Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ESPAGNE

La montée du mouvement de masse (Interview d'un membre du B.P. de la LCR-ETA (6))

Inprecor (première série) n° 42, 22 janvier 1976 · p. 3-7 · 3 539 mots

État espagnol Euskadi France Syndicalisme

INTERVIEW D'UN MEMBRE DU BUREAU POLITIQUE

Espagne

LA MONTEE DU

DE LA LCR-ETA6 •INPRECOR : Comment peut-on définir le projet politique des secteurs dominants de la bourgeoisie après la disparition de Franco et l'avènement de Juan Carlos ? LCR-ETA 6 : Le projet du gouvernement, appuyé par le grand capital peut se résumer ainsi : réformer le franquisme. Cette réforme comporte deux aspects : donner à la bourgeoisie l'opportunité de s'organiser en partis politiques et opérer une certaine reconnaissance des organisations du mouvement ouvrier, sans "dépasser la limite' du PSOE. La bourgeoisie situe la réalisation de ce projet à moyen terme, elle se donne deux ans. Mais plus d'un élément risque de chambarder ce calendrier. Nous n'insisterons pas sur les pressions de la bourgeoisie internationale : plus importantes et décisives sont les limites que le mouvement de masse va imposer à la concrétisation de ce plan bourgeois. De plus, la résistance du personnel de l'appareil franquiste vient encore compliquer les choses : 'ce dernier n'est pas disposé à accepter la réforme du franquisme qui implique la perte de ses privilèges au sein de l'appareil d'Etat. Mais, fondamentalement, la question cruciale pour le gouvernement réside dans la difficulté à conjuguer, pourrait-on dire, le rythme d'expression du mouvement de masse avec celui de la "réforme du franquisme". Les manifestations pour l'amnistie et contre le blocage des salaires ces dernières semaines indiquent donc où se trouve la vraie limitation de tout le projet gouvernemental. Pour ce qui est de la détermination des échéances, il faut tenir compte de divers facteurs.

Le pouvoir a fait une série de promesses de réformes à la bourgeoisie avec la perspective d'assurer une certaine stabilité et de contrôler le mouvement de masse. Or, sur deux ques -tions importantes (l'amnistie et les salaires), si la dictature cède, elle stimule la montée du mouvement de masse et voit ses plans mis en question. Mais si elle ne fait aucune concession elle risque de dissiper les illusions existantes dans des secteurs largement influencés par les réformistes qui justifient la validité de leur politique à partir des résultats de la tactique de pression sur le gouvernement. La bourgeoisie, quant à elle , ne peut se satisfaire d'une solution qui, d'une part, n'offre aucune perspective claire pour le futur et, d'autre part, est incapable d'empêcher un débordement du mouvement de masse. Voilà en quelque sorte l'impasse de la situation actuelle. • INPRECOR : Quels sont donc les développements les plus significatifs des luttes ouvrières dans cette dernière période ? LCR-ETA 6: Les premières luttes importantes furent celles pour l'amnistie générale de tous les prisonniers politiques, y compris ceux accusés de "crimes de sang", que l'actuel pouvoir veut laisser à l'écart de ses futurs "indultos" (rémission de peines de prison), et pour le libre retour de tous les exilés politiques. La première manifestation s'est déroulée à Madrid le jour même du Te Deum célébrant le couronnement de Juan Carlos. Le 7 décembre, 30 000 personnes au total ont manifesté devant la prison de Carabanchel et dans divers quartiers de Madrid. Mais ces manifestations ont largement dépassé le cadre de la capitale madrilène. A

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San Sebastian, en Euzkadi, il y a eu une manifestation de 8 000 personnes, très combative, qui a défilé pendant trois heures dans les rues aux cris de "Txiki, Otaegui, nous vous vengerons ! " et "Dissolution de la Garde civile!" Il y a un mouvement massif de pétitions dans toutes les villes et les villages. Mais le plus significatif est peut-être l'extension de ces mobilisations dans des villes où il n'y avait jamais eu de manifestations dans la rue. Ainsi 2 000 personnes ont défilé à Salamanque, 5 000 à Ali-

