la
crise
actuelle e
Teng Hsiao-ping La crise politique en cours en Chine est essentiellement une continuation de la révolution culturelle, mais sous une forme différente. Les questions fondamentales, l'alignement des forces au sommet, la liste des accusations soulevées par les maolstes, tout ceci demeure en gros inchangé. La prophétie de 1966 de Mao, selon laquelle les monstres et les démons "ressurgiraient" tous les sept ou huit ans a plus ou moins été vérifiée dans le temps, et les prédictions des "sinologues bourgeois" infirmées. Et il y a encore beaucoup d'aspects de la campagne actuelle qui semblent la démarquer de manière décisive de la crise antérieure. L'offensive maolste en cours représente l'exacerbation soudaine d'une lutte qui a grondé presque continuellement dans les instances dirigeantes du sommet du parti depuis la révolution culturelle, et qui s'est soldée par leur décimation répétée. Elle a été engendrée par la mort de Chou En-lai, dont le poids politique et les dons de médiateur avaient antérieurement maintenu l'équilibre entre les fractions concurrentes dans la direction. En dépit même de l'effet de polarisation de la révolution culturelle, le modèle complexe des individualités et des groupements politiques au sein de la direction du PCC est un défi à toute classification simple. Néanmoins, pour l'analyse en cours, on peut définir en gros une fraction'radicale"' et une autre "conservatrice". La fraction "radicale" a imposé sa domination au cours de la révolution culturelle; elle est la plus homogène des deux. La couche plus vaguement caractérisée comme "conservatrice", avec le "No. 2 des champions de la restauration capitaliste"', Teng Hsiao-p'ing en son centre, a manifesté une conception de l'Etat plus institutionnelle et plus bureaucratique. Il serait tout à fait faux de confondre les maoistes "radicaux" avec les forces antibureaucratiques authentiques actives en 1966-68, comme il le serait d'accepter la caractérisation de Teng Hsiao-p'ing de "restaurationniste bourgeois". Le but original de Mao dans la révolution culturelle était de déraciner ses opposants dans la direction et de garder le pouvoir à travers sa propre fraction "radicale". L'évolution indépendante du mouvement des Gardes Rouges et le développement d'un centre rival de pouvoir autour de Lin Piao, l'allié d'un temps de Mao, au sein de la direction militaire centrale, ont fait obstacle à la réalisation de ses objectifs.
I GREGG BENTON L'alliance "radicale'" de Mao fut rognée jusqu'à la base dans des sections de l'appareil du Parti, notamment à Shangal et dans des secteurs des milieux culturels et de la presse. Les inclinations bonapartistes de Mao anihilèrent automatiquement dans son entourage politique la présence de quiconque manifestait une réelle autorité indépendante ou du prestige, en Chine ou sur le plan international. C'était une raison essentielle de plus pour la réhabilitation de masse des "pragmatistes"' comme Teng Hsiao-p'ing après 1972, quand le mouvement pour la reconstruction du Parti et de l'administra.tion était en cours. La pression pour réhabiliter les victimes de la révolution culturelle et réduire l'influence "radicale" vint aussi des commandants militaires régionaux, dont le pouvoir s'accrut considérablement durant les phases de "nettoyage" de la révolution culturelle et après. Il en résulta un mariage branlant et même contre nature de ces deux fractions. Tout au long des dernières trois années, les deux fractions se sont affrontées pour l'hégémonie, et le cours déroutant des événements s'est encore compliqué du fait de la montée et du déclin