Le processus politique suivi au cours de ces dernières années par le Vénézuela s'apparente au processus général qu'ont connu tous les régimes nationalistes bourgeois en Amérique Latine. Leur déclin incontestable a en effet été accompagné par de nouveaux et plus profonds compromis avac l'impérialisme et par une accentuation logique de la relation de dépendance néo-coloniale. Ce processus de délabrement du nationalisme bourgeois, en cours à Panama, s'est manifesté au Pérou, en Argentine et se produit au Vénézuela. Il ne peut en être autrement, on ne peut donc espérer autre chose des bourgeoisies nationales faibles de ces pays. La pléiade des "figures de proue" du nationalisme en Amérique Latine, formée entre autres par Peron, Velazco Alvarado, Torrijos et Carlos Andres Perez connait son déclin. Seuls les deux derniers gouvernent aujourd'hui. Un renforcement de l'emprise de l'impérialisme en Amérique du Sud lui fait place, même si, conjointement, se développe une lente ascension du mouvement de masse dans quelques pays. Le Plan de Perez Dans le cas précis du Vénézuela, le tournant pro-impérialiste s'opéra presque parallèlement avec les mesures de "nationalisation" prises par le Pésident Carlos Andres Perez, initiées par la "nationalisation'' du secteur minier (fer) et terminées par celle du pétrole. Dans les deux cas, l'impérialisme ne manqua pas de toucher de fortes indemnisations et de s'assurer le maintien de son contrôle sur les industries de base, spécialement par l'intermédiaire d'entreprises mixtes à capitaux d'Etat et capitaux privés nationaux et impérialistes. En ce qui concerne l'industrie pétrolière, les compagnies nord-américaines pourront contrôler les secteurs les plus importants, sources des profits les plus substantiels. Elles conserveront le monopole du raffinage, du transport et de la commercialisation des produits pétroliers, sans parler des accords d'assistance technoloAprès avoir profité d'une conjoncture particulièrement favorable, due à l'affaiblissement de l'impérialisme à l'échelle mondiale, pour mar-
GONZALO GOMEZ quer des points dans les négociations commerciales et industrielles, la bourgeoisie vénézuélienne fait de nouveau appel à son aide pour financer et soutenir ses plans de développement capitalistes. Toute l'étape "anti-impérialiste" précédente fut rythmée par des heurts verbaux avec l'impérialisme. Pour lancer le projet de nationalisation, ainsi que pour mettre sur pied un plan de développement économique - grâce aux revenus issus de l'augmentation du prix du pétrole - le gouvernement rechercha une base dans le mouvement de masse afin de renforcer sa position et la stabilité politique, économique et sociale. Le gouvernement de Carlos Andres Perez put compter dès le début, grâce à cette situation, sur des ressources financières fabuleuses, dont l'ampleur n'a d'égale dans l'histoire économique du capitalisme vénézuélien. Ainsi donc, Carlos Andres Perez ouvre sa période présidentielle, en 1974, avec la possibilité d'octroyer toutes sortes de facilités de crédit, de prébendes et d'apports de capitaux aux différents secteurs de la bourgeoisie nationale. Par ailleurs, il détient la possibilité d'accorder certaines concessions aux masses laborieuses, comme l'augmentation des salaires de 25% ainsi que d'autres mesures de caractère populiste. En deux ans de gouvernement, les ressources fiscales ont atteint un montant approximatif de 84 milliards de bolivars (l dollar US = 4,4 bolivars), et les réserves en devises étrangères dépassent la somme des réserves de tous les pays d'Amérique Latine, se situant aux environs de 8.856 millions de dollars en 1975. Face au panorama de prospérité économique, les groupes les plus en pointe du monde industriel vénézuélien, liés étroitement aux entreprises multinationales, et representés par l'organisme patronal "Fedecamaras", insistent sur l'importance d'un "climat de confiance'' et sur la "tendance à investir". Le montant total des dépenses effectuées par le gouvernement se situe aux alentours de 120 milliards de bolivars. Une grande partie de cet argent fut destinée à financer d'importants projets industriels et agro-industriels; il fut également investi à l'étranger. Des prêts et des dons furent attribués à divers pays et à des organismes contrôlés par l'impérialisme
nord-américain, telle la Banque Mondiale. Une part importante de cette masse d'argent fut engloutie par l'appareil bureaucratique de l'Etat et alimenta la corruption de l'administration. L'ampleur du gaspillage et la stagnation des prix du pétrole sur le marché mondial provoqua une certaine crise économique au niveau de l'Etat, ce qui l'a contraint à mener une politique plus "prudente" de dépenses publiques à entreprendre des réformes dans l'administration. Cependant la bourgeoisie possède toujours des ressources fabuleuses pour pouvoir nourrir d'ambitieux projets.
