Un congrès peut être l'occasion d'un tournant ou du lancement d'une initiative politique, Il peut également, à l'inverse, permettre d'établir un bilan ou de consolider les acquis. Le premier congrès du PC cubain a indubitablement été un congrès du second type. Fidel Castro, lui-même l'a souligné, en faisant ressortir l'heureux choix de la date (1). Pour
CUBA cette raison, ni les textes, ni les débats du congrès n'ont fait apparaitre d'éléments nouveaux qui auraient pu suggérer la révision des thèses exprimées jusque là (2). Cependant, le cadre général apparait aujourd'hui plus complet, mieux défini dans tous ses aspects. Il vaut donc la peine de présenter, de manière synthétique, quelques-uns des thèmes principaux. Contexte historique et nature de la Révolution Fidel Castro a commencé son discours par un long exposé historique, dans lequel il a établi les rapports existants entre la révolution de 1959 et la lutte pour l'indépendance du siècle passé, ainsi que la correspondance entre la pensée de Lénine et celle de José Marti. En tirant ces parallèles, il n'a introduit aucune ambiguité sur la nature de la révolution, sujet de laquelle il a affirmé textuellement: "Notre lutte a forcément cessé d'avoir un caractère et une possibilité d'expression purement nationaux, pour lier son sort au mouvement révolutionnaire mondial. La domination de la puissance impérialiste la plus riche et la plus puissante ne peut être contenue par la seule force d'un pays isolé et petit. A son tour, le contenu de notre révolution, qui dans la période coloniale ne pouvait aller au-delà des limites d'un mouvement national de libération, inspiré par les principes libéraux du siècle passé, devait nécessairement, avec le développement du capitalisme dans notre pays et l'avènement de la classe ouvrière, se développer aussi vers une révolution sociale. La tâche de libérer notre nation de la domination impérialiste se combinait indissolublement avec la tâche de liquider l'exploitation de l'homme par l'homme au sein de notre société. Les deux objectifs étaient en partie inséparables de notre processus historique, puisque le système capitaliste qui nous opprimait comme nation, de l'extérieur, nous opprimait à l'intérieur et nous exploitait comme travailleurs. Les forces sociales qui pouvaient libérer complètement le pays de l'oppression, à savoir les travailleurs eux-mêmes, étaient les seules qui pouvaient nous appuyer sur le plan extérieur contre la puissance impérialiste qui opprimait notre nation. " En d'autres termes, ce qui est mis en évidence, c'est la nature permanente de la révolution, sans concessions à la thèse de la révolution par étapes dans aucune de ses versions. Dans le même temps, Castro a situé le processus révolutionnaire cubain dans son vrai contexte socio-politique, donnant le coup de grâce aux interprétations fausses ou unilatérales symbolisées par l' "essai" de Régis Debray de 1967, "'Révolution dans la révolution"'. Il a rappelé certains antécédents qui ont agi en profondeur, comme la grève générale insurrectionnelle qui, en août 1933, avait renversé la dictature de Machado et avait suscité, dans certains centres de production sucrière, la création de "soviets révolutionnaires". De plus, il a rappelé la tradition internationaliste - toujours dans les années 30 - qui a conduit environ 1000 combattants à quitter la petite Cuba pour rejoindre le camp de l'Espagne républicaine. Il est revenu sur l'origine et la formation du groupe dirigeant du Mouvement du 26 juillet, dont plusieurs éléments étaient fortement influencés par le marxisme-léninisme, ceci grâce à la continuité assurée alors par des noyaux de jeunes et d'universitaires organisés dans le PSP (Partido Socialista Popular -ancien nom du PC cubain ). Il a insisté avec force sur la fonction de la classe ouvrière dans la phase finale de la révolution: "Nos ouvriers et nos paysans, intégrés dans l'armée rebelle, avec l'appui des classes moyennes, ont pulvérisé la tyrannie, détruit l'appareil armé de l'oppression et sont parvenus à l'indépendance totale de la patrie. La classe ouvrière, avec sa grève générale révolutionnaire dans la bataille finale, a apporté un élément décisif pour le triomphe". Il a indiqué, comme condition de la