Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ANGOLA

Résolution adoptée par le C.E.I. de la IV° Internationale

· Inprecor (première série) n° 46, 18 mars 1976 · p. 20-27 · 5 386 mots

Afrique australe Portugal Stalinisme

Thèses

adoptées par le

C.E.I. de février

1976

(Comité Exécutif International de la IV° Internationale) La formation d'un Etat indépendant en Angola est l'aboutissement d'une lutte politique et militaire menée par des forces sociales et politiques multiples. Malgré l'existence d'une tradition anti-colonialiste et l'ampleur des forces mobilisées dans la confrontation armée, la lutte s'est prolongée quatorze ans durant à cause des facteurs spécifiques suivants : a) l'intérêt qu'avait l'impérialisme portugais de contrôler les ressources très considérables du pays, d'autant plus qu'à cause de sa faiblesse économique et politique il ne pouvait miser sérieusement sur une reconversion néo-coloniale; b) la nécessité pour le régime fasciste de Lisbonne de maintenir l'empire colonial sous peine de briser l'équilibre socio-politique global sur lequel il se fondait; c) la présence en Angola d'un contingent important de colons poussés par leurs intérêts et par leurs privilèges raciaux à défendre jusqu'au bout les structures coloniales traditionnelles; d) le caractère plus développé par rapport aux autres colonies portugaises de la structure socio-économique angolaise, ce qui impliquait des potentialités plus substantielles d'une dynamique de révolution permanente ; e) l'absence d'une bourgeoisie nationale un tant soit peu solide; f) la difficulté pour les Etats-Unis de jouer la carte du néo-colonialisme aux frais de la vieille puissance coloniale et de contribuer à une reconversion relativement à froid aussi bien à cause des liens politico-militai-

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res avec le régime de Lisbonne dans le cadre du Pacte Atlantique (ce qui impliquait une aide à l'armée portugaise) que de leur volonté de ne pas mettre en danger l'équilibre politique dans la péninsule ibérique (les événements après le 25 avril 74 ont confirmé à quel point cette préoccupation des impérialistes était, de leur point de vue, fondée). 2 te colorine acture centend poids Au cours dela guerre se produisent des de certains facteurs mentionnés, et, en dernière analyse, réduisent les marges de manoeuvre politique de l'impérialisme. A la campagne, les structures traditionnelles sont ébranlées, notamment dans certaines régions, aussi bien par les opérations militaires que par les mesures de répression "préventives" (''hameaux stratégiques"') et les immigrations massives (surtout vers le Zatre). En même temps se renforce davantage, aux dépends de l'agriculture de subsistance, l'agriculture capitaliste produisant pour le marché mondial. En ce qui concerne l'économie industrielle se réalisent des investissements étrangers très importants dans des secteurs de base (pétrole), dans la petite et moyenne industrie de transformation, dans des réseaux commerciaux. Ce processus s'amplifie à la fin des années 60 et au commencement des années 70 . Le résultat de ces développements combinés est que le poids relatif des structures capitalistes s'accroît, la classe ouvrière devient plus nombreuse de même que d'autres couches salariées, la petite bourgeoisie urbaine se renforce aussi, les bourgeoisies des pays capitalistes autres que le Portugal sont intéressées de plus en plus au contrôle sur l'Angola (Etats-Unis, puissances de l'Europe occidentale, Grande-Bretagne notamment). La guerre se prolonge aussi dans la mesure où le mouvement anti-colonialiste est profondément divisé et les Etats néo-coloniaux avoisinants jouent un rôle extrêmement ambigu. D'un côté ils ne peuvent pas ne pas aider les mouvements de libération, d'autre part, ils s'efforcent de les contrôler et de les encadrer dans leurs projets politiques, allant jusqu'à devenir le véhicule de pressions impérialistes (les gouvernements congolais aident le FNLA au détriment du MPLA, en favorisant les attitudes attentistes sur le plan militaire et équivoques sur le plan politique de la direction de Holden Roberto; la Zambie oscille dans le choix de son allié privilégié).

