Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PORTUGAL

La capacité de riposte

· Inprecor (première série) n° 51, 13 mai 1976 · p. 10-14 · 3 936 mots

Portugal Syndicalisme

VOTA MRPP

CAMPO PEQUENI

A.UDRY - C. MICHALOUX Après les élections du 25 avril au Portugal, la presse internationale n'a pas manqué, pour surmonter sa déception et voiler sa surprise, de déclarer que la similitude entre les résultats des élections législatives et ceux de l'Assemblée Constituante ne faisaient, après tout, qu'exprimer "l'accoutumance du Portugal à sa jeune démocratie". Pourtant, cette même presse laissait entrevoir sa véritable préoccupation : "La consultation populaire n'a donc pas permis de définir la direction que devait prendre désor -mais le Portugal' (Journal de Genève du 27. 4. 1976 - journal de la banque helvétique). Après avoir appelé et souhaité une victoire électorale de la droite, qui aurait couronné le 25 novembre, la bourgeoisie européenne ne peut s'empêcher de reconnaitre son dépit. Les apôtres de la "démocratie libérale"', qui avaient sa faveur, n'ont pas emporté la victoire annoncée à grands fracas en janvier-février 1976. Une exception historique Les partis et organisations ouvrières (PS, PCP, UDP, MES, LCI, PRT) ont obtenu 53 pour cent des voix. Il v a un an, partis et organisations du mouvement ouvrier avaient totalisé 58 pour cent des suffrages. Leur score accuse donc un léger recul global, mais fondamentalement il exprime la nature des rapports de force sociaux - certes avec leurs fluctuations ré-* gionales - que le 25 novembre n'a pas pu modifier qualitativement. Mieux, il faut souligner la singularité historique de tels résultats et de leur persistance. C'est en effet la première fois en Europe capitaliste que, dans une situation analogue, les partis de la classe ouvrière

PORTUGAL

LA CAPACITE

obtiennent deux fois successivement la majorité absolue. On peut à cet égard rappeler que le SPD et l'USPD (Parti socialiste indépendant) n'obtinrent aux élections de janvier 1919 à la Constituante, en Allemagne, que (!): 45,7 pour ceni des voix. Le scrutin du 25 avril, d'un point de vue très général exprime la combinaison de trois phénomènes qui risquent bien de se manifester à nouveau hors des frontières du Portugal, lors des prochaines consultations électorales en "Europe du Sud". Tout d'abord, il traduit la profondeur de la crise générale des rapports sociaux de la société capitaliste, ceci après une période de croissance qui suscita le renforcement social du prolétariat. Ensuite, il affirme l'aspiration à un "changement de société"' de la part des masses laborieuses, l'actualité du socialisme. Un commentateur portugais, dans l'explication des résultats, soulignait un des facteurs déterminants : "Le contenu subjectif du mot "socialisme" aux connota -tions fortement positives, même pour les masses les moins politisées". (Opção, 29.4. 76). Enfin, la pression croissante de la montée ouvrière en Espagne, France et Italie se fait sentir sur le développement de la vie politique portugaise. Les luttes défensives et le 25 avril Le 25 avril ne peut être situé dans la continuité directe du 25 novembre 1975. En effet, si un recul fut infligé par l'opération des commandos de l'Amadora, en fin janvier-début février les travailleurs industriels et agricoles s'enga-

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gèrent dans une série de luttes défensives auxquelles faisait écho la deuxième grande vague de syndicalisation des travailleurs portugais (voir Inprecor No. 49). Sur le plan électoral, le réflexe défensif qui s'était déclenché dans les usines, les bureaux et les exploitations agricoles, ainsi que les progrès de l'organisation syndicale du mouvement ouvrier, ont fonctionné face aux proclamations triomphalistes de la droite et aux tentatives répétées d'intimidation. Certes, le scrutin exprime l'inégalité de développement de ce processus, inégalité sous-tendue par les différences de structure sociales entre les diverses régions du pays. Ainsi, dans les districts du Nord, les pourcentages atteints par la droite, comme les reclassements en son sein en faveur du CDS, traduisent le renforcement d'un pôle réactionnaire plongeant ses racines dans la petite-bourgeoisie traditionnelle. Le PPD et le CDS totalisent plus de 50 pour cent des suffrages dans les districts de Viana do Castelo, Braga, Villa Real, Bragança, Aveiro, Viseu, Guarda, Leiria (voir carte ci-dessous).Ces districts regroupent environ 33 pour cent de la population du Portugal.