victoire, le contexte international favorable favorable, d'une part, vu l'incompréhension par l'impérialisme des potentialités de la lutte en cours à Cuba, et, d'autre part, vu le pouvoir qu'avait acquis l'URSS d'agir comme contre-poids à l'impérialisme nord-américain. L'exposé de Castro atteint son but, c'est-àdire effectuer la synthèse de tous les facteurs qui ont préparé la révolution et rendu possible la victoire. Sur un point fondamental au moins, l'histoire est déformée par une série d'omissions significatives. En premier lieu, après avoir justement attribué à Balino et Mella (fondateurs du PC cubain) une compréhension correcte de la nature de la révolution au moment de la fondation du parti communiste (1925), Castro s'est tu complètement sur les déviations successives, y compris les déviations sectaires et aventuristes, typiques de la "troisième période", qui ont pourtant influencé les évènements de 1933. De même n'a-t-il pas parlé du tournant à droite ultérieur, par lequel le PC cubain allait devenir un des porte-drapeaux du révisionnisme de Browder (ancien secrétaire général du PC américain), puis constituer un bloc avec Batista en 1939 et participer à divers gouvernements de la dictature (il s'est contenté d'une allusion fugitive aux "alliances tactiques avec la gauche" promises par le dictateur). En conséquence, il a attribué, de manière unilatérale, l'isolement du PSP au fait d'avoir été, durant une longue période, particulièrement durant là guerre froide, la cible principale de la bourgeoisie et de l'impérialisme et d'avoir payé le prix de la mystification anti-communi ste subie par de larges secteurs des masses. Il a donc oublié un fait fondamental: les communistes cubains - qui effectuaient une transposition de la théorie stalinienne des fronts po-
pulaires et anti-fascistes - étaient dans une grande mesure "hors-jeu" du fait de leur collaboration avec des secteurs de la classe dominante et, en dernière analyse, avec l'impérialisme yankee lui-même. C'est cette politique des partis communistes latino-américains qui a laissé un vaste espace à une série de mouvements nationalistes-révolutionnaires bourgeois et petits-bourgeois, destinés à avoir une influence de masse très importante pour une période assez longue, A Cuba, cela s'est concrétisé par le "Mouvement du 26 juillet", de même nature à l'origine et par sa lutte victorieuse. L'absence de cet élément dans la synthèse historique de Castro constitue donc, du point de vue analytique, une déformation sérieuse et,. du point de vue politique, une concession à la vieille équipe du PSP et plus encore à la bureaucratie soviétique, principale responsable, par l'intermédiaire du Komintern stalinisé, de la régression politique et de la stérilisation du premier mouvement communiste latino-américain. Le silence sur l'affaire Escalante (ancien dirigeant du PC cubain ayant exprimé des tendances bureaucratiques qui furent dénoncées par Fidel Castro), a la même signification, de même que la présentation sous un éclairage négatif, du congrès syndical de 1966, qui constituait pourtant une étape importante dans la bataille du renouveau contre le vieux groupe dirigeant bureaucratisé. En vérité, cette relecture tendancieuse de l'histoire s'entrecroise avec une relecture autocritique de toute une série d'attitudes des premières années de la révolution, que l'on désire aujourd'hui réunir sous un commun dénominateur. On peut imaginer la satisfaction produite chez les "talmudistes" des diverses bureaucraties, qui avaient avancé des "explications" analogues aux moments les plus chauds de certaines batailles anti-bureaucratiques du groupe fidéliste, en provoquant, comme l'a souligné Castro dans sa réponse, plus d'une réaction négative. Tant dans la phase de la lutte contre Batista qu'après la victoire de la révolution, une série de déviations, auraient été caractéristiques de la "suffisance' et de la "surévaluation"' provoquées par "les germes du chauvinisme et de l'esprit petit-bourgeois", typiques de ceux qui arrivent "aux chemins de la révolution par des voies purement intellectuelles". La conséquence la plus grave de ces comportements a été, selon l'exposé que "'la révolution cubaine n'a pas su, dès les premiers moments, utiliser sur