Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ISRAEL

Les arabes sous l'occupation

· Inprecor (première série) n° 50, 29 avril 1976 · p. 24-27 · 3 432 mots

Palestine et Israël France

Michel WARSHAWSKY Mars 1976 : En Cisjordanie occupée - 4 morts; mars 1976 : dans les territoires sous domination israélienne depuis 1948 - 6 morts. Pour la première fois depuis 1969, les forces d'occupation israéliennes ont été confrontées en Cisjordanie à des manifestations de masse et ont dû ouvrir le feu. Pour la première fois depuis 1948 la population arabe palestinienne sous domination israélienne s'est soulevée en masse contre la politique gouvernementale et s'est confrontée aux forces de l'ordre qui ont da ouvrir le feu. Officiellement, il y a eu des deux côtés de la "ligne verte" (les anciennes frontières de 1967) 10 tués, en fait certainement plus. Le sang versé par les forces sionistes a scellé à nouveau l'unité de la lutte du peuple palestinien, par-delà les frontières que la colonisation et l'expulsion sionistes ont tracé au sein du peuple palestinien. Le mois de mars 1976 représente un tournant dans les rapports entre l'Etat sioniste et la population palestinienne sous sa domination, un tournant aussi dans les relations entre les différentes composantes du peuple arabe-palestinien. En Cisjordanie La guerre d'Octobre 73 ouvrait une nouvelle situation dans les territoires occupés par Israël en Juin 67. La première résistance qui suivait immédiatement l'occupation de Juin 67, a pu être réduite par l'arrestation et l'expulsion de tous les principaux dirigeants politiques des Palestiniens en Cisjordanie et une politique de répression féroce contre toute forme de résistance civile et d'opposition à l'occupation israélienne. Contrairement à la bande de Gaza, où effectivement la première vague de résistance dura jusqu'en 1971, la Cisjordanie a pu être "'intégrée" grâce à la répression, une certaine intégration économique et l'existence d'une couche de notables prêts à collaborer plus ou moins ouvertement avec les forces d'occupation. Depuis 1969, si de nombreux Palestiniens de Cisjordanie continuaient à militer dans les rangs des organisations de résistance, on peut dire que d'une façon générale le calme régnait dans cette partie des territoires occupés. La situation commençait à changer quand la guerre d'Octobre éclata. Un tournant important fut pris par la constitution du Front National Palestinien. Bien qu'encadré et dirigé par le Parti Communiste palestinien, ce Front National Palestinien (Organisation civile de l'OLP en Cisjordanie), donnait pour la première fois une direction politique à la population palestinienne de Cisjordanie dans sa résistance civile à l'occupation israélienne. De tout temps, le Parti Communiste a été la seule force capable de représenter et d'organiser la population soumise à l'occupation israélienne. Quand il s'appelait encore Parti Communiste Jordanien jusqu'en 1972, il s'était totalement discredité par son refus de soutenir la résistance armée palestinienne et a fortiori d'y par -ticiper, et aussi par son soutien au Roi Hussein de Jordanie contre toute solution palestinienne. Malgré tout, ses cadres continuaient à maintenir une certaine influence dans les organisations de masse clandestines, son journal, "El Watan", continuait à paraitre régulièrement. C'est le changement d'attitude de l'URSS à l'égard de la Résistance Palestinienne qui a permis au Parti Communiste Jordanien, devenu entretemps le Parti Communiste Palestinien (ce qui entrainera une scission dans ses rangs), d'adopter une nouvelle ligne politique. Il abandonna son soutien au Roi Hussein et y substitua son soutien au projet de constitution de l'Etat palestinien, ainsi qu'à l'OLP, et surtout à ses éléments les plus clairement capitulationistes. L'OLP était intéressée à soutenir le Front National Palestinien et son impact au sein de la population de Cisjordanie occupée, plus facile pour elle que de mettre sur pied une organisation de masse civile. De fait, le FNP est aujourd'hui l'aile non-armée de l'OLP en Cisjordanie. Son existence va permettre à l'OLP de diriger un mouvement de masse civil dans les territoires occupés, surtout après la guerre d'Octobre. Les victoires diplomatiques de l'OLP et la mise à l'ordre du jour du Projet de l'Etat palestinien en Cisjordanie vont donner un nouvel élan aux luttes des masses des territoires occupés par Israel en 1967, luttes souvent menées et dirigées par une nouvelle génération de militants, souvent lycéens, ayant grandi sous l'occupation israélienne et étant arrivée à l'âge politique aux alentours de la guerre d'Octobre. Cette nouvelle génération n'a pas connu la vague de répression féroce de l'après 67 ; elle se mobilise par contre au moment des victoires politiques des Etats arabes et de l'OLP contre l'Etat d'Israel.