La défaite de l'impérialisme portugais ne se place pas sur le terrain purement militaire. Elle est déterminée, en réalité, par l'impossibilité de la part de l'armée coloniale d'écraser la lutte armée du peuple angolais, par les défaites militaires majeures essuyées par les impérialistes en Guinée Bissau et au Mozambique, par le fait que le fardeau économique de la guerre devenait de plus en plus insupportable pour Lisbonne, et par les conséquences politiques de plus en plus graves, dans la métropole, de l'éternisation du conflit. Dans la première phase après le 25 projet spinoliste est d'accepter le fait accompli de la victoire complète du PAIGC en Guinée Bissau, de se résigner au contrôle du Mozambique par le FRELIMO (tout nonçant pas à des tentatives, des chantages, des conditionnements et des batailles d'arrière-garde) et de manoeuvrer en Angola dans le influence plus directe et un contrôle plus substantiel que dans les anciennes colonies. Une telle attitude est liée à l'importance beaucoup plus considérable de l'Angola pour le Portugal et l'impérialisme en général, du point de vue aussi bien économique que stratégique. Mais l'élément décisif réside dans la division du mouvement national angolais et la possibilité de l'exploiter politiquement et militairement. A cause de la crise révolutionnaire dans la métropole et de la paralysie de l'armée bourgeoise portugaise, le gouvernement portugais ne peut pas mener à bien son opération et se voit obligé de retirer son épingle du jeu. Toutefois, dans la brèche ouverte, se précipitent d'autres forces impérialistes et néo-coloniales (Etats-Unis, Afrique du Sud, pays d'Europe capitaliste, Zatre, Zambie,...) en contribuant plus ou moins directement à l'éclatement de la guerre

Le mouvement national angolais remonte aux années 20 - idéologiquement même, à "la fin du siècle dernier - et plonge ses cines dans les luttes anticoloniales s'étalant sur quatre siècles. Mais c'est à partir de la moitié et vers la fin des années 50 qu'il commence à acquérir une influence considérable et à s'exprimer dans des formes organisées. La lutte armée commence à la suite du refus, de la part du régime colonial, de toute concession, et sous l'impulsion d'événements africains et mondiaux (formation d'une série d'Etats indépendants dans le continent, Guerre d'Algérie, victoire de la Révolution à Cuba ...) Des forces sociales et politiques différenciées participent au mouvement : petite bourgeoisie urbaine, intelligentsia radicalisée, militants et cadres issus du prolétariat et de la paysannerie, émigrés au Congo, etc. C'est presque un symbole que les initiatives qui marquent l'ouverture des hostilités lau mois de février et de mars 1961) appartiennent aux deux composantes sociales et politiques actives à l'époque (noyaux issus de la petite bourgeoisie et des masses pauvres dans les villes, essen -tiellement sous l'influence du MPLA, et noyaux issus de la paysannerie et des émigrés

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campagne, sous l'influence de l'UPA, prédécesseur du FNLA). Dès le commencement, se précisent l'ampleur des couches qui se mobilisent ou sont susceptibles de se mobiliser dans la lutte anti-impérialiste, et en même temps la difficulté d'établir un cadre politique et organisationnel unitaire.

Dans la période allant de 1961 à 1966 le FNLA, dirigé par Holden Roberto, réussit à établir un rapport de force nettement en sa faveur. Le MPLA, dont la base originaire est essentiellement urbaine, est frappé beaucoup plus durement par la répression déclenchée à la suite des actions de 6l et ne réussit pas à s'implanter en dehors de l'enclave de Cabinda. Entre 61 et 64 surtout, il traverse une phase très critique où, entre autres, il manoeuvre avec des petits groupes ambigus, et il est sérieusement affecté par une crise de direction qui aboutit même au départ du groupe de Viriato da Cruz (grorpe se réclamant du marxisme et de conceptions maolstes). A cause de son orientation et de ses liens internationaux, il est particulièrement handicapé par l'action du gouvernement congolais, qui sabote ses acti -vités et s'efforce de l'éliminer de la scène. Le FNLA est en condition de mieux résister à la répression, grâce à son implantation paysanne. Il peut exploiter sa présence dans des régions de frontière et la base que lui assure la masse des émigrés. Il jouit de l'aide ou de la tolérance des gouvernements qui se succèdent au Congo. Devant la fin de non-recevoir opposée par les Etats-Unis aux demandes d'aide matérielle, il fait des tentatives d'exploiter à son avantage le conflit sino-soviétique en esquissant une ouverture vers Pékin: il réussit à s'imposer à l'Organisation de l'Unité Africaine, qui reconnait le gouvernement formé par lui, le GRAE (Gouvernement Révolutionnaire Angolais en Exil). Même la composante tribale (Bakongo) - toujours plus forte dans le FNLA que dans le MPLA - représente à l'époque un élément de force, dans la mesure entre autres où elle assure le lien vital avec l'émigration et le Congo.

