Marxist Group" (IMG), section anglaise de la IVème Internationale, a été faite à Londres le 3 mai dernier. L'interview publiée ci-dessous avec Alan Jones, membre du Bureau Politique de l' ''International
QUEL EST L'ARRIERE-PLAN ECONOMIQUE DES ACTUELLES NEGOCIATIONS SUR LES SALAIRES ENTRE LE GOUVERNEMENT ET LE T. U. C. (TRADE-UNION COUNCIL - CONSEIL SYNDICAL (1))? L'élément le plus important est la chute des profits au cours des dernières années, et par -ticulièrement de 1973 à 1975. Entre 1963 et 1973, le taux de profit dans l'industrie britannique est tombé de 50%; entre 1973 et 1975, il est à nouveau tombé de moitié. Malgré la crise économique qui en est résultée, jusqu'à l'hiver 74-75, la classe ouvrière est parvenue à maintenir son niveau de vie, qui a augmenté de 8% pendant l'année qui a suivi la chute du gouvernement Heath, à l'automne 73. La situation économique reste désastreuse pour la bourgeoisie malgré le fait que depuis la défaite importante de la classe ouvrière de l'été 1975, le niveau de vie ait baissé de 6%, le nombre de chômeurs soit passé à 1.250.000, sans aucune résistance sérieuse de la part de la classe ouvrière. Pendant le ler trimestre 1976, par exemple, les profits en chiffres réels s'élevaient à la moitié de ce qu'ils étaient en 1964. Et récemment des recommandations ont été émises réduire de 3% le niveau de vie des travailleurs en limitant l'augmentation des salaires, et pour le réduire encore de 5% en modifiant les impôts - toujours sans aucune amélioration de la situation économique pour la bourgeoisie. Le taux d'inflation devrait se maintenir autour de 10-12% par an et il ne devrait pas y avoir moins d'un million de chômeurs. Le taux de profit devrait rester inférieur à celui de 1973. Bien que la production industrielle remonte très légèrement, il n'y a pas d'amélioration essentielle de la situation fondamentale. Toute offensive de classe sérieuse plongerait l'économie dans la pire des crises depuis les années '30. La bourgeoisie devra poursuivre ses attaques contre la classe ouvrière ne serait-ce que pour essayer de stabiliser la situation temporairement. ET QUEL ETAIT L'ARRIERE-PLAN POLITIQUE DE LA DEMISSION DE WILSON ? Malgré la crise économique, les partis politiques de la classe dirigeante sont incapables d'engager une réelle épreuve de force avec la classe ouvrière, du type de celle entreprise par Heath de 1970 à 1973. Ces partis sont affaiblis par la crise en Irlande du Nord, par la poussée du parti nationaliste écossais (qui reflète la division au sein de la classe dirigeante elle-même) et par le fait que depuis la chute du gouvernement Heath, aucun secteur de la classe dominante ne croit aux résultats consécutifs à une épreuve de force avec les secteurs fortement organisés de la classe ouvrière. Dans cette situation, la classe dirigeante a placé tous ses espoirs dans la bureaucratie du Parti Travailliste. Depuis l'été 1975, avec l'introduction du contrôle des salaires, cette bureaucratie a lancé une offensive contre la classe ouvrière. Ceci combiné à la gravité de la crise, a sans aucun doute semé la confusion et le trouble à l'intérieur-même de la classe ouvrière. Par exemple, pendant les neuf derniers mois depuis l'imposition du contrôle des salaires, le nombre de jours de grève n'a jamais été aussi bas que depuis 1958. Certains secteurs de la classe ouvrière, - travailleurs du bâtiment, dockers, ouvriers de chez Chrysler - subirent de graves défaites par suite du chômage, de la répression de la bureaucratie, et parfois des deux ensemble. Mais malgré ces reculs, il n'y a aucun signe de défaite qualitative de la classe ouvrière dans son ensemble. Les travailleurs ne quittent pas les syndicats ; les directions syndicales d'entreprises, établies en 68-74 restent intactes. Les attaques contre les syndicats rencontrent encore une résistance très forte. Et depuis l'hiver 75-76, il y a des signes d'un nouveau redressement, lent mais sûr, de la classe ouvrière depuis l'été 75. Le 26 novembre dernier, par exemple, 20. 000 personnes ont manifesté à Londres contre le chômage contre l'opposition du Conseil Syndical; en mars dernier, 3000 délégués ont assisté à Londres à un rassemblement sur le chômage organisé par le Parti Communiste et les sociaux-démocrates de gauche. Ces dernières semaines il y eut 7 ou 8 grèves dans l'industrie automobile, sur les salaires, sur les conditions de travail, etc... Il y eut aussi 8 grèves pour le salaire égal pour les femmes, et une journée de grève générale à Dundee en Ecosse contre les restrictions des avantages sociaux (sécurité sociale entre autres). Ce redressement s'est aussi manifesté de façon bureaucratique, par une certaine activité accrue de la part des sociaux-démocrates de gauche. Par exemple, la semaine précédent la démission de Heath, 37 députés de
