L'OPPOSITION A KAUNDA SE RENFORCE
Les évènements du mois dernier ont aggravé de façon importante la crise politique qui affecte la Zambie à l'heure actuelle. Le gouvernement de l'UNIP (United National Independance Party - Parti uni d'indépendance nationale)
est ouvertement menacé à la fois sur sa gauche et sur sa droite. Il est sans doute moins populaire que jamais parmi la population urbaine qui constitue la seule mesure significative de la sensibilité politique. Les premiers à donner une cohérence à l'opposition au régime furent les étudiants de l'UNZA (Université de Zambie, située à Lusaka), où une campagne importante fut menée depuis le début de cette année contre la politique étrangère du gouvernement sur la question de l'Angola. Cette politique avait été déterminée par un grand nombre de considérations que nous avons longuement étudiées dans notre article "Zambie - Les contrecoups de la guerre civile angolaise" (''Inprecor" n°43, 5 février 1976). Pour résumer : 1) Le désir de renouer de larges relations commerciales avec le sud blanc du fait qu'aucune mesure significative de substitution des importations à travers des tentatives de programmes d'industrialisation n'a réussi. 2) La peur de la dynamique incluse dans une victoire du MPLA : éventualité qui a déjà montré qu'elle accélérerait vraisemblablement le processus de déclenchement d'une guerre totale par les populations opprimées contre la citadelle du racisme blanc. Un tel développement pourrait rapidement ouvrir la voie à une mobilisation anti-impérialiste et anti-capitaliste prolongée à travers toute l'Afrique Australe. 3) Dans la dernière période, le pays est devenu réellement dépendant de l'Afrique du Sud du fait des mesures maintenant bien connues de soutien économique fourni par le régime de Vorster à l'économie zambienne souffrante. C'est la collaboration ouverte avec les forces de l'impérialisme et du racisme blanc qui par-dessus tout ont alimenté la protestation des étudiants de l'université de Zambie. Cette génération a été nourrie des évocations constantes des sacrifices que le pays a prétendument fait pour soutenir ses frères et soeurs en lutte contre les régimes blancs. C'est ainsi que la contradiction de plus en plus évidente de ces principes avec
la politique vis-à-vis de l'Angola devait à coup sûr faire naitre des doutes graves. Quand un groupe relativement petit de militants commença à expliquer les racines de cette politique et à faire campagne pour son renversement, il rencontra une réponse de masse qui est allée bien au-delà de ses espoirs les plus fous. Ce développement était une leçon claire comme de l'eau de roche en ce qui concerne l'éveil de la conscience politique au sein des pays néo-coloniaux d'Afrique. Les évènements d'Angola ont démontré au jour le jour les liens étroits qui existent entre le groupe dominant en Zambie et l'impérialisme. Ils ont donné par là aux secteurs les plus conscients de la population, une illustration plus claire que n'auraient pu le faire un millier d'articles, de la véritable nature de classe du régime. Une sérieuse organisation de la solidarité avec le MPLA a commencé à l'université dès l'ouverture du nouveau trimestre le 5 janvier. Cette campagne fut entreprise surtout par les adhérents de la "Société Franz Fanon", un groupe socialiste de discussion qui agit comme noyau pour le regroupement des éléments radicalisés de l'université. Ce groupe est la seule organisation ouvertement politique à l'UNZA, où les tentatives d'implanter une branche de l'UNIP ont été anéanties par l'opposition des étudiants et de leur syndicat. L'agitation menée trouva un écho immédiat dans la masse des étudiants et culmina dans une grève d'un jour appelée pour le 15 janvier et dont les objectifs étaient d'exiger que le gouvernement renverse immédiatement ses positions sur la guerre civile en Angola et soutienne totalement le MPLA. A cette occasion, le campus fut occupé par les étudiants en grève et des meetings de masse long du jour pour