VOTES CUMULES

PS/PCP PPD /CDS V. CASTELO 32.254 /V SAS 15% 29,67% 53,92% BRAGA 61.42% 42,67% 49.700 28,04% AVEIRO ( (57.49%7 63,42% 7 67 75% 39,18% 43,04% BRANCO /E0,54% 42.37% ANTAREN

60522% 4,35% /29,31% 33.30% PORTALEGRI 24.07%

53,34% 17.16 SETUBAL 10.49% 12,79% 75.67% 12.40% Par contre, les partis et organisations du mouvement ouvrier obtiennent des majorités absolues, parfois impressionnantes, dans les districts essentiellement situés au Sud du Tage et autour des grandes villes : Beja (82%), Coimbra, Evora (76%), Faro, Lisbonne, Portalegre, Porto, Santarem, Setubal (voir carte ci-dessus). Ces circonscriptions regroupent environ 59% de la population. Si la division Nord-Sud est réelle, il serait cependant erroné de penser qu'une coupure totale sépare les deux régions du pays. En effet le PS et le PCP, ainsi que les organisations de l'extrême-gauche, dans quelques districts, parviennent à rassembler une partie non négligeable de l'électorat : 41% à Leira, 46% à Castello Branco, 38% à Braga. Evidemment, dans ces régions, le PS est largement dominant dans la gauche, ce qui reflète tout simplement le développement inégal de la conscience de classe. La réorganisation partielle de la droite Dans un contexte général de polarisation sociale, déterminé par la résistance des masses laborieuses à l'attaque patronale et gouvernementale, un léger progrès combiné avec un réalignement s'est opéré au sein du camp bourgeois. Mettant à profit les mobilisations de la CAP (Confédération des Agriculteurs Portugais) et les prises de position de la CIP (Confédération des Industriels Portugais), jouant la carte de parti d'opposition non mêlé aux compromissions gouvernementales, le CDS visait à un renversement des rapports de forces dans l'aire occupée par les partis bourgeois. Freitas do Amaral multipliait, durant le mois d'avril, les prévisions fixant la barre à plus de 20 pour cent. Or le CDS totalise 16 pour cent. L'objectifn'estpas atteint. Certes, il se profile dans le Nord, spécialement dans le Nord intérieur, comme le pôle politique et l'organisateur de la contre-offensive réactionnaire. Le déplacement des voix du PPD au CDS, par rapport à 1975, est net dans les principaux districts septentrionaux (Aveiro, Braga, Bragança, Castelo Branco, Guarda, Villa Real, Viseu et même Porto). Néanmoins, à l'échelle nationale, il n'a pas pu réduire suffisament la place occupée par le PPD, pour surgir comme "l'Alternative 76", qui était placée sous le signe de l'anti-socialisme. Le résultat, de ce point de vue, constitue un échec et participe pleinement de la crise de direction bourgeoise. Dès lors, le CDS se rabat sur une proposition de "gouvernement de salut national"' conçu comme une coalition CDS-PPD-PS. En outre, il met ses espoirs dans l'élection d'un candidat de l'armée à la présidence de la république qui puisse contre-carrer la dynamique, défavorable pour lui, des résultats électoraux; le président disposera en effet de pouvoirs très importants : choix du premier ministre, commandement suprême de l'armée, présidence du Conseil de la Révolution. Le candidat du CDS, le général Galvào de Melo, en réserve dans les rangs de l'armée, le devient aussi dans ceux des candidats présidentiels. Le CDS se trouve contraint de miser, cette fois, sur une "Alter -native 77", qui serait garantie par un militaire à poigne. Ces élections sanctionnent, même s'il maintient à peu près sa surface électorale, l'échec du projet du PPD qui, dès septembre 74, tenta de s'affirmer comme le "grand parti du centre" hégémonique dans le camp bourgeois. Bien que récupérant des voix qui s'étaient portées en avril 75 sur les listes du PS, il n'a pu arracher à ce dernier un nombre suffisant de suffrages pour

