Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ESPAGNE

Après Vitoria : "Nous n'oublierons pas"

· Inprecor (première série) n° 46, 18 mars 1976 · p. 3-7 · 3 700 mots

État espagnol Syndicalisme Euskadi France

Le courage d'un peuple Mercredi 3 mars. La lutte des travailleurs de Vitoria pour leurs revendications - qui ressemblent beaucoup à celles qui apparaissent dans la grande majorité des plateformes revendicatives du pays : 5 ou 6000 pesetas d'augmentation pour tous, 40 ou 42 heures par semaine, 100% du salaire en cas de maladie, d'accident ou d'arrêt de travail, aucun licenciement, etc. -semble commencer à briser l'intransigeance maintenue par le patronat durant deux mois. Le dernier obstacle pour la négociation sont les 22 licenciés des Forges de Alava et les licenciés et sanctionnés de Appellaniz. La Coordination des ouvriers en grève, formée de représentants élus dans les assemblées d'usine, a appelé une fois de plus à la grève générale afin que soient levés tous les licenciements et toutes les sanctions. Les premiers piquets commencèrent à agir à 7 heures du matin, dans les quartiers ouvriers de Zaramanga, Adurza, Arana..., dans toute la ceinture ouvrière où s'est concentré au cours des quinze dernières années, un prolétariat jeune, venu en grande partie de la campagne d'Alava ou du reste du pays, une classe ouvrière qui forme la majorité des 150.000 habitants de Vitoria. A 10 heures du matin, toutes les usines sont en grève et les piquets se dirigent vers le centre de la ville en groupes rassemblant jusqu'à 5000 grévistes, criant le mot d'ordre que l'on a déjà entendu des centaines de fois à Vigo, Madrid, Valence ou Barcelone au cours des derniers mois : "Nous sommes des ouvriers, joignez-vous à nous !' Le cri de la solidarité, de la grève générale. Aujourd'hui, en Espagne, il suffit de dire ceci: "Joignez-vous à nous ", personne ne demande pourquoi tant la réponse est claire pour tous. Elle est

LAMAIS!"

encore plus claire depuis ce 3 mars. A midi, tout Vitoria est paralysée : c'est le quatrième appel à la grève générale de ces trois dernières semaines et, sans doute, le plus largement suivi. A la différence de ce qui s'était passé depuis le début des luttes le 9 janvier dernier, la police intervint très violemment. Ce n'est pas par hasard : le gouvernement et le patronat ont pensé que la lassitude commençait à ouvrir une brèche dans l'unité et la combativité des ouvriers d'Alava et ont décidé de passer à l'offensive. Ils se trompaient. Dès le début toutes les charges de la police rencontrèrent la riposte adéquate: les bâtons et les pierres apparaissent aux mains des grévistes, des barricades sont construites, barricades classiques des luttes ouvrières, présentes aujourd'hui, face à la panique de la bourgeoisie de toutes tendances politiques, dans de nombreuses luttes de masses en Espagne. Une manifestation de centaines de femmes, qui ont joué un rôle fondamental dans la grève de Vitoria, est sauvagement réprimée. Un groupe d'ouvriers réfugiés dans un poste à essence, menace la police d'y mettre le feu si celle-ci les attaque : la police tira et c'est déjà là qu'aurait pu commencer le massacre. La tension augmente. Ce n'est que vers deux heures de l'après-midi quand la police se retira provisoirement dans ses casernes improvisées - car Vitoria a connu une véritable invasion policière et des détachements d'autres provinces sont arrivés - que la ville parut tranquille. Les informations officielles diront plus tard que, à cette heure, "la ville était aux mains des grévistes". C'est justement pour cela qu'elle était tranquille, parce que les agresseurs s'étaient retirés. La police était en train de recevoir de "'nouvelles instructions". Nous verrons plus tard quel était le contenu de ces instructions.