constants du mouvement de masse. Le l0ème Congrès du Parti d'août 1973 vit la promotion soudaine au rang de No, 3 (après Mao et Chou) du dirigeant de Shangal Wang Hung-wen, qui avait accédé à cette situation éminente en tant que "radical" après 1966, Pendant le Congrès, Wang avait lancé des mots d'ordre radicaux et mis à nouveau l'accent sur le rôle du mouvement de masse. Les mots d'ordre de Wang furent appliqués partiellement dans la campagne ultérieure "Critiquer Lin-Piao, critiquer Confucius", Les journaux muraux traduits en Occident révélèrent l'étendue de la corruption officielle et d'autres abus, et aussi une vague de grèves et de manifestations qui avaient secoué le pays. En janvier 1975, l'Assemblée Nationale Populaire se réunit à Pékin. L'accent central de l'Assemblée portait sur l'unité et la stabilité, La représentation "radicale" dans les instances mises en place par l'Assemblée fut minimisée, Teng Hsiao-p'ing et ses alliés s'emparèrent de la plupart des positions les plus élevées. Mao lui-même était ostensiblement absent. En février 1975 une nouvelle campagne était lancée pour "la restriction des droits bourgeois", dans le but clair de manoeuvrer depuis les coulisses l'issue politique de l'Assemblée Nationale Populaire. La campagne a montré que même si Mao n'était pas en mesure d'empêcher la réhabilitation des "partisans de la voie capitaliste", il n'avait absolument aucune intention de se soumettre à eux, Contrairement à la campagne nébuleuse "Critiquer Lin-Piao, critiquer Confucius"', elle a soulevé des questions carrément subversives en soi, telles que les privilèges matériels bureaucratiques, la présence de "détenteurs de pouvoir bourgeois" dans la direction, etc. Des événements récents confirment le soupçon que Teng Hsiao p'ing était la cible principale de la campagne. Dans
CHINE la seconde moitié de 1975, après une nouvelle éruption de grèves et l'apparition d'organisations de masse illégales dans diverses parties de la Chine, la campagne perdit clairement son élan et le mot d'ordre "Unité et Stabilité' fut lancé. Teng Hsiao-p'ing, devenu maintenant membre du Comité permanent du Bureau Politique, vice-président du Parti, chef d'état-major de l'Armée et suppléant permanent d'un Chou En-lai agonisant, apparaissait de plus en plus certain d'accéder au poste de premier ministre le moment venu. Le 8 février 1976, l'annonce de la nomination de Hua Kuo-feng, au poste de Chou créa de ce fait une sensation. Cette nomination avait toutes les apparences d'un compromis. Il ne possède aucune base nationale de pouvoir. Il n'est pas connu comme un "radical", et pendant la révolution culturelle, il a été l'objet d'attaques furieuses de la part du groupe d'extrême-gauche Sheng-wu-lien du Hunan. Dans la mesure où Hua est ministre de la sécurité publique, sa nomination peut aussi signifier un avertissement à l'égard de possibles "fauteurs de troubles" à la base. Quatre jours plus tard commença une campagne de presse et de journaux muraux. Bien que Teng n'ait pas encore été ment de leur rédaction, il était immanquablement la cible de l'offensive. Les accusations portées contre Teng et les "droitiers" com-
- le lancement d'un "typhon économique" pour "placer l'économie en premier", ou de pair avec la politique. Quotidien du Peuple accusa les "partisans de la voie capitaliste'" de "mettre sur pied d'égalité : 1) l'étude de la théorie de la dictature du prolétariat pour combattre et empêcher le révisionnisme; 2) la promotion de la stabilité et de l'unité et 3) le développement de l'économie nationale" (mentionné comme "prendre les trois directives comme axe").
