Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ITALIE

Les élections anticipées

· Inprecor (première série) n° 51, 13 mai 1976 · p. 3-9 · 4 448 mots

Italie Syndicalisme

La nouvelle phase de la crise politique italienne a débouché sur la dissolution des Chambres et sur la convocation des élections anticipées. Tel un drame, sur la toile de fond d'une crise sociale et politique qui s'aggrave sans cesse, elle s'est déroulée en plusieurs actes, dont les acteurs furent

LIVIO MAITAN les principaux partis. Le congrès socialiste et le congrès démocrate-chrétien Le premier acte - en début mars - fut le Congrès du Parti Socialiste. Sous la pression de la situation sociale qui avait radicalisé sa propre base électorale, le PSI a effectué, durant le Congrès, un déplacement à gauche avec une relative homogénéité interne. La résolution politique fut votée à l'unanimité, malgré le maintien de diverses tendances, dont le poids spécifique fut pris en considération pour l'élection du nouveau Comité Central. Après avoir défendu, durant une quinzaine d'années, une stratégie de collaboration organique, également au niveau gouvernemental, avec le principal parti bourgeois, dans la perspective de réformes partielles et d'une rationalisation du système, le PSI est contraint aujourd'hui à remettre en question le système en tant que tel. Son secrétaire De Martino, même avec un ton nuancé et plein d'ambiguité, a explicitement refusé que le Parti puisse participer à une "restauration , du reste difficile sinon impossible, du système capitaliste traditionnel entré si profondément en crise dans tous ses rouages". La résolution finale affir-

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me "la ligne stratégique de l'alternative au pouvoir démocrate-chrétien, d'une alternative de gauche qui ne peut se situer que dans le cadre d'un processus de transition au socialisme, d'une façon graduelle et dans le plein respect de toutes les libertés et des conquêtes démocratiques et républicaines issues de la Résistance". Ces affirmations ont été atténuées par les habituelles déclarations sur la nécessité de très larges alliances et sur l'acceptation de s'insérer dans le monde occidental. La formule mérite d'être citée pour son éclectisme maladroit : "Le PSI se situe dans les limites de cet ensemble de valeurs culturelles, démocratiques et humaines, qualifiées d'occidentales; il refuse par contre le système économique qui est celui de l'Occident, c'est-à-dire le système capitaliste". Simulatnément, De Martino a repoussé la proposition de quelques délégués, selon laquelle le PSI devrait formellement se déclarer opposé à toute coalition gouvernementale qui, d'une façon ou d'une autre, n'intègre pas le PCI. Néanmoins, en relation avec la mise en avant d'une nouvelle perspective stratégique, un élément décisif s'affirme : les socialistes, quasi officiellement, ont déclaré la mort du centre-gauche, "La vieille politique - lit-on dans la résolution finale - est finie pour toujours, le centre-gauche est enterré et l'on entre dans une nouvelle phase, qui doit