le terrain de la construction du socialisme la riche expérience des autres peuples, qui, bien avant le nôtre en avaient pris le chemin". Que le groupe castriste ait eu une matrice petite-bourgeoise et, de ce fait, une correspondance avec des mouvements latino-américains similaires, cela est difficilement contestable. Nous pouvons ajouter que cette matrice permet d'expliquer certains aspects idéologiques et certains comportements politiques de la première phase, ainsi que le manque de référence au marxisme-léninisme. L'explication fournie par Castro devant le congrès, selon laquelle il se serait agi d'une précaution tactique prise délibérément nous apparait moins probante (tout au plus a-t-elle une valeur personnelle). Que ceux qui parviennent à la révolution par le moyen de la connaissance intellectuelle soient particulièrement exposés au danger de déformations - et non seulement dans un pays comme Cuba - c'est incontestable. Il est vrai que les dirigeants cubains ne se sont pas assez efforcés d'assimiler, dès le début, les expériences des autres pays. Ils n'ont pas fait la distinction nécessaire entre les tendances historiques profondes et les régressions déterminées par des facteurs spécifiques. Par contre, il est faux de permettre ou d'encourager les interprétations selon lesquelles les diverses bataille menées par les révolutionnaires cubains contre les critères et méthodes bureaucratiques de construction de la société de transition et contre les dégénérescences opportunistes des partis communistes appartiendraient à la catégorie des "déformations petites-bourgeoises". Quand Castro prononçait son réquisitoire contre les falsifications historiques de type stalinien; quand, dénonçant Escalante, il saisissait, même empiriquement les mécanismes concrets d'une tendance à la bureaucratisation; quand, même lorsqu'il justifiait l'invasion de la Tchécoslovaquie, il mettait à nu les responsabilités d'une direction bureaucratique. Quand le PC cubain refusait le principe de la "voie démocratique au socialisme" et les perspectives de compromis avec la bourgeoisie, base de la stratégie des PO latino-américains; quand Che Guevara affirmait que le choix se trouvait entre une révolution socialiste ou une caricature de révolution, ils ne succombaient pas aux influences petites-bourgeoises, Au contraire, ils partaient de l'analyse de phénomènes réels et adoptaient le point de vue d'une défense intransigeante des intérêts de la classe ouvrière et d'une perspective de lutte révolutionnaire pour le socialisme. La "rectification" économique et le "pouvoir populaire" L'autocritique dans le domaine économique, commencée de manière dramatique lors de l'échec de la grande "zafra" (récolte de canne à sucre) est parvenue à un ensemble cohérent au travers de l'évaluation méthodique des rapports et des résolutions sur le système de direction et de planification. Il est à peine nécessaire de rappeler qu'une telle auto-critique a un objectif fondamental. Durant les premières années de la révolution, il y eut incontestablement des tendances et des orientations de caractère utopiste, à la base desquelles il y avait la conviction de pouvoir brûler les étapes et de pouvoir commencer à
CUBA introduire rapidement des éléments de communisme (avec les ajustements qui s'imposent, on constate ici une erreur analogue à celle commise par les dirigeants bolchéviques, avec leur première interprétation du "communisme de guerre"). Les principes actuels, par contre, sont largement influencés par les "modèles" de l'URSS. Le choix même des priorités va dans cette direction, bien que la formule "la plus grande attention à l'agriculture" et "l'accent principal sur l'industrialisation" (un peu de style chinois) s'efforce de maintenir un équilibre global: "Lors des prochaines cinq années, a dit Castro, le processus d'industrialisation du pays s'accélérera notablement". Dans le même temps, le congrès a sanctionné l'adoption du nouveau système de gestion, dont les critères ont été synthétisés comme suit: "Le système proposé tient plus compte de lois économiques qui sont en vigueur dans la période de construction du socialisme et qui existent indépendamment de notre volonté et de notre désir. Parmi ces lois, il y a la loi de la