Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ECONOMIE CAPITALISTE MONDIALE

En attendant la reprise

· Inprecor (première série) n° 40-41, 18 décembre 1975 · p. 3-16 · 9 644 mots

Économie mondiale Japon et Corée Grande-Bretagne France

AVYEWDANT

ERNEST MANDEL Fin 1975, la conjoncture de l'économie capitaliste internationale reste dominée par des conditions de récession. Certes, des signes de reprise se sont multipliés pendant le troisième trimestre dans l'économie des Etats-Unis. L'activité économique en Allemagne Occidentale et au Japon a cessé de reculer. Une remontée légère des prix de certaines matières peut refléter un début de renversement de tendance du commerce international. Mais la persistance du chômage à un très haut niveau , et surtout le marasme des investissements productifs dans tous les pays impérialistes, freinent jusqu'ici une véritable reprise. Ils risquent même de causer une "cassure" de la reprise aux EtatsUnis. Le verdict global est clair: les mesures de "'relance" inflationnistes de la plupart des gouvernements impérialistes n'ont pas eu l'effet escompté dans le délai escompté. Une véritable reprise générale de l'économie capitaliste internationale ne se produira sans doute qu'au cours du premier semestre 1976, voire du 3° trimestre de l'année 1976. Récession et relance Pendant l'été 1975, la production industrielle dépasse pas moins année:

Etats-Unis

Japon

Allemagne Occ.

économie

capitaliste

mondiale

continué à baisser dans tous les pays impérialistes sans exception, précisant et renforçant par ses effets cumulatifs, la nature de récession économique généralisée de la récession 1974-75. Pendant l'automne, elle est remontée aux USA et a esquissé une légère reprise en Allemagne Occidentale et au Japon. chute de la production industrielle reste largement inférieure à celle de la crise 1929-33, et sera d'une durée moins longue - ce qui justifie la désignation de la phase conjoncturelle actuelle comme "récession générale" plutôt que comme "crise grave" (slump) - elle n'en considérablement les réductions de la production industrielle enregistrées depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Chute de la production industrielle sur une

Men août 1975 en nov. 1975 - 12,5% - 8, 0% - 14, 0% - 10,5% - 12,0% 3,0% - 9,0% 3,0% - 6,0% 9,0% - 12,2% - 15, 0%

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La conclusion est claire :

la récession ne débouchera rapidement à une nouvelle

En novembre 1975, les prévisions en ce qui concerne le produit national brut pour l'ensemble de l'année 1975 sont les suivantes :

Prévisions du PNB en termes réels pour 1975:

- 4,0%

Etats-Unis

- 3,5%

Allemagne Occ.

+ 1,5%

Japon

France

- 2,0%

- 3, 0%

Italie

Grande-Bretagne - 0,7%

- 2,5%

Pays-Bas

- 1,0%

Canada

Suède

- 0,0.

Belgique

- 1,8%

(Source: "The Economist" du 15 nov. 1975, sauf pour le Canada et la Belgique : "National

Institute Economic Review" - Nov. 1975).

Ces prévisions semblent d'ailleurs trop optimistes, surtout en ce qui concerne le Japon, puissant, mais sur limitée conduisant la Grande-Bretagne et l'Italie, où aucun signe d'un redressement tel du PNB ne s'est encore présenté pendant les derniers mois de 1975 qui permette d'envisager une neutralisation des taux de recul bien plus prononcés de l'activité économique pendant le premier semestre 1975. Certes, la reprise a été vive aux Etats-Unis pendant le troisième trimestre de 1975. On a parlé d'un taux de croissance de 11% du PNB de juillet à septembre 1975. Mais la moitié de cette croissance était due à des raisons dites "techniques", c'est-à-dire à une décélération du déstockage de l'industrie, et non à un accroissement des ventes aux "derniers consommateurs". Malgré les cris de victoire de Gerald Ford à la conférence au sommet du monde impérialiste à Rambouillet qui s'est tenue du 15 au 17 noveinbre, la plupart des capitalistes (et de leurs idéologues) restent pour le moment

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pas sur un «boom»

une reprise

assez

récession

sceptiques quant aux perspectives à court terne de la reprise aux Etats-Unis. Ce scepticisme se justifie d'ailleurs par l'apparition de signes contradictoires dans l'économie américaine au cours des mois de novembre et au Japon. Aux Etats-Unis la demande des consommateurs a cessé d'augmenter en automne. Les ventes de détail ne s'élevèrent qu'à 50 milliards de dollars en octobre (et 26 milliards pour les deux premières semaines de novembre) contre 49 milliards en juillet. Les progrès en volume par rapport aux mois d'octobre-novembre 1974 quand la récession frappa à plein, ne sont que de 4%.

En Allemagne occidentale, la production industrielle a augmenté légèrement, de 2% en septembre 1975, par rapport à août 1975, de 1,5% pour les deux mois d'août-septembre par rapport à juin-juillet (indices éliminant les fluctuations saisonnières). Les commandes industrielles étaient en augmentation de 12% en septembre par rapport à août. Mais cet accroissement est très lent. En ce qui concerne les commandes internes, on se trouve toujours en-dessous du niveau de 1970. En ce qui concerne les commandes extérieures, leur évolution est la suivante (100=1970):

4° trimestre 1974: 135 1° trimestre 1975: 119 2° trimestre 1975: 115 3° trimestre 1975: 122 Au Japon, la production a augmenté de 6% de mars à septembre, mais reste loin en-dessous du niveau de 1974. La politique de relance des différentes gouvernements a eu des effets incontestables. Elle a fixé un cran d'arrêt au mouvement cumulatif classique de la crise de surproduction. Elle a permis une certaine reprise de la consommation interne. Ce fut surtout le cas aux EtatsUnis, au Japon, en R.F. A. et en France, moins dans les autres pays impérialistes. Cette relance des dépenses des consommateurs a permis une certaine reprise dans la branche automobile, l'une des deux branches-clés dont est partie la récession. Aux Etats-Unis, on prévoit pour 1975 une vente de 8, 5 millions de voitures. En Allemagne Occidentale, on s'attend pour 1975 à dépasser 2 millions de voitures vendues sur le marché intérieur, près du record de l'année 1973. En septembre 1975, la production automobile dépassa de 25% celle de septembre 1974; pour les neuf premiers mois de l'année 1975, elle était encore inférieure de 4, 6% à celle des neuf premiers mois de 1974. Au Japon, la production s'est de même accrue en 1975 de 14%, mais on s'attend à une rechute de 10% pendant le premier semestre de 1976, par suite d'une forte hausse des prix. En France et en Italie, l'industrie automobile connait une situation plus douteuse. En Grande-Bretagne, elle traverse une période de crise. Les importations prennent une part grandissante du marché intérieur, mais les exportations progressent presque dans la même proportion. Pendant les neufs premiers mois, les importations ont augmenté de 50%, les exportations de 41% (en grande partie cela est dû cependant aux ventes de camions et de pièces détachées). En ce qui concerne les automobiles privées, la production en est tombée au niveau de... 1962-63! Par contre, l'autre branche qui avait joué le rôle de détonnateur dans le déclenchement de la récession, à savoir l'industrie du bâtiment, continue à se débattre dans un marasme prononcé. Elle est pour le moment frappée par les deux faces de la médaille de la slumpflation, de la coincidence entre récession et inflation. La récession incite les classes moyennes et les couches les mieux payées du prolé-