discuter les raisons de cette action. Tous les efforts ont été faits par les autorités pour empêcher toute publicité sur cet événement. Tandis qu'il faisait la "une'' à la radio de Luanda, il était ignoré par la presse zambienne, la radio et la télévision. Ce jour-là le campus fut encerclé par la police armée, mais il n'y eut aucune tentative d'entrer dans les locaux. Toute la circulation de la Grande rue de l'Est qui passe devant l'entrée principale de l'université fut détournée pour empêcher les gens de voir les grandes affiches qui avaient été apposées et proclamaient la solidarité avec le Les préoccupations du gouvernement sur la situation à l'UNZA ne se manifestèrent publiquement que le dimanche quand des manifestations, à Lusaka et Ndola, capitale de la ceinture de cuivre eurent lieu pour soutenir la politique officielle en Angola. Lors de la manifestation de Ndola, un porte-parole attitré, membre du Comité central de l'UNIP, Frank Chitambala, révéla indirectement les véritables raisons de l'évènement lorsqu'il mentionna "des professeurs étrangers fourvoyés" à l'UNZA et qui avaient prétendument "fomenté des troubles parmi les étudiants" en militant pour le soutien à une ligne opposée à celle de la politique extérieure du gouvernement. A Lusaka, la nouvelle du projet de manifestation était arrivée très tard aux militants de l'UNZA. Ils furent cependant en mesure d'organiser une distribution de tracts au Collège Evelyn Hone, un établissement d'éducation supérieur et destinée à dissuader les participants éventuels à la manifestation. Ces efforts aboutirent à ce que pas un seul étudiant de cette institution ne participe à la manifestation. Mais les militants pouvaient mettre encore des bâtons dans les roues des plans de l'UNIP. Arrivés à l'endroit de la manifestation avant les organisateurs, ils distribuèrent un grand nombre de tracts expliquant les raison du soutien au MPLA. Ils furentlus et assimilés par les quelque 800 élèves de l'école secondaire de Lusaka qui avaient été enrôlés pour marcher vers la résidence présidentielle (State House) et manifes -ter leur soutien avec les positions gouvernementales. Leurs efforts devinrent payants au cours de l'allocution de Kaunda. Utilisant son astuce bien connue lors des rassemblements de foule, il vociféra à plusieurs reprises la question: "Qui soutenons-nous ?" En réponse, au lieu de ce qu'il espérait: "Un gouvernement d'unité nationale", arriva haute et claire la réponse : "le MPLA !" Après ces salves d'ouverture, les évènements avancèrent rapidement vers une confrontation. Au soir du 28 janvier, Kaunda vint à la radio et à la télévision faire un discours annonçant l'institution d'un "état total d'exception" dans tout le pays. Comme la Zambie était en "état d'exception partiel"' depuis la proclamation d'indépendance de la Rhodésie, en novembre 1965, il était difficile de se rendre immédiatement compte de ce qu'étaient précisément les changements introduits alors. Mais l'accent fut largement mis sur la suspension de toutes les garanties de l'article 3 de la Constitution qui concerne les droits démocratiques et civiques les plus élémentaires. Sa révocation équivalait à un retrait total de toutes les libertés de base, de parole, de rassemblement, etc. et à permettre à la police armée d'entrer dans n'importe quel local sans mandat. Le samedi 31 janvier vit la première arrestation en vertu des nouveaux pouvoirs lorsque Lionel Cliffe, un britannique professeur à l'UNZA fut détenu pendant 28 jours. Aucune raison ne fut donnée, mais sa femme déclara que la police avait emporté de la littérature sur l'Angola de leur maison du campus. Ironie du sort, Cliffe était connu pour avoir été un militant du Comité pour la libération du Mozambique, de l'Angola et de la Guinée, en Grande-Bretagne entre 1971 et 1974. Avant cela, il avait travaillé pendant 10 ans à l'université tanzanienne de Dar-es-Salam où il avait agi et travaillé pour une longue période en tant que conseiller du gouvernement.