C'est à partir de 1966 que la situation commence à changer. Le MPLA reprend l'initiative et, en valorisant les forces cosolidées à Cabinda et jouissant de la tolérance sinon du soutien actif de la Zambie, crée des zones d'opération nouvelles (à l'Est, au Nord et plus tard dans le Nord-Est). En 1968, il déclare exercer son contrôle sur le tiers du territoire. Son renforcement est aidé par une conception plus souple de la guerre de guérilla et par ses efforts d'organisation dans les zones libérées où surgissent des organismes populaires sous forme de comités de village. Ainsi il réussit à surmonter le cadre étroit de son rayonnement antérieur et à apparaltre comme une force opérant à l'échelle nationale. Dans la même période, le FNLA adopte une attitude fondamentalement attentiste, en s'appuyant exclusivement sur ses bases dans le Nord et ses "arrières" congolais. Les pressions des gouvernements de Kinshasa contribuent cette orientation. D'autre part, le FLNA subit une scission avec le départ de Savimbi qui forme ensuite l'UNITA. L'UNITA reste très faible pendant une longue période, mais son existence, sous la direction d'un homme aux attaches tribales très importantes comme Savimbi, représente en tout cas un obstacle majeur à une extension nationale de l'influence du FNLA (de même d'ailleurs qu'à un élargissement supplémentaire de la zone contrôlée par le MPLA). Le changement du rapport de forces sur le terrain n'est pas sans répercussions internationales : le MPLA renforce ses liens avec les Etats ouvriers et les gouvernements dits"progressistes" (le FNLA établit des rapports avec la Chine); le MPLA obtient une rectification de l'attitude des Etats de l'OUA dont un certain nombre lui réservent des rapports privilégiés et, en fait, s'assure un statut égal à celui du FNLA-GRAE.

~ Le mouvement national angolais reste divi0 sé en trois tendances principales au moment de l'écroulement du régime fasciste à Lisbonne. Des tentatives d'unification avaient été faites, sous l'impulsion de certains gouvernements africains, à plusieurs reprises et surtout en 1972, sans aboutir toutefois à des résultats réels. Ces tentatives sont relancées en 1974. Mais ce n'est qu'au commencement de 1975 que les Accords d'Alvor permettent la formation d'un gouvernement unitaire sous les auspices de l'ancienne puissance coloniale. Le MPLA risque de faire les frais de l'opération : - parce que le FNLA et l'UNITA font front commun, en exploitant contre le MPLA

- parce qu'ils sont favorisés par l'alliance avec les gouvernements néo-coloniaux avoisinants (avec la seule exception du CongoBrazza dont l'influence est nécessairement limitée)

- parce qu'ils jouissent du soutien prioritaire des puissances impérialistes. Le MPLA espère exploiter en sa faveur la sympathie d'une aile du MFA - ce qui l'amène à semer des illusions sur le MFA et le gouvernement Vasco Gonçalvès - mais en pratique, il ne tire sur ce terrain que des avantages très limités et éphémères pendant l'administration Rosa Coutinho. Il subit, en outre, une crise interne très profonde qui l'écartèle en trois tendances et l'expose très dangereusement pendant une période à l'influence de gouvernements néo-coloniaux. Dans ce contexte, les Accords d'Alvor, confirmés ensuite à Nakuru, sont la charpente d'une opération néo-coloniale d'envergure, au moins

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potentiellement. Mais l'éclatement de la guerre civile remet tout en question,