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tariat à la prudence, et réduit les commandes pour la construction d'habitations (les difficul -tés de trésorerie et la chute des profits des entreprises jouent dans le même sens en ce qui concerne la construction de bâtiments industriels et de bureaux). Par ailleurs, l'inflation maintient les taux d'intérêt à long terme à un niveau élevé ce qui pèse sur le crédit hypothécaire. En octobre 1975, le nombre de logements dont on commançait la construction dépassait de 15%, avec 1, 46 millions, le niveau d'octobre 1974 (mais était loin en-dessous du niveau record d'août 1973 avec 2 millions de logements). Cependant, le nombre d'autorisations de construire était tombé de 1, 26 millions de moyenne mensuelle pendant le 3° trimestre 1975 à seulement 1 million en octobre 1975 (Neue Zürcher Zeitung, 2 décembre 1975). Commentaires de Business Week, (20 octobre 1975): "A l'exception d'une très modeste remontée -à partir d'un niveau terriblement bas - pour les maisons familiales individuelles, le marché de l'immobilier connait encore une profonde dépression. La mise en chantier de nouveaux appartements sera cette année à son point le plus bas depuis 15 ans. Le nombre des immeubles en co-location invendus s'élève de150.000 à 200.000 unités, et on estime que leur achèvement est plus rapide que leur vente. Des millions de mètres carrés de surface de bureaux mendient leur occupation dans des villes comme New-York, Atlanta, Houston et Los Angeles. Des centres commerciaux, des hôtels et des logements en lotissements à demi-achevés ou à moitié occupés parsèment le pays... Les immeubles en co-location et les appartements sont le problème le plus sérieux. La demande existe pour des appartements à louer, mais le taux élevé des intérêts fait augmenter les loyers bien au-delà des possibilités du marché." Ce n'est qu'au Japon qu'une reprise sérieuse se manifeste dans le secteur de la construction des logements privés. La même image disparate se dégage d'un examen branche par branche des principaux facteurs industriels. La pétrochimie, et notamment les fibres synthétiques, connaissent une reprise certaine depuis quelques mois; mais elles avaient subi une chute particulièrement grave de la production au cours du premier semestre 1975. L'industrie textile et d'habillement semble également profiter de la relance des dépenses des consommateurs. Par contre, l'industrie des appareils électro-ménagers continue à subir les effets du marasme de la construction et de la tendance des consommateurs à étaler davantage les dépenses non-essentielles par crainte d'une chute future des revenus. L'industrie de construction mécanique subit les effets de la chute brutale des investissements productif- La récession persistante dans ces branches détermine une crise grave de la sidérurgie et de la plupart des secteurs des métaux non-ferreux. La conclusion confirme donc celle d'un examen de la conjoncture pays par pays: bien qu'il y ait quelques signes de reprise, on ne peut pas encore dire que la récession soit surmontée. En général, les prévisions gouvernementales ont péché par une foi aveugle dans l'automaticité des effets de la relance par les techniques néo-keynésiennes classiques. L'accroissement du volume de la demande devait être encore plus ou moins proportionnel dans l'immédiat à l'augmentation de la masse monétaire, puis se répercuter avantageusement sur l'activité économique d'ensemble grâce au jeu du multiplicateur. Mais comme nous l'avions souligné souvent (1), il y a plusieurs canaux de dégagement dans ce jeu de vases communicants; d'où une partie plus ou moins considérable de l'accroissement escompté du revenu national par simple gonflement de la masse monétaire peut s'échapper, sans produire des effets notables sur le niveau de l'activité économique. D'abord, une partie des revenus monétaires supplémentaires mis à la disposition des consommateurs peut ne pas être consommée immédiatement, mais économisée en vue de consommations plus étalées dans le temps. C'est ce qui s'est produit dans presque tous les pays impérialistes, où l'épargne des gagne-petit a augmenté au lieu de diminuer: depuis le début de la récession (si la récession devait se prolonger et provoquer une chute prononcée de la masse salariale réelle, cet effet disparaitrait évidemment). Ensuite, une reprise de la consommation interne peut ne pas s'accompagner d'un accroissement proportionnel de l'activité économique, si elle est accompagnée d'une chute des exportations. En période de récession et de recul du volume du commerce mondial, tous les pays impérialistes ne peuvent plus augmenter leurs exportations simultanément. C'est notamment ce facteur qui semble avoir empêché une réelle reprise en Allemagne Occidentale au cours du 2° semestre de 1975. Puis, une relance de la consommation interne ne débouche sur une relance des investissements productifs des entreprises capitalistes que si elle s'accompagne de la perspective d'un marché en expansion et d'une hausse du taux de profit. Or, l'existence d'une forte capacité de production excédentaire constitue ici un obstacle qui est moins facile à franchir que les économistes bourgeois et réformistes ne se l'imaginent en général. Finalement, même lorsqu'il y a une relance des investissements productifs sous le fouet de l'aide de l'Etat, cette relance peut ne pas contribuer à un mouvement cumulatif de reprise, s'il s'agit d'investissements de rationalisation qui suppriment globalement plus d'em-

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plois qu'ils n'en créent de nouveaux dans le secteur de construction des machines ou de production de matières premières. La persistance d'un haut niveau de chômage peut, dans ce cas, aboutir à un plafond rapide de l'accroissement de la consommation interne, que l'expansion des investissements productifs est censée élargir. Il est significatif que toutes ces vérités, somme toute assez banales, que la critique marxiste des conceptions keynésiennes et néo-keynésiennes avait dégagées depuis de longues années, soient brusquement découvertes par les économistes bourgeois en pleine récession généralisée. Ces économistes avouent leur impuissance théorique à maitriser les problèmes de la slumpflation. La faillite de la théorie économique bourgeoise semble dépasser en profondeur la crise de l'économie capitaliste elle-même (2). Le talon d'achille de la reprise: capacité exédentaire et investissements productifs Il apparait clairement que l'existence d'une capacité excédentaire exceptionnellement élevée dans la plupart des branches industrielles de tous les pays impérialistes, constitue pour le moment l'obstacle principal à une relance des investissements capitalistes productifs, prolongeant la relance des dépenses des consommateurs qui s'effectue sous l'impulsion de la politique anti-récession des gouvernements. Ainsi, aux Etats-Unis, les enquêteurs de la McGraw - Hill ne s'attendent pour 1976 qu'à des dépenses d'investissements privés accrues de 9% par rapport à celles de 1975, ce qui signifie un volume d'investissements stagnant, le taux d'inflation prévu pour les biens d'investissement, L'enquête de la de la Lionel D. Edie & Co prévoit même un volume d'investissements en baisse, puisque les dépenses ne s'accrortraient que de 5% (Neue Zürcher Zeitung, 2 décembre 1975). Pour l'Allemagne Occidentale, les investissements privés ont repris au deuxième trimestre 1975 avec 2%, après avoir baissé de respectivement 1,5% et 5, 5% pendant le 1° trimestre 1974 et le 1° trimestre de 1975. Mais leur volume se trouve encore de 6% inférieur à la moyenne trimestrielle de 1970. Au Japon, les investissements privés ont diminué de 1,8% en volume d'avril 1975 à septembre 1975 On s'attend, du côté gouvernemental, à une reprise de 5,4% pour la période octobre 1975-mars 1976. Mais le Conseil structurel de l'industrie, qui a entrepris une enquête auprès de 1886 firmes dirigeantes, prévoit une baisse totale des investissements ptivés de 3.8% pour la période avril 1975-mars 1976, Neue Zurcher Zeitung, 28 novembre 1975).