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encore être construite ... La période transitoire est déjà ouverte". Que le PSI ensevelisse l'ancienne orientation sans en avoir développé concrètement une autre à disposition à court terme offrait une marge de manoeuvre à la démocratie-chrétienne et au gouvernement. Le Congrès de la DC - deuxième acte du drame - aurait pu théoriquement en profiter. Ce Congrès a mis en lumière, de façon éclatante et devant des millions de téléspectateurs, tous les aspects de la crise du parti dominant : détachement de l'appareil politique des forces sociales que traditionnellement il représentait, division et éclatement du noyau dirigeant, méfiance diffuse de la base envers les chefs "historiques". La tendance "rénovatrice" dirigée par Zaccagnini - qui avait remplacé Fanfani au secrétariat après la défaite du 15 juin de l'an passé, a réussi à prendre le dessus, mais de très peu (moins de Zaccagnini, Fanfani Ce courant a mis l'accent sur la nécessité d'une rénovation du Parti, d'un retour aux sources, proposant une pensée vaguement radical-populiste, non exempte de relans démagogiques. Selon les affirmations de Zaccagnini, la DC ne peut être "le pôle modéré du champ politique italien, le parti conservateur soumis aux volontés de ses protecteurs bourgeois, ni même le conseil d'administration du capitalisme italien, ou bien une organisation occupant purement et simplement le pouvoir". Mais, à part la terminologie différente de celle de Fanfani, le Congrès a confirmé le refus de collaboration avec le PCI. En fait, cette collaboration ne serait pas, d'après Zaccagnini, "le début d'une phase de transition, mais un changement radical, en termes de classe, du système économique et social". Or, le danger le plus immédiat serait "'un fléchissement fataliste de notre part, notre participation à certaines formes de collaboration, ce qui ferait jaillir une vague de réformes, stimulant ainsi cet opportunisme carriériste que craignent même les communistes les plus avertis. Il s'en suivrait l'effritement des forces intermédiaires, de tradition lalque et démocratique, prélude inévitable à une crise politique bien plus profonde que celle enregistrée lors du vote du 15 juin". Ainsi, l'unique proposition concrète exprimée fut celle d'une collaboration privilégiée entre la DC et le PSI, une proposition dont le seul tort est d'être en retard de quelques années ! La victoire de Zaccagnini même si, ainsi qu'on l'a vu, ce fut de justesse, et grâce à un bloc comprenant même des personnages aussi discrédités que Rumor et Colombo, lie avec satisfaction par les partisans du compromis historique. Le directeur de l'hebdomadaire du PCI, Reichlin, écrivit textuellement : "La victoire de Zaccagnini ainsi que la réaffirmation du caractère populaire et démocratique du parti, avec le refus d'assigner à la DC le rôle de pôle modéré dans l'éventail politique italien, ne représententpas peu de chose. "' L'article est paru le 2 avril. Malheureusement pour son auteur, le jour précédent, la DC lui avait infligé une cuisante désillusion : au Parelle avait fait bloc avec les fascistes pour faire passer un article de loi qui nie la liberté de l'avortement, et avait ainsi rendue inévitable la rupture totale avec les socialistes. Ces derniers, par leur abstention lors du vote de confiance, avaient permis la formation du dernier cabinet Moro. Comme si cela ne suffisait pas, quelques jours plus tard, le "novateur" Zaccagnini acceptait que Fanfani rentre à nouveau en scène, de manière sensationnelle, par son élection à la présidence du Conseil National du Parti qui, au même moment, élisait une direction dans laquelle le vainqueur du Congrès était en minorité. Il l'était d'ailleurs déjà dans les deux groupes parlementaires. Pour compléter ce tableau et démontrer que la DC était décidée à défendre jusqu'au bout tous ses hommes, le cabinet Moro, sur le point de périr, reconduisit à la présidence de l'IRI (secteur industriel public) le contesté Petrilli (ce dernier avait désigné et appuyé le tristement célèbre Crociani, autre dirigeant de l'industrie d'Etat dénoncé comme escroc et mêlé à l'affaire Lockheed). En conclusion, le Congrès démocrate-chrétien de la mi-mars avait créé une situation encore plus confuse et n'avait de fait, pas ouvert la voie à de nouveaux dévelop pements. Bien que cela fut évident pour tous, les dirigeants du PCI faisaient un effort désespéré pour que la DC opère au moins une rectification par -tielle qui permette d'éviter une crise ministérielle et les élections qui en découleraient. De fait, ils préféraient ne pas rompre la législature, se donnant les moyens de consolider leur sucsès du 15 juin, d'élargir directement ou indirectement la collaboration également avec la

