Les dernières informations qui nous parviennent d'Argentine témoignent d'une aggravation systématique et presque quotidienne de la répression anti-ouvrière déclenchée par la junte militaire. Il est urgent d'arracher à celleci le masque de "modération" dont elle s'affuble volontiers encore à l'intention de l'étranger, et qui est accepté comme correspondant à la réalité non seulement par une partie de la presse occidentale mais même par la Pravda. Le nombre des militants ouvriers et politiques en prison dépasse maintenant les 14.000, dont 150 militants du PST, organisation sympathisante de la IVème Internationale en Argentine. Les exécutions sommaires effectuées par la police parallèle du type AAA se poursuivent de plus belle. Elles sont de plus en plus officiellement prises en charge par l'armée elle-même. Ainsi, trois prisonniers politiques ont été exécutés à Cordoba et quatre à Bahia Blanca au début du mois de mai. La dictature s'appuie sur la censure pour présenter ces exécutions sommaires comme résultant de tentatives d'évasion ou de heurts entre groupes armés, quand, la plupart des fois, il s'agit de meurtres à froid de prisonniers désarmés. Le 29 avril, le général Benjamin Menendez, commandant militaire de Cordoba, a fait brûler des milliers de livres marxistes confisqués dans les librairies de cette ville. L'auto-dafe a eu lieu dans la base du l4ème régiment des parachutistes. Un communiqué du 3ème corps d'armée le justifie ouvertement, affirmant qu'il faut "empêcher que cette littérature puisse continuer à induire en erreur notre jeunesse" En même temps, une première grève importante a eu lieu aux usines General Motors, en solidarité contre l'arrestation de délégués syndicaux. Malgré une intervention de l'armée à l'usine, les travailleurs ont tenu bon et ont fini par arracher la libération de leurs camarades. Quelques petites grèves sont également à signaler. La situation économique des travailleurs s'est considérablement aggravée. On estime que le salaire réel moyen a diminué de 35% depuis l'arrivée au pouvoir de la junte militaire.