C'est dans le cadre de ces mobilisations d'après Octobre 73 qu'il faut situer la dernière vague de manifestations qui s'est produite en

Cisjordanie occupée.

Le fait même que les manifestations aient débuté conséquemment à la réunion du Conseil de Sécurité sur la question palestinienne prouve à quel point les mobilisations dans les terri-

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toires occupés sont liées aux offensives diplomatiques de l'OLP. Mais c'est la décision d'un juge de paix de Jérusalem, autorisant les Juifs à prier sur l'esplanade de la mosquée d'El Aqsa qui a littéralement provoqué un soulèvement dans toutes les villes de Cisjordanie; à cette provocation il faut ajouter les élections municipales que les forces d'occupation sionistes ont annoncé pour la mi-avril. Pour la première fois des forces politiques liées à l'OLP, et en premier lieu le FNP, ont appelé à participer aux élections et ont présenté leurs propres candidats, souvent des prisonniers politiques récemment libérés par les forces d'occupation. Ce que les manifestations du mois de mars ont eu de particulier, c'est d'une part le caractère prolongé de la mobilisation - elle a été quasi permanente pendant plus d'un mois - et la violence des confrontations avec les forces de l'ordre. Contrairement aux vagues de manifestations précédentes, les dernières manifestations ne se sont pas dispersées dès que les troupes israéliennes apparaissaient; elle firent front, et souvent contre-attaquaient avec beaucoup de détermination : des véhicules militaires incendiés, des barricades, etc. Plus d'une fois on a pu voir les soldats israéliens fuir devant une demi-douzaine de lycéens armés de pierres et de bâtons ! La riposte israélienne a été à la mesure de la radicalisation des jeunes Palestiniens : pour la première fois depuis 69, les forces d'occupation ont ouvert le feu sur les manifestants, faisant plusieurs morts. Des centaines d'arrestations, des amendes allant jusqu'à 8, 000 L. I., et un traitement brutal sans précédent pour quiconque se trouvait aux mains de la police et de l'armée. Mais la brutalité de la répression n'a eu aucun effet réel sur les mobilisations; au contraire, elle a renforcé le militantisme des manifestants, étendu la révolte aux villes encore calmes et obligé la plupart des conseils municipaux de Cisjordanie de démissionner, ce qui a remis en question l'efficacité, douteuse en tout état de cause, des élections prévues. Il est évident que si le gouvernement se décide à maintenir les élections à la date prévue, celles-ci se dérouleront sous le signe des dernières mobilisations, et les candidats d'opposition - à moins qu'ils ne soient exilés, comme cela a été le cas pour deux candidats connus pour leurs sympathies au FNP - risquent de balayer les modérés, et ce malgré les truquages, la répression et l'intervention permanente des autorités d'occupation dans la campagne électorale (interdiction de propagande "politique", intimidations de tout genre ...). (1) Il n'est pas exagéré de définir ce qui s'est passé ces dernières semaines dans les territoires occupés comme une révolte civile généralisée, même si celle-ci ne peut, dans un proche avenir, aboutir à un retrait, même partiel, des forces israéliennes. La mobilisation des masses palestiniennes de Cisjordanie reste étroitement dépendante des victoires politiques, militaires et diplomatiques de la résistance palestinienne hors des frontières de l'occupation sioniste et n'a pas de perspectives indépendantes. Toujours est-il que même dans ces limites, le mouvement de résistance civile a atteint un point de non-retour : dans les territoires occupés en Juin 67, la population palestinienne a prouvé qu'elle ne resterait pas passive face à la continuation de l'occupation et qu'au contraire elle avait réussi à puiser de nouvelles forces dans les victoires diplomatique de l'OLP. La population palestinienne Les rescapés du processus d'expulsion mené par le mouvement colonial sioniste, cette petite partie du peuple arabe-palestinien restée sous domination sioniste après 1848, ont été pendant plus de 20 ans complètement isolés du mouvement national arabe et des forces vives du peuple arabe-palestinien. Même si leur situation économique était meilleure que celle des réfugiés, les Palestiniens restés sous domination israélienne ont été ceux sur lesquels les défaites de 1937 puis de 1948 ont eu l'impact le plus long. Ceci était dû avant tout à l'isolement par rapport aux centres actifs de la révolution arabe et, d'autre part, à la répression violente exercée par le pouvoir sioniste contre la minorité palestinienne sous sa domination. La situation allait changer avec la guerre de 67 et l'occupation du reste de la Palestine par l'Etat sioniste, L'isolement allait être brisé, et ceci au moment même où le mouvement de libération national palestinien connait un nouvel essor avec l'apparition de la résistance armée palestinienne. Parallèlement, une nouvelle génération de militants apparait au sein de la population palestinienne d'Israël, qui est née après la défaite de 1948, n'a pas subi directement les coups de la répression sioniste des années 50 et 60, et atteint sa maturation politique alors que pour la première fois depuis des décennies existe un mouvement de libération palestinien autonome, De nombreux signes vont confirmer ce profond changement au sein de la population palestinienne d'Israël, de la jeune génération surtout : le mouvement des jeunes Druzes contre leur mobilisation dans l'armée israélienne; l'apparition de listes locales dans certains villages, indépendantes des clans familiaux et diffusant une idéologie politique nationaliste militante; l'apparition d'unions d'étudiants arabes dans toutes les universités, leur coordination nationale et leurs prises de positions de plus en plus radicales; les résultats électoraux, toujours plus favorables au PC, seule force d'opposition face aux partis gouvernementaux, Mais c'est surtout après la guerre d'Octobre que va s'accentuer ce que la presse sioniste a appelé la "palestinisation" des Arabes d'Israel, C'est cette fois à une échelle de masse que les Palestiniens d'Israel se définiront comme partie prenante de la question