IIII

La concrétisation du projet d'Alvor impliquait la réalisation et le maintien d'équilibres délicats entre les multiples forces intéressées, aussi bien angolaises qu'étrangères (compromis entre les différentes couches sociales, les différentes ethnies et formations régionales, entre les différents appareils politiques et militaires, intérêts conflictuels des différents Etats néo-coloniaux et des différentes puissances impérialistes). La situation portugaise introduisait, directement ou indirectement, à plusieurs niveaux, d'autres éléments de déséquilibre et de contradictions. Mais c'est la dynamique du mouvement des masses dans les villes, et notamment à Luanda, qui joue, en dernière analyse le rôle décisif dans l'éclatement de la crise. Les changements socio-économiques allant de pair avec la guerre coloniale avaient renforcé le poids spécifique des couches urbaines. A la chute du régime de Caetano, tous les équilibres précédents sont bouleversés. Des couches petites-bourgeoises occupent ou espèrent occuper la place qu'abandonnent les colons en fuite. L'intelligentsia veut exploiter la possibilité de jouer un rôle important dans l'administration et dans la gestion du pays en général. La classe ouvrière renforcée dans ses effectifs à la suite de l'industrialisation relative, s'organise et se mobilise pour imposer ses droits et arracher des conditions moins misérables. Les masses prolétariennes et populaires des bidonvilles s'organisent et se mobilisent à leur tour y compris dans des buts d'auto-défense face aux actions désespérées des ultras du colonialisme et du racisme. Les grèves, les manifestations et les mobilisations se succèdent jusqu'à la grande manifestation qui rassemble à Luanda des dizaines de milliers de personnes; et la réalisation d'une assemblée nationale des comités de base une grève générale avait déjà eut lieu à Luanda en septembre 73). C'est justement la dynamisation de ces couches exploitées urbaines, ne pouvant pas s'intégrer dans un cadre néo-colonial, qui fait sauter la construction d'Alvor.

La mobilisation des masses de Luanda n'est pas le résultat d'une initiative politique délibérée du MPLA. Dans une large mesure elle se développe indépendamment de la volonté de sa direction et largement en dehors de son cadre organisationnel (en fait son appareil n'est pas encore mis sur pied au moment où les mouvements de masse éclatent). Mais par sa tradition, son enracinement précédent, la nature d'une partie au moins de ses cadres, son caractère de mouvement national et non pas régional ou tribal, le MPLA est en meilleure posture pour bénéficier d'un tel mouvement en accroissant ainsi énormément son audience. Il est d'ailleurs placé devant un choix très concret : soit suivre jusqu'au bout l'orientation d'Alvor en se battant pour une application stricte des accords impliquant, entre autres, le désarmement des "civils"', et entrer en conflit avec le mouvement des masses; soit s'intégrer dans ce mouvement et en prendre la direction en cherchant en même temps à le canaliser. Tenant compte de tous les autres éléments jouant contre lui et n'ayant pas une implantation paysanne suffisamment large, il ne peut opter que pour la deuxième solution. Le FNLA qui n'a pas de base réelle dans les villes, et qui compte être, sinon immédiatement, du moins à court terme, le principal bénéficiaire des Accords d'Alvor,

Use lance au, contraire dans une offensive contre le mouvement de masse accompagnée par une répression sanglante. Son but est d'imposer son contrôle dans la capitale en coupant l'herbe sous le pied à l'organisation rivale. , Pour sa part, l'UNITA parachève le tournant qui l'amène à laisser tomber sa démagogie socialisante, à renoncer à toute atti -

Get à se présenter aux

Portugais comme le partenaire le mieux disposé à aider la reconversion néo-coloniale et à s'aligner avec le FNLA, Sa nature régionale, qui lui a permis de gagner une base importante, facilite aussi la position contre le mouvement des masses urbaines de Luanda et son engagement contre l'organisation qui jouit de la confiance de ces masses.

IV

La genèse concrète de la guerre civile, le clivage entre les mouvements indigènes et les alignements internationaux mettent en lumière sans ambiguité la nature fondamentale du conflit angolais. D'un côté se rangent fondamentalement les forces sociales qui ont objectivement intérêt à lutter pour l'indépendance nationale conséquente et à refuser les solutions de compromis néo-coloniales, ce qui les inscrit potentiellement dans une dynamique de révolution permanente, de transcroissance de la révolution nationale en révolution sociale : se sont les couches décisives de la classe ouvrière urbaine - aussi bien de l'industrie que des services - des couches de salariés agricoles, des masses populaires rejetées par le colonialisme en marge de cette structure économique et sociale, de larges secteurs de la paysannerie pauvre qui ont participé, directement ou indirecte-