La position de la Zambie sur l'Angola était ainsi clairement dénoncée par la détention d'un homdont toute la carrière montre qu'il fut un combattant constant contre l'impérialisme dans ce pays. La détention de Cliffe jeta l'université dans un état de fermentation qui culmina dans la grève générale du 5 février. A cette occasion, la colère des étudiants était particulièrement dirigée contre deux membres du personnel, accusés de collaborer avec les tentatives répressives du gouvernement. Comme doyen de la faculté des Arts et des Sciences sociales, Ndem, un Nigérien, avait refusé de convoquer un meeting du personnel pour discuter de l'emprisonnement de Cliffe. Mutukwa, un collègue Zambien de Cliffe du département des Sciences politiques fut accusé d'être partie prenante des tentatives du gouvernement d'impliquer ce dernier dans l'organisation d'actions pro-MPLA sur le campus. Les grévistes demandèrent la démission immédiate de ces deux hommes. La réponse du gouvernement fut rapide. Le samedi 7 février, la police armée entoura le campus. Le prétexte en fut un incident au cours duquel un étudiant bien connu pour être l'un des nombreux agents de la police en cet endroit, pointa un révolver sur un groupe de collègues qui avaient commencé à l'accabler de sarcasmes dans le réfectoire. Une situation de quasi-émeute se développa et l'homme de paille de la police a eu bien de la chance de sortir indemne des locaux. Un blocus total fut alors instauré de façon à ce que ceux qui étaient à l'intérieur ne puissent recevoir aucune nourriture et la moitié des habitants du campus qui étaient partis à Lusaka pour la journée furent empêchés de retourner chez eux et obligés de dormir dehors. En même temps, trois autres membres du personnel furent arrêtés. 1) UnHollandais, Siemensma, dont on a dit qu'il avait envoyé des rapports aux grands moyens d'information hollandais sur la situation à l'UNZA (c'est sans doute juste et d'autant plus embarrassant pour le gouvernement). 2) Un professeur italien du département de sociologie, D. Longhi, pour avoir "activement tenté d'obtenir la libération de Cliffe". 3) Peut-être le plus embarrassant pour le gouvernement, un réfugié sud-africain apatride, Robert Molteno, qui faisait partie du personnel depuis 8 ans. Il est connu que durant cette période, il avait travaillé comme conseiller du gouvernement à plusieurs reprises. Il est aussi connu de toute la population qui a suivi la première année de l'école secondaire comme l'auteur d'un livre intitulé "La communauté zambienne et son gouvernement", qui est obligatoirement étudié dans les cours d'éducation civique récemment introduits. Ceux-ci ont pour but d'inculquer l'admiration pour l'Etat parti unique et ses institutions dans l'esprit des jeunes Zambiens et il faut dire que le livre de Molteno fait un aussi bon travail que possible dans cette tâche difficile de le faire apparaitre comme "humaniste" et démocratique. Mais en cette occasion, son crime semble être d'avoir pris les porte-paroles du gouvernement au pied de la lettre et d'avoir participé centralement à la rédaction d'une lettre signée par 75 membres du personnel et qui dénonçait la détention de Cliffe comme un coup contre le principe des libertés universitaires et appelait à sa réintégration "dans l'honneur". Il est clair que la décision finalement prise de fermer l'université fut profondément motivée par la formation d'un bloc solide du personnel et des étudiants, qui s'opposait à la politique répressive du gouvernement, Dans la nuit du 7, la police entra dans le campus brutalement, en essayant de provoquer une confrontation qui rendrait possible de faire porter aux étudiants la responsabilité de la fermeture. Cette tactique échoua complètement. Mais le lundi 9 janvier, le ministre de l'Education, Mulitika, vint à la radio pour annoncer la fermeture illimitée de l'UNZA et il expliqua que c'était pour empêcher une inévitable effusion de sang et les dommages à la propriété qui surviendraient si la faculté restait ouverte. Les étudiants furent expulsés, avec 10kwacha chacun pour payer leur voyage, embarqués dans des cars sous la direction de l'armée et de la police et déposés à la station de bus principale de Lusaka pour y attendre les moyens de transport leur permettant de rentrer chez eux. 21 étudiants furent ajoutés