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PORTUGAL prétendre à la représentation d'un large spectre social, allant du capital industriel auxdites. "nouvelles classes moyennes", en passant par la petite-bourgeoisie traditionnelle. Par contre, il a perdu, en faveur du CDS, son audience parmi les couches dont la mobilisation anti-ouvrière est effective (à Veiro, Braga, Guarda, Viseu, Villa Real). Sa place dans les divers gouvernements de coalition, comme les effets de sa démagogie "social-démocratisante" l'empêchèrent de mordre effectivement sur l'électorat mobilisé lors des rassemblements de Rio Major ! Ainsi, en fin de campagne, il fut contraint de nuancer sa propagande anti-PS et anti-ouvrière, pour mettre à nouveau en relief le thème de la social-démocratie, espérant de cette façon capturer une frange plus large dans l'ancien électorat du PS. Le PPD doit aujourd'hui reconduire sa politique de coalition, quelles que soient les difficultés. La succession de retournements de Sa Carneiro sur la participation de son parti au gouvernement reflète sa situation de crise latente, et confirme à son tour la crise de direction bourgeoise. Le PPD doit à nouveau viser une alliance avec le PS, opération difficile vu les tensions au sein de la formation de Mario Soares, tout en s'en remettant à l'élection d'un général se situant dans le prolongement de la réorganisation des forces dans les hautes sphères de l'armée, depuis novembre 1975. "La majorité de gauche» Le PS a déployé une campagne électorale intense. Ses meetings témoignaient d'une audience populaire massive. Même si les thèmes de la campagne ("'Reconstruire le pays"') ne se situaient pas à gauche de ceux propagés en avril 1975, il est évident que le vote PS prit très souvent la signification d'un vote "contre la réaction" et, y compris, pour la défense des acquis du "processus révolutionnaire", particulièrement des libertés démocratiques. Ceci se manifesta avant tout dans les zones où la réaction est la plus active. Par contre, le PS perdit le maximum de voix - en faveur du PCP - dans les districts à forte concentration prolétarienne, où les expériences de luttes, de contrôle ouvrier, d'occupation de terres étaient les plus généralisées et avancées et où la résistance à la contre-attaque du Capital fut la plus ferme : Evora, Portalegre, Setubal, Lisbonne et Beja. La perte de 3% des voix par le PS traduit la combinaison de trois phénomènes : un déplacement en faveur du PPD qui, essentiellement, lui a fait perdre les voix qui s'étaient portées sur lui en 1975, pour élever un "barrage communiste"; un transfert vers le PCP dans les zones ouvrières ou de grandes exploitations agricoles, qui votèrent ainsi contre la politique économique et sociale. du 6ème gouvernement; un renforcement dans les districts les plus arriérés politiquement (Braga, Viana do Castelo - où il profite du report des voix MDP -, Viseu) où le PS recueille les fruits de lents progrès de la conscience de classe et de la résistance à la contre-révolution.