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DC, au niveau des administrations régionales, provinciales et communales, de fournir de nouvelles preuves concrètes de leur "sens des responsabilités", et de créer, en dernière analyse, les conditions d'une insertion en douceur dans une future majorité gouvernementale. Pour ce faire, Berlinguer proposait un pacte de tous les partis "constitutionnels", à l'exclusion pourtant des seuls fascistes du MSI-droite nationale, sur la base d'un accord programmatique d'urgence. Mais la DC y opposait un nouveau refus. Le débat aux Chambres, provoqué par le gouvernement Moro, fut le dernier acte du drame. Il s'est agi d'un acte purement formel dont le but tactique était de faire porter aux autres la responsabilité de la fin de la législature. Mais la manoeuvre a échoué : la procédure parlementaire s'est déroulée dans l'indifférence générale, les parlementaires ayant leur esprit déjà tourné vers d'autres choses : la campagne électorale désormais en plein déroulement ! une crise sociale qui continue Est-il besoin de rappeler, vu que la presse internationale en a suffisamment parlé, que les autres actes du drame politique se sont déployés parallèlement à une crise économique de dimensions alarmantes. Ainsi que Moro l'a rappelé dans son dernier discours en tant que chef du gouvernement, la période récente a vu se dessiner les premiers signes de reprise économique. La production industrielle du dernier trimestre de 1.975 a dépassé de 3,4 % celle de l'année précédente, et celle des deux premiers mois de cette année a dépassé de 3, 6 % celle de la même période de 1975. Mais le redémarrage de l'inflation est en train de se produire plus tôt et de manière plus consistante que ne l'avaient prévu les plus pessimistes. Le gouvernement est contraint de prendre une série de mesures restrictives qui risquent d'étouffer la reprise naissante. La dévaluation de la lire par rapport au dollar - partiellement provoquée et partiellement accompagnée de spéculations en tous genres - a déjà provoqué et provoquera encore plus, dans les mois à venir, une nouvelle explosion des prix. Le dollar était côté entre 685 et 690 lires le 20 janvier et il a dépassé la limite des 900 lires au moment où est écrit cet article. Par ailleurs, la crise sociale ne s'est nullement atténuée, au contraire, elle s'est appro fondie. Les luttes ouvrières se sont poursuivies sans interruption, avec des grèves partielles, générales, des grèves des catégories les plus importantes, de fortes mobilisations de rue. La bataille pour le renouvellement des contrats des principales catégories s'est prolongée plus longtemps que lors des précédentes échéances de 1969 et 1972 et l'accord central des métallurgistes ne s'est conclu que le ler

CONS mai, après sept mois. Toutefois, ces luttes posent une interrogation: les luttes actuelles ont-elles révélé une combativité comparable à celle de 69, le point le plus haut de la mobilisation ouvrière de ces dernières années ? Y a-t-il eu des épisodes de débordement des directions bureaucratiques par la base ? La réponse ne peut se trouver dans une comparaison abstraite, mais doit tenir compte du contexte différent. En 1969, les luttes étaient plus concentrées dans le temps et, dans ce sens, elles ont eu parfois une portée plus explosive. Les débordements, dans le cours des luttes elles-mêmes, ont été plus fréquents et voyants, mais il faut tout de suite ajouter que de tels débordements se sont produits surtout dans la période précédant le tournant des directions syndicales qui, durant l'été de cette année-là décidèrent de "chevaucher le tigre", en acceptant les revendications avancées par la base et durement combattues auparavant (les augmentations égales pour tous, en particulier). Par la suite, les bureaucraties réussissaient à reprendre assez fermement en geoisie de faire des concessions assez considérables. La situation actuelle est différente, dans ce sens qu'aujourd'hui plus qu'en 1969, la dimension de la lutte est nationale. Plus encore : il est évident pour les secteurs ouvriers les moins politisés que la solution des problèmes-clé - emploi et défense des acquis du niveau de vie - ne se trouve pas dans la lutte purement syndicale, mais exige une alternative politique générale. Pour cette raison, les débordements deviennent objectivement plus difficiles, bien que les bureaucraties adoptent aujourd'hui une attitude plus conservatrice qu'en 1969. Cela ne signifie pourtant pas que des tensions et des conflits constants n'existent pas entre les dirigeants bureaucratiques et les masses et au sein même de ces directions, en particu-

