Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ESPAGNE

Le dictateur est mort... Mort à la dictature

Inprecor (première série) n° 39, 5 décembre 1975 · p. 3 · 599 mots

État espagnol

L'héritier a pris possession de son trône sous l'oeil bienveillant des représentants des chefs d'Etat européens - et de V. Giscard d'Estaing en personne, noblesse oblige! - qui ont hâte d'accueillir l'Espagne d'après Franco dans le giron de l'Europe "démocratique" plutôt que de la voir rejoindre le Portugal dans le "chaos" révolutionnaire. Seuls ceux qui veulent se cacher la réalité peuvent croire à une possible orientation "libérale" du régime sous le nouveau roi. Mis sur le trône par l'assassin Franco, étroitement surveillé par les ultras de la Phalange qui gardent entre leurs mains tous les postes-clés de l'appareil d'Etat franquiste, il suivra le chemin de son père politique. Pour ceux qui pouvaient en douter, les évènements du jour de son "couronnement" ne font que le prouver. Lors du premier Conseil des ministres réuni sous sa direction, Juan Carlos a proposé un "indulto"' (remise de peine, amnistie) pour les prisonniers politiques. Cette mesure vise essentiellement a lui donner un certain vernis libéral face aux masses de l'Etat espagnol et aux gouvernements européens. Mais si ces derniers peuvent se satisfaire de cette mesure restreinte, il n'en est pas de même pour les masses travailleuses et les peuples opprimés de l'Etat espagnol. En effet, les ultras étaient là, montrant à Juan Carlos la voie des "lois fondamentales du Mouvement national", veillant à limiter au maximum cette mesure de "clémence". Il n'y a remise de peine que pour les condamnations inférieures à trois ans, réduction pour les autres. Ce sont les juges des tribunaux de l'ordre public qui ont condamné les prisonniers qui devront étudier leur dossier à la lumière de cet "'indulto" avant de décider de leur éventuelle libération... Les prisonniers condamnés pour action terroriste ou lien avec des organisations terroristes ne bénéficient pas de cette mesure... Aux yeux des maitres de la terreur franquiste, le mot "terroriste' peut trouver une interprétation très large ! Enfin, les accusés en instance de jugement et risquant la peine de mort pour des délits commis avant le 22 novembre ne seront plus passibles de la peine capitale. L'ensemble de l'opposition clandestine a dénoncé le caractère extrêmement restreint de cet "indulto" qui ne règle en rien le problème qui apparait fondamental aux yeux des masses de l'Etat espagnol: l'ouverture des portes des prisons franquistes. Le jour du couronnement de

... MORT A LA

DICTATURE!

Juan Carlos, les commissions ouvrières de la région de Madrid ont organisé une manifestation aux portes de la prison de Carabanchel où sont emprisonnés de nombreux militants ouvriers. L'appareil de répression franquiste est intervenu violemment pour disperser les manifestants venus exiger la libération immédiate de leurs camarades de combat, montrant, si besoin était, la véritable nature de la "clémence" de l'héritier de Franco. Vingt et un manifestants ont été arrêtés et sont toujours détenus dans les locaux de la direction générale de la Sécurité. D'autres manifestations ont également eu lieu à San Sebastian et à Barcelone. Le même jour, les policiers ont violemment attaqué et ont arrêté des journalistes français qui "couvraient" le Te Deum d'intronisation, Les journalistes espagnols ont menacé de faire grève et les journalistes arrêtés ont été relâchés. En quelque sorte, ces deux évènements donnent une "image de marque" au nouveau régime fort peu différente de celle dont jouissait le franquisme de Franco. La tâche centrale du moment pour le mouvement ouvrier de l'Etat espagnol et ses organisations est la mobilisation pour exiger l'amnistie totale pour tous les prisonniers politiques et les exilés, comme le soulignent nos camarades de la LCR-ETA (VI) dans le texte que nous reproduisons ci-dessous, traduit de leur journal "Combate".

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