Parti Travailliste se sont abstenus au Parlement (House of Commons) dans un vote sur un projet de restriction des avantages sociaux; à la suite de cela le projet fut rejeté, au moins provisoirement. Les sociaux-démocrates de gauche ont aussi pris une nouvelle initiative pour que leur programme soit adopté au prochain congrès du Parti Travailliste. Mais bien sûr les réformistes de gauche n'ont pas l'intention de mener une dure bataille, même pour défendre leur propre programme, allant jusqu'à s'affronter réellement à la politique gouvernementale. La démission de Wilson a sans aucun doute été une manœuvre, une tentative pour empêcher une nouvelle poussée de l'opposition contre la politique gouvernementale, en jouant un rôle personnel plus affirmé et plus bonapartiste, pour mieux protéger le gouvernement des attaques de la gauche. Hors du gouvernement, Wilson peut lancer des appels démagogiques à l'unité du Parti Travailliste; à l'intérieur du gouvernement, Callaghan est son successeur désigné. QUELS SONT LES PROJETS DU GOUVERNEMENT ? Un changement décisif est apparu au cours de l'été 1975. Jusqu'à cette date, le gouvernement Wilson avait essayé de "jouer la balance" entre les classes, en soutenant la stratégie politique de la classe dirigeante, tout en garantissant quelques concessions à court terme aux travailleurs, notamment une augmentation de salaire de 8%, le blocage des loyers et une augmentation des retraites. Une des raisons pour ne pas attaquer la classe ouvrière, à part le rapport de forces établi après la chute de Heath, était le référendum sur l'adhésion de la Grande-Bretagne au Marché Commun. Après ce référendum en juin 1975, le gouvernement s'est engagé dans une série ininterrompue d'attaques contre les travailleurs. Le gouvernement actuel représente un très léger tournant à droite au sein de la bureaucratie, mais il n'a pas fondamentalement changé depuis l'été 75. Les projets de ce gouvernement dépendent totalement de la riposte des travailleurs. La bureaucratie syndicale réussira certainement à faire accepter aux syndicats une nouvelle opération de contrôle des salaires. Mais il existe un minorité plus forte et plus consciente dans les syndicats, plus nettement opposée au contrôle des salaires que la dernière fois. Par ailleurs, la politique économique du gouvernement - qui promet de mettre en œuvre le blocage des salaires, de réduire le nombre de chômeurs à 700. 000 en 1979 - n'a aucune chance de réussite. Le danger pour le gouvernement est que la minorité syndicale opposée au blocage des salaires se lie à la mobilisation croissante de la classe ouvrière contre les effets de la politique gouvernementale, Si cela se produisait, cela provoquerait une grande crise dans les organisations de masse de la classe ouvrière. Alors, pour prévenir le danger, la bureaucratie essaie d'étouffer toute sorte de résistance à sa politique. Par exemple, une mesure a été introduite dans les conseils syndicaux, interdisant toute activité contradictoire avec la politique du Parti Travailliste et du TUC (Conseil Syndical Central). Dans chaque grève de l'industrie automobile s'est produite une intervention directe des sommets de la bureaucratie contre la lutte. Au TUC écossais, Jack Jones, dirigeant du syndicat des Transports et des General Workers, qui regroupe 1.750. 000 membres, est intervenu personnellement contre une résolution soumise par un conseil syndical critiquant le gou-• vernement travailliste. Autant prendre une massue pour écraser une mouche ! Mais, présentement, la classe dirigeante ne semble pas croire que la bureaucratie puisse contrôler la situation, malgré ces mesures. Pour la première fois depuis une année, des débats ont 'lieu dans la presse bourgeoise au sujet d'un changement de gouvernement, en espérant que le blocage des salaires ainsi qu'une grave défaite électorale du Parti Travailliste démoraliseraient les travailleurs et les retiendraient. En ce qui nous concerne, nous nous attendons à une montée lente mais certaine des luttes des travailleurs. Le gouvernement peut tomber, peut-être en hiver ou au printemps, dans l'indifférence et l'hostilité croissante de la classe ouvrière comme de la bourgeoisie. QUELLE A ETE LA REACTION DES SOCIAUX-DEMOCRATES DE GAUCHE ET CELLE DU PC ? Les sociaux-démocrates de gauche ont accru leur poids dans le Parti Travailliste pendant la période des luttes ouvrières s'étendant de