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lier entre les secrétariats de la Confédération Unitaire disposés à accepter dans les faits le cadre d'une politique des revenus, et certaines fédérations parmi lesquelles celle des métallurgistes, qui doivent tenir davantage compte de l'humeur de la base et de leurs déclarations passées. Les frictions entre les masses et les directions syndicales se sont exprimées à un double niveau. Des couches d'ouvriers, parfois d'une certaine importance, ont soutenu la nécessité de défendre des revendications plus avancées, tant sur le plan de l'emploi que sur le plan salarial (35 heures sans réduction de salaire, augmentation de 50. 000 lires égale pour tous). Plus généralement se sont exprioppositions à une ultérieure réduction des revendications de base déja modestes. Ces sont traduites, soit par des débordements concernant les méthodes de lutte (grèves poursuivies au-delà de la limite prévue, formes de lutte plus dures, cortèges internes plus décidés, blocage total de l'entrée des marchandises, manifestations dans les villes sur des objectifs indiqués par les bureaucrates, etc.), soit par la contestation, parfois spectaculaire, de dirigeants connus, dont le discours fut couvert de sifflets. De telles manifestations concernaient d'importants secteurs ouvriers à Turin, Milan et Naples: mais ne se sont pas uniquement limitées à ces centres importants. Ce qui s'est passé après la signature du contrat dans le secteur de la chimie montre clairement l'état d'âme de larges couches ouvrières et les difficultés rencontrées par les dirigeants syndicaux à imposer leurs solutions. Le contrat s'est fait sur une base véritablement minimaliste. Le thème tant vanté du "contrôle des investissements", dont les bureaucrates avaient voulu faire le cheval de bataille de toutes ces luttes contractuelles, aboutit, dans le secteur de la chimie, à un accord qui a mis complètement à nu cette mystification. Le seul engagement pris par les associations patronales consiste "à informer chaque année les syndicats, lors des rencontres spécifiques au niveau national, des projets d'investissements globaux, relatifs aux activités industrielles, avec d'éventuelles précisions pour les secteurs spécialisés les plus importants et pour les grandes zones géographiques". En ce qui concerne les salaires, il est prévu une augmentation mensuelle de 20.000 lires dès maintenant, et de 5. 000 lires dès le ler janvier de l'année prochaine. Etant donné le rythme de l'inflation, aucunement compensé par le fonctionnement actuel de l'échelle mobile, il s'agit d'un chiffre dérisoire. Pire encore, l'augmentation est comprise comme "élément distinct du salaire", cela signifie qu'elle n'est pas inclue dans le salaire de base et qu'elle est perdue en cas de non-présence au travail, même pour cause de maladie (seule exception en cas d'accident de travail). A ce qu'il paralt, les dirigeants de la fédération de la chimie se rendirent tout à fait compte des difficultés qu'ils allaient rencontrer; l'un d'eux interpella en ces termes le secrétaire confédéral Lama, qui faisait l'éloge de l'accord : "Tu iras le défendre toi-même à Porto Marghera !'' et de fait, à Porto Marghera (Venise), une des principales concentrations des industries chimiques d'Italie, la "Petrochimica" repoussait l'accord à une forte majorité. Il ne s'agissait pourtant pas d'un fait isolé. Dans la même région l'exemple était suivi par d'autres usines, parmi lesquelles la "Fertilizzanti", alors que l'accord était annulé à la "Caffaro" de Brescia, à la "Montedison" de Castellanza, à Syracuse par les équipes de la "Sincat" et l'énumération pourrait se poursuivre. Des cas de refus d'un contrat s'étaient produits également dans le passé, mais jamais sur une aussi vaste échelle et d'une manière aussi significative. Nous ne pouvons pas revenir ici sur la mobilisation de masse qui continue à se développer en Italie à divers niveaux. Il suffit de souligner que c'est justement au cours de ces derniers mois qu'a surgi le mouvement de libération des femmes. Ce mouvement s'était déjà dessi-