Dans ce mouvement pour l'amnistie, qui fait surgir de nouvelles couches sur la scène politique, le PCE joue évidemment un rôle important, ne serait-ce que par la forme que prennent actuellement ces mobilisations (manifestations parfois tolérées et surtout pétitions). La lutte pour l'amnistie a aussi opéré sa jonction avec le mouvement revendicatif contre le blocage des salaires et pour le renouvellement des contrats collectifs. Secteurs après secteurs entrent dans la bataille : banques, téléphone, métallurgie, bâtiment, etc.. Une des revendications clé de ces mouvements est "l'amnistie du travail", c'est-à-dire la réintégration des ouvriers et employés licenciés pour activités syndicales et politiques. Cette revendication se trouve, par exemple, au centre de la plateforme de la SEAT (usine automobile de Barcelone). Le PCE, actuellement, affirme ne pas vouloir céder sur cette question. Or, imposer cette revendication impliquerait une victoire politique d'envergure pour les masses travailleuses. En effet, alors que le chômage atteint le chiffre de un million, la réintégration de plus de 25 mille travailleurs représenterait à la fois une victoire contre la politique patronale dans le domaine de l'emploi et, surtout, une reconnaissance, de fait, de l'activité politique et syndicale. Les luttes ouvrières se sont développées depuis le début janvier et tendent à se généraliser. Les grèves ont commencé à éclater dans les gros bastions ouvriers ( Standard Electric ITT dans toutes ses filiales au niveąu de l'Etat, Pegaso, Kelvinator, etc.). Une unification des revendications s'est affirmée : 6 000 pesetas d'augmentation uniforme, prise en charge par l'entreprise de la cotisation de sécurité sociale, semaine de 40 heures, 30 jours de vacances. Les grèves générales du 11 décembre à Madrid, Barcelone et en Euzkadi, du 16 décembre aux Asturies, ont été des succès et ont marqué une étape importante dans la montée du mouvement.

A Madrid, la grève du métro marque le début de l'elargissement accentué des luttes après Noël A Madrid, la grève du métro marque le début de l'élargissement accentué des luttes après Noël. C'est la première grève depuis que le métro existe. Elle suscita un mouvement de solidarité des autres secteurs : banques, téléphone, métallurgie. La solidarité fut matérielle et militante. Le 9 janvier, 18 000 personnes ont manifesté leur solidarité aux grévistes du métro à Getafe, faubourg industriel de la capitale où sont concentrées de nombreuses entreprises métallurgiques. Des manifestations eurent lieu dans le centre de Madrid le samedi et ledimanchel0 et ll janvier. Ce mouvement de soutien a culminé avec la grève générale du 12 décembre à Madrid. Ce jour là, à Getafe, les grèvistes étaient au nombre de 30 000. Dans l'agglomération madrilène plus de 120 000 travailleurs se mirent en grève. Le même jour. des milliers de travailleurs des banques arrêtèrent le travail à Barcelone. La grève s'étendit aussi aux dockers du port de Barcelone, aux ouvriers et employés de la compagnie d'électricité FESCA (Forces électriques de Catalogne). La mobilisation s'accentue parmi les 24 000 travailleurs de la SEAT, etc.. Tous les signes d'une accélération du mouvement revendicatif au niveau de l'Etat s'affirment en ce début de semaine. Ce développement des luttes illustre clairement quel peut et quel doit être le pas suivant : une centralisation des luttes et la préparation à un appel à la grève générale au niveau de tout l'Etat espagnol, pour le renversement de la dictature. • INPRECOR : Dans ce contexte, comment s'opère le processus de recomposition du mouvement ouvrier ?

LCR-ETA 6: Répondre à cette question revient tout d'abord à expliquer la participation massive des travailleurs aux élections syndicales. L'ensemble de la classe ouvrière ressent la nécessité de sa représentation et de son organisation permanente pour la défense de ses intérêts. Les élections des "enlaces" (délégués du syndicat vertical CNS) ont représenté un succès pour les "candidatures unies et démocratiques" (CUD, dominées par le PCE) . La plateforme sur laquelle ont été élus ces délégués est identique à celle surgie dans le mouvement revendicatif actuel.

Elle comportait une clause indiquant la nécessité de ratifier en assemblée générale les accords que pouvaient être amenés à signer les "enlaces".