- l'introduction de la discorde entre le parti et les intellectiels et la défense de la position que "les unités scientifiques et techniques doivent être dirigées par des experts", que l'objet des universités est de "'former des cadres et des techniciens" et qu'un "bon élève fait un fonctionnaire" (Quotidien du Peuple, 13 février 1976)
- le renversement de décisions antérieures, l'opposition à l'ascension rapide de la jeunesse et le recrutement de personnel "sans enquêter sur le passé politique de la personne à nommer, ni sur son attitude à l'égard de la révolution culturelle"
- la proposition d'élargir l'échelle des salaires de huit à douze échelons
- la volonté de réconciliation avec le Kremlin
- l'opposition au principe de Mao selon lequel "le parti doit commander à l'armée, et non l'inverse". D'autres accusations allèguent que les autocritiques de Teng après la révolution culturelle n'étaient pas sincères, qu'il avait convoqué l'Assemblée Nationale Populaire de janvier 75 contre la volonté de Mao, qu'il avait tenté de faire disparaltre l'information que Wang Hung-wen était vice-président de la Commission militaire au Parti, qu'il avait obtenu des "'informations calomnieuses" à utiliser contre Chiang Ch'ing (la femme de Mao) et qu'il avait toujours agi dans le sens de la collaboration de classe et de la capitulation depuis la guerre de résistance anti-japonaise. Le Quotidien du Peuple du 29 février accusait le les'partisans de la voie capitaliste" (ouvertement mentionnés comme "fraction" plutôt que comme une "petite poignée") de "diviser sans scrupules le Comité Central" et mettait en garde contre leur "très grand pouvoir" dans le Parti. Des forces puissantes se sont clairement regroupées derrière Teng, non seulement à Pékin mais aussi dans les provinces. La formule "droitière": "Prendre les trois directives comme axe" a été utilisée extensivement dans les conférences locales sur l'agriculture à la fin de 1975 (bien que Hua Kuo-feng ait évité de l'utiliser dans son discours important sur le développement de l'agriculture). On dit que les journaux muraux dans les provinces ont élargi leurs attaques contre des dirigeants locaux. En l'absence de retraites ou de compromis, la lutte pourrait ainsi facilement s'étendre à de grandes régions du pays. Dans une telle situation, le rôle de l'armée serait décisif. A la suite de la révolution culturelle, alors qu'elle est traditionnellement subordonnée à une direction politique unie, l'armée s'est divisée et a été prise dans le chaos fractionnel. Pendant et après l'écrasement du groupe de Lin Piao, les commandants régionaux ont acquis un pouvoir et une influence sans précédent en Chine. L'expérience de la révolution culturelle et le conservatisme inhérent à la hiérarchie militaire les ont poussés naturellement à une alliance avec les pragmatistes "conservateurs" dans la direction. Tout récemment à Shangal, le Parti a énergiquement mis en avant l'idée d'une "milice ouvrière" comme contre-poids à cette alliance, avec des degrés de succès variables. Une réorganisation des commandements régionaux a réduit en partie l'influence politique des militaires, mais elle demeure de manière significative plus grande que dans d'autres Etats ouvriers et pourrait rapidement resurgir comme facteur indépendant dans la situation politique. Le fait que le principe du contrôle du Parti sur l'Armée ait été soulevé comme un problème dans la campagne actuelle risque en conséquence d'avoir des implications sinistres pour l'évolution future de la lutte pour le pouvoir. Le rôle exact de Chou En-lai dans la crise actuelle demande des éclaircissements. Le Monde du 2 mars 76 informait sur la présence d'affiches à Canton critiquant Chou pour avoir favorisé la réhabilitation de Teng Hsiao-p'ing. Après la mort de Chou, le Sankei
Shimbun japonais publia un document remarquable (repris par l'Agence Tass en date du 29 janvier) censé être son "testament politique" et dont les exemplaires auraient été distribués aux membres du CC par Teng Ying-chiao, l'épouse de Chou. Les points principaux du document sont : La diplomatie chinoise doit se fonder sur l'internationalisme prolétarien, et la Chine doit coopérer mais non s'allier avec les pays capitalistes. Le Parti doit observer le principe de direction démocratique et "'ne jamais commettre à nouveau des erreurs comme lors de la révolution culturelle". L'économie doit être dirigée par des spécialistes; l'accent doit être mis sur l'industrie lourde, et les "ouvriers, paysans et intellectuels doivent être clairement conscients de leur mission". Récemment de nombreux documents publiés d'abord hors de Chine se sont avérés être authentiques. Si le testament de Chou l'est aussi, il manifeste un soutien aux conceptions de Teng. Les implications de ce document sont que ceux qui critiquent actuellement Mao, comme tous ses adversaires antérieurs, divergent aussi avec lui sur les relations avec l'impérialisme et l'Union Soviétique (1). Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait aucune vérité dans l'accusation qui leur est faite de "prôner le recours à l'aide étrangère" et de "favoriser une modernisation de type impérialiste ou social-impérialiste" (Quotidien du Peuple, 29 février 76). Cela reflète probablement, de la part de secteurs de la direction, une conscience de plus en plus affirmée de la stérilité d'une ligne qui désigne l'Union Soviétique comme "l'ennemi No. 1". L'accusation principale contre les "droitiers" en matière de politique intérieure est de favoriser le professionnalisme contre la lutte de classe. Des accusations semblables ont été formulées contre d'autres dirigeants dans le passé. A la question du "professionnalisme" est liée la prétendue proposition d'une légère extension des différences de salaires (notons cependant qu'à l'automne 1975, Teng s'était promptement associé à des attaques contre de hauts salaires pour les fonctionnaires les plus élévés de l'Etat). Malgré le caractère unilaté-
Hua Kuo-Feng ral du "débat" actuel et la nature improbable de nombreuses allégations, les deux accusations particulières ont pour elles une auréole de véL'arrière-plan de ce conflit politique est le programme ambitieux de modernisation annoncé par Chou En-lai en 1975 et qui en principe semble recevoir le soutien de tous les secteurs de la direction. La réalisation d'un tel programme imposerait un effort considérable à un pays arriéré et pauvre comme la Chine et cela d'autant plus si l'évolution défavorable actuelle des termes des échanges commerciaux internationaux de la Chine se poursuit. Cela provoquera le blocage des salaires, une réduc -tion de la consommation dans une période de montée rapide de la production, une situation qui crée le ressentiment et qui a mené en 74-75 à des mouvements de grève dans toute la Chine. Il va sans dire que l'inégalité, les privilèges, la corruption et d'autres symptômes de dégénérescence bureaucratique exacerberont cette contradiction et menaceront la stabilité de la société, comme la révolution culturelle l'avait démontré. La réponse instinctive de Mao à l'agitation grandissante dans le pays fut de lancer les campagnes de 73-75 pour limiter quelque peu les abus bureaucratiques. Les propositions des opposants à Mao dans la direction sont plus classiquement staliniennes: permettre de légers accroissements dans l'échelle des salaires et créer ainsi une étroite couche vilégiée pour agir comme tampon entre le pouvoir de la bureaucratie et les masses. De telles propositions seraient chaleureusement accueillies par les bureaucrates inférieurs que la révolution culturelle avait effrayés et démoralisés, fréquemment accusés de déserter leurs postes sous la pression des masses au cours des campagnes récentes. L'offensive maolste contre le principe du "professionnalisme" s'est soldée par la réapparition partielle de formes de contrôle ouvrier dans l'industrie chinoise. Tout au long des années passées de l'actuelle décennie, des rapports de journaux mentionnèrent la résistance de la base à tout "renforcement du pouvoir directorial" et à la restauration de la discipline à l'usine. Pendant la campagne de 1975, après que les dirigeants "radicaux" aient poussé les ouvriers à "occuper les superstructures", les équipes d'inspection ouvrière furent ravivées à Shangal et ailleurs. Le 10 février 1975 l'agence yougoslave Tanjug révélait la formation "d'équipes de contrôle ouvrier", tout en indiquant que de tels organes n'avaient pas de pouvoirs réels sur les plans de la production ou sur la distribution des revenus. Un contrôle serré du Parti apparalt être le trait commun à tous les aspects de la campagne actuelle. La formation d'organisations de lutte de masse a jusqu'à présent été expressément interdite. Le Drapeau Rouge (février 1976) appela au 'renforcement de la direction du Parti, pour que le débat de masse se développe
de manière planifiée, pas à pas". Des informations en provenance de Wuhan, captées par la BBC (9 février) rapportaient que "depuis le commencement du débat il ne s'est produit aucun arrêt de l'enseignement ou de la production, qu'aucune visite de liaison n'a été organisée et qu'aucune forteresse n'a été érigée pendant le mouvement".