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ESPAGNE L'assemblée générale des grévistes se réunit à 5 heures de l'après-midi dans l'Eglise San Francisco, dans le quartier de Zaramanga. C'est la 209ème assemblée qui se tient à Vitoria depuis le 9 janvier. Il y a environ 5000 grévistes dans l'Eglise: c'est une participation normale. Il y en 10.000 autres dehors. La police, suivant les "nouvelles instructions"' a entouré l'église et en bloque l'entrée. La célèbre "tolérance" des "réformateurs" franquistes face aux actions de masse s'est envolée en fumée à Vitoria, comme auparavant à Elda (où un ouvrier fut assassiné quelques jours plus tôt), à Madrid (où des affrontements violents eurent lieu en janvier), à Barcelone (où des ouvriers du bâtiment dressèrent récemment des barricades), à Tarragone (un autre assassinat), etc. Les délégués ouvriers de la Coordination arrivèrent pour présider l'Assemblée - et il faut souligner que ceci s'est répété des dizaines de fois à Vitoria, que les membres de la Coordination, militants de l'UGT, du MCE, du PCE, de lOCA et de la LCR-ETA (VI) (Union Générale des Travailleurs, Mouvement communiste d'Espagne, Parti communiste espagnol, Organisation des commissions anti-capitalistes - liée auparavant à l'Organisation Internationaliste communiste d'Espagne, Ligue communiste révolutionnaire-ETA(VI)) sont connus dans toute la ville, ils ont été élus par leurs camarades démocratiquement et ouvertement; ils arrivèrent après leur réunion préparatoire et la police les empêcha d'entrer. L'affrontement commença en dehors de l'église entre la police et ceux qui exigeaient leur droit fondamental à participer à l'assemblée qui devait décider de la poursuite de leur grève. Brusquement, sans préavis, la police brisa les vitraux de quelques fenêtres de l'église et envoya à l'intérieur des bombes lacrymogènes et des bombes fumigènes. Quelqu'un cria : "Ils sont en train de les enfumer !"' L'indignation qui se développa - sans laisser un seul instant place à la peur - ne fut pas, comme le dirent les autorités plus tard, un produit de l'inconscience. Au contraire, elle fut le produit de la conscience accumulée au cours de plusieurs semaines de luttes, de la détermination à vaincre qui est enracinée dans tout le peuple d'Alava, face à toute agression. Les travailleurs abandonnèrent l'église avec beaucoup plus de calme qu'on ne pouvait le supposer : ils sortaient pour lutter, non pour fuir. La tuerie commença alors : 4 morts, 73 blessés par balles soignés à l'hôpital, des centaines de blessés qui se soignèrent chez eux. Voilà le prix qu'il faut payer pour lutter pour la réintégration de dizaines de camarades, dans cette Espagne conduite "prudemment" vers la "démocratie" par les réformateurs franquistes. Pourtant, une fois de plus, la répression la plus sauvage ne sera pas capable de freiner un seul instant la lutte des masses. Immédiatement, Vitoria se remplit de barricades, toute la population est dans la rue, poussée par la colère, luttant