Cette victoire des CUD se répercutá au niveau

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des Commissions ouvrières (C.O.). Le PCE privilégie maintenant, dans son rapport avec le mouvement de masse, les "enlaces" plutôt que les structures unitaires de l'avant-garde ouvrière dans les usines : les commissions ouvrières. C'est ainsi que le PCE lance désormais des appels à la grève générale à partir de réunions d' "enlaces". A Madrid une assemblée de 3 000 "enlaces" a lancé l'appel à la grève générale le 1l décembre. Néanmoins sous la pression de l'avant-garde ouvrière, des expériences d'auto-organisation et de la poussée fondamentale vers la démocratie ouvrière, un débat s'ouvre dans le PCE, ou, plus exactement, diverses positions s'y manifestent sur le rôle à venir des Commissions ouvrières. Un fort courant, concentré en Catalogne dans le PSUC (Parti socialiste unifié de Catalogne, PC Catalan), explique que désormais la direction des luttes doit passer par les CUD. Ceci va dans le sens d'une liquidation des C.O. et d'une mise en avant des seules structures syndicales. Par contre, un certain nombre de dirigeants des C.O., entre autres Camacho, proposent une sorte de combinaison entre l'utilisation des "enlaces"' sur le plan légal etdes C.O. au niveau des entreprises. Carrillo, au centre, affirme que les "enlaces" ne peuvent pas être le seul canal d'expression du mouvement de masse, mais, qu'à leur tour, les C.O. forment un cadre trop étroit pour englober les larges secteurs des masses au moment de mobilisations d'ensemble. Il met dès lors l'accent sur le maintien de l'appareil des C.O., contrôlé par le PCE, les C.O. ne seraient plus alors une organisation de base mais une sorte de mouvement. En outre une discussion se développe dans le PCE sur le rôle des Comités élus en assemblées générales lors des luttes. Elle recouvre divers aspects du débat sur les "conseils de délégués"' en Italie en 1969. Il est important de remarquer que lors de la lutte des travailleurs de la banque à Madrid, une liaison s'est produite entre les C.O. et les CUD. En effet, une coordination des assemblées de délégués élus pendant la lutte par les employés a travaillé en rapport étroit avec les "enlaces", faisant ratifier toutes les décisions prises en commun devant les assemblées générales. INPRECOR : Quelles sont les perspectives de reconstruction du mouvement syndical ? • LCR-ETA 6: Le syndicat corporatiste a été un des piliers du régime. Toute "réforme du franquisme", sans parler de bouleversement plus important, pose la question : quel syndicat construire ? La position du PCE consiste à construire un syndicat autonome et indépendant à partir des positions acquises dans la CNS, à partir des "enlaces"! La majorité du PSOE prétend construire l'UGT (Union générale des travailleurs). Ainsi se posent aussi bien les problèmes de la division syndicale que du fonctionnement démocratique du syndicat. Face à cela, la LCRETA 6 avance le mot d'ordre d'un Congrès syndical constituant, fondé sur des sections syndicales d'entreprises, unitaire, démocratique, avec droit à l'expression des différents courants du mouvement ouvrier, c'est-à-dire le droit de tendance. Seulement à partir de telles positions il est possible non seulement de se battre pour l'unité du mouvement syndical, de mener, par exemple, une bataille contre la ligne divisionniste du PSOE, mais aussi contre le projet et les manipulations bureaucratiques du PCE. Une telle orientation permet de plus de riposter aux tendances ultra-gauches sectaires qui peuvent développer des positions du type "syndicat rouge" •INPRECOR : En dehors des luttes dans les entreprises, assiste-t-on à des mobilisations dans les quartiers ? LCR-ETA 6 : Autour des deux thèmes de l'amnistie et du soutien aux luttes ouvrières se sont développés des mouvements qui reposent sur des organisations de quartiers : les associations de locataires ( de "voisins") légales ou paralégales. Ces associations se sont constituées pour combattre les effets de l'urbanisation sauvage qui s'est produite lors du boom économique. premières batailles étaient surtout axées autour de la question de l'amélioration des services publics (éclairage, égouts, espaces verts, équipements scolaires...). Ces problèmes d'urbanisation sont encore des thèmes de mobilisation puis -qu'en décembre, pour protester contre le manque d'éclairage public dans les rues du ''barrio" Oriol à Valence, 1 500 personnes ont défilé de nuit avec des torches. Ces associations de quartiers sont fortement implantées. Elles peuvent regrouper, par exemple, 1 500 à 2 000 personnes dans un quartier de 15 000 habitants. Mais leur politisation se cristallise effectivement au niveau des organismes permanents qu'elles mettent en place : commissions d'urbanisme, commissions femmes qui regroupent le plus souvent les ménagères pour engager des luttes sur la question des garderies et des crèches. Ainsi, à Barcelone, pour protester contre la fermeture des écoles pendant la semaine de deuil officiel après la mort de Franco, les femmes d'un quartier ont décidé d'emmener leurs enfants sur les lieux de travail, obligeant ainsi certaines banques à fermer. Les commissions femmes jouent aussi un rôle très important dans le soutien aux luttes ouvrières, notamment par leur action auprès des commerçants pour les amener à pratiquer une politique de crédit en faveur des familles de grévistes.