Pour profiter de cette époque de "vaches grasses" , la bourgeoisie vénézuélienne possède un plan économique qu'elle devra mettre en oeuvre entre 1976 et 1980. Selon les prévisions du président, il sera le point de repère pour la construction de ce qu'il est convenu d'appeler le "Grand Vénézuéla"', au même titre que l'on a connu la "Puissante Argentine" du péronisme ou le "'Miracle Brésilien". Nous allons voir de manière synthétique les aspects centraux dudit "'Vème Plan de la Nation" En ce qui concerne le pétrole, principale ressource du pays, on a publiquement annoncé l'exploration de la bande pétrolière de l'Orénoque, le plus grand gisement de réserves pétrolières. En outre, on a rendu public le programme d'investissements "destiné à développer une production expérimentale'' avec la participation de capitaux étrangers nord-américains. Cela ne signifie qu'une chose : Carlos Andres Perez se prépare à livrer aux compagnies impérialistes les gisements de pétrole les plus importants. Les conditions de cette opération figurèrent sans aucun doute à l'ordre du jour de la récente entrevue entre Carlos Andres Perez et Kissinger. De même, il est certain que les compagnies multinationales disposeront d'une place privilégiée dans les secteurs industriels dits stratégiques. En effet, l'article 5 de la loi qui régit l'industrie et le commerce des hydrocarbures, et qui permet la signature "d'accords d'association'' entre l'Etat et les entreprises privées, ouvre de nombreuses possibilités aux compagnies impérialistes. Elles pourront participer, par le biais des entreprises à capital mixte, au développement de l'industrie sidérurgique et pétrochimique, points-clés du projet "desarroliste" (de développement) du gouvernement et de la grande bourgeoisie vénézuélienne. De plus, le "secteur privé" pourra participer, jusqu'à concurrence de 50 %, voire même majoritairement, dans certains secteurs tels que l'exploitation des produits dérivés et complémentaires de l'industrie pétrochimique. Aujourd'hui, afin de financer complètement l'extension de ce plan "dénationalisateur", l'Etat vénézuélien sollicite des crédits extérieurs se montant à 30 milliards de bolivars. Il s'endettera ainsi envers l'impérialisme, étant donné que les réserves existantes et prévues ne répondent pas aux nécessités imposées par le plan de modernisation et de développement du capitalisme indigène. Le résultat escompté est prévisible : la dépendance envers l'impérialisme US sera renforcée, sous tous ses aspects. En effet, le seul développement satisfaisant possible passe par la rupture du joug néo-colonial, ce qui, au Vénézuela, nécessiterait l'instauration d'un gouvernement ouvrier et populaire.
