Inprecor 1974–2004

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BRESIL

Déclaration commune de la Liga Operaria et du Partido Operario Comunista : pour une campagne nationale de défense du vote populaire

· Inprecor (première série) n° 52, 27 mai 1976 · p. 30-32 · 2 409 mots

Brésil Économie mondiale Syndicalisme

LIGA OPERARIA - PARTIDO OPERARIO COMUNISTA

POUR UNE CAMPAGNE NATIONALE

DE DEFENSE DU VOTE POPULAIRE

BRESIL DECLARATION COMMUNE La Liga Operaria et le Partido Operario Comunista, organisations de la IVème Internationale au Brésil, après une analyse détaillée de la conjoncture politique nationale et des évènements qui ont culminé dans l'annulation des mandats parlementaires des députés Nadir Rosseti, Amauri Muller et Lisâneas Maciel (du groupe "authentique" du Mouvement Démocratique Brésilien - MDB (1), parti de l'opposition autorisée) ont décidé de s'adresser ensemble aux travailleurs, aux étudiants et aux autres secteurs populaires du pays et à l'opinion publique démocratique internationale.

Les récentes mesures d'annulation des mandats des trois députés de l'aile "authentique" du MDB s'inscrivent dans le cadre du tournant à droite évident du gouvernement bonapartiste de Geisel, qui a commencé au premier trimestre de 1975 par la répression des travailleurs, des étudiants, des dirigeants syndicaux et des militants ou des dirigeants du Parti Communiste Brésilien. Ces faits révèlent encore une fois la lutte interne, les hésitations, les zigzags existants au sein des classes dominantes, l'impérialisme et la grande bourgeoisie industrielle et latifundiste , et leur soutien, les militaires, concernant la meilleure façon de réprimer les travailleurs et le peuple brésilien, pour maintenir intact l'actuel régime dictatorial et pour sortir de la crise économique. Cette crise se manifeste par un gigantesque endettement à l'égard de l'étranger, par des "déficits" constants dans la balance des paiements et la balance commerciale, par l'intensification de l'inflation, par la chute des investissements, le chômage et la détérioration du pouvoir d'achat de larges couches de la population. Ces annulations de mandats parlementaires touchent l'ensemble du mouvement de masse, principalement les secteurs représentatifs de la petite-bourgeoisie, qui a vu, au cours des élections du 15 novembre 1974, dans le MDB, la seule alternative à la dictature militaire et un canal à l'expression de son mécontentement. Elles illustrent la contre-offensive des secteurs les plus à droite du gouvernement, momentanément neutralisés après les mobilisations qui suivirent l'assassinat du journaliste Vladimir Herzog (2) et la mort de l'ouvrier Manoel Fiel Filho dans les geôles de la dictature. Ces secteurs voient dans la répression de toute forme organisée d'opposition et de toute mobilisation des masses la seule manière d'assurer la continuité du régime actuel. Ainsi, pour l'extrême-droite militaire et civile, toute ouverture, même contrôlée, comme celle proposée par les plans de "détente" de Geisel et son équipe, est synonyme de chaos social et de menace contre sa domination.

Cependant, le tournant à droite du gouverment-commencé en février-mars 1975 et officialisé en août , quand le dictateur lui-même s'est chargé de montrer aux secteurs plein d'illusions dans la soi-disant "détente", les nettes limites de toute ouverture politique -est lui-même freiné par certains facteurs contraignants imposés par la réalité. Incapable de résoudre les problèmes les plus immédiats des larges masses, de satisfaire à leurs revendications, même purement économiques, d'accepter les conditions les plus minimes de représentativité, ainsi que toute organisation et manifestation des travailleurs et de la petite-bourgeoisie, d'octroyer toute fonction qui ne soit pas purement décorative au Parlement et aux partis bourgeois, de trouver des solutions efficaces et cohérentes capables de satisfaire les exigences des classes dominantes elles-mêmes face à la crise économique, le gouvernement militaire devient de plus en plus isolé, presque sans aucun soutien significatif par -mi les secteurs exploités de la société, avant tout la petite-bourgeoisie urbaine et les travailToute tentative de renforcement de la répression et de fascisation du régime se heurtera à cet isolement et à ce manque de soutien, à cette impossibilité de réduire les contradictions sociales et d'empêcher l'expression croissante du mécontentement des masses. Ainsi, outre la crise économique, l'imminence d'explosions populaires et de manifestations de masse, stimulées par l'insatisfaction et l'opposition au régime dictatorial, se profilent comme un spectre effrayant pour la dictature, l'impérialisme et la grande bourgeoisie.