aux 4 professeurs détenus. Ce nombre comprend toute la direction du syndicat étudiant et un nombre de militants connus pour leur participation à l'organisation des événements de la semaine précédente. Dans ces conditions il était évidemment impossible de garder l'université ouverte, par peur des protestations qui auraient suivi. C'est ainsi que se terminèrent quatre semaines de fermentation politique intense à l'université, au cours desquelles des centaines d'étudiants se sont radicalisés et en sont venus à apprécier la nature réelle de la politique de leur gouvernement "humaniste"', sur au moins un problème crucial. Les porte-parole gouvernementaux se félicitèrent d'avoir donné une salutaire leçon à ces étudiants "parvenus", et par-dessus tout, à ces professeurs qui étaient infiltrés dans l'institution comme "agents des super-puissances". Mais l'opinion publique zambienne, elle, fut bien moins impressionnée. Le dimanche suivant, 15 février, le "Sunday Times"', journal contrôlé par le gouvernement, fit paraltre dans l'un de ses suppléments intitulé "La parole au peuple" les commentaires de 20 à 30 personnes du "peuple" sur un thème d'actualité. Or, il ne s'est trouvé personne pour exprimer un soutien sans réserve à la fermeture de l'UNZA, dans ce supplément spécial pourtant consacré à ce sujet. Le niveau général des commentaires était on ne peut mieux résumé par les personnes blâmant le fait que le gouvernement dépense
autant d'énergie contre deux milliers d'étudiants dissidents, alors qu'il montre si peu d'empressement à s'attaquer aux problèmes économiques affectant la majorité des gens. A première vue on peut estimer que loin d'avoir isolé les militants étudiants de la masse de la population, le gouvernement a agi d'une façon qui a contribué à abattre les barrières entre les deux groupes de population. On ne sait pas encore quand l'université va ouvrir et pas un mot n'a été dit sur le sort des détenus. Mais il apparaît vraisemblable que lorsque la population étudiante retournera au campus, elle n'aura subi aucune démoralisation significative ni une réduction de ses capacités de mobilisation contre le gouvernement. Le fait que le MPLA soit victorieux est primordial pour le moral, de même que le fait qu'en dépit de le dissimuler derrière des formulations complexes, la Zambie sera forcée de reconnaltré, de fait sinon de droit, le nouveau gouvernement angolais - un acte dicté surtout par le désir de s'assurer une réouverture rapide du chemin de fer de Benguela. Dans cette situation nouvelle, il va devenir extrêmement embarrassant de continuer à détenir 25 personnes ayant défendu une ligne d'action que les événements imposent maintenant à une administration très réticente. Donc, quand les étudiants retourneront à l'UNZA, il est certain qu'ils seront collectivement conscients que la ligne pour laquelle ils se sont battus a été victorieuse. Une telle situation placera la lutte pour un développement ultérieur de la conscience politique sur un terrain éminement favorable. Mais l'opposition de l'université à la position du gouvernement sur l'Angola n'était pas la seule menace contre le gouvernement durant cette période. Dans la ceinture du cuivre, une riposte massive fut suscitée par les plans du gouvernement de mettre les logements des mineurs sous le pouvoir des autorités locales. Jusqu'ici les mineurs avaient été logés dans des corons fréquemment situés dans des ensembles entièrement séparés du reste de la population. Par là, ils bénéficiaient de loyers en moyenne inférieurs à ceux des autres habitants. Certains services comme l'eau avaient été fournis gratuitement et, grâce à la plus grande efficacité de l'organisation, des problèmes essentiels comme le maintien de la propreté avaient été plus rapidement réglés. C'est pourquoi, l'annonce que les autorités locales allaient maintenant prendre la direction de tous les corons fut accueillie avec consternation. A Chingola, Kitwe et Luanshya, la commission officielle chargée d'enquêter sur ce projet fut accueillie par des meetings turbulents organisés par les branches locales du MUZ (Mineworkers's Union of Zambia - Syndicat des mineurs de Zambie). A la mine de Rokana à Kitwe, le 21 janvier, elle ne put faire aucune assemblée publique, à cause du siège de son lieu de réunion par des milliers de mineurs.