durant des heures, jusqu'à la nuit. Avec le sang d'un des camarades tués, quelqu'un a écrit dans la rue le mot "Justice". Ce mot, dans le sens réel, juste, que lui donnent les exploités, les opprimés, va résonner dans tout le pays. Le 4 mars, Pampelune est en grève générale, à l'appel de l'Assemblée des délégués d'usine, un nouvel organisme qui réunit environ 500 représentants élus dans les usines de Navarre. Il y a d'innombrables manifestations de milliers de personnes; des barricades sont dressées quand la police charge. En Biscaye, même s'il n'y a pas d'appel unitaire, la grève est pratiquement générale : le Comité central de grève, qui regroupe les représentants des entreprises en lutte pour leurs revendications, organisa des manifestations, des rassemblements de 15. 000 à 20. 000 personnes, qui durèrent 4 à 5 heures et défilèrent sur des kilomètres dans les rues, à Basauri - où il y eut un nouvel assassinat -, à Sestao, Portugalete, Guetxo, etc. En Catalogne, à Vigo, Gijon, Saragosse, Séville, Madrid, Valence... des arrêts de travail et des manifestations exprimèrent la solidarité et la protestation. Les cris des travailleurs de Biscaye "Frères de Vitoria, nous n'oublierons pas !'' résume les sentiments qui entrainèrent des centaines de milliers de personnes dans la lutte, à travers tout le pays. Ce même 4 mars, Vitoria est occupée militairement par la police. On ne tolère pas de groupes de plus de trois personnes. Mais les barricades restent en place : dans la ville apparemment déserte, si quelqu'un se risque à retirer une brique des barricades, il voit apparaitre immédiatement, aux portes des habitations avoisinnantes, les visages tendus et fermes des grévistes, des pierres et des bâtons dans les mains, défendant leurs barricades. Car rien n'est terminé à Vitoria; la lutte doit continuer, les barricades sont toujours nécessaires, il a fallu verser assez de sang pour les dresser ! Le 5 mars, c'est l'enterrement. Plusieurs heures avant son commencement, il y a déjà 100. 000 personnes à l'intérieur de la cathédrale et sur la place. 100.000 personnes criant, applaudissant les camarades assassinés, agitant leurs mouchoirs, faisant le signe de la victoire, levant le poing devant les cercueils, portant les cercueils sur l'épaule pendant des heures, passant, avec défi, devant le siège du gouvernement civil, criant : "Dissolution des corps répressifs" devant la police assassine. Et, en quittant le cimetière, un groupe de 3. 000 à 4. 000 hommes et femmes de Vitoria se dirige instinctivement, sans que personne n'ait rien dit, guidé par un élan de solidarité prafond, vers l'hôpital où se trouvent leurs camarades blessés. Ils crient devant les portes de l'hôpital : "Ouvriers blessés, nous sommes ici"', et cet "ici" renferme toute la détermination à poursuivre la lutte, à n'abandonner aucune des raisons qui ont donné vie à deux mois de mobilisations de masse, raisons plus fortes que toutes les balles. Le lundi 8 mars, une réunion unitaire des di-