Quant à la Grande-Bretagne, la situation y est plus désolante encore. Pendant le 3° trimestre 1975. les investissements (capital spending) baissèrent de 6% dans l'industrie manufacturière, après des baisses successives de 8% et de 7% pendant le premier et le deuxième trimestre 1975. D'autres estimations parlent d'une baisse de 11,5% pour l'année 1975 dans son ensemble, comparée à l'année 1975 (Financial Times, 28 novembre 1975). Dans ces conditions, l'industrie des machines-outils connait une récession dangereuse, Un des directeurs de la British Leyland Car s'est exprimé avec une franchise brutale: "A moins que l'actuelle tendance à la baisse de l'industrie des machines-outils britanniques ne soit stoppée, il y aura un risque véritable que la production de machines-outils britanniques ne soit pas maintenue", (Times, 2 décembre 1975). L'ampleur de cette capacité excédentaire qui cause le déclin des investissements est ce qu'on avait connu dans le passé. Pour l'ensemble de l'industrie manufacturière des EtatsUnis, elle avait atteint 35% au milieu de l'année 1975; elle reste de 28% au mois d'octobre 1975. FIAT/Italie affirme qu'elle ne produit qu'à 60% de sa capacité (Business Week du 10.11.1975). Times magazine affirme que, dans son ensemble, l'industrie italienne travaille à moins de 70% de sa capacité (numéro du 17,11,75). Le même pourcentage est cité pour le Japon (Far Eastern Economic Review, 28,11.1975). Exxon (ex-Standard Oil of New Jersey), le plus grand raffineur de pétrole du monde, travaille à 77,6%% de sa capacité (et seulement à 60% de sa capacité en dehors des Etats-Unis) (Business Week du 14.7.1975). Les deux aciéries majeures du Japon, Nippon Steel et Nippon Kokan, ont réduit leur production respectivement à 30-40% et à 38% en-dessous de leur capacité de production maximale News-week du 17.11. 1975). Seion The Economist (8,11,1975), "'Aucun des six chantiers britanniques qui construisent des plates-formes pétrolières n'ont reçu de commandes à exécuter après les plates-formes déjà construites". Business Week (1.9. 1975) mentionne une tendance similaire à l'échelle mondiale, les chantiers navals capitalistes ont actuellement 167 millions de tonnes de navires en chantier, contre 227 millions de tonnes en octobre 1964; mais les nouvelles commandes sont si faibles qu'en GrandeBretagne, elles ne couvrent, pour les trois premiers trimestres 1975, que 4,7 % (!) du tonnage en construction pendant les neuf premiers mois de l'année précédente (The Economist, 25 octobre 1975,) Et même aux Etats-Unis, où selon Business Week (25.8. 1975), la moitié du tonnage en construction dépend des commandes de la marine de guerre, les profits nets ont baissé de 5 à 2% du chiffre d'affaires annuel. Dans l'industrie chimique, des taux de capacité excédentaire de 40 à 50% ont été mentionnés pour Höchst (The Economist, 13. 9. 1975) et de 30% pour Du Pont de Nemours aux Etats-Unis (Business week, 7.7.1975).

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Dans ces conditions, la discussion sur la "pénurie de capitaux", lancée par des études sensationnalistes de deux équipes d'économistes américains - Bosworth-Duesenberry, Carron, pour la Brookings Institution, et Brinner-Sinal pour Data Resources Inc. (3) - et reprise tant par le secrétaire américain au Trésor William E. Simon que par certains commentateurs se déclarant marxistes, a quelque chose d'irréel. Certes, en régime capitaliste, il n'y a jamais surproduction "absolue" de capitaux. La surproduction de capitaux se rapporte toujours à la pos-

ONAIDOLTANL

sibilité immédiate de mise en valeur. Surproduction - et la surcapacité n'est qu'une manifestation de la surproduction -, cela signifie toujours: trop de capitaux pour rapporter le profit moyen escompté. Mais cela dit, des taux de capacité excédentaires de l'ampleur de ceux que nous venons de mentionner reflètent évidemment un énorme excédent et non une quelconque "pénurie" de capitaux productifs à mettre en valeur. Les idéologues confondent pénurie de capitaux et pénurie de plus-value, c'est-à-dire pénurie de profits ! Il n'y aura aucune relance sérieuse de l'accumulation des capitanx, c'est-à-dire une nouvelle "haute conjoncture capitaliste", que si les conditions de mise en valeur du capital, à savoir la masse totale de la plus-value se rapportant à la masse totale des capitaux s'améliorent d'une façon extraordinaire. Il ne peut en être question à court ou à moyen terme. Prudemment, The Economist, qui avait prévu un nouveau boom pour 1976, le remet déjà à 1977. L'essor des investissements productifs tardant à se manifester, ce boom de 1977 devient lui-même de plus en plus sujet à caution... Relance et chômage La crise capitaliste de surproduction remplit objectivement une double fonction en vue d'améliorer les conditions de mise en valeur du capital. Elle doit permettre une remontée du taux de profit, d'abord par la dévalorisation massive du capital total accumulé, ensuite par un accroissement net du taux de la plus-value (du taux d'exploitation des travailleurs productifs) (4). Penchons-nous d'abord sur cette deuxième condition. Il est incontestable que toute crise de surproduction sérieuse apparait, du point de vue de la lutte de classes, comme une agression massive du Capital contre les conditions d'existence du travail salarié. Les licenciements mas -sifs, la non-embauche des jeunes quittant l'école, la peur du chômage qui s'installe dans la classe ouvrière, doivent permettre un blocage sinon une réduction des salaires réels, une plus grande "discipline du travail" au sein des entreprises, une intensification des processus de travail. Mais surtout: pendant la récession, l'exacerbation de la concurrence incite les entreprises à redoubler d'efforts en matière d'investissements de rationalisation. En fait, chaque firme capitaliste a tendance à investir en vue de réduire la main-d'oeuvre plutôt qu'à créer de nouveaux emplois. A partir du moment où tous les gouvernements impérialistes (y compris ceux à direction social-démocrate) proclament que le but n°1 à long terme reste "la lutte contre l'inflation" et non la lutte contre la récession, on assiste à l'abandon tacite du mythe de la priorité au plein emploi qui avait dominé la politique économique et sociale des pays impérialistes au lendemain de la 2° guerre mondiale. (5) Les mesures de relance (qui nourrissent l'inflation) restent limitées à un niveau où la disparition du chômage n'est même plus visée, pour ne pas dire atteinte. Le revirement de la politique économique impérialiste est universel à ce propos. Les bonnes âmes libérales s'en émeuvent d'ailleurs. Dans Le Monde du 15.10.75, Edgard Faure analysant le plan de relance de Giscard d'Estaing s'écrie: "L'emploi est puni". Il l'est en effet partout. Alors que la récession ne s'aggrave plus, et que les premiers signes de reprise se succèdent, le chômage, lui, s'aggrave dans tous les pays impérialistes. Voici les estimations pour l'hiver 1975-76 par rapport à la situation pendant l'hiver 1974-75 :

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Nombre de chômeurs totaux: (en millions)