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ment à la lutte armée, et ont fait leurs premières expériences de mobilisation et d'organisation politique, en entrant en conflit avec les cadres de la société rurale traditionnelle. D'un autre côté, se trouvent ceux qui s'accrochent aux privilèges, même dérisoires du passé, ceux qui ont intérêt à la structuration d'une société néo-coloniale, ceux qui ne veulent pas couper définitivement le cordon ombilical avec l'impérialisme, ceux qui veulent défendre ce qui subsiste de la société traditionnelle : ce sont les survivants du colonat, des couches petites-bourgeoises cossues, les noyaux embryonnaires de bourgeoisie nationale, les chefs traditionnels et leurs acolytes. L'éclatement de la guerre civile en liaison avec les mouvements des masses urbaines reflète sous une forme condensée - et simplifiée - le contenu socio-politique de la confrontation militaire. Le fait que le FNLA et l'UNITA soit soutenus par l'impérialisme américain, les principales puissances impérialistes européennes, les racistes de l'Afrique du sud, et les blocs des Etats néo-coloniaux les plus conservateurs ou même réactionnaires, tandis que le MPLA jouit de l'appui des Etats ouvriers à l'ignoble exception de la Chine, et en prener lieu de celui de l'Union soviétique et de Cuba, et des gouvernements néocoloniaux qui ne peuvent encore se permettre de faire abstraction des traditions de lutte de leurs mouvements nationaux et des sentiments des masses, blason "progressiste", confirme et renforce l'analyse de la dynamique des forces indigènes. Il est clair, d'ailleurs, qu'une victoire éventuelle du bloc FNLA-UNITA, non seulement marquerait un succès de la contre-révolution en Angola avec un cortège tragique de répression sanglante, mais renforcerait les positions de l'impérialisme dans une région d'une très grande importance stratégique, donnerait un nouveau souffle aux racistes sud-africains et amènerait la formation d'un régime plus réactionnaire dans une série de pays africains. 10l nerve cone angolais a des dapirée L'intervention des impérialistes dans par la nécessité de défendre leurs intérêts économiques, politiques et stratégiques extrêmement importants en Angola même, et surtout dans cette région de l'Afrique. Le gouvernement nord-américain subissait des pressions contradictoires : il existait d'une part des tendances favorables à l'intervention soit en fonction d'intérêts économiques spécifiques, soit pour des considérations politiques. D'autre part, il y avait une résistance des groupes préoccupés des conséquences négatives pour leurs intérêts que pourrait avoir, dans une série d'Etats africains, un engagement aux côtés

FNLA-UNITA et du régime de Prétoria et l'attitude de quelques politiciens enclins à jouer la carte de l'intégration du MPLA dans un projet néo-colonial. Mais l'enjeu politique et stratégique global ne pouvait que faire opter Washington pour le soutien au FNLA et à l'UNITA. Si ce soutien ne s'est pas traduit jusqu'ici dans une intervention militaire directe, c'est à cause situation créée par la défaite récente au Vietnam et par la peur de provoquer la renaissance d'un mouvement anti-guerre, notamment chez la minorité noire. Le régime Sud-africain a été poussé pour sa part à intervenir du fait de sa volonté de défendre des intérêts économiques de longue date et sa préoccupation de maintenir un glacis stratégique et politique. Il s'est engagé d'autant plus qu'il est miné par une crise sérieuse qu'une victoire des forces anti-impérialistes en Angola et éventuellement dans d'autres pays de la région, pourrait précipiter en stimulant la lutte du prolétariat le plus important de toute l'Afrique et en mettant en question l'existence même du régime. L'action de la bureaucratie soviétique s'explique par sa volonté de jouer un rôle important dans le jeu politique de la région et de l'Afrique et de ne pas renoncer au moment décisif aux avantages qu'elle peut tirer du soutien au MPLA pendant une longue période. Elle est stimulée en même temps par la nécessité de marquer des points contre la Chine dans le mouvement communiste et ouvrier international et parmi les masses des pays coloniaux et semi-coloniaux. On ne saurait exclure non plus l'incidence du jeu interne dans le PCUS à la veille du nouveau congrès. Tout en reflétant l'accord politique de base entre La Havane et Moscou, l'intervention cubaine possède une importance particulière du fait même de son caractère massif et direct, elle représente un véritable défi à l'impérialisme américain et elle se rattache aux meilleures traditions de l'internationalisme révolutionnaire. 11 La définition de la nature de la guerre civile et la compréhension des potentialités d'une dynamique de révolution permanente, se basant sur l'analyse des forces sociales et non sur des organisations politiques, ne sont pas en contradiction avec une caractérisation du MPLA comme un mouvement à direction petite-bourgeoise. Le MPLA a une nature petite bourgeoise depuis son origine, à cause aussi bien de sa composition sociale que de ses conceptions et orientations politiques. Dans la mesure où il acquiert une influence de masse, il devient une compo-