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ESPAGNE • INPRECOR : Pour la première fois est apparue avec l'Union démocratique militaire (UDM) un regroupement dans l'armée qui conteste la légitimité franquiste. Que devient ce pilier de l'ordre franquiste qu'est l'armée ? LCR-ETA 6 : L'UDM regroupe environ 200 officiers et tire un bulletin à 3 000 exemplaires. Si l'UDM est en position de rupture avec le franquisme et le "juancarlisme", sa principale revendication reste des plus limitées : une "armée technique", c'est-à-dire modernisée et époussetée. Les évènements du 25 novembre, au Portugal, ont été salutaires en Espagne en ouvrant les yeux à des larges secteurs d'avant-garde pleins d'illusions sur la contribution que pouvait apporter au processus révolutionnaire un "MFA espagnol" ! Quant à nous, nous insistons sur la nécessité de l'organisation autonome des soldats, marins et aviateurs. Le PCE travaille lui à la construction de l'UDM et subordonne tout travail par -mi les soldats à ses plans pour tenter d'amadouer quelques officiers. Il sacrifie donc l'organisation autonome des soldats au respect de la hiérarchie, à la préservation de l'unité de l'armée et au mythe de l' "armée démocratique". La LCR-ETA 6, ainsi que d'autres courants révolutionnaires, poussent à la construction de comités de soldats dans les casernes. Notre travail commence à un niveau minimal, sur les problèmes quotidiens auxquels se heurtent les soldats : qualité de la nourriture, obligation d'aller à la messe tous les dimanches, le contenu des bibliothèques des casernes, c'est-à-dire le droit de la libre circulation des livres, y compris bien sûr des livres marxistes. Les comités publient une revue "'El Soldado". Dans certains cas, ils ont même opéré une jonction avec le mouvement ouvrier. Le ll décembre, en Euzkadi, lors de la grève générale contre les peines de mort, des contacts furent établis entre le comité central de grève et des comités de soldats. Enfin, il faut noter les actions de démoralisation entreprises contre les activités coloniales de l'armée espagnole au Sahara. Il existait sur place des comités de soldats auxquels participaient des militants du Front Polisario. Ainsi au moment du repli des troupes espagnoles, un camion bourré d'armes fut "abandonné" pour le plus grand profit des militants du Front Polisario. • INPRECOR : Quelles sont les lignes de force de l'action du PSOE et du PCE ? LCR-ETA 6 : Les organisations réformistes PCE et PSOE tentent de canaliser la poussée du mouvement de masse vers des solutions politiques de collaboration de classe. Aujourd'hui, le PSOE ne dispose pas d'un grand poids politique, surtout dans la classe ouvrière. Cela ne veut évidemment pas dire qu'il n'existe pas un terrain favorable dans un proche avenir à un développement rapide de ce parti. Il suffit de se rappeler le processus de développement du PS portugais après avril 1974, un PS bien plus inconsistant que le PSOE. Le PSOE est traversé par divers courants. Un de ces courants est prêt à collaborer semi-ouvertement avec la dictature et à entrer dans le jeu du projet de réforme du franquisme développé par le grand capital. Il envisage d'utiliser la marge de manoeuvre que lui laisse le pouvoir pour tenter de croftre, de s'affirmer et d'assurer ses positions face au PCE. Mais, un autre courant est plus sensible au danger qui existe dans toute collaboration plus ou moins ouverte avec le gouvernement actuel : les possibilités de croissance future pourraient être fortement mises en question. Enfin, une aile gauche se manifeste dans la Jeunesse socialiste. Elle affirme la nécessité du renversement de la dictature, refuse la collaboration avec la bourgeoisie et exige la dissolution des corps répressifs. Le PCE représente la principale force pour contrôler le mouvement de masse. Or, la bourgeoisie affirme sans détours qu'il n'y a pas de possibilités de pacte avec le PCE dans les deux ans à venir. Face à cette attitude de la bourgeoisie, le PCE s'efforce de faire la démonstration qu'il est la force essentielle avec laquelle il est nécessaire de s'entendre pour assurer la viabilité d'un projet de stabilisation de la situation. Ce sont les paroles mêmes de Santiago Carrillo. Il dit à la bourgeoisie : "Si vous voulez signer un pacte social, acceptez préalablement un pacte politique". C'est-à-dire : "Reconnaissez tous les partis politiques, y compris le PCE, principale force du mouvement ouvrier, et nous nous engageons à contrôler le mouvement de masse ''! La bataille pour les contrats et pour l'amnistie sont situées, par le PCE, dans cette perspective. Mais de nouveaux éléments apparaissent par rapport à la stratégie de la "Junte démocratique" Après la mort de Franco, des modifications se produisent dans le camp bourgeois, facilitant l'expression des bourgeoisies"périphériques" , spécialement en Catalogne et en Euzkadi. Le PCE aborde partiellement sous un nouvel angle cette situation. En Catalogne où il est très fort, et où la bourgeoisie dispose d'une certaine autonomie, le PCE passe un véritable pacte politique avec elle. Il a formé le Conseil démocratique de Catalogne qui est un organisme au sein duquel existent des forces représentatives rélles de la bourgeoisie (la Banque catalane, les courants de la démocratie-chrétienne catalane). Ce ne sont donc pas les potiches ou les "personnalités représentatives" de la Junte démocrati-