Shiver 74-75 hiver 75-76 Etats-Unis 7,5 8,2 Grande-Bretagne 0,8 1,5 Japon 1,0 1,5 Italie 1,5 1,5 France 0,8 1., 3 Allemagne Occ. 1,0 1,2 Canada 0,7 Espagne 2,0 0,6 Petits pays impéria listes 1,2 ensemble des pays impérialistes +17 En y ajoutant le chiffre des chômeurs partiels, malgré le caractère peu rigoureux de cette addition, le seuil de 20 millions de chômeurs dans les pays impérialistes serait vite atteint sinon dépassé. Il est certain que la résorption du chômage retardera fortement sur la reprise industrielle et que ce retard freinera du même coup un retour à la haute conjoncture. Nous pouvons toucher ici du doigt le dilemme réel des gouvernements capitalistes, qui reflète une contradiction réelle du mode de production capitaliste. Pour relancer la conjoncture, il faut redresser le taux de profit, s'écrient les uns. Ils n'ont pas tort. Ils en concluent, un peu vite, qu'il faut donc instaurer l'austérité au coeur (et dans l'estomac) de la classe ou -vrière: c'est la fonction idéologique de la "grande peur concernant la pénurie des capitaux" Pour résorber les capacités de production excédentaires, il faut relancer la consommation des "derniers consommateurs"' et non la restreindre, rétorquent les réformistes du mouvement ouvrier et les réformateurs bourgeois de tout poil. Ils n'ont pas tort non plus. Le malheur, c'est que les uns et les autres n'ont raison qu'à moitié, c'est-à-dire qu'ils ont tort tous les deux. Car une véritable haute conjoncture capitaliste réclame à la fois une relance sérieuse du taux de profit, et une expansion sérieuse des ventes "aux derniers consommateurs". La coincidence des deux conditions n'est pas facile à effectuer, surtout quand pèse sur le marché des capitaux une énorme capacité excédentaire d'une part, et une classe ouvrière combative et non démoralisée d'autre part. Il faut ajouter que rien ne garantit le succès de cette offensive mondiale du Capital contre les conditions de vie et de travail du prolétariat industriel. Il n'y a aucun lien automatique entre niveau d'emploi d'une part, et niveau des salaires et de combativité ouvrière d'autre part, du moins pas à court terme. L'interaction entre ces deux séries est médiatisée par plusieurs conditions spécifiques telles: le degré d'organisation de la classe ouvrière; son niveau de conscience moyen; son degré de confiance en ses propres forces, résultant notamment de la durée passée du chômage et du résultat des luttes ouvrières antérieures; l'ampleur et le poids de l'avant-garde large; le poids que l'organisation marxis -te-révolutionnaire a déjà acquis au sein de la classe ouvrière et du mouvement ouvrier organisé, etc. Tenant compte de tous ces facteurs, nous avions prédit dès le début de la récession que celle-ci ne serait pas accompagnée d'un recul généralisé de la combativité ouvrière (6). Jusqu'ici, les évènements nous ont donné raison, Ni dans la défense de ses salaires réels, ni dans la lutte contre le chômage, la classe ouvrière des pays impérialistes n'a laissé tomber les bras. Ses réactions sont beaucoup plus massives, beaucoup plus efficaces et se situent à un niveau de conscience bien plus élevé que celles de la période 1929-32. Certes, il y a eu recul temporaire de la combativité ouvrière en Allemagne Occidentale, et, après une première flambée de luttes, désarroi et reflux temporaire en Grande-Bretagne depuis six mois. Mais les signes d'une relance commencent à se manifester dans ces deux pays (notamment les puissantes manifestations contre le chômage: 50000 à Dortmund début novembre, plus de 20000 à Londres fin novembre). Et si la reprise des luttes et de la radicalisation syndicale reste modeste aux Etats-Unis, elle est aussi indéniable. Joints à la montée explosive des luttes en Espagne, au Portugal, en Italie, à la relance du mouvement de grèves en France, au Japon, en Australie, à la résistance croissante des syndicats belges, néerlandais, suédois et finlardais contre toute forme de blocage, voire de réduction des salaires, ces phénomènes marquent une image d'ensemble de difficultés majeures pour la bourgeoisie internationale à réaliser ses desseins à travers la récession actuelle. Le cycle ascendant de luttes ouvrières en est encore à sa phase initiale. Ses points culminants sont devant nous, non derrière nous, même si tel ou tel pays pourrait faire exception à la règle générale. Et les signes de transformation de cette marche ascendante des luttes ouvrières en crise sociale et politique explosive se multiplient dans plusieurs pays, Inflation et dévalorisation du capital L'autre fonction objective de la crise de surproduction, c'est la dévalorisation du capital qui devrait permettre une hausse du taux moyen de profit, la masse de la plus-value restant plus ou moins inchangée (l'accroissement du taux de la plus-value compensant la réduction de l'emploi). En pratique, pareille dévalorisation du capital s'effectue : a) par l'exacerbation de la concurrence qui élimine, à un rythme accéléré les firmes les moins rentables;

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b) par la chute de la valeur des marchandises et des installations. Incontestablement, les deux phénomènes se sont produits au cours de l'actuelle récession généralisée de l'économie capitaliste internationale. Le nombre de banqueroutes a augmenté de plus de 30% aux Etats-Unis, et de plus de 60% en Grande-Bretagne. Il atteint 7.500 en Allemagne Occidentale en 1974 et a considérablement augmenté au Japon (8.600 banqueroutes en 1975). Les cours des matières premières et les prix de gros de pas mal de produits manufacNous avions mentionné antérieurement les krachs de quelques banques et compagnies financières, causés en général par la spéculation (7). A cela, il faut ajouter quelques faillites non moins spectaculaires de grands trusts : celle de la maison W. T. Grand & C°aux USA (la plus grande faillite aux Etats-Unis depuis la compagnie ferroviaire Penn State : plus d'un milliard de dollars de dettes); le trust du textile japonais Kohjin (500 millions de dollars de dettes) et la filature Sakomoto Spinning C° (213 millions de dollars de dettes). On sait par ailleurs qu'un trust automobile encore plus grand, la Chrysler, se trouve en sérieuse difficultés. Mentionnons en outre les difficultés du groupe financier Slater, Walkerà Londres et à Singapour, ainsi que celles du groupe Hutchinson International Limited (HIL) à Hong-Kong. Même les vénérables et mystérieux Crown agents, qui gèrent notamment les avoirs à Londres de 90 gouvernements étrangers, ont perdu 129 millions de livres sterling dans des prêts imprudents! Cependant, ce qui frappe tout de même quand on examine les effets d'ensemble de la réces -sion, c'est justement la dimension réduite de ce processus de dévalorisation du capital, vu l'ampleur considérable de la chute de la production et des profits. L'explication de ce paradoxe apparent n'est pas difficile à trouver. L'inflation qui continue de plus belle en pleine récession contribue à atténuer les effets de la concurrence accrue sur les trusts les moins solides. Le système bancaire continue à allonger les