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ISRAEL palestinienne et du mouvement national palestinien; la sympathie par rapport à la Résistance palestinienne devient de plus en plus déclarée, et la compréhension de leurs problèmes comme un problème national et non plus seulement comme une question de discrimination au sein de la société israélienne. Pour la première fois aussi, les débats qui traversent le mouvement de la Résistance ont un impact, déformé certes, dans la population palestinienne d'Israël. Pendant plus de 48 heures, des dizaines de milliers de jeunes Palestiniens se sont confrontés aux forces de l'ordre sionistes, organisant des manifestations, construisant des barricades et attaquant sans arrêt les forces de police envoyées en masse dans les villes et villages arabes d'Israël. Les menaces des autorités israéliennes et des collaborateurs arabes n'ont pu empêcher la grève; elles ont par contre redoublé la combativité des Palestiniens. Des villages considérés comme calmes ont été le théâtre de confrontations sanglantes, et les assassinats commis par les forces sionistes n'ont fait que durcir davantage les manifestants. La riposte massive et militante aux dernières spoliations de terres ne peut être saisie que sur la base de l'évolution de la conscience nationale de la population palestinienne telle que nous venons de la décrire. Certes, le nouveau pian de "judalsation de la Galilée' a été, par ses dimensions mêmes, une cause suffisante pour provoquer une mobilisation massive : jamais depuis 1948-1951 une telle quantité de terres ne s'est vue confisquée d'un seul coup; presqu'aucun village de Galilée n'a été épargné, y compris ceux connus pour leurs bons rapports

La raison de cette attaque brutale doit être trouvée dans la situation polilaquelle Israël est confronté : l'éventualité d'une division de la Palestine en un Etat palestinien et un Etat juif, exige la "dépalestinisation' de certains territoires où une forte concentration arabe risquerait de légitimer l'attachement au nouvel Etat palestinien. En ce sens là, les dernières expropriations sont étroitement liées au plan de l'Etat palestinien. La lutte des Palestiniens se trouvant du côté occidental de la "ligne verte" est elle aussi une nouvelle composante de la solution de l'Etat palestinien, un nouvel obstacle sur la voie de la réalisation du plan impérialiste. Par cette mobilisation massive et militante, les Palestiniens d'Israël ont réintégré le camp de la lutte palestinienne de libération nationale.

situation ne sera jamais plus comme auparavant : qui a vu des policiers israéliens se rendre, les mains levées, à un "commando" de quatre jeunes lycéens armés de pierres ne sera plus intimidé par les menaces des agents du Shin Beith (police secrète israélienne) et des assignations à résidence.