En Catalogne le PCE a donc réussi une opération qu'il n'a pas pu faire aboutir avec la bourgeoisie centrale. En Euzkadi, malgré les différences s'est aussi créée une Assemblée démocratiregroupant aux côtés du PC basque, ti national basque (PNV). On peut constater qu'à

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ce niveau, à la différence de la Junte démocratique, le PC réinvestit, sous une certaine forme, le problème des nationalités. INPRECOR : Quelles sont les grandes orientations de l'extrême-gauche ? LCR-ETA 6 : De manière générale, les groupes centristes de droite ont une attitude suiviste par rapport au PCE et même par rapport au PSOE. Le MCE (Mouvement communiste d'Espagne) participe à la plateforme de Convergence démocratique, alors que le Parti du Travail (ex PCI, maoiste) intègre la Junte démocratique où s'est déjà partiellement dissoute l'organisation Bandera Roja. En Euzkadi s'est constitué un Organisme unitaire, qui regroupe le MCE, l'ORT, et l'ETA V (politico-militaire). L'O.U. est présenté comme un simple organe de coordination des luttes, mais, de fait, c'est autre chose. En effet, les organisations qui le composent sont soit membres du mouvement ouvrier (MCE, ORT), soit petite-bourgeoise (ETA V); mais ce sont des organisations suivistes politiquement du PC. Dès lors, l'ORT et le MCE ont capitulé programmatiquement face à l'Assemblée démocratique du PCE sur deux questions importantes :

- la question du statut de la République de 1936, ce qui revient de fait à une négation de l'auto-détermination;

- la constitution après la chute de la dictature d'un gouvernement provisoire d'Euzkadi, avec la bourgeoisie, c'est-à-dire avec le PNV. Nous avons donc refusé l'invitation qui nous fut faite de participer à l'O. U. Nous avons présenté les propositions alternatives suivantes : à partir des expériences passées de front unique, développons des organes de coordination de luttes, en étroit rapport avec les mobilisations qui se développent rapidement à l'échelle de l'Etat et donc axées sur trois thèmes centraux : libertés politiques (droit d'association, de réunion, de manifestation), l'amnistie, la riposte au blocage des salaires (plateforme revendicative). En effet, la priorité reste la centralisation du mouvement à l'échelle de l'Etat pour une offensive contre la dictature. Il faut étendre au niveau de l'Etat espagnol les expériences de coordinations qui se sont déroulées en septembre-octobre en Euzkadi. Cette perspective s'inscrit contre la tactique de "grève générale locale" développée par le PCE. Mais, pour que de telles coordinations puissent se réaliser, pour assurer cette extension, il convient de ne pas faire assumer par de tels organismes l'intégralité d'un programme politique d'une organisation, l'orientation d'un seul parti sur l'après-franquisme. Cela revient à une attitude ultra-sectaire, ne comprenant ni les modalités de cette unité d'action, ni la dynamique que déclencherait une telle unité sur ces objectifs.

De tels organismes de coordination pourraient d'ailleurs être des embryons d'organes de démocratie ouvrière, puis de double pouvoir, à l'échelle de la zone, de la localité, de la région. Les exemples des grèves générales d'Euzkadi sont pleins d'enseignement à ce sujet (voir IN PRECOR N° 34). De plus en plus s'affirme l'axe essentiel de la centralisation et de l'auto-organisation des luttes culminant dans une grève générale au niveau de l'Etat espagnol pour le renversement du franquisme. Face au projet réformiste bourgeois, nous avançons de façon propagandiste le mot d'ordre d'assemblée constituante, avec le droit de vote à 16 ans, et nous mettons l'accent sur les tâches politiques transitoires telles que: dissolution des corps répressifs, abrogation des lois et des institutions du franquisme, jugement des crimes fascistes. 13 janvier 1976

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