valeur, la nécessité qu'entre toutes les entreprises, y compris les entreprises d'Etat, existe une relation entre les rentrées et les dépenses et que cette relation, et en général dans les diverses relations qui existent dans l'économie, fonctionnent les impôts, le crédit, l'intérêt et les autres catégories marchandes comme instruments indispensables pour mesurer l'utilisation que nous faisons de nos ressources productives + déterminer jusque dans le plus petit détail et jusqu'à l'ultime centime, combien nous dépensons pour chaque chose produite; pour pouvoir décider quels investissements sont les plus profitables;pour pouvoir déterminer quelles entreprises, quelles unités, quels collectifs travaillent le mieux et lesquels travaillent le plus mal, et pouvoir ainsi prendre les mesures "nécessaires". La résolution déjà citée tente de donner une réponse aux problèmes majeurs qui se posent à une économie planifiée, depuis la détermination des prix jusqu'à la direction des entreprises et l'utilisation de stimulants. Il suffit de noter, ici, qu'en voulant réhabiliter les "lois économiques objectives' et ne pas tomber dans l'utopisme passé qui proclamait l'extinction de la loi de la valeur, les Cubains semblent exagérer dans le sens inverse, avec une utilisation par trop sommaire de la catégorie des "rapports monnaie-marchandises"' (4). Quant à la question des stimulants, il y a eu un effort pour combiner les stimulants moraux et matériels, alors que d'un autre côté a été confirmé le système des normes, dont l'adoption n'est pas nouvelle, mais dont l'application fut freinée par divers obstacles (actuellement, 48% des travailleurs travaillent selon les normes, 20% sont payés "à forfait ou au rendement"': de sensibles progrès de productivité ont été enregistrés dans une série de secteurs) (5). Finalement, pour la direction des entreprises, la "responsabilité d'un seul combinée avec la direction collective' a été confirmée comme principe de base. Le directeur, autorité suprême, sera désigné par les organismes supérieurs et assisté par un conseil de direction dans lequel sera représentée l'organisation syndicale. La participation des travailleurs à la direction pour des questions comme la discussion du plan, l'analyse des résultats, l'utilisation des fonds consacrés aux stimulants matériels, les devoirs d'émulation socialiste, etc. sera assurée "par diverses voies et à travers diverses formes". Sur ce point également, le choix est assez proche du "modèle" soviétique et bien différent, par exemple, du "modèle" yougoslave. L'idée que la révolution est entrée dans la phase d'institutionnalisation constitue le thème central de toute une partie de l'exposé de Castro et de la résolution sur les organes de pouvoir populaire. Certains thèmes discutés durant les années passées ont été repris et certains concepts centraux ont été confirmés. En même temps, les étapes de l'application pratique des décisions prises ont été fixées. Une précision importante réside dans l'obligation que dans chaque circonscription électorale, au moins deux candidats se présentent (avec un second tour dans le cas ou aucun des deux n'obtient la majorité absolue au premier). Avec la mise en oeuvre de l'institutionnalisation, divers transferts de fonction seront effectués. En particulier, les CDR (Comités de défense de la révolution) ne devront plus assumer "des travaux qui, par leur nature, ont en partie un caractère étatique'. Problèmes du parti Sur la fonction du parti dans la société de transition, le congrès a repris grosso modo, des formules déjà utilisées dans les textes des années passées. La résolution sur le pouvoir populaire affirme, par exemple, que "les organismes de pouvoir populaire sont l'autorité étatique suprême dans le territoire où ils exercent leur juridiction et sont chargés de l'administration politique. Le parti donnera l'orientation, stimulera et contrôlera les tâches des organes étatiques, contrôlera la politique de promotion et de formation des cadres et oeuvrera au perfectionnement des mécanismes de l'Etat, mais, il ne devra jamais supplanter celui-ci dans ses pouvoirs et fonctions." Pour sa part, Castro a dit à propos des organisations de masse: "Elles sont le lien qui assure la liaison la plus étroite du parti et des larges masses". Au-delà de l'accentuation prise par telle ou telle formulation, le critère fondamental est celui de la primauté du parti dans la société de transition, garantie dans la pratique par les mécanismes mêmes de l'institutionnalisation, de la composition des appareils, de la nette domination des membres du parti aux