Le Parti Communiste A en croire la presse israélienne, les mobilisations du "Jour de la Terre" n'ont été qu'une vaste manifestation du Parti Communiste israélien, qui aurait déclaré, sous l'impulsion de l'OLP, l'insurrection des masses palestiniennes. Une telle explication n'est pas étonnante de la part de commentateurs bourgeois pour qui l'histoire n'est que manipulations et coups montés par des appareils. Mais il reste à répondre à la question : quel a été le rôle du PC dans les dernières mobilisations ? Le Parti Communiste israélien (Raka'h) a été depuis la création de l'Etat d'Israël le seul parti politique dont les positions non-sionistes lui permettaient de se présenter devant les masses palestiniennes comme un parti d'opposition au pouvoir sioniste; de ce fait, le PC est devenu le parti à travers lequel s'exprimait la conscience nationale de la population palestinienne d'Israël. Personne ne peut nier le fait que pendant plus de 25 années il a été le porte-parole et le défenseur des intérêts immédiats de la population palestinienne d'Israël. Il était donc prévisible et normal que les expropriations de terres arabes, le PC se trouve à la tête d'une campagne de protestation. Cette campagne, le PC a tenté de la mener en collaboration avec des partis et des personnalités sionistes de gauche, ainsi qu'avec des notables arabes dont les liens avec les autorités sionistes étaient connus de tous. Il a de même tenté de limiter la campagne à des meetings restreints et des envois de délégations de notables aux autorités. Mais son plan a échoué : sous la pression du gouvernement, les notables de droite quittaient la campagne à laquelle ils avaient été forcés de participer sous la pression de leurs électeurs; sous la pression de sa base, le PC était forcé d'entreprendre des actions de plus en plus massives. Certes, après la désertion des notables, le PC a tenté de justifier certains reculs (annulation de la manifestation centrale à Jérusalem) et a tout fait pour réduire le "Jour de la Terre" à un simple arrêt de travail. Mais une fois le processus lancé, il n'a pu que cautionner des actions qui souvent se sont déroulées sans lui et sans son accord. Les véritables problèmes vont se poser pour le PC, après la grève générale. Non pas parce qu'il risque d'être mis hors la loi, comme le veulent certains députés d'extrême-droite, le gouvernement étant tout à fait conscient du rôle modérateur qu'il remplit au sein de la population palestinienne. Le problème qui se pose pour le PC est un problème politique : pour l'immense majorité de la population palestinienne il est perçu comme celui qui a dirigé la grève générale du 30 mars, et celle-ci attend de lui qu'il initie de nouvelles actions radicales.

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Or pour le PC il n'en est pas question : son projet politique reste celui d'un front de la paix avec les forces sionistes modérées, et il cherche toujours encore à gagner sa "légitimité" aux yeux des masses juives sionistes. C'est pourquoi il fera tout pour montrer sa responsabilité et son patriotisme israélien. Le PC va donc être confronté à des pressions contradictoires, phénomène classique du mouvement stalinien en Palestine qui s'est divisé maintes fois en deux, précisément sur la question nationale. Ces tensions sont d'autant moins inévitables que la mobilisation des Palestiniens d'Israel a provoqué une vague de solidarité sans précédent dans les territoires occupés en 67 et dans les pays arabes, ce qui va obliger les dirigeants de l'OLP à prendre en considération les droits des Palestiniens d'Israël dans tout compromis avec Israël, rendant d'autant plus improbable un tel compromis; quant au PC, il reste le défenseur le plus résolu de la solution de l'Etat palestinien, dans laquelle il n'y a aucune place pour les Palestiniens d'Israël que le PC considère comme des citoyens de l'Etat juif qui doivent lutter pour une réelle égalité. Il y a là une contradiction flagrante entre la ligne politique du PC qui reconnait l'existence de l'Etat d'Israël et la conscience grandissante de sa base d'appartenir au peuple palestinien et de lutter pour recouvrer ses droits nationaux avec l'ensemble du peuple palestinien. Il faut donc s'attendre à des ruptures importantes au sein du PC, surtout dans la mesure où une alternative révolutionnaire se dessine au sein de la population palestinienne d'Israël.