Les objectifs et les moyens de ce plan de développement capitaliste sont étroitement liés aux plans d'Education nationale du gouvernement. Une des nécessités les plus contraignantes auxquelles la bourgeoisie vénézuélienne doit faire face, est la production d'une main-d'oeuvre bon marché et spécialisée; ce qui implique l'ajustement de l'appareil pédagogique à ces objectifs de développement. Elle cherche à déplacer le flux des étudiants se vouant aux études littéraires vers les facultés techniques (avant tout celles à cycle court); à réduire le coût de l'enseignement public en diminuant le contingent d'étudiants et en limitant le budget; à stimuler l'enseignement privé et, à l'inverse, bloquer et faire obstacle à l'enseignement gratuit. Un autre objectif réside dans la liquidation des organismes démocratiques du mouvement étudiant, Ces quelques faits illustrent bien ce que le gouvernement appelle "la révolution de l'enseignement". En outre, il suffit de signaler la signature d'accords entre la société des mines de fer et la sidérurgie de l'Orénoque (Société Vénézuélienne de Guyane) et diverses universités nationales, ainsi que l'élaboration de conventions d' "échanges" et de "consultations" avec les universités nord-américaines. Pour quiconque l'analyse, la politique de l'actuelle équipe gouvernementale consiste en une intégration totale à l'impérialisme, en contradiction avec l'orientation "nationaliste" développée par Carlos Andres Perez au début de son mandat, démagogie qui trompa de nombreuses personnes qui prétendaient même y voir la solution de l'indépendance de l'Amérique Latine. Les projets bourgeois et les masses Lors de la campagne électorale, Carlos Andres Perez avait fait trois promesses fondamentales : 1. Combattre l'augmentation du coût de la vie. 2. Faire la "guerre à la pauvreté" 3. Atteindre le plein emploi. Les premières mesures, quoique timides, que prit Carlos Andres Perez envers les masses, répondaient dans leur forme à ces trois promesses et pénétrèrent profondément dans le mouvement ouvrier, donnant ainsi au gouvernement une base solide pour exercer un chantage sur l'impérialisme et engager le pro-
cessus de nationalisation. Parmi ces mesures, on trouvait : l'augmentation des salaires de 25 %, le blocage des prix des produits de première nécessité, l'introduction d'une loi qui empêche partiellement les "licenciements injustifiés", un décret ordonnant à toutes les entreprises d'accroître de 5 % leur personnel... Pourtant, les effets de ces dispositions furent à peine ressenties par les travailleurs. Très vite, l'augmentation des salaires fut balayée par l'explosion inflationniste; l'accroissement du coût de la vie s'est développé avec l' "ajustement des prix" et les augmentations non contrôlées; les licenciements massifs succédèrent à l'enrôlement antérieur de main-d'oeuvre. Aucun des problèmes essentiels du peuple vénézuélien n'a reçu une quelconque solution de la part de l'actuel gouvernement patronal. Le niveau de sous-occupation dépasse 1,8 millions de personnes, comprenant les chômeurs et les sous-occupés. Le salaire réel des travailleurs tombe chaque fois plus bas, à cause de l'inflation qui s'élèvera en juillet 1976 à environ 50 %. Environ 33. 000 étudiants ne trouvent place dans les universités; ce même problème existe dans l'enseignement moyen. La
Carlos Andres Perez question agraire est explosive; l'agriculture vénézuélienne est en profonde crise. La réforme agraire des années 60 n'a pu bousculer les limites imposées aussi bien par les programmes que par l'appareil administratif; environ 80 % de la terre est monopolisé par les latifundistes et les travailleurs de la terre n'ont d'autre solution que d'abandonner progressivement la campagne pour rejoindre les bidonvilles. La crise de l'agriculture rend nécessaire l'importation de nombreux produits, ce qui implique un processus d'"'inflation importée" et qui provoque aussi la ruine des petits producteurs.