niveaux de direction (qui devient presque totale à mesure que l'on monte dans la hiérarchie) (6). Le congrès a confirmé la conception du parti comme avant-garde et a confirmé la méthode particulière de recrutement qui consiste à soumettre tous les candidats au jugement des camarades de travail. Le nombre des inscrits s'est néanmoins notablement et rapidement accru : 50.000 membres en 1965, environ 100.000 en 1970, 186.995 en 1974 et 202.807 à fin septembre de l'an passé. Le même Casmontré quelque préoccupation de la composition sociale du parti qui serait la suivante, selon les données révélées au congrès : 52% des inscrits appartiennent aux organisations liées aux "centres de production de l'agriculture, de l'élevage, de l'industrie et de la construction", 7,5% aux organisations liées à l'instruction publique, 3% à celles de la santé publique, tandis qu'environ 40% assument "des fonctions de direction politique et administrative"'. Ce dernier fait catif. Castro veut en diminuer l'importance en observant que "la grande majorité des camarades qui travaillent à des tâches de direction politique ou dans des activités administratives sont d'origine ouvrière". L'expérience a plus que démontré que l'origine ouvrière n'est pas, en elle-même, capable d'empêcher les dégénérescence bureaucratiques; le conditionnement déterminé par la situation nouvelle est, à la longue, plus décisif que l'origine sociale (7). Nous ne disposons pas de tous les éléments nécessaires pour une évaluation globale du déroulement de la phase préparatoire au congrès ni des travaux du congrès. Les dirigeants ont insisté sur le chiffre énorme de ceux qui ont participé - à l'intérieur et hors du parti - à la discussion des projets et du texte de la nouvelle constitution. Il y a eu des critiques et des dissensions, mais nous n'en connaissons pas la portée. Par exemple, 6,2 millions de personnes ont participé à la discussion sur la constitution, dont 5, 5 millions auraient voté inconditionnellement en sa faveur, tandis que 16. 000 personnes, appuyées globalement par 600.000 autres personnes auraient proposé des modifications et des adjonctions. Dans la discussion du texte sur la question agraire, 212.000 paysans ont voté en sa faveur, 901 contre et 228 se sont abstenus. A la fin du congrès, lors de la grande assemblée populaire, considérée comme la plus grandiose jamais réalisée, Castro n'a pas renoncé à recourir à une pratique ouvertement plébiscitaire, dont le résultat prévisible fut que tous les participants ont voté pour les décisions du congrès sans même une abstention. Les congrès des diverses instances semblent avoir joué avant tout un rôle de sanction morale et fourni l'occasion d'une confirmation de la confiance placée dans les principaux dirigeants. Quant au congrès national, une description sommaire du déroulement des travaux est en soi éloquente. (source: "Bohemia" hebdomadaire cubain). Le rapport a occupé toute la première journée et la moitié de la seconde, tandis que le reste de cette deuxième journée a été réservé, en grande partie, aux salutations et aux diverses cérémonies : il n'y a eu que 4 interventions, respectivement d'un héros du travail de la canne à sucre, d'un membre de la direction de Pinar del Rio, d'un administrateur d'une entreprise de Nickel et du poète Nicolas Guillen, Le troisième jour a été réservé au travail des commissions; dans la première partie de la 4è journée, à part de nouvelles salutations il y a eu cinq interventions, choisies selon les critères utilisés pour les quatre premières. Les votes sur les divers projets ont commencé dans l'après-midi, se sont poursuivis le lendemain, Le 22 eût lieu la clôture, avec la dernière intervention de Castro. Il est plus qu'évident que le Congrès n'a pas eu d'autre fonction que de sanctionner officiellement jusque dans le moindre détail ce qui était déjà acquis et établi précédemment.
