Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

RFA

Manifestation contre le chômage des jeunes

Inprecor (première série) n° 39, 5 décembre 1975 · p. 30-31 · 531 mots

Allemagne Syndicalisme Stalinisme

La récession a confronté la classe ouvrière ouest-allemande avec un problème nouveau: celui du chômage. C'est surtout la jeunesse qui s'en trouve frappée: il y a actuellement en RFA de 200 à 250 000 jeunes chômeurs. Une bonne partie d'entre eux ne dispose d'aucune qualification, Elle n'a point de chance d'en recevoir une. La croissance du chômage jeune, la suppression de nombreux postes d'apprentissage, ainsi que la misère de la formation professionnelle ont provoqué une action partie des jeunesses syndicales à partir de l'automne 74, une action à laquelle des dizaines de milliers de jeunes travailleurs avaient participé à l'échelle locale et régionale. Cette action devait déboucher sur une manifestation nationale. La bureaucratie syndicale a d'abord essayé de transformer ce projet en une réunion en salle fermée. Mais la protestation massive de la part de la jeunesse syndicale, qui a commencé à influencer d'autres secteurs du mouvement syndical, a fini par imposer la tenue d'une manifestation centrale de rue à Dortmund. La bureaucratie syndicale a alors esquissé une deuxième manoeuvre: limiter strictement le nombre des manifestants - à 20000 - et le thème de la manifestation - au problème de la co-gestion. Il s'agissait d'éviter tout ennui au chancelier et aux ministres sociaux-démocrates. Mais la manifestation de Dortmund était à tel point devenue un pôle d'attraction pour les travailleurs les plus combattifs - qui ont dû ronger leur frein depuis le début de la récession, vu les capitulations successives des directions syndicales devant la pression patronale et gouvernementale en vue de réduire les salaires réels et d'augmenter les profits - que cette manoeuvre

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déclencha, elle aussi, une tempête de protestation Dans beaucoup de villes, les directions syndicales ont mobilisé un nombre de participants dépassant largement les quotas fixés par la bureaucratie centrale du DGB. Lorsque les directions locales s'inclinèrent devant les ordres de la bureaucratie, des groupes de syndicalistes prirent des initiatives autonomes pour arriver à Dortmund. Finalement, 50 000 travailleurs ont participé à la manifestation le 8 novembre 75. Ils l'ont transformée en une grande action de protestation contre le chômage, contre la stratégie du patronat et contre la politique des ministres sociaux-démocrates et libéraux. La manifestation fut conclue par un meeting en salle close, où la moitié des manifestants ne purent entrer. Néanmoins, le discours du président du DGB, Vetter, centré sur la co-gestion ne reçut pas un accueil enthousiaste. Les travailleurs savent d'expérience, que même les entreprises des branches où la co-gestion paritaire existe (charbonnages et sidérurgie), le fléau des licenciements et des jours chômés les frappent. La manifestation de Dortmund constitue l'une des actions syndicales les plus importantes que la RFA ait connue depuis les années 50. Elle reflète le fait que malgré le recul des luttes ouvrières au cours des deux dernières années, les rapports de force globaux entre les classes ne se sont pas détériorés pour la classe ouvrière ouest-allemande. Elle constitue aussi la première riposte massive des travailleurs ouest-allemands contre la récession. En même temps, elle démontre qu'à l'étape actuelle, les éléments les plus combattifs de l'avant-garde ouvrière en RFA préfèrent lutter avec l'appui de l'organisation syndicale, tout en contestant l'orientation ultra-conciliatrice voire capitularde de la bureaucratie syndicale.

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