L'actuelle impasse économique et politi-

3 que des classes dominantes requiert une

solution éminemment politique. Elle dépendra surtout de la capacité du mouvement de masses, des travailleurs et leurs alliés, de s'imposer de manière organisée et combative à la dictature, de canaliser en sa faveur le mécon-

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tentement populaire et d'empêcher, par les mobisations, l'application de tout plan de redressement économique inventé par la technocratie et par la bourgeoisie, sur la base de la surexploitation des travailleurs et du blocage des salaires; il devra, par là, conquérir son droit à l'organisation indépendante face à l'Etat et sa liberté de manifestation et d'expression démocratique.

Le pays vit encore une étape de la contre-

L révolution, ouverte en 1964 et intensifiée

Men 1969 avec la répression violente déclenchée contre les ouvriers, les paysans, les étudiants et les intellectuels progressistes, par l'imposition de l'Acte Institutionnel n°5 (3), du décret-loi 477 (4), et par l'instauration de la peine de mort et la création et l'élargissement des appareils policiers et militaires chargés de la répression, qui se combinaient alors avec une situation de relative croissance économique et de cohésion des classes dominantes. Cependant, le déclin s'amorçait et la situation commençait à changer en faveur des classes exploitées. Encore atomisées, les luttes de la classe ouvrière ont commencé à se multiplier, surtout par des grèves et des "opérations tortue" (5), par des attaques d'installations industrielles et des destructions de trains, pour protester contre les salaires de famine et les conditions de vie et de travail misérables. Dans la lutte contre les patrons et la bureaucratie syndicale jaune ("'pelegos"), des mouvements importants d'opposition syndicale se sont développés peu à peu dans les centres les plus importants du pays. Parallèlement, le mécontentement des couches moyennes trouve les formes d'expression les plus diverses : soit par un vote massif contre le gouvernement aux élections parlementaires; soit par la réanimation du Mouvement Etudiant, secteur dont les luttes contre la dictature a acquis le plus grand écho national; soit par la mobilisation de catégories professionelles comme les journalistes, lors de l'assassinat de Vladimir Herzog et l'emprisonnement d'un grand nombre d'entre eux. Les petites et moyennes entreprises, qui se sont contentées pendant des années des miettes du "miracle économique", subissent maintenant la crise économique; leur existence menacée par l'impérialisme et la grande bourgeoisie, elles commencent timidement à protester au moyen de leurs associations ou organisations, ou à travers le MDB.

Dans cette conjoncture, la tâche des révolutionnaires, surtout ceux qui se réclament de la IVème Internationale, est de mobiliser, organiser, stimuler et orienter politiquement les luttes embryonnaires de masse. En aidant les travailleurs, étudiants et paysans à créer leurs organisations indépendantes, en renforçant des oppositions syndicales et en consolidant des directions combatives dans toutes les organisations de masse, les révolutionnaires remplissent leur rôle d'avant-garde, en même temps qu'ils jettent les bases pour la création du parti révolutionnaire de la classe ouvrière au Brésil. Dans ce processus, la capacité de l'avant-garde révolutionnaire à canaliser le mécontentement populaire et ses luttes purement économiques avec la lutte pour les libertés démocratiques, prend une importance particulière. Cette lutte doit être comprise comme la mobilisation active des ouvriers, étudiants, paysans et intellectuels dans la lutte pour arracher à la dictature leur droit à l'organisation, à l'expression, leur droit de manifester, de constituer des partis politiques et le droit à un syndicalisme libre. Les luttes pour les libertés démocratiques ne doivent pas, toutefois, être développées et comprises comme des lamentations réformistes ou libérales, des suppliques pour une humanisation du régime des généraux et des patrons. Elles doivent être indissolublement liées au renversement de la dictature militaire, à la lutte pour la création d'organes embryonnaires de pouvoir ouvrier et populaire et à l'instauration d'un gouvernement ouvrier et paysan au Brésil. Aux revendications démocratiques des masses exploitées, les révolutionnaires doivent lier des mots d'ordre capables de les mobiliser dans un processus ininterrompu vers le socialisme.