L'extrême-gauche

Pour la première fois depuis de nombreuses années, le PC n'a pas une hégémonie absolue sur la mobilisation des masses palestinien- . nes au sein de l'Etat d'Israël. Dans les villages de Tiran, de Um el Fa'hem et bien d'autres encore, ses dirigeants ont été rapidement débordés par de jeunes militants souvent influencés par la Ligue Communiste Révolutionnaire (IV Internationale) (2). A Shfar'am et à Kafr Yassif les dirigeants du Comité National pour la défense des terres arabes ont été contraints de lire les messages de la LCR; à Tira et à Talbé de nombreux habitants rejetèrent le tract du Comité National et préférèrent distribuer celui de la LCR . Mais c'est surtout au sein de l'Union des Etudiants Arabes que la présence des marxistes -révolutionnaires se fait le plus sentir : après de nombreuses et âpres discussions avec les membres du PC, dominants à l'Université de Halfa, la majorité décide de sortir un tract appelant à maintenir la manifestation à Jérusalem. Les délégues du PC se retirent, après avoir accusé le Matzpen et ceux qui refusaient de se plier au chantage du PC, d'aventurisme

Les étudiants arabes seront les seuls, avec les militants de la LCR, à organiser le "Jour de la Terre" dans les grandes villes à population juive, y compris une manifestation devant le Parlement, qui sera fortement réprimée. Ce seront souvent ces étudiants qui se trouveront aux premières lignes des confrontations avec les forces de l'ordre sionistes. A travers leur influence réelle au sein des étudiants arabes et par un travail d'agitation systématique dans la plupart des villages arabes, les communistes révolutionnaires du Matzpen Marxiste ont été La seule force organisée active pendant la préparation et le déroulement de la grève générale, à part, évidemment, le PC. L'écho de l'activité de la LCR, amplifié par une campagne de presse après l'arrestation de certains de ses militants, a fortement augmenté l'estime et l'audience des marxistes-révolutionnaires au sein de la population palestinienne; pour la première fois, la LCR n'apparaissait pas comme une organisation de Juifs anti-sionistes solidaires de la lutte des Palestiniens, mais bien comme une organisation qui est partie prenante de la lutte de la population palestinienne et implantée dans cette population. Ceci est aujourd'hui d'autant plus important que des failles vont apparaitre au sein du PC, comme nous l'avons vu plus haut, et que l'existence d'un pôle alternatif ayant une implantation minimum au sein de la population arabe d'Israël peut être le lieu de regroupement pour cette large avant-garde qui se détache empiriquement du PC. La ligne opportuniste du PC empêche celui-ci d'offrir une issue acceptable à la lutte nationale des Palestiniens habitant dans les frontières d'Israël. Seuls les marxistes-révolutionnaires, dans leur rejet total de l'Etat sioniste, ont une réponse cohérente à donner à la population palestinienne. Pour la première fois, ils ont aussi la possibilité de la mettre en pratique et d'organiser les meilleurs éléments de cette population, ceux-là mêmes qui ont été à l'avant-garde de la mobilisation du "'Jour de la Terre". Pour eux aussi, la situation a radicalement changé, et ils feront tout pour être à la hauteur des nouvelles tâches que la situation exige d'eux. Notes: (1) Les élections se déroulèrent au moment prévu, après la rédaction de cet article. L'opposition obtint 148 sièges sur les 188 députés dans les 22 conseils municipaux. 63 conseillers proHussein se sont retirés des élections avant le vote, effrayés par la pression nationaliste de la population. Ce glissement à gauche était particulièrement significatif dans ce sens que les élections se déroulent selon la loi jordanienne, qui ne donne le droit de vote qu'à la condition d'être propriétaire. (2) La Ligue Communiste Révolutionnaire est issue d'une scission de l'Organisation Socialiste Israélienne, un groupe antisioniste fondé dans les années 60. L'OSI était plus connue sous le nom de son journal, Matzpen, et la LCR est souvent appelée "Matzpen-Marxiste"', nom de son organe actuel.

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