BASTA

MORIR E

MOVIMENTO PER ABORTC

LIBERAZONE S/

ALLA LEGGE

DELLA FORTUNA

DONNA

né au cours des années précédentes, mais jamais il n'avait pris les proportions d'un mouvement de masse, même pas à l'occasion de la bataille sur le divorce, en 1973-74. Actuellement, la situation connait une évolution importante et positive. La manifestation la plus large se déroula le 3 avril à Rome. C'était une riposte au bloc DC-fascistes opposés à la liberté d'avorter, au cours de laquelle d'innombrables collectifs féminins et un cortège extrêmement combatif de plus de 30. 000 femmes ont défilé durant plusieurs heures dans les rues de la capitale. Fait particulièrement important : l'UDI

(Union des Femmes Italiennes), organisation où l'influence du PCI est prépondérante, fut forcée d'adhérer à la manifestation au dernier moment, renonçant à s'opposer au mouvement féministe et aux "extrémistes". Pour elles, le résultat immédiat ne fut pas brillant : son cortège comprenait à peine plus d'un millier de temmes.

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L'extrême tension sociale et politique de ces mois a eu comme sous-produit la relance, sur une grande échelle, des actions de terrorisme et des actes de violence. Les épisodes sont multiples et divers, mais ils sont réductibles aux schémas suivants actes de violence contre les dirigeants industriels ou leurs locaux (attaque contre Theodoli, secrétaire de l'Union pétrolière, contre Borello, chef de département à la Fiat-Mirafiori; attentat au siège des petits industriels à Milan); actions de sabotage industriel (incendies à la Fiat, tant à Mirafiori qu'à Rivalta; à la Motta et à la Standa); attaque contre les forces de répression (casernes de carabiniers, commissariats Rome, Milan, etc.); attaque de sièges syndicaux et politiques (incendie de la Chambre du travail de Sassari, mise à sac de sièges du PCI et d'autres organisations ouvrières); violences contre des militants de gauche ou d'extrême-gauche (dernier exemple : à Milan, agression de quelques jeunes par une bande de fascistes et assassinat du jeune Ameroso); violences contre les représentants de la droite (assassinat, à Milan, du conseiller communal du MSI, PedeIl est clair qu'il ne faut pas tout mettre dans le même sac. Dans de nombreux cas, d'actions terroristes de droite clairement identifiées et, pour ainsi dire, classiques. Dans d'autres cas, il s'agit de manifestations d'un aventurisme extrémiste de gauche qui, toutefois, ne sont pas, sans autre, attribuables à des groupes connus comme les Brigades Rouges ou les NAP (Nuclei Armati Proletari - Noyaux Armés Prolétariens). L'action contre le chef de département Borello a été revendiquée par les dites

MOSTRA PERMANENTE ANTICHIMINE

"Formazioni Comuniste Armate" (Formations

Communistes Armées). Mais les épisodes les plus sensationnels et les plus provocateurs

- comme les incendies à la Fiat et l'assassinat de Pedenovi représentent une nouvelle vague de la "stratégie de la tension" déjà en vigueur à la fin de 69 (tragédie de la Piazza

Fontana à Milan) et pratiquée par des groupes extrémistes de droite soutenus par des secteurs de l'appareil d'Etat et, en particulier, par certains services secrets. Le but consiste à créer une situation incontrôlable, dans l'espoir de provoquer dans certaines couches de la petite et moyenne bourgeoisie des réactions d'hostilité aux luttes des masses et aux partis ouvriers, et de favoriser des tentatives autoritaires fascistes ou fascisantes.

Qu'un tel résultat puisse être atteint, dans la phase actuelle, c'est évidemment une autre question. L'enjeu

