Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ESPAGNE

Arias Navarro : une voix d'outre tombe

· Inprecor (première série) n° 51, 13 mai 1976 · p. 15 · 782 mots

État espagnol Syndicalisme

ESPAGNE A.NAVABRO : UNE VOIX D'OUTRE-TOMBE

Nous publions ci-dessous la réponse de la LCR-ETA(VI) au discours-programme du premier ministre Arias Navarro, prononcé le 28 avril. Pour l'analyse du Référendum, voir Inprecor No. 50.

"L'esprit du 28 avril" hante la Valle de Los Caidos. Une voix d'outre-tombe vient de répéter la n-ième version du message franquiste. Arias n'est déjà plus le légataire du dictateur : il est son médium. La "bataille du référendum" que se sont livrées ces dernières semaines les diverses fractions politiques, s'est soldée, fondamentalement, par une nouvelle victoire de l'extrême-droite quant à la date du référendum (octobre au lieu de juin), quant à l'instrument essentiel de la réforme (les Cortes au lieu du gouvernement), quant au contenu même de la réforme (maintien des institutions principales du régime, Conseil national, Conseil du royaume...). Et surtout: proclamation de l'illégalité de l'ensemble du mouvement ouvrier, incluant implicitement la social-démocratie dans la Ainsi, le discours d'Arias constitue une véritable démonstration d'impuissance qui, au lieu de débloquer l'action du gouvernement, comme le prétendaient les ministres réformateurs, assume ce blocage jusqu'à ses ultimes conséquences. La "réforme franquiste" n'est déjà plus qu'un fossile. D'autre part, une série de faits qui précèdent et accompagnent le discours d'Arias, montrent que la "tolérance" est en train de s'épuiser. Le incapable de contrôler un tant soit peu le débordement, par l'action de masse, de toutes ses concessions, a fait marche arrière, comme on peut le vérifier par la nouvelle vague de répression des dernières semaines : mitraillage de plusieurs militants de l'ETA, assassinat de Oriol Solé, Suarez, Peredo, Garmendia... Torture de militants de la jeunesse communiste, dissolution par la Guardia Civil de l'assemblée de la Coordination d'Euzkadi des Commissions Ouvrières à Durango, application du décret anti-terroriste, nouvelle loi contre les piquets, détention de travailleurs d'entreprises en lutte, refus de toutes les démandes de manifestation pour le ler Mai, suspension des activités du Conseil des travailleurs de Navarre, etc. Tout l'appareil répressif franquiste barre, mitraillette en main, le chemin de la "démocratie à l'espagnole". Dans ces conditions, la prétendue "rupture négociée" proposée par S. Carrillo montre clairement sa fonction paralysante pour la seule force capable d'en finir avec le franquisme et de conquérir la liberté : le mouvement de masse, avec la classe ouvrière à sa tête. C'est la grève générale contre la monarchie franquiste et non un pacte quel qu'il soit avec elle, qui détruira les chaînes de notre peuple.

La préparation et l'organisation de cette grève générale, doivent être l'horizon de toutes les luttes actuelles. Et pour cela, il faut forger dans l'action le Front Uni ouvrier contre la dictature et contre l'exploitation, en maintenant la plus absolue indépendance politique et organisationnelle des travailleurs et du peuple face à la bourgeoisie. Le référendum est annoncé pour octobre. Puisqu'il n'y a rien à en attendre, si tant est qu'il ait lieu, il serait absurde de temporiser jusque là. C'est dès maintenant qu'il faut chercher la nécessaire riposte unitaire du mouvement ouvrier à ce qui constitue une véritable provocation politique. Cette riposte doit inclure le mot d'ordre de boycott actif au référendum, dans les usines, sur les chantiers, les écoles, les quartiers... en utilisant toutes les formes d'action de masse, coordonnant et centralisant tous les organes représentatifs du mouvement ouvrier et populaire, en particulier les comités élus et les Commissions Ouvrières, et toutes les organisations ouvrières et nationalistes révolutionnaires. Face à la démocratie fantoche du gouvernement, qui maintient emprisonnés ou en exil des milliers de nos meilleurs camarades : amnistie, liberté et droits démocratiques sans aucune restriction! Face à la réforme franquiste et à toute manoeuvre de "gouvernement de coalition", ou de "période constituante", élections immédiate d'une Assemblée Constituante au suffrage universel, avec droit de vote à 16 ans. Face à la farce des "Commissions régionales" : élection immédiate d'assemblées nationales souveraines de toutes les nationalités opprimées, qui garantissent le libre exercice du droit à l'auto-détermination! Contre le congrès syndical bidon de la bureaucratie corporative : congrès d'unité ouvrière, qui définisse l'orientation du mouvement ouvrier dans ses luttes en cours, centralise l'effort définitif vers la grève générale, et prépare un congrès national constituant avec la chute de la dictature! Enfin, contre les compromis suicidaires avec quelques secteurs du régime et contre la volonté de l'ensemble de la bourgeoisie à maintenir sur pied, en toute hypothèse, l'essentiel de l'appareil répressif franquiste : dissolution des corps répressifs, châtiment des crimes franquistes, épuration de l'armée! Ces consignes résument la riposte qui doit s'organiser immédiatement contre la monarchie franquiste. Aucune des "mesures nécessaires" qu'Arias a menacé d'imposer ne pourra empêcher que cette riposte triomphe. La tâche de tous les révolutionnaires est de hâter l'heure de la victoire, A bas la monarchie franquiste! Le 30.4.76. LCR-ETA (VI)

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