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rections d'Euskadi du PSOE, du PCE, du PTE

(Parti du Travail), de l'ORT (Organisation révolutionnaire des travailleurs), du MCE et de la la LCR-ETA (VI), à laquelle se joignirentles autres organisations ouvrières politiques et syndicales, appela à la grève générale. Et cette fois, il y eût 500. 000 grévistes en Euskadi. Bien plus qu'à toutes les autres occasions, beaucoup moins que la prochaine fois, suivant la dynamique fondamentale, toujours plus loin, toujours plus fort, des luttes de masse de ces dernières années. Et Vitoria reste debout. Le samedi 6 arrive Fraga - l'homme de la "démocratie forte" l'admirateur d'Adenauer, celui qui a dit : "Le timing de la réforme, c'est moi qui l'établit", celui qui continue à prétendre d'exclure de ses plans réformateurs la légalité du mouvement ouvrier, celui qui a accusé d'"anarchisme" la grève de Vitoria. Le Ministre de l'Intérieur de la monarchie franquiste va tenter de sauver les apparences dans la ville qui a porté le coup de grâce à son programme politique. Fraga imposera - finalement (!) - au patronat la réintégration des licenciés. Cependant cela ne suffit pas. Il y a d'autres revendications : la liberté des 6 membres de la Coordination arrêtés, la liberté d'assemblée, la reconnaissance des commissions élues dans les assemblées comme représentation authentique des travailleurs. Le vendredi 12 mars, Vitoria continuait la lutte. Personne n'a oublié à Vitoria. Rien n'est plus comme avant Vitoria, aujourd'hui, en Espagne. Le prix de la liberté Vitoria est le maillon le plus hérolque de la chaine des luttes de masses qui se forge en Espagne, particulièrement depuis le mois de janvier. Mais ce n'est pas, bien sûr, le seul maillon, et ce ne sera pas le dernier. A travers les "ouvertures" des misérables "concessions" politiques que la réforme franquiste s'est vue obligée de "tolérer" dans son chemin vers la "démocratie" fantoche, un ouragan révolutionnaire a pénétré dans le pays et ne l'abandonnera pas tant qu'il restera une seule ombre, une menace d'exploitation et d'oppression. Depuis les premières manifestations pacifiques, silencieuses, pour l'amnistie, un phénomène nouveau et plein de promesses s'annonçait : les masses entraient dans l'action politique, imposant leur présence dans la rue; des gens qui jamais - un "jamais" qui signifie 40 ans de dictature - n'avaient "fait de politique" sortirent dans la rue et rencontrèrent des milliers de personnes comme eux, luttant pour les mêmes objectifs, avec l'assurance de les atteindre par eux-mêmes, par leurs actions. Ces travailleurs, étudiants, membres des professions libérales, femmes ... de tout le pays allaient apprendre à imposer leur présence, leur participation active dans les entreprises, les quartiers..., toutes les revendications en suspens, économiques; politiques, sociales, allaient surgir à la fois, provoquant une immense conscience de la solidarité, une politisation immédiate de toutes les luttes, un besoin profond de s'organiser pour lutter. Tous les or ga -nismes que le mouvement de masse considérait comme utiles pour l'action unitaire furent utilisés : associations de voisinnage, unions syndicales, associations professionnelles, associa -tions de maitresses de maison, etc., sans s'occuper de la fonction que leur attribuait la légalité franquiste. D'autres organismes nouveaux se créèrent, parallèlement à ceux qui existaient auparavant et se substituèrent ou se combinèrent avec eux au cours de l'action, cherchant toujours la voie capable de permettre la meilleure représentativité, la meilleure coordination, la plus grande extension des actions. Et toujours, au centre, l'Assemblée d'usine ou de branche, souveraine, les délégués, les commissions et les comités élus en leur sein et, plus récemment, les piquets volants et les piquets d'auto-défense, qui sont une véritable acquisition du mouvement, malgré la campagne de presse qui s'est élevée contre eux. Ainsi, en janvier-février 1976, lors des luttes d'enseignants à Madrid, les assemblées générales envoyaient des délégations aux usines en lutte, Chrysler, Pégase, demandant et obtenant la solidarité, et recevaient chez elles des délégations de ces assemblées ouvrières, d'organismes coordinateurs de quartiers, d'associations de voisins, etc., et entre tous on discutait des revendications et des lignes directrices de la lutte. En février, pendant la grève de la construction à Barcelone, tous les chantiers élirent leurs délégués et c'est l'assemblée des délégués qui est apparue à la tête de la mobilisation. A Pampelune, il est arrivé quelque chose de semblable, ainsi que cela était arrivé antérieurement lors de la grève de la Getafe à Madrid (janvier 1976). Les mots d'ordre qui orientent les luttes s'étendent, s'unifient, se radicalisent, L'amnistie élargit son champ d'application au terrain social : maintenant, amnistie signifie aussi la réintégration de tous les licenciés et de tous ceux qui subirent des représailles depuis 1936. Dans l'entreprise Babcok-Wilcox de Biscaye, cette revendication a été obtenue. Dans d'autres entreprises, la lutte continue. Dans les premières manifestations de janvier, on a applaudi à certaines occasions la police qui évitait de charger les manifestants : la presse multiplia - par mille - les applaudissements. Les mains sans expérience qui applaudissaient alors s'occupent aujourd'hui à construire des barricades. Le mot d'ordre de dissolution des corps répressifs faisait déjà partie de l'atmosphère qui se respire en Espagne (et malgré cela, ou plutôt à cause de cela, lors de la réunion unitaire