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sante importante du mouvement anti-impérialiste et il s'engage dans une lutte armée prolongée contre le colonialisme portugais, il exprime plus précisément un courant petit-bourgeois nationaliste révolutionnaire. L'influence idéologique et politique exercée dès le début par des éléments de formation stalinienne ou kroutchévienne n'entre pas en contradiction avec l'ensemble de son idéologie. Cela non seulement parce que des révolutionnaires petits-bourgeois peuvent se servir du marxisme et à plus forte raison d'un marxisme déformé comme leurs conceptions; mais plus concrètement dans la mesure où les thèses staliniennes sur la révolution par étapes et les conceptions bureaucratiques du rapport avec les masses tendent à colncider avec la ligne de collaboration avec la bourgeoisie dite nationale, les conceptions de l'Etat-Parti et les critères bureaucratiques d'organisation qui ont caractérisé et caractérisent le MPLA. Le fait que dans les régions libérées, le MPLA ait organisé des comités au lendemain du 25 avril 1974 et a lancé un appel pour la création des comités dans les villes ne doit pas faire oublier que ces comités ont été conçus avec des critères paternalistes et autoritaires, que le fonctionnement interne du MPLA lui-même a souffert toujours de déformations bureaucratiques très sérieuses, que même dans les derniers mois, la prise en main du mouvement de masse à Luanda a impliqué une restructuration des comités par en haut avec l'élimination des cadres et des militants dénoncés comme gauchistes ou anarchistes et des mesures d'épurations sévères. ) 2 portés par l'armée de la République Les succès rapides et substantiels rempopulaire d'Angola ne sont pas uniquement le résultat d'une supériorité militaire, ils s'expliquent avant tout sur le plan politique. Alors que le FNLA et l'UNITA se sont démontrés incapables de mobiliser les masses dans leurs zones d'influence et de donner un moral à leurs troupes, le MPLA a pu compter sur une solide base de départ urbaine. Les masses paysannes n'ont pas joué jusqu'ici un rôle actif, Leur mobilisation reste, toutefois, un enjeu essentiel non seulement pour une victoire définitive dans la guerre civile, mais plus généralement pour l'avenir de la révolution angolaise. L'enjeu décisif reste la conquête de larges bases paysannes. Toute sous-estimation éven -tuelle de ces problèmes aurait des conséquences très négatives non seulement sur le conflit militaire actuel, mais plus généralement pour l'avenir de la révolution angolaise, C'est pourquoi, la lutte pour une réforme agraire qui brise le pouvoir des gros propriétaires et des fermiers capitalistes, qui enfreint l'étau de la misère de l'agriculture de subsistance et des structures tribales qui subsistent, qui garantisse aux petits et moyens paysans des prix rémunérateurs pour leurs produits et leur permette d'échapper aux griffes des intermédiaires, qui aide les populations des campagnes à résoudre les problèmes élémentaires créés par la guerre coloniale et la guerre civile, est une priorité politique. En même temps, des mesures d'expropriation des propriétés impérialistes - par ailleurs riposte légitime des attaques combinées militaires contre la RPA - auront l'effet de ressouder les rangs des forces anti-impérialistes par une démonstration concrète aux masses qu'elles sont appelées à se battre pour la défense de leurs intérêts primordiaux. Mais la lutte pour des objectifs anti-impérialistes conséquents doit aller de pair avec l'organisation démocratique révolutionnaire des masses à la base, Les expériences faites au cours des deux dernières années, surtout au sommet des mobilisations urbaines, doit être valorisée au maximum par la relance d'organismes démocratiques et révolutionnaires, dont les dirigeants soient élus par les masses, puissent être révoqués s'ils n'accomplissent pas leurs devoirs et ne jouissent d'aucun privilège matériel, Le respect le plus strict des droits démocratiques, dont le droit à l'expression des différents courants et organisations politiques, est un besoin particulièrement ressenti après des siècles de colonisation et de longues années de répression impérialiste impitoyable, Une organisation démocratique révolutionnaire de masse, s'opposant à toute emprise bureaucratique et contrainte autoritaire, représente aussi un instrument capital pour la lutte contre les structures réactionnaires traditionnelles et les vestiges tribaux, Des militants ayant fait l'expérience de luttes, notamment des dernières deux ou trois années, et ayant assimilé des leçons de luttes anticapitalistes de masses d'autres pays, l'Europe occidentale y comprise, peuvent et doivent jouer dans cette bataille un rôle important. Finalement, la lutte anti-impérialiste des masses angolaises sera renforcée dans la mesure où des liens étroits seront établis avec les mouvements révolutionnaires de l'Afrique australe qui par leurs luttes affaiblissent les régimes racistes de Prétoria et de Salisbury, remparts de l'impérialisme dans cette partie du continent.