Fidel Castro Les divers textes confirment l'influence déterminante de la bureaucratie de l'URSS sur le plan de l'idéologie, Castro a du reste précisé que "de nombreux cadres et fonctionnaires du parti" responsables des écoles de cadres, sont formés en URSS, en Allemagne de l'Est et en Bulgarie. Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons déjà dit ailleurs: la résolution sur la lutte idéologique a repris point par point les motifs et le style désormais habituels à savoir quasi-jdanovienne d'une polémique stéréotypée contre "les révisionnistes de droite et de gauche", dont est régulièrement dénoncée la connivence présumée. Dans les conclusions et dans son allocution au peuple, Castro a utilisé quelques arguments
CUBA et un ton où transparaissait peut-être une sorte de malaise, comme accusation de népotisme. En même temps, il s'est défendu contre d'éventuelles critiques de "culte de la personnalité", d'une part, en déclarant qu'avec le processus d'institutionnalisation, les individus auraient une fonction moins importante et qu'ainsi serait combattu plus efficacement le danger d'une concentration excessive des pouvoirs, et, d'autre part, en contestant le concept même de l'individu génial ("dans l'humanité proprement dite, il n'existe pas de génies. Il existe des hommes brillants... Le génie n'existe pas dans les individus, le génie se trouve dans les masses"). Il a donc tenu à préciser que l'unanimité n'était pas le résultat d'une "discipline mécanique" mais bien due au fait que les documents avaient été largement discutés et, dans certains cas, corrigés. Enfin, il s'est exclamé de manière significative: "Cette révolution n'a pas dévoré et ne dévorera jamais ses propres fils" Il y a à parier que cette affirmation aura provoqué quelque mauvaise humeur dans les délégations bureaucratiques présentes. Les bureaucrates de l'URSS, en particulier n'auront pu s'empêcher de penser qu'il eut été préférable de ne pas parler de corde dans la maison du Politique internationale et intervention en Angola Le congrès a ratifié des orientations de politique internationale basées sur les thèses de la bureaucratie du Kremlin. Le même processus s'est vérifié en relation avec des prises de position plus précises (par exemple sur l'Inde, Ceylan et le Bangladesh). Cette tendance fut étayée par une série d'autocritiques (sur la position prise par Cuba dans la crise d'octobre 1962 et, plus généralement, sur l'attitude prise durant toute une phase de la révolution). Il a confirmé la volonté de collaboration avec les pays dits non-alignés, indépendamment de leurs structures sociales et de leurs régimes politiques. Pour l'Amérique latine, il a confirmé le présupposé analytique des orientations, tensions et de contradictions dues à la mauvaise solution (ou à l'absence de solution) de certains problèmes n'existent pas et ne pourrait émerger à la surface ou même exploser. Pour nous limiter à quelques indications sommaires, notons que le développement économique continue à rencontrer de sérieuses difficultés. Comme nous l'avons par ailleurs déjà souligné, le taux de croissance de 6% prévu par le plan quinquennal est insuffisant pour un pays encore largement sous-développé. En regard des années passées - comme l'a souligné Castro - il faudra même fixer des rythmes plus modestes. Les spectaculaires oscillations du prix du sucre sur le marché mondial continueront ensuite à représenter un sérieux facteur de déséquilibre (comme il est connu, après avoir atteint à la fin de 74 une pointe maximum de 60 cents la livre, le sucre a chuté jusqu'à 14 cents en quelques mois). des dernières années, c'est-à-dire "qu'actuellement, l'Amérique latine n'est pas à la veille immédiate de changements globaux qui conduiraient, comme à Cuba, à de subites transformations socialistes". Ces orientations se sont concrétisées également dans de récentes initiatives envers le Mexique et Panama par exemple, dont les principaux représentants ont été accueillis triomphalement à Cuba. De telles initiatives ne se sont pas limitées au domaine diplomatique ou à celui, également légitime de l'appui à des prises de position spécifiques, mais elles ont acquis une portée plus générale en entrant en contradiction avec les intérêts du mouvement ouvrier des pays concernés. Pour ne donner que deux exemples, la presse cubaine a présenté sous un jour favorable le nouveau candidat aux présidentielles mexicaines, Lopez Portillo, sans se préoccuper de la position différente des communistes mexicains qui présenteront leur propre canelle s'est associée à la campagne de dénigrement du gouvernement panaméen contre les étudiants révolutionnaires et les organisations comme la FSR (voir "Inprecor" n° 45) qui ne sont pas disposées à oublier la nature bourgeoise du régime de Torrijos.