"Si l'on ne vivait pas dans un pays aussi respectueux du secret de Polichinelle quand il se rapporte aux affaires, on écrirait depuis longtemps dans la presse que Rhône-Poulenc aurait du mal à faire face à ses obligations sans les concours bancaires qui continuent de lui être accordés", affirme Paul Fabra dans Le Monde du 6 novembre 1975. L'Etat et les banques centrales continuent à fournir du bois de rallonge. Le cas de Kohjin est particulièrement éloquent: les affaires continuent comme si de rien n'était. D'énormes crédits ont été accor -dés à une entreprise en fait faillie. En ce qui concerne les trusts européens de l'automobile, dont quelques uns étaient en fort mauvaise posture, soulignons une déclaration non moins péremptoire de M. Gobert du ministère français de l'industrie, à l'hebdomadaire Business Week (1. 9.1975) : "En fait, la garantie de l'Etat est déjà implicitement accordée à toutes les grandes entreprises d'automobiles européennes. Les gouvernements ne peuvent pas les abandonner". Ila conséquence est double. D'abord, un endettement de plus en plus prononcé des grands trusts, qui freine évidemment la relance du taux de profit. Pour les sociétés non-financières des USA, le rapport entre les sources de financement internes et les sources de financement externes était de 2 à 1 en 1968 ; il est tombé au rapport 2 à 3 en 1975. C'est dire que pour chaque dollar de profits non distribué, il y a maintenant trois fois plus de moyens extérieurs pour financer les investissements courants qu'il y a sept ans (Business Week, 22.9.1975). Il y a dix ans, la valeur des actions de ces sociétés dépassait quatre fois le volume de leurs dettes. Aujourd'hui, le volume de ces dettes, qui atteint actuellement 1.300 milliards de dollars (200% de plus qu'en 1965) s'élève déjà à plus de 50% de la valeur des actions, et cette proportion augmente rapidement. Le service de la dette ne représentait que 9% des recettes brutes des entreprises en 1959; il représente 33% aujourd'hui. (Bulletin du Crédit Suisse, avril-mai 1975). En Allemagne, le rapport entre les dettes des firmes et leur capital est passé de 1,5 à 1, à 2 à l entre 1968 et 1975. Cependant, les entreprises allemandes, seules pratiquement dans les pays impérialistes ont pu accroitre leur taux d'auto-financement là un niveau d'investissements bas, il est vrai), de 72% en 1970 à 94% en 1975. Les 700 sociétés italiennes les plus importantes ont da emprunter en la seule année 1974 une somme égale à 57% de tout ce qu'elles avaient emprunté pendant la période 1968-1973. Ensuite, une pression de plus en plus forte sur le système bancaire, chaque fois qu'un gros client ne peut plus rembourser ses dettes. La faillite de W. T. Grand & C° a coûté système, auquel ce trust a emprunté 640 millions de dollars. Ses dettes à l'égard de trois des principales banques de New-York, la Chase Manhattan, la First National City et la Morgan Guarantee, s'élèvent à près de 100 millions de dollars pour chacune d'elles. On comprend alors pourquoi; après la quasi-panique provoquée l'an dernier par l'effondrement de la maison bancaire Herstadt de Cologne, il y eut cette année une quasi-panique encore plus forte lorsqu'en automne 1975, la menace d'une banqueroute de la ville de New-York se profilait à l'horizon. Les douze principales banques de New York détiennent pour plus de 4 milliards de dollars de dettes "mauvaises" (2 milliards de dollars d'obligations de la ville. de New-York; 1 milliard de prêts aux lignes

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aériennes; 0,4 milliards de prêts à W. T. Grant; plus d'une demi-milliard de dollars de prêts à d'autres municipalités menacées de faillite).

A cela s'ajoutent des prêts immobiliers non garantis de 7, 6 milliards de dollars et des prêts aux REIT en difficultés (les fonds communs de placement en valeurs immobilières) de 4 milliards de dollars. Si l'on sait que les réserves pour pertes par dettes non remboursées ne s'élèvent qu'à 1,8 milliard de dollars, et les moyens propres de ces banques qu'à 9,5 milliards de dollars, les risques d'écroulement du système de crédit étaient réels. C'est pourquoi Ford a dû mettre les pouces et promettre que le gouvernement fédéral dépannerait New-York. Pour certains, capital propre plus réserve pour pertes sur prêts sont inférieurs aux seules obligations de la ville de New-York et de REIT qu'elles détiennent, (c'est notamment le cas de la Chemical Bank et de la Bankers Trust Co). La Marine Midland a déjà dû enregistrer une perte absolue pour le 4° trimestre 1975. D'autres "mauvais prêts" des grandes banques de New-York concernent les compagnies aériennes (dont quelques-unes pourraient faire banqueroute) et le financement de grands pétroliers. Le Federal Reserve Board a promis d'aider en tout cas les grandes banques, et fait surveiller de près 546 banques, pour la plupart petites, qui ont des obligations municipales de New-York en porte-feuille pour un montant dépssant de 20% leur capital propre. Les seules pertes provenant des REITs (fonds immobiliers) pour -raient varier de 600 millions à 1,8 milliard de dollars pour les banques. La situation du système bancaire britannique n'est guère meilleure. Selon The Economist (9 août 1975), "L'effondrement du marché de l'immobilier était une menace plus grave pour le système financier britannique que le retrait des dépôts des banques secondaires. Selon des évaluations immobilières réalistes, plusieurs banques sont quasiment en faillite non déclarée. A la fin de 1974, les prêts bancaires aux secteurs de l'immobilier et de la construction avaient atteint 5 milliards de livres. Cela représente plus de la moitié des engagements financiers des banques pour l'ensemble des industries britanniques, pour une moyenne de 1/5 au début de 1970... Quelle est la partie des prêts immobiliers non couverte par la vaeur réelle des terrains et bâtiments ? Plus l'un milliard de livres valeur de 1913), y com• pris les porte-feuilles des groupes privés Stern et Lyon, et les Guardian Properties (Holdings) cotées, qui se sont effondrés l'an dernier, sont probablement entre les mains d'administrateurs judiciaires et de liquidateurs. Cette fois-ci, les banques l'ont encore échappé belle. Comme nous l'avions estimé dans notre analyse à la fin du premier semestre 1975, les réserves du régime capitaliste des pays impérialistes les plus riches n'ont pas été épuisées par l'inflation. Elles permettent encore de pour - suivre le carousel "endettement-inflation-endettement supérieur" pendant quelques cycles. Mais du même coup, la récession ne peut pas jouer le rôle objectif qu'elle est supposée jouer. La dévalorisation du capital reste marginale. La remontée du taux de profit sera médiocre. La conclusion est claire: la récession ne débouchera pas sur un "boom" puissant, mais sur une reprise limitée, conduisant assez rapidement à une nouvelle récession.

Relance, inflation et systeme monetaire international La relance de la consommation intérieure et le dépannage des firmes en difficultés par des subsides (et des déficits) budgétaires, signifie une relance par l'inflation. L'opinion bourgeoise qui se réjouit d'une certaine décélération de l'inflation pendant l'année 1975 ne semble pas se rendre compte du fait que la poursuite de la hausse du cont de la vie en pleine récession, coincidant avec une réduction de la production matérielle de l'ordre de 5 à 10% dans la plupart des pays impérialistes, constitue en elle-même un phénomène extrêmement grave, qui laisse prévoir une nouvelle flambée inflationniste, dès que la conjoncture se sera redressée sérieusement. Hausse des prix de détail:

2° trim. 74 Sept. 74 au 2° trim. 75 à Sept. 75 USA + 9.7% + 7, 8% Canada + 10,2% 10,6% Japon + 13,2% + 10,3% France + 12,7% 10, 7% Allemagne Occ. + 6, 3% 6,1%0 Italie + 19,8% 13,0% Grande-Bretagne + 24,8% + 26, 6% Belgique + 13,5% + 10, 8% Pays-Bas + 10, 4% Suède + 12,0% Suisse + 5, 4% Mais la relance par le truchement de l'accroissement des dépenses publiques a également un autre effet sur la conjoncture. D'énormes déficits budgétaires sont apparus: quelques 70 milliards de dollars aux Etats-Unis; 35 milliards de dollars en Allemagne Occidentale; 20 milliards en Grande-Bretagne; 10 milliards au Japon; 9 milliards en France; au total, sans doute 160 milliards de dollars pour l'ensemble des pays impérialistes! Ces déficits nécessitent un volume croissant d'emprunts sur le marché des capitaux pour être couverts : rien qu'au Japon, on s'attend à près de 18 milliards de dollars d'emprunts publics! De ce fait, au moment même où l'endettement croissant des firmes capitalistes oblige celles-ci à avoir un recours accru au marché financier en vue de financer leurs investissements, ce marché se trouve pressuré par la demande de capitaux de la part des pouvoirs publics. Cela