GRANDE-BRETAGNE 1968 à 1974. L'ascension de Anthony Wedgewood Benn l'a clairement montré. Il préconisait une politique économique basée sur la réflation de l'économie, des nationalisations sélectives, des accords portant sur la politique concertée d'investissements du gouvernement et des capitalistes, et la participation des travailleurs dans l'industrie. Une politique économique quelque peu semblable à celle de l'Union de la Gauche en France. Bien sûr, cette montée des sociax-démocrates de gauche a reflété les luttes ouvrières de 1968 à 1974. Mais après la défaite de la classe ouvrière durant l'été 1975 et un nouveau consensus de la classe dirigeante et de la bureaucratie, ce courant a reculé. Benn a été relevé de ses fonctions à un poste principal dans le gouvernement, et des parties du programme social-démocrate de gauche (qui figuraient dans le manifeste électoral du Parti Travailliste) en ont été retirées. Mais le courant incarné par Benn conserve le soutien des militants actifs du Parti Travailliste. Par exemple, au dernier congrès, Benn reçut de loin le plus de voix lors de l'élection de l'organe exécutif central du Parti Travailliste; et la gauche garde encore le contrôle des principaux comités de décisions politiques du parti. Avec une nouvelle montée des luttes ouvrières, on peut s'attendre à un certain regain de l'activité de ces forces, bien qu'évitant une rupture nette avec la bureaucratie syndicale qui soutient toujours le gouvernement. Ce qu'escomptent les partisans de Benn est à coup sûr que le gouvernement tombera de telle manière qu'il en sera discrédité, et qu'alors ils s'attaqueront à la conquête de la direction du parti. En pratique, la politique du PC consiste à tenter de faire pression sur les sociaux-démocrates de gauche pour qu'ils jouent un rôle un peu plus actif. Mais ceci est peine perdue, puisque les Bennistes sont intéressés à lutter pour la direction du Parti Travailliste et non pas par une bataille contre la bureaucratie syndicale. QUELLES SONT LES PERSPECTIVES MISES EN AVANT PAR L'IMG ? Notre orientation consiste à essayer de centraliser la montée de la lutte de la classe ouvrière contre le gouvernement et de lui donner une base programmatique adéquate. Cela signifie une campagne centrale sur l'échelle mobile des salaires, la nationalisation des entreprises qui menacent de licencier les ouvriers, le rejet des restrictions des avantages sociaux, la campagne pour un programme de travaux publics, etc... Les perspectives avancées par notre organisation sont la centralisation de toutes les forces prêtes à combattre la politique gouvernementale, dans une tendance de lutte de classe au sein du mouvement ouvrier. Ceci implique un axe d'actions unitaires non seulement avec l'avant-garde, mais aussi avec les travailleurs sociaux-démocrates de gauche (et dans certains cas avec les membres du PC) qui sont prêts à combattre la politique gouvernementale. Ce combat implique un heurt frontal avec les secteurs centraux des bureaucraties syndicales et du Parti Travailliste et l'exigence constante que les Bennistes définissent leurs positions à l'égard des luttes ouvrières. En ce qui concerne le chômage, les restrictions dans les services sociaux et les salaires, la lutte en reste encore à un niveau fragmentaire. Pourtant nous avons pu intervenir et développer la solidarité dans quelques unes de ces luttes. Par exemple, nos camarades étaient engagés dans une occupation victorieuse à l'usine Cromwell Smelters dans le sud-ouest de l'Angleterre et dans l'usine Personna de Glasgow. Nous avons aussi participé à la manifestation nationale contre le chômage appelée par le PC le 26 novembre dernier et nous préparons la Journée d'Action sur le chômage et les restrictions pour le 26 mai. Ce combat contre la politique gouvernementale rencontre une telle résistance de la part de la bureaucratie et le potentiel de crise au sein des organisations de masse est si évident que le combat a pour logique de se transformer en une lutte pour la direction des organisations ouvrières, d'abord localement et nationalement ensuite. Nous avons comme objectif pour les mois prochains d'essayer de développer toutes les formes d'opposition à la politique gouvernementale et de nous préparer à la crise au sein des organisations de masse, qui iront de pair avec toute montée de la lutte des classes et prendront une forme explosive si le gouvernement tombe. Cela signifie de donner la priorité au travail dans les syndicats et d'accroître le nombre de ceux qui, dans le Parti Travailliste et les Jeunesses Socialistes du Parti Travailliste, soutiennent la politique de l'IMG, si les mesures réactionnaires prises par le Parti Travailliste ne leur interdisaient pas d'adhérer à l'IMG tout en restant dans le Parti Travailliste et les Jeunesses Socialistes. Les plus grands succès enregistrés dans notre recherche d'une riposte plus centralisée ont été obtenus dans la lutte contre les restrictions dans les services sociaux, où nous avons pu former un front-uni avec les sociaux-démocrates de gauche et les centristes, qui s'est réellement affirmé dans cette lutte. En ce qui concerne la question de l'avortement et la Campagne pour une Charte des Femmes Travailleuses, la Campagne Nationale pour l'Avortement a tenu deux manifestations de 30. 000 et 15. 000 personnes à Londres. Et le travail sur la Charte des Femmes Travailleuses a permis la création d'une trentaine de groupes locaux. NOTE: (1) Organe suprême de l'ensemble des syndicats britanniques.