conditions présentes. La gravité de la crise économique La crise de l'économie britannique est en effet la plus grave de toutes en Europe capitaliste. L'inflation se maintient au rythme de 25% par an. On estime généralement qu'elle ne tombera vers le rythme de 15% l'an qu'à l'automne 1976, et au rythme de 10 % par an au début de 1977. Le déficit du budget s'élève à 1 milliard 200 millions de livres. On prévoit deux millions de chômeurs pendant toute l'année prochaine. Les investissements ont baissé de 11% par rappori à l'an dernier, et tomberont davantage l'an prochain. La chute des investissements, du 4° trimestre 1974 au 4° trimestre 1975, sera probablement de 17, 5%. La livre sterling a perdu 29,4 % de valeur par rapport aux autres devises internationales, ce qui renchérit les importations et alimente l'inflation. Vu la crise du parti conservateur, aujourd'hui dominé par le groupe autour de Margaret Thatcher et de sir Keith Joseph qui proposent d'abandonner le Welfare State, d'arrêter les subsides gouvernementaux à l'industrie, et de provoquer un chômage encore plus massif - propositions rejetées par la majeure partie des grands capitalistes - le gouvernement travailliste constitue le seul instrument de gouvernement possible pour la bourgeoisie dans les conditions actuelles. C'est ce qu'affirme ouvertement le "Times" de Londres. La lutte au sein du parti travailliste est de ce fait d'une importance vitale pour la bourgeoisie. Celle-ci orchestre notamment une véritable chasse aux sorcières dans sa grande presse, contre la gauche travailliste et syndicaliste, dite "infiltrée" par les communistes, trotskystes, anarchistes, maoistes. La gauche travailliste esquive la lutte Ce qui est significatif, c'est le peu d'attention que la gauche travailliste a apportée à la lutte contre les mesures Healy. Elle esquiva la lutte à ce propos, pour ne pas s'affronter avec la bureaucratie syndicale, qui, dans sa majorité appuie les mesures. Elle préféra donc d'autres terrains de bataille. Ainsi, "Tribune" mit en valeur la "victoire' obtenue par le syndicat des ouvriers de la chaussure, qui firent adopter une motion réclamant des mesures de contrôle des importations dans leur branche d'industrie. Le beau cheval de bataille, en vérité, que celui du protectionnisme capitaliste ! Le discours le plus radical du congrès fut prononcé par le député Ian Mikardo, vétéran du groupe de "Tribune", à la réunion publique organisée par cet hebdomadaire. Mikardo y critiqua la tiédeur des dirigeants syndicalistes, qui auraient dû, selon lui, réclamer un accroissement des dépenses sociales et d'autres concessions, en échange de la limitation des augmentations des salaires à 6f par semaine. Jack Jones l'interrompit et le tança d'ailleurs pour cette incartade. Sans doute, la gauche travailliste a-t-elle remporté quelques succès marginaux au congrès Le plus important, ce fut la non-réélection du ministre Healy à l'Exécutif du Parti. Il fut battu de près de 100. 000 voix par Eric Heffer député de gauche, ex-ministre démis de ses fonctions pour son opposition publique au Marché commun. Quelques motions de gauche furent approuvées contre l'opposition de la Direction. Signalons celle sur la question des logements, rejetant les coupes sombres dans les budgets des municipalités et celle sur les soins de Santé, réclamant l'avortement libre la fin de toute pratique médicale privée et la nationalisation de l'industrie phar-
Il faut noter qu'une résolution réclamant la nationalisation en bloc des 250 monopoles principaux, sous contrôle ouvrier, et avec "'indemnisations selon les nécessités", reçut 400.000 voix soit la majorité des voix des sections locales. Elle ne fut rejetée que par le vote en bloc des 5, 7 millions de mandats syndicaux et souleva l'opposition de Wedgwood Benn.