Les penchants totalitaires affirmés des campagnes récentes contrastent de façon criante avec les thèmes maolstes classiques d'égalité et de participation. Le même Mao qui inspira les Gardes Rouges en 1966 avec des références réthoriques à la Commune de Paris, fait maintenant l'éloge de Ch'in Shih Huang, le premier unificateur brutal de la Chine, pratiquant la théorie réactionnaire du légitimisme. Sur ce point, Mao se situe nettement à la droite de ses opposants, que leur hostilité à la démocratie prolétarienne n'empêche pas de favoriser une certaine dose de libéralisation et de démarcation dans la vie culturelle, intellectuelle et politique. (Depuis que Chiang Ch'ing a perdu le contrôle de la politique culturelle en 1973, plusieurs centaines de nouveaux livres et de périodiques ont été publiés pour la première fois depuis plusieurs années). La crise actuelle se développera-t-elle en une nouvelle révolution culturelle, et les maolstes imposeront-ils leur hégémonie dans la direction ? Le rapport de forces au sommet à ce jour est bien plus défavorable aux "radicaux" qu'il ne l'était en 1966, et sans l'intervention personnelle de Mao la campagne actuelle n'aurait jamais commencé. Des secteurs importants de la direction ont été traumatisés par la révolution culturelle, et Mao ne peut plus compter sur le soutien automatique des militaires (2). Mais comme le maolsme a toujours tiré sa force du mouvement de masse, aussi bien dans la lutte pour le pouvoir d'Etat que pour le pouvoir dans le Parti, ne trouvera-t-il donc pas là un argument pour une nouvelle révolution culturelle ? A ce point, un nouveau facteur crucial de la situation doit être pris en considération. Le cours des récents événements montre que le rapport du maoisme au mouvement de masse a changé qualitativement, et que des secteurs toujours plus grands de la société chinoise sont décidés à sortir de l'orbite de toutes les ailes de la bureaucratie et à se battre pour leurs propres intérêts. En premier lieu, nombre de thèmes de la récente campagne sont issus du mouvement non-officiel (voir les informations de la presse occidentale en Juin 74), où ils furent soulevés avec une audace et une précision rendues seulement de manière atténuée dans les versions officielles. En second lieu, alors que dans les années passées l'action politique de la classe ouvrière ou la grève s'étaient développées invariablement dans l'ombre du mouvement étudiant ou de l'une ou l'autre section de la bureaucratie, la vague de grèves de 1974-75 fut remarquable par son indépendance évidente de toute influence extérieure. Les dénonciations officielles de "syndicalisme" révélèrent (comme en 1967) l'émergence d'organes indépendants de type syndical au cours de ces luttes. Alors qu'en 1967, la grève de Shangal fut désamorcée par la combinaison de la persuasion politique de la part de la direction maolste et des divisions internes propres au mouvement de masse, la crise de 1975 à Hangtchéou ne connut sa fin que par l'envoi de 10.500 soldats sur l'ordre de Teng Hsiao-p'ing, après une tentative infructueuse de médiation politique par Wang Hung-wen (Les ouvriers de Hangtchéou ont utilisé clairement la campagne actuelle pour donner libre cours à leur haine pour Teng. Selon le Monde du 28 février, les attaques qui lui sont portées dans cette ville ont atteint un degré'surprenant"'). L'augmentation de la représentation ouvrière et paysanne dans les organes dirigeants du parti et de l'Etat depuis 1969 pourrait acquérir une signification autre que formelle si les actions de masses indépendantes s'accroissent. Le développement de la maturité et de la confiance en soi de la classe ouvrière chinoise partiellement du rapide développement socio-économique du pays. Le désenchantement évident ressenti pour la conception étroite de Mao de la lutte anti-bureaucratique découle de la faillite de la révolution culturelle à réaliser les espoirs, de cette série apparemment sans fin de luttes cyniques pour le pouvoir au sein de la direction, du secret toujours renforcé et du caractère exclusif