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provoque d'une part, un rélèvement du taux d'intérêt à long terme, avant que la reprise industrielle ne soit réellement lancée. Cette hausse du taux d'intérêt à long terme correspond par ailleurs à l'inflation, c'est-à-dire à l'apparition d'un taux d'intérêt réel et du taux d'inflation. Ainsi, Conjoncture, le bulletin économique mensuel de la Bangue de Paris et des Pays-Bas, publie dans son n° d'octobre 1975 le graphique suivant concernant l'évolution du taux d'intérêt à long terme pour crédits au secteur privé:

TAUX D'INTERET A LONG TERME (SECTEUR PRIVE) en moyenne annuelle taux de rendement d'apres les cours de bourse 1! ~ 10~ France États-Unis * 7 mois LLL 1950 55 70 D'autre part, une énorme pression de la part de la bourgeoisie en vue d'un "assainissement" des finances publiques, qui se traduirait avant tout par une réduction des dépenses sociales, c'est-à-dire une nouvelle agression contre le niveau de vie des masses laborieuses, jointe à l'attaque contre les salaires réels. Les taux d'inflation fort discordants chez les principales puissances impérialistes ont influencé les relations réciproques entre les principales devises, qui continuent à le système des taux de change flottants. Le dols'est affermi relativement par rapport aux autres devises impérialistes; dans une moindre mesure, cela s'applique également au franc français et à la lire. Par contre le yen et le franc belge, se sont quelque peu effrités et la livre sterling est en chute libre. La politique de relance du gouvernement japonais, été subordonnée à l'impératif de la stabilisation de la balance des paiements et du yen, vire maintenant vers une relance des exportations. Dans ce contexte, une certaine baisse du yen par rapport au dollar n'est évidemment pas faite pour lui déplaire.

dollar US

D. M.

yen

F.F.

Lire

Florin

F.B.

F.S.

Dollar Canadien -

Dollar Australien+ 5,99%

Couronne suèd. + 3,70%

- 12

- 11

- 10 capitaliste.

75 être gouvernées par après avoir par rapport à l'accord Par rapport monétaire de déc. 1971 au 15 fév. 1973 - 14,85% + 1,6% + 13, 83% + 11,53% + 0,24% - 12,23% + 6,37% + 2,91% - 32,48% - 18,59% - 29,18% - 23,89% + 8, 03% + 5,96% + 2,52% + 0,56% + 26,11% + 18,77% 4,26% + 11,60% 3,45% + 2,49% (Source : Neue Zürcher Zeitung, 19.7.1975) Mais les puissances impérialistes restent profondément divisées quant à l'avenir du système monétaire international, et quant aux incidences du désordre monétaire résultant de l'effondrement du système de Bretton-Woods sur la conjoncture économique d'ensemble de l'économie

Les impérialistes américains et britanniques restent en général partisans du système des changes flottants. Ce système permet surtout de maintenir le dollar comme réserve de change dans des banques centrales autres que celles des Etats-Unis, tout en évitant le retour à la convertibilité du dollar en or. Beaucoup de puissances impérialistes européennes - à commencer par la France et la Suisse - s'opposent pour cette raison au maintien du système des changes flottants. Elles croient que ce système introduit de plus en plus de désordre et de spéculation dans le commerce international et freine progressivement son essor. (7) En outre, elles y voient une source permanente d'inflation, puis -que ce système permet aux Etats-Unis de maintenir ad infinitum un déficit de sa balance des paiements. L'afflux de dollars dépréciés vers le reste du monde, qui en résulte, nourrit et gonfle le mouvement inflationniste partout. Le floating n'a point empêché les fluctuations violentes des cours des devises (le dollar a baissé de près de 25% contre le DM et le franc suisse en 1973, suivi d'un rétablissement intégral six mois plus tard). Ceci a à la fois stimulé la spéculation, - et la perte des "mauvais spéculateurs". Mais comme le remarque la revue Banque dans son fascicule de février 1975 : "Le dommage créé par cet aspect de la généralisation des changes flottants ne se mesure pas seulement aux chiffres de pertes enregistrés... ou à la disparition de quelques banques, mais surtout à la détérioration du climat général de confiance entre les banquiers et leurs dépoLes discussions qui ont précédé et accompagné le "sommet impérialiste" de Rambouillet, furent en grande partie placées sous le signe de ce débat. Le résultat fut médiocre. Le jour-

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1il:

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nal français Le Monde a titré que les dirigeants occidentaux "misent sur un dollar plus stable"

(19.11.1975).

En pratique, cela voudrait dire que la France aurait largement cédé devant les Etats-Unis.

Cependant, les gouvernements impérialistes ont également décidé de réduire l'ampleur des fluctuations des taux de change, c'est-à-dire d'adopter une solution intermédiaire entre le système des changes fixes et celui des changes flottants. Parier exclusivement sur la stabilité du dollar semble par trop risqué, vue la situation financière du capitalisme américain telle que nous l'avons résumée plus haut et telle qu'elle est bien présente à l'esprit de la bourgeoisie internationale. En réalité, la difficulté d'une "remise en ordre" du système monétaire international provient avant tout du fait qu'il n'y a toujours pas de solution de rechange au dollar. "L'écu"', la monnaie européenne qui devrait résulter d'une intégration monétaire et financière plus avancée au sein du Marché commun européen, est toujours du domaine du rêve. Dans ces conditions, malgré toutes les pressions du gouvernement américain, les projets de "démonétisation"' de l'or n'ont guère de chances d'être traduits dans les faits, même si pas mal de gouvernements y adhèrent effectivement ou du bout des lèvres. En l'absence d'un "gouvernement bourgeois mondial", irréalisable dans des conditions de concurrence inter-impérialiste qui se poursuit de plus belle, l'or continue à jouer son rôle de moyen de paiement en dernier ressort et de valeur - refuge (de principal moyen de thésaurisation). Les fluctuations violentes de ses cours, y compris en partie dans le sens de la baisse (l'or est passé de près de 200 dollars l'once fin 1974 à 126 dollars fin septembre 75, après la décision du Fonds monétaire international de vendre 25 millions d'onces d'or, puis est remonté à 146 dollars début novembre), loin de démontrer le refoulement progressif de ce métal hors du système monétaire international, démontrent le contraire, Le gouvernement des Etats-Unis devra céder sur ce point, ayant déjà admis que les banques centrales qui le désirent (notamment celles de l'Europe capitaliste) aient le droit de s'acheter mutuellement l'or au prix du marché, et non à un prix artificiellement bas. La contraction du commerce mondial Le volume du commerce mondial a décliné de 10% au cours du premier semestre de 1975, par rapport au volume de la période correspondante de 1974; selon un rapport du GATT. Nous ne disposons pas encore de chiffres pour le volume du troisième trimestre de 1975, mais tout indique qu'il continue à se situer à un niveau plus bas que celui du 3° trimestre de 1974, fût-ce avec une différence plus petite. Les exportations des principales puissances impérialistes n'ont en tout cas pas encore récupéré leur niveau d'avant la récession, ainsi qu'il ressort des chiffres que voici : Exportations (en milliards de dollars):

USA All. Occ Japon 3° trim. 1974 23,4 22,0 15,0 4° trim, 1974 27,1 24,2 16,5 1° trim. 1975 27,2 22,5 13,3 2° trim. 1975 26,7 23,6 13,6 3° trim. 1975 27,0 22,2 13,4 Tenant compte du fait que les prix des produits manufacturés exportés principalement par ces pays ont continué à augmenter, la chute en volume des exportations est encore plus grande que celle exprimée par ces chiffres en valeur. Cependant, les différents secteurs du marché mondial ont évolué de manière inégale au cours du dernier semestre de 1975: • le marché des Etats-Unis est en expansion, sous l'effet du début de reprise. Les importations sont en légère hausse, et certaines branches en ont nettement profité. Pendant plus de six mois, les constructeurs d'automobiles européens et japonais (surtout Volkswagen, Toyota