Globalement, le bilan du congrès fut incontestablement une victoire écrasante du groupe Wilson-Jack Jones-Michael Foot qui dirige en fait le Labour. La politique des revenus et la réduction des dépenses sociales seront maintenues. La bourgeoisie applaudit chaleureusement la rupture apparente entre la gauche travailliste autour de "'Tribune' et la bureaucratie syndicale. La social-démocratie en crise La bureaucratie syndicale peut se permettre d'appuyer la limitation des augmentations de salaires à 6 £ parce qu'elle ne se trouve pas encore sous le feu d'une véritable attaque de la base. Après les gains qu'elle engrangea pendant l'hiver 1974-75 et le printemps 1975, la classe ouvrière a adopté une position attentiste, vu la gravité de la crise économique. Voilà ce qui a permis un glissement vers la droite sur la scène politique. L'acceptation passive des mesures de Healy par la bureaucratie syndicale la menace d'ailleurs d'être attaquée et même renversée par la droite. Déjà, une campagne est orchestrée contre la direction des métallos, campagne appuyée par le pouvoir judiciaire. Or, la gauche travailliste autour de Benn avait fondé toute sa stratégie sur un bloc avec la direction syndicale. Elle est dès lors entrainée à son tour vers le recul et la passivité par l'attitude des dirigeants syndicaux. Toute nouvelle poussée de la base ouvrirait cependant une crise profonde au sein de la social-démocratie, dans des conditions où la bourgeoisie ne dispose pas d'une véritable équipe gouvernementale de rechange. Ce serait la crise la plus grave du pouvoir bourgeois depuis la grève générale de 1926. Une réaction forte de la base ouvrière dépend cependant en bonne partie d'un saut en avant de la conscience de classe, rejetant quelques-uns des dogmes centraux du réformisme travailliste parlementaire, électoraliste et orienté vers la collaboration de classe. Il y a quelques signes précurseurs d'un tel glissement au sein de la classe ouvrière, ou du moins de ses secteurs les plus politisés, qui se sont reflétés dans la recomposition de la gauche pendant le congrès du parti travailliste. Ainsi, quelques tentatives d'éliminer de la candidature aux futures élections parlementaires des ministres et dirigeants droitiers qui s'opposent ouvertement aux résolutions des congrès, tentatives généralement restées sans suite dans le passé ont été couronnées de succès. Le ministre Reg Prentice ne sera plus candidat travailliste dans la circonscription de Newham Nord-Est Des campagnes de changement de candidats similaires sont en cours dans les circonscriptions de Hammersmith et de Heyes, deux faubourgs de Londres. Récemment, lors d'une conférence organisée par l'Institut pour le Contrôle ouvrier, quelque 500 délégués, pour la plupart des sociaux-démocrates, votèrent en faveur d'une résolution appuyant les ouvriers de "Republica" et s'opposant à la politique droitière de Soarès. La même conférence décida de lancer une campagne pour appuyer le Manifeste électoral du Parti travailliste, campagne qui a en fait pour but d'installer le groupe autour de Wedgwood Benn à la direction du Labour. Selon "The Economist" la gauche a conquis une légère majorité même au sein de l'exécutif du parti (15 voix contre 14). Ces glissements modestes vers la gauche au sein du mouvement ouvrier organisé commencent à avoir quelques effets objectifs au sein de secteurs de la classe ouvrière, permettant de centrer des luttes jusqu'ici fragmentaires autour de la question de l'élimination de la direction Wilson du mouvement travailliste. Les travailleurs de l'usine de motos N. V, T. dans les Midlands occupant leur entreprise pour empêcher leur licenciement, l'attention de tout le pays; leurs dirigeants ont soulevé publiquement la nécessité d'éliminer la direction de Wilson. L'avant-garde a mené des actions et manifestations de solidarité avec la révolution portugaise lançant un défi à l'appui que Wilson accorde à son acolyte Soarès. Contre un amendement réactionnaire à la loi sur l'avortement, introduit par le gouvernement Wilson, 25,000 personnes manifestèrent à Londres. Les ll et 12 octobre, 380 délégués ayant notamment l'appui de deux syndicats nationaux, participèrent à une conférence organisée par le Comité médical contre la pratique privée qui décida de déclencher une campagne contre la médecine privée et pour la nationalisation de l'industrie pharmaceutique. Mais tout cela reste encore trop limité et trop fragmentaire, Seule une levée en masse des travailleurs contre la réduction des salaires réels décidée par Wilson-Healy pourrait renverser la vapeur. Pour le 26 novembre, une manifestation devant le Parlement est en voie de préparation, Elle pourrait bien rassembler 10 à 15.000 travailleurs un jour de semaine. La manifestation est appuyée par divers syndicats (mais pas par le TUC), par le PC et par pratiquement tous les groupes d'extrême-gauche. Elle donnera une première mesure de la combativité ouvrière face aux mesures de Healy. L'Institut du Contrôle ouvrier organisera une conférence nationale en 1976 qui tendra à rassembler toutes les forces en lutte contre ces mesures. Reste à voir si cette conférence pour -ra effectivement coordonner sur le plan politique un début de contre-offensive ouvrière. La réponse décisive aux mesures de Healy ne peut venir que du gros des forces ouvrières,
rassemblées dans les syndicats. L'unité d'action avec les forces syndicales de gauche opposées à Wilson, quel que soit le dégré actuel de leur confusion et de leurs hésitations, peut créer la base d'une lutte qui mobilisera des secteurs de la classe ouvrière autour d'une nouveau programme d'action. Une lutte massive contre les mesures Healy reflètera une recomposition importante du mouvement ouvrier britannique.
Car s'il faut l'appui massif de la base syndicale pour refouler l'offensive capitaliste contre la classe ouvrière "portée" par les mesures Wilson-Healy, la contre-offensive ouvrière réclame en même temps une transformation qualitative de la conscience de classe ouvrière, irréalisable sans le renforcement d'une nouvelle avant-garde.