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ESPAGNE qui lança la grève générale en Euskadi en solidarité avec Vitoria, le PCE menaça de se retirer de l'unité si on conservait ce mot d'ordre (!), et cela le lendemain des assassinats de Vitoria !). Le cri de "A bas la CNS !"' fait partie de toutes les plateformes revendicatives. Le syndicat Unique de classe est une nécessité ressentie par des millions de travailleurs; on en discute en détail dans les assemblées de nombreuses usines. Personne n'ose aujourd'hui affirmer qu'il est possible, en Espagne, de "réformer" ou d' "'investir" la CNS, le syndicat vertical fasciste hal. Il existe un accord unanime sur la nécessité de le détruire. Devant plus de 30.000 ouvriers de Pampelune c'est le président lui-même du Conseil provincial (la plus importante structure provinciale du syndicat vertical) qui a crié "'A bas la CNS !", repris en choeur par des milliers de voix. Le "congrès syndical", farce que prépare le gouvernement, sera sans aucun doute l'occasion d'une grande mobilisation indépendante des travailleurs espagnols, commence à être organisée. Les projets de "réforme" du gouvernement sont morts-nés, ils appartiennent à la préhistoire, alors que les masses écrivent déjà l'histoire. Pour organiser une manifestation, le gouvernement propose 16 conditions préalables, alors que tous les jours il y a des dizaines de manifestations dans l'immense majorité des villes du pays, appelées pour mille il faudrait également faire on ne sait combien de démarches, mais les assemblées de milliers de travailleurs, d'étudiants, de gens de toutes les professions se succèdent usine par usine, ville par ville. A Sabadell, à Pampelune ou à Vigo, les assemblées doivent se réunir sur les terrains de football pour pouvoir accueillir tous ceux qui veulent y participer. Après Vitoria, que reste-t-il de la "réforme" franquiste : une crise ouverte de gouvernement qui, peut-être, se résoudra dans les prochaines semaines et, par ailleurs, un affrontement à mort au sein de l'appareil franquiste, qui n'arrivera même pas à se mettre d'accord pour constituer un soi-disant "Front National", bloc défensif de toute la charogne franquiste. L'armée va souffrir des conséquences des graves sentences émises contre les officiers de l'Union militaire démocratique, et commence déjà à se préoccuper de l'extension des Commissions de soldats (les rues de Madrid sont pleines de slogans disant : "Formez des Commissions de soldats !''), et des réunions larges comptent, dans le Guipuzcoa, des dizaines de soldats participants. La réforme franquiste a fait naufrage. "Fragamanlis" - surnom que l'on donna au Ministre de l'Intérieur au début de l'année, avec une évidente satisfaction de sa part - est devenu "Fragachet" (Fraga + Pinochet) : c'est ainsi qu'on aurait da l'appeler dès le début.

La bourgeoisie observe avec une préoccupation croissante cet échec, dont les conséquences politiques affectent gravement ses projets politiques de classe. La dynamique des mobilisations de masse donne la chair de poule jusqu'aux plus "démocratiques" des politiciens bourgeois. Ainsi, il y a seulement quelques jours, Ruiz-Jimenez démocrate-chrétien) affirmait à Rome : "Il faudrait conseiller que ne se multiplient pas les actions de rue, si ce n'est pour des raisons très sérieuses, et avec un grand sens des responsabilités". Chaque fois, le projet politique de la "bourgeoisie démocratique' se fait plus clair et, malheureusement, chaque fois également, la soumission des directions des organisations ouvrières à ce projet est sans limites. Ainsi, la dernière trouvaille de la "Junte démocratique" et de la "Plateforme de convergence démocratique" qui, à nouveau, sont restées en marge ou ouvertement contre les luttes en cours, est ce qu'elles appellent "rupture pactisée, formule pieuse et honteuse pour proposer un pacte aux "réformateurs franquistes". Cette formule est accompagnée d'un "tournant tactique" consistant à éli -miner des communiqués toute référence critique à l'égard du Roi et tout appel, aussi lointain soit-il, à la fantasmagorique "Action démocratique nationale' qui, en d'autres temps, était la voie proposée pour "rompre" avec la dictature. De cette façon, nous arrivons au problème central de la situation politique actuelle en Espagne. La bourgeoisie, soumise à une crise économique à laquelle elle ne voit pas d'issue, ne dispose plus maintenant de ses vieux mécanismes de pouvoir - anéantis par la disparition du dictateur - et n'est plus en mesure d'en créer de nouveaux pour faire face à un mouvement de masse qui s'élève chaque jour d'un degré dans son organisation, son étendue et sa combativité. Au milieu d'une paralysie croissante, elle ne voit pas d'autre recours que l' "évolution"', la pression sur le Roi et un secteur de l'actuel appareil politique, pour obtenir le "pacte possible", capable de freiner le développement de l'activité des masses. La fonction et le rôle que jouent les organisations réformistes est de tenter de transmettre cette paralysie au mouvement de masse. Quand, lors des récentes grèves de Madrid on demandait, en réunion de bilan, à des dirigeants connus du PCE quelle était la raison pour laquelle ils n'avaient pas appelé à la grève générale, ils répondaient toujours de la même façon : "Parce qu'un gouvernement provisoire n'a pas encore été constitué. L'opposition est divisée et dans ces conditions, lancer une grève générale serait aller au chaos"'. Chaque fois il est plus difficile au PCE de faire des affirmations aussi cyniques devant les assemblées ou les réunions préparatoires. Et encore plus difficile maintenant, après Vitoria. Lors d'une assemblée générale des métallur-