du "débat"' politique, et de l'évidente incapacité de Mao à trouver dans le pays un successeur "radical' d'une certaine envergure. En même temps, la levée partielle de la pression militaire étrangère sur la Chine a probablement encouragé l'accentuation des divergences internes. Mais les événements ont montré que le Président est encore capable de répondre et de stimuler le mouvement de masse d'une façon unique parmi les groupes dirigeants en place. Les prédictions sur le cours de la politique chinoise sont notoirement difficiles, et encore davantage depuis que la pensée "d'aller rencontrer Marx" pourrait facilement enhardir Mao à entreprendre une action dramatique pour confondre ses opposants. Mais pour les raisons déjà données, il semble que la campagne demeurera circonscrite plus ou moins aux circuits officiels, tout particulièrement parce que le prix de l'intervention militaire pour restaurer l'ordre amènerait à une réduction encore plus prononcée de la représentation au sommet des "radicaux". Ceci explique pourquoi la campagne actuelle a atteint si rapidement son apogée, comparée à la mise en mouvement lente, pas à pas, de la campagne anti Liu Shao-chi pendant la révolution culturelle. Alors que cette dernière impliquait une mobilisation authentique de la base,
bien que conçue de façon étroite, l'actuelle campagne a, jusqu'à maintenant, été strictement agencée d'en haut. La presse officielle a aussi largement suggéré que la porte est toujours ouverte pour une autre "rétractation" du récidiviste Teng, permettant ainsi d'éviter une confrontation générale. Qu'en est-il des maolstes à la suite de l'érosion de leur base de masse ? Les mesures que Mao propose maintenant pour combattre la "restauration capitaliste" comprennent l'étude théorique, "la dictature totale" (qui signifie en pratique l'extinction de tous les éléments de démocratie prolétarienne) et la préparation d'une poignée de proches confidents (dont sa femme et son beau-fils) pour lui succéder - des mesures qui, pour autant qu'elles ne soient pas illusoires, sont absolument réactionnaires dans leur essence. Mais si une convulsion aux proportions de la révolution culturelle a failli dans la réalisation de cet objectif, la campagne actuelle échouera de façon encore bien plus claire. L'incapacité de la direction à résoudre ou même à modérer de façon substantielle les contradictions de la société chinoise révélées par la révolution culturelle est maintenant manifeste. La lutte politique qui a éclaté peu après la mort de Chou En-lai s'est confinée jusqu'à présent très largement dans les limites de la bureaucratie. La mort de Mao, néanmoins, donnera le signal de la fin d'une période historique et mènera éventuellement à une explosion des tensions sociales étouffées. Dans une telle situation, l'émergence de groupes et de secteurs de la société mobilisés indépendamment de la bureaucratie sera d'une importance décisive.
10 mars 1976 NOTES (1) Il parait vraisemblable que l'aile "radicale" de la buraucratie chargée des problèmes intérieurs est souvent à droite sur les questions de politique étrangère, et que l'aile "conservatrice" est plus encline à admettre une action unie avec l'Union Soviétique. Il est difficile d'évaluer l'impact sur les masses chinoises des victoires au Vietnam et en Angola. Les masses chinoises sont évidemment tenues dans la plus grande ignorance des questions internationales. Cependant, il est difficile de croire que ces revers éclatants de la ligne de Mao n'auront pas de conséquences sur l'actuelle crise politique en Chine. - Sur cette question, voir l'édition anglaise révisée du livre de Livio Maitan "Party, Army and masses in China" paru à Londres aux éditions New Left Book (p. 336). Cet ouvrage fournit une importante documentation pour analyser la nouvelle crise chinoise. - Sur la politique extérieure de la Chine, voir les articles parus dans INPRECOR Nos . 2, 5-6, 20 et 37. (2) Voir à ce sujet l'article paru dans INPRECOR No. 10 de W. H. F.
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de bilan LIVIO MAITAN