(8) Mais justement durant le congrès même, la politique cubaine a été soumise à des tests importants. On parlait beaucoup, depuis quelques temps, par ici, de la volonté de Cuba d'arriver à un compromis avec les Etats-Unis et certains avec un impressionnisme pressé, avaient conclu que leurs dirigeants auraient été disposés à payer un prix très élevé pour cela. Il est clair désormais, pourtant, qu'ils ne sont pas disposés à payer le prix d'un renoncement à de courageuses prises de position de solidarité internationalistes. La prise de position en faveur de l'indépendance de Porto-Rico l'avait déjà prouvé. L'intervention en Angola le confirme de manière lumineuse. L'engagement décisif de Cuba dans une bataille anti-impérialiste cruciale n'a pas beaucoup de précédents dans l'histoire des dernières décennies et, quelles que puissent être les considérations tactiques, il reste un témoignage exemplaire d'internationalisme révolutionnaire. (9) Problèmes en perspective Si l'on considère tous les éléments analysés, si l'on tient compte des progrès réalisés sur le plan économique durant ces dernières années et des perspectives crées par le processus d'institutionnalisation sur le plan politique, si l'on constate que le groupe dirigeant a réussi à conserver son propre crédit auprès des larges masses, il est légitime de prévoir pour un certain temps, une relative stabilité. Cela ne signifie pourtant pas qu'une série de
Sur le plan politique, le grand problème en suspens est celui des contenus réels que prendra l'institutionnalisation. Le vide existant jusqu'alors avait été un des facteurs fondamentaux qui avaient favorisé l'émergence et la cristallisation d'une couche de fonctionnaires et d'administrateurs destinés à remplir des tâches "primaires" de gestion et d'administration. L'institutionnalisation introduira une mutation radicale, avec la participation des masses ou, au contraire, elle se limitera à fournir un nouveau cadre formel aux couches moyennes et élevées d'administrateurs déjà en place. De la réponse qui sera donnée dans la pratique à cette question, dépendra, dans une grande mesure, le développement ultérieur de la révolution, par là se vérifiera, ou non, à Cuba,une dégénérescence bureaucratique. De même, seule la pratique pourra donner des contenus précis à certaines formules concernant le rapport entre le parti et les institutions de pouvoir populaire et entre le parti et les organisations de masse. Une application "à la soviétique" ou "à la chinoise" de la primauté du parti rendrait inévitable, à la longue, la dégénérescence. En particulier, des tensions pourraient éclater dans la gestion et la direction des entreprises. Les formules adoptées vont dans le sens d'un renforcement du pouvoir "des sommets" et leur application pratique comportera probablement des confrontations entre le personnel dirigeant et la base ouvrière décidée à faire valoir son propre poids. Comme cela s'est produit en Chine, les problèmes pourront également surgir de ce qui a été une des conquêtes majeures de la révolution, c'est-à-dire de l'énorme augmentation du degré d'instruction. On pourra consiater des étranglements en ce qui concerne la destination des diplômés et des ingénieurs et des déséquilibres dangereux. Et, avant tout, les besoins culturels croissants et l'arrivée toujours plus massive des nouvelles générations, pour lesquelles le point de référence avec les conditions pré-révolutionnaires perd peu à peu de son importance, finiront par introduire des éléments contradictoires dans le monolithisme idéologique et dans la pratique "unanimiste" qui a prévalu jusqu'alors. Sur le plan de la politique internationale enfin, des différenciations pourront surgir devant des choix concrets qui rendront claires les implications de certaines théorisations et de certaines orientations. En particulier, la politique d'appui inconditionnel à des régimes dits "révolutionnaires" d'Amérique Latine, qui implique l'abandon à leur propre sort des révolutionnaires de ces pays, stimulera, maintenant ou plus tard, les réflexions critiques que d'éventuels épisodes sensationnels pourraient faire éclater. Pour toutes ces raisons, et malgré sa portée effective, le bilan historique d'ensemble du premier congrès est bien loin d'être définitif.