Les élections du 20 juin sont certainement les plus importantes des 30 dernières années. Nous y reviendrons dans un prochain article qui traitera des positions des différentes forces en présence. Mais, dès le départ, l'enjeu est très clair. Selon le Corriere della Sera du ll avril (principal quotidien du pays), "les élections étant une possibilité de mesurer les forces des partis, elles serviront à déterminer quel groupe dirigeant aura la tâche de tenter de résoudre est prot est le parti Comite Un groupe dirigeant groupe dirigeant traditionnel, "lalque et catholique" est par contre en pleine crise, et dans ce sens, il se trouve en position désavantageuse. Toutefois, continue le Corriere della Sera, "il est appuyé par un vaste électorat non communiste, qui inclut des couches évoluées et modernes; il peut compter sur l'appui du monde occidental; il lui reste à trouver également la concorde, l'imagination, la capacité de décider... L'enjeu devrait lui permettre de trouver, tout au moins, le courage des heures difficiles. Cela pourrait également être la dernière occasion pour le groupe dirigeant actuel"'. Pour sa part, le patron de la Fiat, Agnelli, a déclaré : "Ce qui compte maintenant, c'est que tous les Italiens fassent un choix précis du contexte politique dans lequel ils veulent vivre" (21 avril 76). Un intellectuel du PCI a écrit à son tour, dans Rinascita : "L'année 1976 peut uniquement être comparée aux années les plus pénibles de l'histoire italienne depuis la fin de la guerre mondiale à nos jours: 1921 et 1943. Nous ne voulons pas qu'elle soit comme 1921, année de l'avance fasciste, et nous ne voulons pas non plus que, comme en 1943, l'Italie soit obligée de passer par autant de luttes et de ruines avant de se rétablir".

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Au-dela des sombres intonations, le dilemme se pose en termes bien nets : qui doit gouver -ner ? L'ancien bloc hégémonique doit-il continuer à dominer, ou bien faut-il une solution alternative radicale ? Le groupe dirigeant du PCI se contorsionne pour éluder le dilemme, pour éviter une polarisation politique qui est la conséquence de la polarisation sociale déjà existante dans le pays. Le communiste Lama, principal dirigeant syndical, a fait récemment la déclaration suivante :

NOCENT! MECCANICO

CNTELCIACHIO

"Nous ne voulons pas qu'à la veille de cette campagne électorale se réalise une conjonction, qui serait extrêmement préoccupante, entre l'aggravation des tensions sociales et la tension politique. Il pourrait se produire un mélange explosif véritablement capable de dramatiser ultérieurement la situation. Au contraire, nous voulons que les élections politiques se déroulent dans un climat serein, dans lequel les gens puissent raisonner avec leur tête et non sur la base de leurs émotions. Nous avons intérêt à ce qu'il n'y ait pas de heurts frontaux et que les partis raisonnent calmement sur les programmes, sur les choses, sur la politique-même que nous, en tant que mouvement syndical avons indiquée pour sortir de la crise". Nous ne savons pas si Lama est convaincu de ce qu'il dit ou s'il parle en ces termes pour des raisons tactiques. Nous penchons pour le premier terme de l'alternative. Cependant, la convergence entre tension sociale et tension politique est désormais une réalité qu'aucune tentative velléitaire ne peut annuler. Et les élections seront comprises par la grande majorité des participants précisément comme une confrontation frontale : entre ceux qui veulent que des élec - • tions du 20 juin sorte un nouveau gouvernement bourgeois, tuteur du statu quo, et ceux qui veulent que la direction du pays revienne aux partis ouvriers. L'enjeu est véritablement celui-là !