Sont pu accroitre de manière sensationnelle leur part du marché américain, part qui est passée de 15 à 20%. Il est vrai que vers la fin de 1975, cette part redescend en-dessous de 15%. Mais il n'est pas certain que ce soit dû à une compétitivité majeure des "petits modèles' américains. Il est possible que les stocks et les transports n'aient simplement pas pu suivre la demande (Volkswagen a d'ailleurs remis sur le tapis son projet de fabriquer les voitures pour le marché américain aux Etats-Unis mêmes). • le marché des principaux pays impérialistes d'Europe et celui du Japon continuent à stagner, bien que fin 1975, de légers signes d'expansion se manifestent, Dans la plupart de ces pays, la part des importations par rapport au PNB tend à stagner, voire à reculer. Ce fut surtout le cas du Japon. L'exception, c'est la Grande-Bretagne, où la concurrence étrangère, notamment européenne et japonaise, se fait plus efficace, vue l'explosion des prix de vente des produits britanniques. La contraction du marché japonais a été un désastre pour les pays capitalistes d'Asie pour lesquels le marché japonais constitue le client d'un tiers de leurs exportations. Ainsi, les importations japonaises autres que celles du pétrole avaient-elles diminué de près de 30% pendant le premier trimestre de 1975. Encore en août-septembre 1975, le Japon a importé 20% de moins de minerai de fer et 33% de moins de bois que l'an précédent (Far Eastern Economic Review, 31 octobre 1975).

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• le marché des pays semi-coloniaux non-exportateurs de pétrole est en contraction sérieuse, vue la baisse des cours des matières pre-

23 septembre 1975 par rapport au 23. 9.74 index en dollars Tous les produits - 9,4% Prod. aliment. - 11,7% Fibres industr. - 9,7% Métaux - 20, 5% index en livres st. Tous les produits + 2,6% Produits aliment. 0,0% Fibres industr. + 2,3% Métaux - 10,0% (Source: The Economist, du 27.9 et du 29.11 1975. Ce sont les cours en dollars qui sont significatifs; les cours en livres sterlings reflètent en grande partie une dépréciation de cette de -vise, qui dépasse en ampleur la chute des cours des matières premières. La chute des cours des principales matières premières, jointe à la contraction des volumes exportés par suite de la baisse de la demande résultant de la récession, a sévèrement réduit le pouvoir d'achat des pays exportateurs de matières premières autres que le pétrole sur le marché mondial. Ces pays ont dû soit aggraver sérieusement leur endettement pour payer leurs importations, soit réduire à leur tour le volume de celles-ci. Plusieurs espoirs de grosses commandes pour les pays impérialistes ont ainsi momentanément disparu. Le déficit commercial global de ces pays, qui s'était déjà élevé au montant impressionnant de 40 milliards de dollars en 1974, risque d'augmenter davantage encore en 1975. • le marché des pays exportateurs de pétrole a connu une expansion plus nette que prévue, ces pays ayant dépensé une fraction plus grande que prévue originellement de leurs revenus pétroliers pour diverses formes d'importations (armements, projets de développement d'infrastructures, d'industrie et d'agriculture, consommation courante de luxe, etc.) En fait, le surplus de la balance des paiements des pays exportateurs de pétrole ne serait plus que de 17 milliards de dollars pendant le premier semestre 1975 (Neue Zürcher Zeitung, 19.9.1975), contre un surplus de 32 milliards pour le 2° semestre de 1974. Des estimations de la US treasury évaluent la progression de ces importations comme passant de 20 milliards de dollars en mières qui s'est poursuivie tout au long du 2° semestre 1975 jusqu'au mois de novembre: Les cours des principales matières premières : 23.9.1975 par 25.11.1975 par rapport au 23.8. 1975 rapport au 25.10.1975

- 2,8% 0,0% 2,0% 0,1% 2,4% 0,2% 7,7% - 1,1% 0,2% + 1,4% 1,1% 1,5% + 0, 6% + 1,2% - 4,8% + 0,3% 1973 à 37 milliards en 1974 et 55 milliards en 1975 (The Economist, 20.9.1975). L'essor des importations a été tel que certains pays exportateurs de pétrole se sont de nouveau endettés, et que le surplus de leur balance des paiements a été pratiquement épongé. D'autres ont da réexaminer des projets déjà mis en chantier, ce qui a infligé quelques déconfitures (peut-être momentanées) à des pays impérialistes exportateurs. (9) Signalons que la production de pétrole a diminué de 14% au premier semestre 1974; la baisse a même atteint 27% au Koweit et 41% en Libye (Middle East Economic Review, septembre 1975). • le marché des Etats ouvriers bureaucratisés continue à être en expansion, du point de vue du commerce extérieur des pays capitalistes. Mais cette expansion est plus modeste que prévue, notamment en fonction du fait que la récession a réduit le potentiel d'absorption des marchés capitalistes pour des produits en provenance des pays de l'Est, et que ceux-ci commencent à connaitre des pénuries sérieuses de devises occidentales. Plusieurs d'entre eux ont dû avoir recours au marché des capitaux d'Europe Occidentale pour financer des projets d'importation, ce qui leur a d'ailleurs en général réussi (10). Signalons également, la tendance à des accords de troc à long terme afin de se protéger contre des fluctuations trop fortes des prix sur le marché mondial: troc de blé américain contre du pétrole soviétique; de l'acier contre du pétrole chinois, etc. D'une manière générale, le climat de récession et de concurrence inter-impérialiste exacerbée a stimulé un regain de nationalisme et de protectionnisme économiques dans tous les pays impérialistes. Aux Etats-Unis, des pour -