Les échecs militaires catastrophiques du FNLA et de l'UNITA obligent les forces impérialistes et néo-coloniales à réviser leur politique. Certains gouvernements néo-coloniaux ont déjà opéré un tournant: reconnaissance de la RPA et recherche d'un compromis avec le MPLA. Les impérialistes des Etats-Unis et d'Europe occidentale pourraient les suivre sur le même chemin en

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esquissant une opération d'envergure pour l'intégration de la RPA à une échéance plus ou moins rapprochée dans un projet néo-colonial relativement "progressiste". Des couches petites-bourgeoises cossues, des noyaux embryonnaires de la bourgeoisie "nationale" toute une plélade de profiteurs et d'arrivistes sont la base matérielle d'une telle opération.

Les tendances droitières du MPLA, qui penchaient déjà auparavant pour des solutions de compromis notamment avec l'UNITA, pourraient jouer à fond le jeu. Le projet de la direction du MPLA - tel qu'il s'exprime par exemple, dans la loi fondamentale de la RPA - n'est absolument pas en contradiction avec une telle opération néo-coloniale, comme le confirment, entre autres, des ouvertures récentes en direction du Zalre et de la Zambie.

Face à une telle possibilité, et, en tout cas, pour éviter que la défaite rapide de l'ennemi n'aie pas, paradoxalement des conséquences négatives, pour la lutte révolutionnaire, il apparait d'autant plus nécessaire de mobiliser et organiser les masses dans des organismes démocratiques qui en garantissent l'autonomie par rapport à toute classe exploiteuse et à tout appareil bureaucratique. Cette tâche, qui ne sera pas accomplie par la direction petite bourgeoise du MPLA, devra être prise en charge prioritairement par les révolutionnaires liés au mouvement des masses.

V

1(43 grès mondial de la IV Internationale (1965) La résolution sur l'Afrique du Sème condéclarait à propos de l'Angola: "Il est clair qu'une véritable direction angolaise n'existe pas encore et que les conflits et les luttes intérieures du mouvement national continueront probablement pendant toute une période. Pour les marxistes-révolutionnaires le critère fondamental pour déterminer les champs d'action auxquels ils donnent la préférence est de savoir qui exerce à une étape donnée une influence de masse réelle et qui mène effectivement les combats, parce que c'est là que la logique de la lutte révolutionnaire permettra le plus facilement que se forme une avant-garde révolutionnaire. Les orientations d'une direction ou de quelques dirigeants - à plus forte raison les insinuations ou les suspicions à l'égard de telle ou telle personne - ne sauraient être un critère décisif... "'Sans dissimuler ces critiques et en développant ses propres conceptions sur la nature de la révolution angolaise, la IV ° Internationale continuera à assurer sa solidarité aux forces qui se battent effectivement et qui sont sur -tout des forces paysannes , et qui, à l'étape actuelle sont organisées essentiellement dans dans le FNLA. Elle considère qu'une unification du FNLA avec les autres forces existantes et que celle-ci affirme désirer en principe, pourrait être profitable, naturellement, et à condition qu'elle se réalise dans la lutte, sur la base d'un programme anti-impérialiste et anti-colonialiste clair et sans qu'il soit porté préjudice à l'unité indispensable dans la lutte armée". Si les critères appliqués étaient corrects et si l'analyse du rapport de force sur le terrain était aussi fondamentalement juste, une autocritique s'impose toutefois, qui peut être synthétisée dans les termes suivants : a) la résolution du SU de février 1964 et la résolution du 8° congrès mondial surestimaient les possibilités du FNLA de surmonter ses origines tribales et les conséquences du conditionnement régional et donc d'échapper à l'influence exercée par les gouvernements néo-coloniaux congolais, véhicule des pressions imb) les mêmes résolutions ne tenaient pas compte des possibilités et des capacités du MPLA de relancer l'action dans d'autres régions du pays et sous-estimaient le rôle qu'aurait pu jouer, dans l'éventualité d'une telle relance, son idéologie plus progressiste que celle du FNLA. c) la IV ° Internationale a marqué un retard considérable dans la vérification analytique de la situation en Angola et par conséquent dans les mises au point politiques et tactiques nécessaires. Même la résolution du 10° congrès en février 1974 se limita à affirmer très généralement que "le développement du processus de révolution permanente... ne pourra se faire qu'à partir notamment d'une clarification au sein du MPLA et du FRELIMO" et à indiquer la "tâche de construction de cadres marxistes-révolutionnaires"'.