Le "Vème Plan de la Nation", loin d'enrayer ces problèmes est le facteur qui peut les aggraver le plus. En effet, sa réalisation repose sur le sacrifice de tous les travailleurs. Pour arriver à ses fins, Carlos Andres Perez réclame : "... la plus féconde coopération des employés et des ouvriers pour le meilleur rendement de la main-d'oeuvre et le fonctionnement ininterrompu des entreprises...". Il leur demande donc de se soumettre à l'exploitation la plus violente pour garantir de considérables profits aux patrons. Pourtant c'est là un seul aspect des effets Nation"'. En effet, si le gouvernement désire "l'austérité" et "'l'efficacité", c'est pour ne pas octroyer la plus minime amélioration des contrats de travail, bloquer les salaires, et réduire les coûts à leur plus bas niveau, faisant ainsi payer aux travailleurs les plans de développement capitalistes. Carlos Andres Perez ne manque pas de recourir, en cette circonstance, reaucratie syndicale (contrôlée majoritairement par l'Action Démocratique, le parti officialiste) et demande aux centrales ouvrières "de passer des accords concertés sur la politique de relations industrielles" et "la coopération du secteur de l'emploi pour les contrats collectifs" Avec cette philosophie pragmatique de l' "austérité" et de l' "efficacité", la bourgeoisie ne tend pas seulement à réduire les coûts de production, mais aussi à discipliner le mouvement ouvrier. C'est pour cela qu'elle combat aujourd'hui la thèse initiale contenue dans "la loi contre les licenciements injustifiés". Elle cherche une voie pour se livrer sans entraves aux licenciements massifs et au renvoi de militants -lorsqu'un conflit menace le déroulement normal de ses projets industriels - et limiter les dépenses pour la main-d'oeuvre non qualifiée. Ainsi le travailleur saura qu'il devra produire ce que l'on exige de lui, sinon il risquera de perdre son emploi. La vague de licenciements croft dans tous les secteurs; pourtant, elle a principalement frappé les travailleurs des entreprises opérant dans la région pétrolière. Les solutions que Carlos Andres Perez avance pour faire face au chômage ne fonctionnent même pas comme palliatif, mais elles permettent par contre de licencier. Carlos Andres
Perez promet de créer 180. 000 emplois nouveaux par an; or, si nous prenons le chiffre total des chômeurs, au moins l, 6 millions de personnes continueront à rester sans emploi, et ceci sans tenir compte de l'accroissement du nombre de personnes en âge de travailler qui, selon les actuelles données statistiques, se voient promises à dix ans de chômage. La riposte des travailleurs
Le mouvement ouvrier et les masses opprimées du Vénézuéla ne sont pas actuellement
mobilisées. Au cours des deux dernières années - ni depuis plusieurs années du reste -le pays n'a pas connu de grandes luttes. Au cours de toute cette période il n'y eut que de petits conflits. Ce furent des luttes fragmentées et isolées du mouvement ouvrier, ainsi que de quelques secteurs de la petite-bourgeoisie. Cependant, la dynamique de la lutte des classes se développe à un rythme lent, en conjonction avec ces luttes, qui ont lieu aujourd'hui de manière sporadique et peu intense. La tendance à la syndicalisation massive parmi les travailleurs augure néanmoins Les dangers les plus graves qu'a dû affronter le gouvernement de Carlos Andres Perez furent certainement les grèves des travailleurs du fer et la menace de grève des travailleurs du pétrole. Les deux problèmes ont leur source dans le refus de Carlos Andres Perez de payer 50 % de leurs prestations sociales aux travailleurs, ainsi qu'on le leur avait promis au moment de nationaliser le fer et le pétrole. Même si ces luttes n'ont pas triomphé, dans la mesure où les revendications centrales n'ont pas été satisfaites, elles ont conduit à un affrontement direct avec le gouvernement patronal et n'ont pas constitué une véritable défaite de la classe ouvrière, qui demeure intacte et à chaque fois un peu plus forte. Le cas des travailleurs du fer se transforma néanmoins en une lutte contre la bureaucratie syndicale, incrustée depuis 14 ans dans les syndicats des mines et elle se termina par l'unification syndicale dans le secteur du fer, et l'expulsion de la vieille bureaucratie syndicale, grâce au triomphe des listes du MIR (Mouvement de la Gauche Révolutionnaire) et du MAS (Mouvement vers le Socialisme), ce qui reflète la nouvelle option des travailleurs vers des positions de type socialiste. Pourtant, les motifs qui ont été à l'origine de ces mobilisations ou qui furent sur le point d'en provoquer