L'extrême-gauche Alors que nous rédigeons cet article, il n'est pas encore décidé de la manière dont l'extrême-gauche se présentera aux élections. Mais, par rapport aux élections précédentes (1972), il s'est produit un changement assez profond. A ce moment-là, Lotta Continua et Avanguardia Operaia montraient du mépris pour les échéances électorales et oscillaient entre l'abstentionnisme - même si cela n'était pas officiellement déclaré - et le suivisme à l'égard du PCI. Le Manifesto seul décidait de se présenter, mais sans donner à sa participation le contenu d'une bataille unitaire de l'ensemble de l'extrême-gauche. Aujourd'hui, la compréhension de l'importance de la présence de l'extrême-gauche sur le terrain électoral est quasi unanimement partagée En plus, le développement de polémiques au cours des dernières semaines a montré que de très larges secteurs ont également compris la signification qu'aurait la présence de listes unitaires de toute l'extrême-gauche. C'est la position que les marxistes-révolutionnaires avaient déjà défendue en 1972 - et reprise depuis à l'occasion des élections régionales et administratives en 1975 - dans le scepticisme et l'indifférence, sinon l'hostilité de la majorité. Lotta Continua s'est rendue compte la première de la situation et en février déjà, elle faisait la proposition d'une liste unitaire de l'extrême-gauche. Toutefois, parmi les diverses organisations nationales, elle n'obtenait de réponse favorable que de la part des Gruppi Communisti Rivoluzionari (section italienne de la IVème Internationale). Le PUP répondait par un net refus, soutenant qu'étant donné la radicale divergence stratégique, un bloc électoral avec Lotta Continua ne pouvait même pas être envisagé. Avanguardia Operaia aurait préféré adopter une position moins radicale, plus souple, plus susceptible de mettre en difficulté Lotta Continua. Mais mise en face d'un choix, elle optait pour former un bloc avec le PaUP, sous le sigle de Démocratie Prolétarienne déjà utilisé lors des élections régionales et administratives du 15 juin de l'an passé. Mais alors que les jeux semblaient déjà faits et que l'on s'acheminait inévitablement vers deux listes de l'extrême-gauche, le débat sur le choix électoral pénétrait toute l'extrême-gauche, provoquant de profondes différenciations au sein de toutes les organisations. La poussée unitaire se révélait beaucoup plus forte que ne l'aurait voulu le PUP et que ne l'avait prévu Avanguardia Operaia. Cette dernière était douloureusement déchirée et esquissait donc toute une série d'opérations tactiques dans le but, si ce n'était d'éviter le choix, de le rendre moins traumatisant. Le fond de sa position était le suivant : l'unité globale sur la base d'un accord national n'est pas possible (vu le refus du PdUP), mais des accords locaux sont pos-

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sibles, avec l'inclusion de candidats de Lotta Continua sur les listes de Démocratie Prolétarienne. Les accords locaux pouvaient être élargis à un certain nombre de circonscriptions. Lotta Continua soutenait avec raison que la seule méthode possible consistait en un accord national et proposait une rencontre comprenant outre Avanguardia Operaia et Lotta Continua, les GCR, le MLS (Movimento dei lavoratori per il socialisme - ex-Movimento della statale di Milano) et un cartel des organisations maolstes. Elle se déclarait prête à entrer sur les listes de Démocratie Prolétarienne et à renoncer à la candidature des membres de son secrétariat, mais à condition que ce soit le cas pour toutes les circonscriptions et que le temps d'antenne à la radio et à la télévision soit réparti paritairement. La prise de position de Lotta Continua provoquait une nouvelle vague de discussions et de nombreuses interprétations. Mais le PdUP, après des débats tendus, maintenait son refus d'accord avec Lotta Continua. Par conséquent, il y aura deux listes de l'extrême-gauche, une de Démocratie Prolétarienne avec la participation du PAUP, d'Avanguardia Operaia, du MSL et des groupes mineurs de tendance maoiste, et une de Lotta Continua avec, en plus, la participation de la section italienne de la IVème Internationale. Le choix des marxistes-révolutionnaires italiens n'implique pas une rectification du jugement qu'il porte sur les conceptions et les orientations de fond de Lotta Continua. Elle est déterminée par la constatation que la responsabilité de l'échec du projet unitaire retombe sur le PdUP, et par le fait que, face à l'existence de deux listes distinctes, le choix doit être fait en fonction de la plus grande convergence sur les questions politiques centrales dans la phase actuelle. Cette convergence a existé, même si ce n'est de manière totale, entre Lotta Continua et les GCR durant les luttes sur les contrats et, aujourd'hui, sur la question de la liste unitaire de l'extrême-gauche. Dans les limites de la campagne commune, les marxistes - révolutionnaires mèneront une campagne électorale sur les thèmes qu'ils considérent comme essentiels dans cette période, et sur lesquels nous reviendrons dans un prochain article. Le mot d'ordre sur la question cruciale du gouvernement sera : "Pour un gouvernement ouvrier, avec l'exclusion de tous les partis et représentants de la bourgeoisie; pour un gouvernement PCI-PSI appuyé sur les syndicats et sur les autres organisations de masse".

2 mai 1976

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