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AZNAR, MARTINEZ et BARROSO, trois des victimes de la violence policière gistes de Barcelone, au sujet de leur prochain congrès provincial - qui, attention !, concerne plus de 200. 000 ouvriers de Barcelone - un travailleur disait à ses camarades : "Nous savons qu'il peut nous arriver la même chose qu'à nos camarades de Vitoria, mais il faut poursuivre la lutte". Cette phrase résume l'état d'esprit du mouvement de masse en Espagne. Personne ne pourra arrêter cette volonté de combattre. Cette volonté constitue le point d'appui fondamental de l'intervention des marxistes-révolutionnaires. Nous avons été présents lors de toutes les mobilisations de la bataille finale contre le franquisme, impulsant une ligne d'indépendance de classe, d'auto-organisation, d'auto-défense, de coordination entre tous les secteurs en lutte, pour le renversement de la dictature. Le périodique "La Vanguardia" de Barcelone écrivait dans son numéro du 11.3. 1976 : "Tout fait penser que la LCR-ETA (VI) a réussi à capitaliser le récent conflit d'Alava". Le périodique de la bourgeoisie catalane exagère certainement un peu. Mais il dirait vrai s'il affirmait que les militants de la LCR-ETA (VI) ont été à l'avant-garde du mouvement à Vitoria, comme dans la grève de la construction de Barcelone, dans les grèves des Asturies, de Vigo, de Valencia, de Madrid, dans les luttes des enseignants, et dans tous les endroits où s'accroft la rébellion contre l'oppression et l'exploitation; à l'avant-garde du mouvement avec beaucoup d'autres combatants et militants d'autres organisations luttant pour les revendications économiques, politiques et sociales des masses, pour que se renforce leur confiance en elles et que ne se gaspille pas le prix très élevé que notre peuple paye pour sa liberté. Quand la dictature sera défaite, la classe ouvrière et le peuple espagnol sauront dire à ceux qui parlent de "Réconciliation"': "Nous, nous n'oublions pas !', à ceux qui parlent de "Pacte Social" et à ceux qui veulent les tromper avec la marchandise pourrie d'une "liberté rognée", ils leur diront encore : "Nous, nous n'oublions pas !'' Notre tâche à nous, de la LCR-ETA (VI) con -siste à renforcer cette mémoire collective, à l'organiser, à l'étendre, à construire à travers elle la section de la IVeme Internationale dans 1'Etat espagnol. En Espagne, la liberté lutte pour nattre, Dire à quel point nous avons besoin de la solidarité des travailleurs du monde entier est d'une totale évidence. Nous savons que la flamme qui s'est allumée le 3 septembre (1) contre la dictature assassine ne s'éteindra pas. Vigilance pour l'Espagne, camarades du monde entier ! Nous avons besoin de nouveaux "3 septembres"! Pour que jamais plus ne coule le sang ouvrier en Espagne. A bas la dictature assassine !

12,3.76. (1) Le 3 septembre 1975 fut une journée de solidarité internationale avec l'Espagne.

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