La surface même occupée par le PS lui fait subir, sur le plan électoral, les effets de la polarisation sociale. Cette dernière impulse aussi des tensions dans les rangs sociaux-démocrates. D'une part, alors que des couches importantes de salariés, de militants syndicalistes, ont voté PS dans la perspective d'une défense de leurs acquis sociaux, la direction PS déclare : "Il est nécessaire d'expliquer à la classe ouvrière et aux dirigeants syndicaux qu'ils doivent limiter avec réalisme leurs revendications. Si l'agitation sociale continue et si la productivité diminue, ça ne peut que profiter à la droite" (Mario Soares, "A Luta"', 27. 4. 76). Une telle déclaration renvoie aux imprécations du réactionnaire de "The Economist" qui écrit en éditorial : "Le problème (économique) peut être allégé par l'aide financière étrangère. Cependant, quel que soit l'argent que les Etats-Unis et la Communauté Européenne allouent sous forme de crédits et de prêts avantageux, quelqu'un au Portugal devra payer les pots cassés pour le fardeau économique qui reste sur ses épaules au moment où le pays tente de rattraper ces deux dernières années. " (1.5.76). Soares l'a désigné : le prolétariat portugais. Une telle orientation ne peut que susciter un mécontentement parmi les militants syndicalistes du PS ! D'autre part, face au renforcement de l'offensive du Capital et de la réaction, une tendance à l'unité se dégage parmi les travailleurs et entre en collision avec la politique de la direction du PS face au PCP. La manifestation unitaire des syndicats sous influence PS et PCP, le ler mai, concrétisait cette pression à l'unification des rangs du prolétariat, avec ses implications, y compris par rapport à la formation du futur gouvernement. Mais, il est aussi vrai qu'une partie de l'électorat PS, auquel la direction est sensible, en votant PS, se prononça pour une coalition PS-PPD. Cette antinomie ne constitue certainement pas une des plus petites raisons qui pousse Soares à préparer avec autant d'insistance le projet d'un gouvernement composé du seul PS. Pour l'instant, le PS se trouve placé face à une autre difficulté : l'élection présidentielle. La direction Soares avait manifesté son accord avec le choix d'un "candidat militaire d'unité nationale". Mais, après ces élections, l'obstination de la droite, minoritaire au Parlement, de placer "un homme fort de l'armée" déséquilibre le PS, dont le choix sera analysé par une partie de sa propre base en fonction du soutien possible que le PPD et peut-être le CDS apporteraient à un tel candidat. La droite espérait laminer électoralement le PCP. Elle visait à l'isoler, à ne plus en faire le parti de la classe ouvrière et des travailleurs agricoles. Son projet a échoué. Certes le PCP a récupéré une partie des voix du MDP

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qui ne se présentait pas et s'était désisté en sa faveur. Mais ces voix se sont dispersées dans trois directions : PS, PCP et extrême-gauche. En outre le PCP a aspiré une partie des suffrages qui s'étaient portés sur les organisations centristes telles que les FSP et le MES, en 1975. Néanmoins, les résultats les plus significatifs sont ceux obtenus dans les bastions prolétariens où le PCP prend la tête : 43, 99% à Beja, 43, 04% à Evora et 44,34% à Setubal. De même, il a progressé dans les autres districts du Sud, où ses scores ne sont pas négligeables : Lisbonne 21,94% ; Portalegre 22, 01% ; Santarem 16,07%. Le PCP, dont l'enracinement syndical est profond, confirme être le parti rattaché à la colonne vertébrale de la classe ouvrière portugaise (ceinture industrielle de Lisbonne et Alentejo), ce qui pose avec encore plus d'acuité La question de l'unité des rangs prolétariens. Par contre ses positions au Nord sont fort fragiles. Il a su habilement faire oublier, durant la préparation des élections, son refus de stimuler une riposte d'ensemble à l'attaque patronale en mettant en relief le thème du "gouvernement de gauche qui, conjointement avec le Conseil de la Révolution, défendra et consolidera les libertés et les autres conquêtes... " (Avante, 29.4.76). Il répondait ainsi au sentiment unitaire de larges secteurs des masses, ce qui se combina avec sa politique de semi-opposition au bème gouvernement. Le PCP continue d'ailleurs à insister sur ce thème moins délicat que celui de la désignation d'un général pour la présidence de la République ! En effet, tout en ne pouvant que difficilement accepter un candidat "d'unité nationale"' tel que Eanes, il ne désire cependant pas s'opposer frontalement à un choix qui obtiendrait un assez large consensus dans les sphères de l'armée. D'autant plus qu'aujourd'hui, jouer sur les diverses tendances de l'armée n'est plus aussi aisé que durant l'auL'extrême-gauche marque le pas Le tassement électoral de l'extrême-gauche traduit le recul du 25 novembre, qui s'exprime aussi dans la tendance renforcée à "voter utile", ce qui profita au PCP et, marginalement, à l'UDP, la seule organisation à gauche du PC disposant d'un député à l'Assemblée. Une partie de ladite "gauche révolutionnaire" a payé le prix de sa politique antérieure au 25 novembre et de son tournant vers une orientation de "lutte contre le fascisme", sans indication précise ni alternative réelle face au PCP. Le MES avait recueilli 57. 682 voix en 1975 ; il en obtient cette fois 30.984. En 1975, le MES caractérisait ainsi le résultat d'élections qui attribuaient 58% des suffrages aux partis se réclamant de la classe ouvrière : "(les élections) ne pouvaient qu'être favorables à la bourgeoisie représentée politiquement par le parti du patronat qu'est le PPD et par la direction social-démocrate du PS... Le PS peut recueillir de nombreuses voix dans les urnes bourgeoises, mais il n'a rien à voir avec la lutte syndicale des travailleurs, avant et après le 25 avril 1974, il n'a rien à voir avec les expériences de lutte les plus importantes des ouvriers" (Esquerda Socialista, 7.5.75)! Cette fois, le MES titre : "Le peuple a voté contre le fascisme". Il continue : "'La majorité du peuple portugais a rejeté les thèses

