Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PORTUGAL

Autocritique de la L.C.I.

· Inprecor (première série) n° 43, 5 février 1976 · p. 16-17 · 1 016 mots

Portugal

DE LI

•a) Depuis décembre 1973, l'intervention régulière des militants révolutionnaires a permis de construire la LCI, d'approfondir son implantation, sa capacité de prendre des initiatives politiques importantes (mouvement anti-colonialiste de mai à septembre 1974, actions anti-militaristes) et de participer à la direction des luttes des masses. Mais cette intervention conduite par une poignée de militants qui donna le noyau actuel, s'est difficilement libérée de quelques erreurs initiales qui ont marqué notre histoire et furent la conséquence logique d'une première implantation réduite combinée à un sectarisme formel et des conceptions dogmatiques. La croissance inégale, le manque de ligne politique centrale affirmée qui reflétaient la fragilité de l'expérience politique étaient cependant contrebalancés par le développement de l'implantation et par l'insertion de l'organisation dans les nouvelles zones où se développaient rapidement d'importants noyaux ouvriers. Mais ce développement fut souvent la cause d'un accroissement de l'empirisme et du régionalisme de l'interC'est en ce sens, que malgré les erreurs commises, malgré les limites de la formation et des débats politiques qui l'ont traversée, la LCI s'est toujours insérée dans la dynamique de la révolution portugaise et a participé avec toutes ses forces à d'importantes luttes qui l'ont renforcée, (28 septembre, 11 mars). Bien que ces erreurs politiques aient contribué à nous affaiblir et nous aient amenés à une sous-estimation d'importantes occasions politiques, la solidité et le renforcement de l'organisation marxiste-révolutionnaire, l'investissement de ses militants et sympathisants dans d'importantes luttes de masses dans les usines, entreprises, syndicats, casernes et quartiers est déjà un point de départ pour le saut qualitatif que nous pouvons effectuer, si nous comprenons et corrigeons nos erreurs antérieures.

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• b) Le fait qu'en moins de cinq mois les marxistes-révolutionnaires aient tenu deux congrès n'est pas la preuve d'un quelconque subjectivisme ni de la volonté de discuter pour discuter mais le produit des exigences objectives et subjectives du processus révolutionnaire lui-même. Le léninisme, la pratique bolchévique dont se réclame la LCI contraste certes en cela avec

ITIQUE

L.C.I.-

les pratiques staliniennes et bureaucratiques des congrès espacés dans le temps et dans lesquels les divergences et le débat de tendances sont remplacés par des congrès où l'unanimité est vertu et la divergence péché. Ce fut précisément 11 y a cinq mois, en août 1975, qu'eut lieu le dernier congrès de la LCI. Mais dans les cinq mois suivants, le processus révolutionnaire s'est développé à des rythmes bien plus rapides que ceux prévus. Dans cette période, les marxistes-révolutionnaires se virent confrontés à des tâches disproportionnées par rapport à leurs forces. Mais, ce qui rendit nécessaire ce 3° congrès (extraordinaire), fut la constatation de ce que l'orientation politique approuvée par le 2° congrès n'avait pas suffisamment armé les militants pour accomplir les tâches imposées par le développement du processus révolutionnaire. • c) Si le 2° congrès, en août 1975, marqua un pas en avant dans la discussion de quelques questions importantes, il a néanmoins maintenu et aggravé quelques une reurs que nous signalons plus haut. L'analyse du MFA, du PC, du PS, qui fut approuvée a facilité les hésitations et les virages politiques qui trouvèrent leur conclusion logique dans la signature des accords du 25 août, dans l'acceptation du Manifeste du FUR du 10 septembre et la participation à ce front jusqu'à sa disparition Etant donné l'importance des conséquences politiques et organisationnelles qui en découlèrent il est nécessaire de synthétiser les erreurs du FUR. - Le remplacement d'une unité d'action possible et nécessaire par une politique "frontiste" sur la base d'une plateforme politique erronée, qui ne pouvait manquer de déboucher, objectivement sur des actions de division, sectaires, par rapport à l'ensemble du mouvement ouvrier et, subjectivement, sur la confusion en ce qui concerne le parti, ce qui facilita la division de l'avant-garde ouvrière et le développement de courants

"anti-partis" dans les organes autonomes (Commissions de travailleurs, Commissions de moradores, Commissions de soldats, etc.) - L'abscence de toute conception de front unique ouvrier à un moment où il était particulièrement important d'impulser des actions unitaires permettant de développer et de concrétiser une issue politique au processus d'auto-organisation, unifiant la majorité de la classe pour la défense des conquêtes économiques et sociales, et répondant immédiatement à la crise économique et politique de la bourgeoisie. - Une conception incorrecte et extrêmement dangereuse de la social-démocratie la caractérisant comme soeur jumelle du fascisme. - Le développement de conceptions putschistes et insurrectionnelles qui ont facilité les évènements du 25 novembre et rendu difficile l'affirmation claire d'une solution politique alternative. La dissolution politique et les conséquences organisationnelles de la participation de la LCI au FUR furent le produit des graves erreurs qui ouvrirent une voie combinant le sectarisme et le suivisme face à la politique des organisations centristes et du PC. En réalité, la compréhension exacte de la dynamique de la lutte des classes qui conduisit à la chute du V° gouvernement, les actions de masses du mouvement des soldats, la remontée des luttes généralisées pour les revendications économiques unifiantes (travailleurs agricoles, métallos, construction civile, boulangerie, etc.), le développement d'initiatives partielles de centralisation des organes de démocratie directe, aurait empêché la LCI, le 25 août, de souscrire à un accord qui appuyait le MFA et le V° vernement provisoire, et qui fut à l'origine de toutes les confusions centristes sur la nature du PC, entraînant une politique sectaire par rapport au PS. Cette compréhension aurait également permis d'appliquer une autre politique, basée sur la rupture avec le FUR (à partir du moment où les accords du 25 août auraient été acceptés) et sur la recomposition de l'unité d'action des organisations révolutionnaires pour atteindre des objectifs essentiels comme la création d'un rapport de forces plus favorable face aux réformistes, pour impulser la centralisation des organes autonomes, nous permettant de nous adresser à l'ensemble des organisations ouvrières et révolutionnaires. Ces erreurs politiques empêchèrent une bataille pour l'unité d'action du mouvement ou -vrier pour ses objectifs fondamentaux; l'approfondissement des conquêtes et des revendications des masses travailleuses pour le développement et la centralisation des organes embryonnaires de dualité de pouvoir, dans une période où les initiatives du mouvement ouvrier pouvaient rapidement se transformer en de nouveaux pas en avant. (...)

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