Parmi ceux qui sont prompts à tirer parti de la situation se trouvaient les restes de l'UPP (United Progressive Party - Parti uni du Progrès), une scission de 1971 de l'UNIP menée maintenant par l'ex-vice-président Simon Kapwepwe, qui fut exilé en 1972 immédiatement avant l'instauration de l'Etat de parti unique. Mais en exploitant leur base historique d'appui dans la ceinture de cuivre (Mufulira était le seul endroit dans lequel ils réussirent à gagner une élection parlementaire pendant leur brève existence), les militants de l'ex-UPP, qui avaient toujours gardé des liens informels, commencèrent à s'organiser pour reconstruire leur base d'appui. Ils jouèrent indubitablement un rôle important dans certaines des mobilisations contre la commission. Ce parti, bien sûr, n'est en rien une opposition progressiste à l'UNIP. En fait, l'un de ses principaux axes durant le début des années 70 était la réouverture complète des relations économiques avec le Sud blanc. La direction fut par la suite toujours composée majoritairement de Bembas, groupe dominant dans la ceinture de cuivre, qui s'étaient vus exclus de toute fonction politique par l'accent mis constamment par Kaunda sur le maintien de l'équilibre des postes de direction. Cependant ce soutien a souvent eu tendance à se baser sur un tribalisme grossier.. La ré-émergence active de cette tendance fut accompagnée par une nouvelle polarisation au sein du Parlement zambien. Là, le porte-parole le plus éminent de la droite est sans aucun doute Arthur Wina, ex-ministre des finances et député de Livingstone. Il est un homme d'affaires éminent et le président du ZNCCI (Zambia National Council for Commerce and Industry -Conseil national de Zambie pour le commerce et l'industrie). Le 21 janvier au Parlement, Wina lança une attaque de grande envergure contrela poursuite de la fermeture de la frontière avec la Rhodésie au commerce zambien par route et rail, arguant que sa réouverture, en dépit de toute considération politique, était une nécessité économique pour le pays. Il fut immédiatement soutenu par un grand nombre de membres du Parlement, dont certains utilisèrent l'occasion pour lancer des attaques contre les combattants de la liberté du Zimbabwe (1), qui étaient accusés de ne pas avoir utilisé une tactique correcte d'unification pour obtenir d'eux-mêmes, miraculeusement, leur libération. La Zambie, fut-il dit, était fatiguée de soutenir ces ingrats, traîtres à l'Afrique. En dépit des essais du président du Parlement pour mettre un terme à ce débat en déclarant que le sujet avait été déjà clos par le refus de Kaunda (le 24 janvier) de considérer la question, Wina la fit éclater à nouveau le 4 février. Son nouveau discours prit la dimension de ce qu'on peut raisonnablement caractériser comme le début d'un manifeste de la droite. Une fois encore, il exigea que la frontière soit réouverte "pour sauver une économie en faillite". Il continua en attaquant la cible fa-
cile de l'inefficacité totale du gouvernement à promouvoir une agriculture coopérative en Zambie. "Nous devrions soutenir les fermiers qui produisent pour le commerce avant de gaspiller notre argent pour des expériences d'agriculture collectivisée". Puis il continua en traçant des comparaisons défavorables avec la situation au Malawi qui, dit-il, était capable de se nourrir lui-même et même d'accroitre ses exportations agricoles, à cause de sa foi sans honte dans l'agriculture d'entreprise privée. Sur la même ligne, le député de Malambo, Whiteson Banda, déclara le 5 février que "les programmes de développement n'aboutiront jamais sans l'aide d'investissements étrangers Le tournant du Parti et du Gouvernement vers le socialisme effraye les investisseurs potentiels, et s'il n'est pas abandonné, il mènera à l'effondrement de l'économie". Ainsi ces dernières semaines ont vu la résurgence d'une tendance de droite qui est impatiente d'en finir avec le boniment "'humaniste" de Kaunda et avec ses engagements verbaux envers le socialisme (bien que les actions du gouvernement en soient bien éloignées), pour le remplacer par une orientation explicite vers le développement d'une économie d'entreprise privée pure. Le gouvernement se trouvera