restent latents, et les expériences à chaque fois plus négatives que la classe ouvrière fait'avec le gouvernement bourgeois, mineront petit à petit la confiance politique qu'elle lui exprime en ce moment. A vrai dire, les problèmes des travailleurs des industries les plus importantes, le fer et le pétrole - colonne vertébrale de l'économie nationale -, tendent à s'aiguiser alors que le plan d' "austérité" et d' "efficacité' prétend arracher certaines de leurs conquêtes (propriété des logements dans les chantiers, etc.). Ceci pourrait stimuler le développement de nouvelles mobilisations. Au cours des deux ans de gouvernement de Carlos Andres Perez, les débrayages pour revendications salariales dans les différentes usines se sont accrus. Il y a eu la grève des travailleurs des transports, des employés des services publics, des professeurs et des employés des universités, des mobilisations étudiantes et des quartiers contre l'augmentation des prix des transports publics, etc. A la suite de la visite de Kissinger et de l'assassinat de trois étudiants aux mains des agents de la répression, de grosses mobilisa'tions étudiantes se développèrent et se prolongèrent durant plus d'une semaine. Ceci faisait suite aux mobilisations des étudiants du secondaire et des écoles techniques, en protestation contre le "cycle diversifié", un des aspects de la "révolution de l'éducation". De même, les travailleurs agricoles ont montré de légers signes de mécontentement, occupant des terres en différents endroits. L'action de Carlos Andres Perez face à ces luttes atomisées mais en progression se définit, en règle générale, comme suit : ne pas céder d'un pouce et adopter des positions répressives; déclarer quasiment toutes les grèves illégales, pratiquer des licenciements, assassiner des étudiants, incarcérer les activistes ouvriers et les militants de la gauche, mettre à sac des locaux et des imprimeries de différents groupes socialistes, confisquer des journaux de gauche, etc. Tout cela se développe parallèlement au tournant à droite chaque fois plus accusé du gouvernement et à son intégration sans cesse plus prononcée à l'impérialisme. Ainsi, l'image de marque du gouvernement se détériore. Les luttes se font plus nombreuses, bien que lentement, et de larges secteurs des masses et de la petite-bourgeoisie se rapprochent du socialisme, ce qui se reflète tant dans le renforcement des tendances de gauche que dans les résultats des élections étudiantes, syndicales, ainsi que sur d'autres points. Une gauche qui avance à tâtons Les premières actions du président Perez eurent un grand effet sur l'ensemble de la gauche, y compris sur les groupes qui prévoyaient le surgissement de quelque chose qu'ils appelaient "pré-fascisme"', en se référant aux antécedents politiques de Carlos Andres Perez, qui en aucune manière ne laissaient prévoir ses tendances "nationalistes". Ils furent désorientés par la première initiative "anti-impérialiste" qui dura peu, ainsi que par les "attaques" aux "puissances industrielles" et par la "défense" du "Tiers Monde"'. La réaction la plus générale de la gauche fut de baisser les bras devant le nationalisme bourgeois, lui servant ainsi de caution de gauche. Le PCV (Parti Communiste Vénézuélien) se confondit en louanges sur les mesures "progressistes" de Carlos Andres Perez et proposa la formation d'un "Front Patriotique" de tous les partis politiques, ainsi que des civils et militaires "progressistes". Presque toute la gauche - à part la Liga Socialista (Ligue Socialiste, organisation sympathisante de la IVème Internationale) et l'extrême-gauche -se soumit à cet accord signé par les partis
bourgeois, les centrales syndicales et les organismes patronaux. En fait, cela servit à accroftre la confiance dans l'anti-impérialisme de pacotille du gouvernement et à éviter ainsi de poser la question de savoir à quelle classe revient le contrôle de l'industrie nationalisée. Par la même occasion se posait avec acuité la question de l'indépendance politique du mouvement ouvrier face à l'appel à l'unité entre patrons et travailleurs "pour résister à l'impérialisme". Les secteurs de la gauche représentés au Parlement ne sont pas sortis de ce cadre, et face au projet bourgeois ils n'exprimèrent pas d'autres oppositions , si ce n'est quelques objections ou réformes de seconde importance. C'est ainsi que le MAS appuya une nationalisation truquée, acceptant que les compagnies pétrolières soient indemnisées. De même, aujourd'hui ce parti appuie le "Vème Plan de la Nation"', se contentant comme le reste des parlementaires "socialistes" de changer des chiffres ou des paragraphes, sans présenter une option ouvrière et socialiste comme alterPourtant, plus grave fut l'attitude de la gauche face aux luttes du mouvement ouvrier. Le MAS, le MIR et le PCV se distinguèrent en trahissant les luttes des travailleurs vénézuéliens. Ils s'opposèrent systématiquement aux grèves dans secteur du fer et à la réalisation d'une grève dans le secteur pétrolier, les considérant comme "inconvenantes". Le PCV accusa les trotskystes, qui appuyaient les travailleurs du pétrole, de semer la confusion et d'encourager les forces "anti-nationales"; il diffusa ses tracts et publications accusant les trotskystes, dans la zone pétrolière, au lieu de soutenir les travailleurs et les aider à empêcher qu'on ne leur vole leurs prestations sociales. Tandis que le MAS et le MIR consacraient leur temps à se préparer aux élections syndicales. Dans cette situation de calme relatif de la lutte des classes, tous les types de dégénérescence et d'aberration idéologique prolifèrent au sein de la gauche, depuis le terrorisme individuel jusqu'au réformisme le plus plat. Un échantillon de cela sont les conceptions de l'idéologue principal du MAS, Teodoro Petkoff, qui servent d'orientation politique à la majeure partie de la gauche vénézuélienne. Le MAS, à part ses flirts avec les "militaires patriotiques", affirme qu'il faut "élargir la démocratie.". Se référant ainsi à la démocratie bourgeoise, il peut affirmer qu'il constitue la gauche des deux principaux partis bourgeois et nier son lien avec le reste de la gauche. Comble de la rupture avec le marxisme, il in-• siste sur "une nouvelle façon d'être socialiste" (qui n'est autre que celle de la social-démocratie), reniant la dictature du prolétariat qu'il remplace par "un socialisme pluraliste" dans lequel les partis patronaux et la propriété capitaliste trouvent une place de choix.
Editeu, responsable : René Groslambert, 34 rue Nothomb, 1040 Bruxelles
Forger une direction révolutionnaire La situation au Vénézuéla se présente ainsi : prospérité économique pour la bourgeoisie, sur le dos du mouvement ouvrier et des masses; pénétration accélérée de l'impérialisme; calme relatif de la lutte des classes et absence de direction révolutionnaire. Les marxistes-révolutionnaires sont confrontés à de nombreuses tâches, et parmi les plus importantes, celle de forger une direction révolutionnaire réelle qui, dans le feu de la mobilisation des masses, saura leur montrer le chemin de la victoire. Forger cette direction signifie forger un outil indispensable sans lequel le prolétariat ne pourra pas arriver au pouvoir. Cet outil est le parti ouvrier et socialiste dont le Vénézuéla a besoin. Pour cela il faut s'insérer profondément dans le mouvement ouvrier et être présent dans chacune de ses luttes. Il faut répondre à chacun de ses besoins et mener le combat à ses côtés, en avançant des positions de classe, contre les projets répressifs et la surexploitation exercée par les capitalistes. Cela revient entre autre à présenter un plan de lutte et un programme ouvrier et socialiste. Cela signifie, aujourd'hui, au Vénézuéla : revendiquer une nouvelle augmentation générale des salaires, l'introduction de l'échelle mobile des salaires, s'opposer aux licenciements et défendre la garantie de l'emploi, grâce à l'introduction de l'échelle mobile des heures de travail; combattre la bureaucratie syndicale en mettant en avant l'unité et la démocratie dans les syndicats; opposer à la pénétration de l'impérialisme la nationalisation intégrale de toutes ses industries sous contrôle ouvrier; défendre le droit à une éducation et à un ensei-
Вистрі не оні gnement au service des travailleurs et du peu-
ple contrôlés par les étudiants eux-mêmes; lutter pour une authentique réforme agraire ... Enfin, il faut mettre en avant systématiquement l'alternative d'un gouvernement ouvrier et populaire qui exproprie les capitalistes et ouvre la voie au socialisme. La Ligue Socialiste s'est donnée pour tâche la construction de ce parti, de cette direction révolutionnaire, entreprenant à tout moment des actions de Front Unique avec les réformistes et l'extrême-gauche, en fonction des nécessités objectives du mouvement de masse. Cette direction alternative s'élèvera au-dessus des tendances réformistes et de toutes les fausses consciences qui aveuglent aujourd'hui le prolétariat et qui devront être l'objet du plus dur combat idéologique. La perspective de mobilisations de masses prochaines, qui peuvent marquer une étape ascendante, ouvriront la voie et impulseront ce processus.