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+ 1 +

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suites pour concurrence déloyale ont été lancées contre les importateurs d'automobiles ainsi que de produits sidérurgiques d'Europe et du Japon, alors que les fabricants de montres s'en prenaient aux importateurs de montres dites digitales et électroniques. Dans le Marché commun, on accusait de dumping les importateurs de camions soviétiques et d'acier japonais. Au Japon, à son tour, la "libéralisation"' des importations de voitures était entourée de tant d'entraves bureaucratiques que le Marché commun européen mit ce pays en demeure d'ouvrir ses frontières, sinon la CEE commencerait à restreindre les importations d'automobiles japonaises. L'Australie a imposé des quotas d'importation de voitures, qui ont réduit ces importations de 55% dans la période juillet-octobre 1975. La Grande-Bretagne accuse l'Espagne de pratiquer du dumping avec les exportations de produits sidérurgiques. La Suède restreint ses importations de souliers alors que le Marché commun restreint, en rétorsion, ses importations de papier suédois. La France a imposé des restrictions à l'importation de vins italiens, contrairement à l'esprit du Traité de Rome. Et ainsi de suite. Le cas le plus typique est celui de la sidérurgie. Celle-ci est frappée de manière particulièrement grave par la récession, comme l'indiquent les données suivantes : Baisse de la production d'acier pendant les huit premiers mois de 1975: Belgique - 29,0% R.F. A. - 21,0% U.S. A. - 18,4% France - 18,0% Japon - 11,6% Grande-Bretagne - 10,1% Autres pays capitalistes - 12,8% De manière plus générale, la Grande-Bretagne s'apprête à introduire des contrôles (et donc des limitations) des importations. Et comme l'écrit un fascicule récent de la revue Eurépargne, paraissant au Luxembourg: "Manifes -tement, dans la conjoncture présente, il est improbable que puisse être préservé sans corrections le principe du libre-échange, tel qu'il est pratiqué par les seuls pays occidentaux'' (numéro de septembre 1975). Quelques perspectives à plus long terme Les tendances de développement à plus long terme de l'économie capitaliste internationale - pour autant qu'une percée de la révolution socialiste en Europe occidentale dans les années prochaines ne bouleverse pas toutes ces données - se laissent ainsi préciser : Il parait certain que vue la baisse du taux moyen de profit, l'économie des pays impérialistes ne retrouvera plus ses taux de croissance moyens des années 50 et 60. Quelques monopoles majeurs sont déjà en train d'agir en fonction d'une telle perspective, fonction d'une self-fulfilling prophecy: "En sidérurgie comme ailleurs, quelque chose a changé depuis un an. Les extrapolations ambitieuses sur une croissance de 5% et plus sont abandonnées, sans qu'un consensus véritable se soit dégagé... sur un chiffre de progression". (Le Monde, 21.10, 1975). Et le ministère japonais pour le Commerce International et l'Industrie MITI prévoit une croissance de la demande intérieure pour voitures privées et camions de 2, 1% par an pendant la période 1972-1985, contre 15% pendant la période 1965-1972 (Far Eastern Economic Review, 28 novembre 1958), Les branches particulièrement frappées par le retournement de la tendance à long terme vont connaitre un "assainissement" par l'élimination d'une série de concurrents moins aptes. Malgré l'intervention des pouvoirs publics, cet "assainissement" est d'ores et déjà inévitable, notamment dans la branche automobile. La réaction des monopoles les plus"dynamiques" (notamment en Europe) ira dans le sens de la diversification. Des trusts classiques de l'automobile comme FIAT et Renault escomptent réaliser sous peu, moins de 50% de leur chiffre d'affaires global, dans cette branche. US Steel obtient déjà 43% de ses profits ailleurs que dans la sidérurgie. Les branches qui ont connu un taux de croissance exceptionnel au cours de la "longue vague à tendance expansive'' 1940 (1948)-1967 connaitront une expansion moins rapide, Elles perdront les taux exceptionnels de surprofit, dont elles ont joui jusqu'ici, Le cas le plus important sera sans doute celui des ordinateurs. La concurrence y est particulièrement vive depuis le début de la récession. (11) Le marché des gros ensembles de calculatrices est de plus en plus saturé, Les géants, avant tout IBM, qui ont jusqu'ici laissé le marché des mini- et des micro-ordinateurs aux concurrents plus faibles, pour que ceux-ci dégagent le terrain et se cassent les dents dans une guerre des prix, vont commencer à y pénétrer en force. L'expansion ne pourra plus se soutenir que grâce à la production et à la vente en masse, c'est-à-dire grâce aux petits modèles. Mais dans ce domaine aussi, le taux de croissance sera en baisse rapide. Selon le Financial Times (5.3.1975), on prévoit l'expansion suivante de la production mondiale: de 23 millions d'unités en 1973 à 34 millions en 1974 (+ 50%), à 50 millions en 1975 (+ 47%), à 67 millions en 1976 (+ 34%), à 86 millions d'unités en 1977 (+ 27%) et à 92 millions d'unités en 1978 (+ 8% seulement). Les efforts pour réaliser des "innovations" spectaculaires, à coup de centaines de millions, voire de milliards de dollars de préparatifs,

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redoubleront avec l'amplification d'un surplus de capitaux qui résultera du ralentissement à long terme de la croissance. Beaucoup de ces projets seront des échecs financiers, ce fut le cas de Concorde, comme ce fut le cas de la tentative des trusts Gulf Oil et Royal Dutch Shell de se lancer ensemble dans l'industrie nucléaire. Quelques projets semblent promis à une "percée" à moyen terme: la voiture électrique, où la Grande-Bretagne est bien placée; le vidéo-disque, principale "innovation"' de l'industrie des appareils électriques où, contrairement à la télévision, les Américains ne seront plus seuls à démarrer. Dès la première tranche de production de masse, Philips (Pays-Bas) et peut-être Decca - Telefunken, tiendront la dragée haute à RCA. L'industrie japonaise des mécanismes anti-pollution semble promise à une brillante expansion; selon le Far Eastern Economic Review du 28 novembre 1975 : "Les équipements anti-pollution sont devenus aujourd'hui le deuxième poste en importance et le plus profitable pour les fabriquants japonais de machines... Les investissements pour prévenir ou freiner la pollution dans les industries clés... ont plus que doublé, passant de 1, 615 milliards de dollars US pour l'année fiscale 1973 à 3, 380 milliards de dollars pour l'année fiscale 1974, selon une enquête du MITI... Ce rapport prévoit une progression de la croissance des dépenses pour le contrôle de la pollution pouvant atteindre 4,820 milliards de dollars pour l'année 1975." Les perspectives de l'industrie nucléaire sont moins claires et moins expansives qu'on ne le pensait il y a quelques années. spectaculaires, le coût élevé de mesures de sécurité supplémentaires, la révision vers le bas du "déficit énergétique" prévu en fonction d'extrapolations imprudentes sur les taux de croissance tant de la production que de la population: tout cela incite maintenant à une plus grande prudence quant au nombre de centrales nucléaires qui fonctionneront d'ici dix ans. (12). Néanmoins, cette branche et celle de l'appareillage électro-nucléaire, restera un secteur important en expansion. Du point de vue géographique, les pays exportateurs de pétrole continueront pendant plusieurs années à connaitre un taux de croissance économique au-dessus de la moyenne, grâce aux ressources financières déjà accumulées. L'exportation de biens d'équipement vers ces pays-là augmentera donc également plus que proportionnellement, par rapport au commerce mondial dans son ensemble. Mais une fois la première série d'usines construite, celles-ci risqueront de supprimer des emplois dans les pays exportateurs de machines, si le ralentissement de la croissance économique et les perturbations du commerce mondial, se maintiennent comme prévu. La Grande-Bretagne espère un renversement de sa balance des paiements grafe aux revenus du pétrole de la mer du Nord.

il y aura

soit une revo-

lution socialiste,

soit de véritables

catastrophes

pour l'humanité!

Le Japon et l'Allemagne Occidentale poursuivent une expansion intense de leurs exportations directes de capitaux à l'étranger. La pénétration des pays du Pacifique et d'Amérique Latine par le capital japonais est particulièrement spectaculaire. Entre avril 1973 et mars 1975, des investissements japonais ont été approuvés pour des montants de 685 millions de dollars au Brésil, de 360 millions au Pérou, de 272 millions aux Bermudes, de 218 millions au Canada, en dehors de près de 2 milliards de dollars d'investissements dans les marchés traditionnels d'Asie orientale, et de 1,3 milliard d'investissements aux USA (Financial Times, 12 novembre 1975). En gros, toutes les caractéristiques d'une "longue vague de croissance ralentie", voire à stagnation prédominante, se précisent progressivement. Vue la force de la classe ouvrière, cela implique une lutte acharnée pour la modification du taux de la plus-value, seul moyen dont dispose en définitive le Capital pour renverser la tendance à long terme d'une baisse du taux de profit, étant donné le caractère irréversible de la semi-automation et de l'automation (c'est-à-dire d'un accroissement considérable de la composition organique du capital). Le "climat économique" se rapproche, toutes proportions gardées, de celui du début des années 20. Au bout de ce long cycle de luttes de classes intenses, il y aura soit une victoire de la révolution socialiste, soit de véritables catastrophes pour le genre humain, comme ce fut le cas il y a un demi-siècle: dictatures sanglantes et guerres meurtrières. 10 décembre 1975 NOTES: (1) Voir notamment le chapitre 14 de notre Spätkapitalismus, pp. 446-7 de la première édition anglaise (Late Capitalism, New Left Books) et pp. 408-410 de la deuxième édition alle-

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