confronté dans l'avenir à des problèmes provenant des mesures économiques prises à la fin janvier. Le 30 janvier, le ministre des Finances, Mwanashiku, présenta son budget qui augmentait le prix du pétrole, de la bière, du tabac et autres produits de "luxe". Mais le dimanche ler février, on annonça une importante augmentation du prix du mals, nourriture de base des Zambiens. Le prix d'un sac de 50 kilos de farine tamisée passait de 4,10 k. à 9 k. La farine brute passait de 3,2 k. à 3,96 k. Dans sa tentative de justifier cela, Kaunda aurait effectivement dit que la farine tamisée était une farine de luxe, mangée seulement par les "apamwambas" (le gratin). En fait, ainsi qu'il fut démontré par plusieurs personnes auxquelles on demandait des commentaires pour la presse, la farine brute était si grossièrement préparée qu'elle était pratiquement immangeable et sa mauvaise qualité était la cause d'un grand déchet. De là provient le fait que la farine tamisée était généralement utilisée par des secteurs de plus en plus larges de la pouplation pour lesquels le doublement de son prix était une atteinte grave à leur niveau de vie. Malheureusement, les statistiques sur le taux d'inflation de la période récente ne sont pas encore disponibles. Mais pour les premiers six mois de 1975, l'indice des prix pour les faibles revenus s'est accru à un taux annuel de 14 %, tandis que les augmentations de salaires étaient légalement limitées à 5 % l'an. La dernière augmentation de la nourriture de base de la Zambie va sans aucun doute accélérer considérablement cette inflation et servir à alimenter un mécontentement qui s'exprime déjà presque ouvertement. En conséquence, la perspective immédiate pour le gouvernement zambien est celle de difficultés sur tous les fronts. En dépit de ses dénégations actuelles, il reste extrêmement vraisemblable qu'il va essayer de gagner un répit temporaire pour le développement du commerce et des liens financiers avec le Sud blanc, pour une réouverture de la frontière rhodésienne qui lui fournirait la route la plus rapide vers la mer. La reconnaissance du MPLA (après un laps de temps "décent"', lui assurera en outre l'usage du chemin de fer de Benguela.
Mais ces mesures ne résoudront pas le problème qui vient du gros déséquilibre de son économie "mono-minérale" et des effets conjoncturels de la récession mondiale des économies impérialistes.
La tâche cruciale dans le futur immédiat sera de convaincre la population estudiantine radicalisée de la nécessité de commencer un travail en direction de la classe ouvrière, dont le niveau de vie subit une attaque. Il est certain qu'une au moins des considérations qui ont provoqué la décision gouvernementale de fermer l'université fut le fait que des éléments radicaux impliqués dans la lutte pour obtenir le soutien au MPLA avaient déjà commencé à poser la nécessité de prendre une position publique claire et avaient même tenté de lancer des actions sur le problème de l'augmentation des prix. Ce progrès dans le niveau de conscience qui a débuté à partir du soutien au MPLA doit maintenant être utilisé pour développer une compréhension plus globale de la nature précise du régime néo-colonialiste de Zambie. Une telle tâche est d'autant plus urgente que la véritable politique bourgeoise d'individus comme Wina et Kapwepwe peut gagner dans l'immédiat une grande influence parmi les travailleurs. Car, tandis qu'à long terme leur projet est encore moins à même d'assurer un développement économique et une augmentation de la richesse que ne le sont les projets de l'UNIP au gouvernement, ils possèdent un pouvoir d'attraction superficiel à cause de leurs promesses d'arrêter le déclin du niveau de vie. Il semble vraisemblable cependant que nous entrons dans une période au cours de laquelle la crédibilité des dirigeants de l'UNIP va diminuer de plus en plus devant la menace grandissante venant de droite et de gauche. Il
Best d'une importance décisive que la gauche, dont les potentialités ont été révélées par les événements à l'UNZA durant les mois passés, commence maintenant à développer sa capacité d'intervenir sur des fronts beaucoup plus larges.
20 février 1976 (1) Nom africain de la Rhodésie.