Dans l'agonie du franquisme (1), la maladie mortelle du dictateur a provoqué une nouvelle aggravation. L'isolement de la dictature par rapport a dos sections gor au grand capital espagnol et international, brutalement révélé au moment des exécutions des cinq condamnés à mort du 27 septembre dernier, s'est encore accentué. Le désir d'une "ouverture" grâce à l' "opération succession Juan Carlos" est apparu de manière brutale. Dès que l'agonie de Franco s'est précisée, la grande bourgeoisie a voulu provoquer une passation immédiate et définitive des pouvoirs à Juan Car1os. En même temps, les profiteurs directs de la dictature ont confirmé, de même que dans les jours qui avaient précédé et suivi le 27 septembre, qu'ils agissent de manière de plus en plus autonome, indépendamment des desseins de classe d'ensemble de la bourgeoisie. sistance à une passation des pouvoirs s'est accentuée. Certains (on parle du chef de la Guardia Civil et du beau-fils de Franco) ont même cherché à remettre en question la succession de Juan Carlos. En prétextant la nécessité d'attendre la mort physique du dictateur avant d'engager le processus de succession, ils ont essayé de préparer une autre succession, celle du petit-fils du dictateur. Ces tentatives n'avaient guère de chances de succès. Elles se sont heurtées à l'opposition de pratiquement toute l'armée, désireuse de maintenir son unité et la "légitimité constitutionnelle" du régime politique, deux impératifs qui se seraient brisés immédiatement en cas d'abandon de la succession de Juan Carlos. Mais la peur d'un éclatement de la dictature la peur d'une irruption soudaine des masses dans l'arène politique, l'hésitation à affronter directement les ultras franquistes de peur d'affaiblir l'appareil de répression : tout cela a empêché les partisans de "l'ouverture Juan Carlos" d'agir avec détermination, a créé la situation incroyable d'un Etat "fort' sans chef d'Etat pendant plus d'une semaine, tout un Etat suspendu aux râles du vieux bourreau et enregistrant les derniers soubresauts de son coeur mourant, in-
Editeur responsable : René Groslambert, capable de lui imposer contre son gré la constatation de son incapacité manifeste à gouverner. Eviter l'éclatement d'une crise pré-révolutionnaire par suite d'un élargissement qualitatif du mouvement des masses, qui arracherait la chute de la dictature : tel était et reste l'objectif principal de l'opération Juan Carlos, de la "réforme du franquisme". Mais la "réforme'' ne peut aller jusqu'au point où elle favorise l'essor du mouvement politique de masse au lieu de le freiner : telle est la limite des marges de manoeuvre laissées à Juan Carlos. L'autonomie relative prise par l'appareil de répression fasciste -- dont l'arrestation des dirigeants socialistes à Madrid, au moment même où Juan Carlos s'efforçait d'élargir ses consultations vers les milieux sociaux-démocrates - - limite encore davantage ces marges. Ainsi, les faits confirment le diagnostic des révolutionnaires : c'est seulement quand les masses feront échouer tous les plans de maintien-du régime-tout-en-le-réformant; quand la situation pré-révolutionnaire sera devenue un fait, que la grande bourgeoisie proclamera ouvertement sa rupture avec le "franquisme sans Franco", c'est-à-dire acceptera la légalité du mouvement ouvrier et de ses organisations, comme seule solution de rechange à l'éventualité d'un affrontement direct des masses avec l'Etat bourgeois, pour détruire celui-ci. Tous les plans de l' "opposition réformiste', ceux du PC et ceux du PS, tendent à créer des structures politiques qui feront refluer le mouvement de masse vers des canaux compatibles avec le maintien de l'Etat bourgeois et de l'économie capitaliste. Ce sont des plans de solution de rechange bourgeoises par rapport au franquisme-sans-Franco de Juan Carlos. • Le mouvement des masses, la dynamique de décomposition du régime déborderont ces plans en Espagne comme ils ont fait échouer des projets similaires au Portugal. (1) Voir pour une analyse d'ensemble la résolution du Secrétariat unifié de la IVème Internationale dans Inprecor N° 29 du 19 juin 1975. 34 rue Nothomb 1040 Bruxelles