QUELQUES DONNEES SUR CUBA
(d'après les documents du Congrès)
Population : 6,763. 061 - recensement de 1958
9.296.068 - recensement de 1975
Population active : elle s'est accrue de l mio:
(+ 58,5 %) de 1959 à 1969
Composition :
- coupeurs de canne (1975) : 180.000 (la moitié par rapport à la période d'avant la révolution)
- raffineries sucrières et conditionnement
1970 : 120.000
1975 : 89.000
- industries sidérurgiques et mécaniques
1959 :
4.000
1975 : 29.000
- industrie textile et chaussures
1959 : 14.000
1974 : 15.395
- industrie du tabac
1975 : 49.672
- construction
1958 : 83.000
1975 : 275.000
- enseignement et santé
1975 : 400.000
- employés de l'administration
1975 : 200.000
Campagne
- secteur étatique : 70 %
: 30 %
- secteur privé
- membres de l'ANAP (association des petits paysans): 232,358
: 162. 126 sont propriétaires de dont fermes familiales
- nombre de tracteurs: 1958 :
811,345
1975 : 3.051.000
Parti (membres inscrits)
- 1965 : 50.000 (environ)
- 1970 : 100.000 (environ)
- 1974 : 186,995
- 1975 : 202.807
NOTES:
1) Heureux, parce que les 17 années parcourues ont permis de surmonter les erreurs et d'acquérir une maturité. Il va de soi qu'un tel argument ne peut pas justifier un retard dont la conséquence pratique a été que des décisions fondamentales pendant une aussi longue période, ont été prises par un nombre assez restreint de personnes.
CUBA 2) Pour nos évaluations, nous renvoyons à l'article paru dans le N° 22 de la "Quatrième Internationale". Précisons que le présent article est écrit sans nous ayons connaissance de tout le matériel du congrès. 3) Dans un discours du 22 août 1975, Castro avait révélé un élément auto-biographique, en rappelant qu'il avait acquis ses premiers livres marxistes-léninistes à la librairie du PC, rue Carlos III. 4) La résolution parle de "relations marchandes entre les entreprises". Elle semble oublier qu'avec une industrie nationalisée dans une économie planifiée, les moyens de production ne sont plus des marchandises et donc que les rapports d'échange entre les entreprises qui les produisent et celles qui les achètent ne sont plus déterminées par la loi de la valeur (qui ne disparait pas dans la phase de transition, mais dont le rayon d'action se rétrécit progressivement). 5) Sur les salaires, les données suivantes ont été fournies au congrès. Le salaire moyen mensuel est de 136 pesos, avec une augmentation de 21% par rapport à 1970. Le revenu moyen par famille esi de 203 pesos. 50% des familles ne dispose que d'un seul revenu, 30% de deux, 12% de trois et 8% de plus de trois revenus. 6) Un iit intéressant: 85% des officiers de l'armée sont membres du parti ou d'organisations des jeunesses communistes. 7) Le pourcentage parmi les délégués au congrès le traduit encore plus nettement, malgré l'intention de ne pas tenir "une réunion de dirigeants" (Castro). Les dirigeants politiques représentaient 30% des congressistes, les cadres administratifs 19%, les responsables de la défense et de la sécurité 19%, les militants insérés dans la production, dans l'instruction et les services, 35%. La participation des femmes était minime : environ 15%, tant des délégués que des membres du parti. 8) Voir, par exemple, "Granma"' du 5.10.75. Le congrès a sanctionné entre autres, le texte de la conférence des partis communistes latino-américains (juin 1975). Ce texte a représenté, par divers aspects, un compromis entre les conceptions cubaines et les conceptions traditionnelles des groupes dirigeants des PC. Nous 'saisissons l'occasion pour exprimer notre désaccord avec l'interprétation présentée dans l'article de Pablo Rojas dans le N° 38 de "Inprecor". ' 9) Le congrès n'a pas parlé de la Chine - ni de l'Albanie - mentionnées seulement superficiellement pour leurs divergences avec Cuba. Une polémique assez vive s'est développée, par contre, dans la presse, à propos de la position maolste honteuse sur l'Angola. •
22 février 1976