Get fascisantes des partis de droite. Cependant, la croissance du CDS montre que le fascisme est une menace réelle. Les pertes du PS reflètent l'affaiblissement de la social-démocratie. Cependant, le PS possède une surface électorale très importante qui traduit son influence sur la petite-bourgeoisie hésitante qui ne fut pas hégémonisée par la classe ouvrière, mais qui n'adhère cependant pas au fascisme. " (Poder Popular, 4. 5.76). Dans la ligne de son analyse sur la "menace fasciste", de sa caractérisation du PS, de son incompréhension du processus de développement de la conscience de classe, le MES est incapable d'apprécier la signification effective de ces élections et le reflet qu'elles donnent des rapports de forces sociaux au Portugal. Mieux, prisonnier d'un sectarisme triomphaliste, il déclare : "La situation politique actuelle, les illusions défendues par les réformistes dans les masses, si elles nous ont frappé électoralement, en réduisant nos suffrages à des suffrages clairement militants... cela ne nous a pas affecté, au contraire, cela nous a renforcé sur le terrain décisif de la lutte ouvrière et syndicale" (Poder Popular, 4. 5. 76). Au sein de l'extrême-gauche, l'UDP, organisation maoiste (voir Inprecor n°49), confirme son rôle dominant et son implantation croissante dans la ceinture industrielle de Lisbonne et dans l'Alentejo, Elle a recueilli9l. 084 suffrages. Elle a mis à profit le tournant à droite du PCP, après le 25 novembre, et a réussi ainsi à acquérir une influence dans les bastions à vieille tradition communiste où les thèmes de la lutte anti-fasciste et un certain "radicalisme économique" sont fortement ancrés. Quant à la Ligue Communiste Internationaliste (organisation sympathisante de la IVème Internationale) - qui fut suspendue pendant quelques

TRABA HADORES

NALLOMALZACOR

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jours pour avoir "attaqué" le Conseil de la Révolution -, elle obtint 16. 186 suffrages (10. 732 en 1975). L'audience de la campagne des trotskystes fut indéniable, et réel fut l'écho des thèmes tels

