Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ESPAGNE

Ouvrons les portes des prisons franquistes

Inprecor (première série) n° 39, 5 décembre 1975 · p. 4 · 584 mots

État espagnol

Depuis toujours, l'idée de la liquidation de la dictature franquiste a été identifiée immédiatement par les masses populaires, avant tout comme le moment où s'ouvriront enfin les portes des prisons franquistes, ainsi que les frontières fermées depuis tant d'années pour les milliers de combattants exilés. Aujourd'hui ce sentiment est plus vivant que jamais ! La disparition du personnage qui est identifié plus que tout autre au caractère essentiellement répressif du régime stimule l'énorme sensibilité qui existe autour du mot d'ordre exigeant la libération immédiate de tous les prisonniers politiques. La bataille pour imposer ce mot d'ordre se situe au centre même de la lutte actuelle pour la liquidation de la dictature. Celle-ci n'ignore pas l'émotion que déclencherait l'apparition dans tout le pays de plusieurs milliers de prisonniers politiques et, parmi eux, des camarades connus comme les condamnés du procès de Burgos, des militants révolutionnaires, des dirigeants ouvriers aussi connus que Zalbide, Sabino, Sarasketa, Mojika Arregui, Fernandez Inguanzo, Camacho... , ou l'apparition publique de dirigeants exilés comme la Pasionaria, Carrillo ou d'autres. La dictature sait que cela pourrait créer une dynamique incontrôlable. C'est pourquoi elle ne veut concéder qu'une amnistie restreinte, pour tenter de doter la figure de l'héritier d'un certain brillo libéral tout en évitant, en même temps, de se laisser coincer dans des situations comme celle que déclencherait, par exemple, l'accueil dans les gares de ces exilés politiques connus par des dizaines de milliers de personnes. Comment continuer à maintenir ensuite que l'opposition constitue une minorité insignifiante, comment justifier l'absence de légalisation des partis politiques, ou de certains partis politiques Mais toute tentative visant à paralyser la combativité du mouvement grâce à des concessions partielles, comme l'amnistie restreinte, est à l'avance condamnée. Cette amnistie implique que les camarades ayant les condamnations les plus lourdes (et en premier lieu ceux qui sont accusés d'avoir répondu les armes à la

FRANQUISTES!

main au terrorisme franquiste) restent emprisonnés ou en exil. Cette mesure ne peut qu'être identifiée à une nouvelle duperie, comme un défi à la volonté de lutte des masses. Elle ne fait que prouver que le "juancarlisme" n'est que le prolongement du cadavre de Franco et de son régime de terreur. Le mouvement de masse ne doit faire aucune confiance aux promesses des secteurs décidés à jouer la carte d'un hypothétique juancarlisme réformiste. Tant que subsiste l'essentiel de l'appareil d'Etat franquiste, toute liberté devra être conquise par la lutte et ne sera en aucun cas le résultat de pressions diplomatiques dans l'ombre. C'est pourquoi, sans rien attendre de telles mesures, il est nécessaire d'impulser dès maintenant la mobilisation la plus large pour obtenir ces libertés et, en premier lieu, pour l'amnistie immédiate et totale. Des rassemblements devant les portes des prisons , des retraites des parents et amis des prisonniers et des exilés, l'agitation permanente dans les quartiers, les usines, les écoles; des manifestations centrales dans chaque ville, la collecte massive de signatures... Telles sont les initiatives que le moment exiLa situation politique exige plus que jamais que l'on rejette toute attitude expectative comme toute réaction sectaire. L'unité d'action des différents organes anti-répression existants, la coordination de toutes les organisations ouvrières pour impulser ces tâches sont à l'ordre du jour. Il est nécessaire de préparer, sur la base de ces tâches et de ces orientations, une journée de lutte centralisée à l'échelle de tout le pays pour l'amnistie immédiate pour tous les prisonniers politiques et pour le retour de tous les exilés. Traduit de Combate du 15 novembre 1975

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