- Dans la guerre civile qui a éclaté à la veille de la proclamation formelle de l'indépendance, la IV • Internationale choisit le camp de la République populaire angolaise, fondée par le MPLA, contre la sainte alliance des impérialistes, des racistes et des réactionnaires indigènes. Elle se range du côté des masses qui se mobilisent pour défendre l'indépendance arrachée par une lutte armée opiniâtre, pour défendre leurs intérêts primordiaux contre toutes les classes et couches exploiteuses, étrangères et "nationales", pour l'expropriation des capitalistes et des propriétaires fonciers et pour la formation d'un gouvernement ouvrier et paysan basé sur des comités démocratiques révolutionnaires expression directe des masses. Une telle attitude n'implique aucunement que la IV ° Internationale renonce à ses critiques de la direction du MPLA, qu'elle caractérise comme nationaliste petite-bourgeoise et non comme prolétarienne communiste et qui ne pourra pas accomplir la tâche de la construction d'un Etat ouvrier. L'alignement dans le

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même camp et la solidarité dans une lutte commune ne sont pas en contradiction avec la bataille indispensable pour l'autonomie politique de la classe ouvrière et des révolution, naires et pour la construction d'une direction révolutionnaire prolétarienne et d'une organisation marxiste-révolutionnaire. Les marxistes-révolutionnaires angolais s'engagent sans réserves dans la lutte militaire contre la sainte alliance réactionnaire jusqu'à la victoire définitive, pour la défense de la RPA, pour l'indépendance complète de l'Angola. Dans leur campagne politique, ils mettent l'accent sur la nécessité d'une mobilisation active et consciente des masses, de leurs organisations dans des comités démocratiques et révolutionnaires, élus et révocables à tous moments, aussi bien que sur la défense des droits démocratiques pour tous ceux qui se battent dans le camp anti-impérialiste. Ils accomplissent une tâche indispensable de clarification théorique et politique sur la nature de la stratégie de la révolution en Angola en s'efforçant de regrouper en premier lieu des cadres et des militants qui ont déjà fait des expériences dans la lutte et les mobilisations de masses et ont réfléchi de façon critique sur leurs expériences.

~ La IV ° Internationale doit être partie pre-

) nante d'une campagne de solidarité avec la RPA organisée à l'échelle mondiale. Cette campagne devra exiger le retrait immédiat et inconditionnel de toutes les forces impérialistes et néo-colonialistes, l'aide politique et matérielle des Etats ouvriers et du mouvement ouvrier international, l'arrêt de tout envoi d'armes et de matériel au bloc FNLA-UNITA, la reconnaissance de la RPA-MPLA. La IV ° Internationale dénonce l'attitude de la direction bureaucratique chinoise qui après avoir aidé le FNLA, adopte maintenant une attitude neutre hypocrite, en démontrant ainsi dans la pratique le caractère néfaste de ses conceptions et analyses et d'une politique basée sur la dénonciation de l'URSS comme ennemi principal et visant en fait un compromis avec l'impérialisme américain, européen et japonais. Les marxistes-révolutionnaires africains, conscients que la défaite des impérialistes et des néo-colonialistes, dans la guerre civile angolaise, aura des répercussions énormes dans le continent, créera les conditions favorables pour le renversement des régimes racistes d'Afrique du Sud, de Namibie et de Zimbabwe, sapera les bases des régimes néocoloniaux réactionnaires, feront campagne pour un soutien militant à la RPA et aux combattants angolais dans les milieux de l'avant-garde politique africaine, dans les organisations de masses, dans les syndicats, dans les organisations des travailleurs et étudiants à l'étranger.

14 février 1976

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