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PORTUGAL que : convocation d'un congrès démocratique des syndicats, la dénonciation du pacte entre les partis politiques et le Conseil de la Révolution, la mise en avant du mot d'ordre "Pour un gouvernement PS-PCP directement responsable devant un congrès démocratique de tous les syndicats" (voir Inprecor n°47/48). Quant au PRT (Parti Révolutionnaire des Travailleurs), organisation se réclamant de la IVème Internationale et qui se présentait aux élections pour la première fois, il réunit 5. 144 suffrages. Son mot d'ordre central était : "Pour un gouvernement PS, mais sans capitalistes ni généraux''! Au moment où la quasi-totalité des organisations de l'extrême-gauche essaie sans grande chance de succès, de présenter aux élections présidentielles la candidature de l'ex-général Otelo de Carvalho, la LCI insiste sur la nécessité d'opposer aux candidats généraux un "candidat ouvrier exprimant l'unité des travailleurs et qui pourrait la faire progresser" En outre, nos camarades dénoncent "'les accords dont il sortira un candidat ayant des pouvoirs constitutionnels qui annulent la Constitution.... Ce système de pouvoir doit permettre à la hiérarchie militaire et aux partis bourgeois de gagner dans les ministères ce qu'ils ont perdu lors des élections" (Conférence de presse de la LCI, - A Capital -30.4.76). La crise est ouverte Le résultat électoral obtenu par les partis et organisations du mouvement ouvrier donne toute son importance à la désignation d'un candidat - que beaucoup voudraient d' "unité nationale" - à la présidence de la République. Mais précisément, la majorité absolue obtenue par le PS, le PCP et l'extrême-gauche complique à souhait ce choix. En effet, la lecture des résultats n'est pas identique à celle d'il y a un an. Après le 25 novembre, après l'offensive politique du PPD et du CDS - même si ces derniers renchérissent actuellement sur la nécessité d'une large coalition - une forte tendance se manifeste parmi les travailleurs pour comptabiliser les voix sous deux rubriques : PS-PCP d'une part, PPD-CDS d'autre part. Ce réflexe dérange plus d'un savant calcul parlementaire ! Une grande partie du débat sur le choix du candidat militaire à la présidence s'organise donc autour de l'orientation que le futur candidat défendra sur le type de gouvernement à former, ses prérogatives lui attribuant un rôle décisif dans ce domaine. Ainsi, après que 53 pour cent des suffrages se soient rassemblés autour des partis ouvriers, ce n'est pas un hasard si Costa Gomez est à nouveau présenté, par divers courants, comme un candidat éventuel. Son inclination pour "un gouvernement de gauche" est du domaine public. La direction du PS s'est empressée de faire connaltre son désaccord avec une telle solution. Malgré la gêne provoquée par le soutien trop manifeste du PPD à l'actuel chef d'Etat-major, Soares mise sur Eanes qui serait prêt - dit-on - à accepter la formule d'un gouvernement minoritaire PS. Cette formule trouve d'ailleurs un support dans la Constitution, dont l'article 198 assure une certaine stabilité - institutionnelle au moins ! - à un gouvernement minoritaire (double barrage au niveau des motions de censure, etc...). Le "courant de gauche" du PS, au niveau de la direction, est sensible à la pression unitaire dans les rangs ouvriers. Il propose dès lors au PCP une alliance au rabais, qui prend l'allure d'un chantage ! Antonio Reis déclare : "'Le PCP se trouve face à un dilemme difficile : ou il s'allie avec la droite pour renverser un gouvernement de gauche démocratique dans lequel il ne dispose pas de postes; ou, dans l'impossibilité d'appuyer explicitement un gouvernement qui se dispense de sa présence, il s'abstient dans l'Assemblée Législative, rendant possible la permanence d'un gouvernement PS" (Opçao, 29.4.76). Pour l'instant, le PCP mène à fond l'offensive pour un "gouvernement de gauche", d'autant plus qu'il peut se prévaloir de ses "progrès électoraux' et du recul relatif du PS ! Cunhal, affirmait le 6 mai, au Campo Pequeno : "Le PCP déclare clairement une fois de plus qu'il ne soutiendra pas une tentative du PS de gouverner seul.. " Il tente ainsi de capitaliser la pression unitaire, avec les répercussions qu'elle a dans les rangs du PS et, en mettant l'accent sur la nécessité d'un "gouvernement de gauche", sans s'opposer ouvertement le moins du monde à Eanes, il laisse aussi entendre que la désignation de Costa Gomez ne serait pas pour lui déplaire. Il a d'ailleurs pris soin de déclarer son refus net de soutenir Carvalho. De plus, il reste toujours Azevedo, qui pourrait jouer les trouble-fête en se présentant! Désigner l'actuel chef d'Etat-major à la présidence implique de le remplacer. velle question délicate. Eanes avait fondé son sur son rôle-clé dans les opérations du 25 novembre. Le choix du général-président comme son remplacement peuvent à nouveau exacerber les divisions au sein du cadre dirigeant de l'armée. Voilà une autre facette de la crise de direction bourgeoise. Après avoir pressenti Firmino Miguel, spinoliste bon teint et actif dans la tentative du coup d'Etat civil du 24 septembre 1974, l'Etat-major a dû reculer. Un consensus assez large ne pouvait pas être obtenu. Actuellement, on prononce le nom de Rocha Veira ... Toutes ces péripéties, même si elles se concluaient par la nomination de Eanes à la présidence, reflètent en dernière instance la permanence de l'instabilité sociale, le maintien d'une capacité de riposte de la classe ouvrière, que ces élections ont sanctionnée. La défaite de la droite dans ces élections peut dès lors créer un contexte qui rende plus aisée la mutation de luttes défensives en de nouvelles offensives des travailleurs. Ce n'est pas une des plus petites craintes de la bourgeoisie portugaise et de ses militaires.

6 avril 1976

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