Cependant, toute action révolutionnaire part du concret de la lutte des classes. Et le concret en ce moment est, à partir d'une analyse claire de ce qu'est le MDB : de lutter nationalement pour la défense du vote populaire. La répétition des mesures d'annulation de mandats parlementaires - cinq au cours des 3 derniers mois - montre encore une fois la faillite de l'opposition autorisée à se constituer en alternative au régime militaire, et contribue à détruire les illusions chez tous ceux qui voyaient dans le MDB le canal à travers lequel serait créé un parti populaire, croyant à la possibilité de le réformer de l'intérieur, de faire pression pour éliminer ses directions bourgeoises. Ayant reçu 15 millions de voix aux dernières élections parlementaires, le MDB est apparu dans un premier temps comme la seule option visible, comme le parti qui exprimerait le mécontentement de larges couches de la population. Cependant, comme cela s'était déjà manifesté avant le 15 novembre 1974 (date des élections), l'itinéraire du MDB a été marqué par des trahisons continuelles des masses qui avaient placé leurs espoirs en lui. A aucun moment, le MDB n'a été capable ou n'a voulu être cohérent avec les promesses de lutte qu'il avait agitées durant la campagne électorale. Sa pratique a été la capitulation répétée devant le gouvernement, la modération, la conciliation, la collaboration avec la dictature militaire et l'étouffement des voix les plus combatives qui se manifestaient en son sein. Face aux cinq derniers cas d'annulation, l'inertie, la fausse prudence et l'accomodement ont montré les efforts faits par la direction

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Editeur responsable : René Groslambert, 34 rue Nothomb, Bruxelles 1030

BRESIL bourgeoise du MDB pour se rendre crédible comme parti acceptable par le gouvernement militaire, comme parti qui ne conteste pas la "Révolution' (6). C'est-à-dire comme un parti de la soi-disant "Révolution'' elle-même, comme le répètent inlassablement ses dirigeants. La direction MDB a entrepris d'isoler les éléments les plus actifs de ses secteurs ouvriers et féminins, de sa jeunesse démocratique, ou même parmi ses parlementaires; c'est avec soulagement qu'elle a vu l'éloignement de quelques uns de ses députés les plus combatifs, dont le mandat parlementaire a été annulé.

Dans ces conditions, le Parti Ouvrier Communiste et la Ligue Ouvrière lancent un appel commun aux secteurs combatifs qui militent aujourd'hui dans le MDB, à sa jeunesse, ses ouvriers, femmes et intellectuels, pour qu'ils rompent définitivement avec ce parti bourgeois, pour qu'ils lui retirent la base d'appui sur laquelle se maintient sa direction conciliatrice et traître, pour s'unir avec tous ceux qui, dans le camp populaire, sont engagés dans la lutte indépendante des travailleurs et leurs alliés, pour la conquête des libertés démocratiques. Et, devant la farce du Parlement bourgeois et la caricature des élections tolérées par la bour -geoisie, nous devons être conscients de la nécessité de renverser la dictature et toute sa législation répressive. D'où l'importance de la conquête révolutionnaire d'une Assemblée Constituante, où le peuple brésilien, les travailleurs, les paysans, les étudiants et les intellectuels éliront librement leurs représentants politiques, dans des conditions de liberté sans restriction avec la participation de leurs partis politiques authentiques.

8 tonnant trans an septe, de apo- Ainsi, en comprenant que les annulations

tournant à droite du régime, de l'approfondissement de l'exploitation et de la répression des masses laborieuses, la Liga Operaria et le Partido Operario Comunista reconnaissent la nécessité de lier les luttes pour la défense des conditions de vie et de travail aux luttes politiques les plus générales de la société, et en appellent aux autres organisations qui se réclament de la classe ouvrière, aux secteurs combatifs du MDB pour organiser une campagne nationale de défense du vote populaire, pour l'abrogation de l'Acte Institutionnel n°5, pour la légalisation de tous les partis ouvriers et populaires et pour des élections libres et directes.

Y do Comunista s'adressent aux partis frò- Finalement, la Liga Operaria et le Parti-

res de la IVème Internationale, en particulier à la Ligue Communiste Révolutionnaire en France et à l'International Marxist Group de Grande-Bretagne, et à tous les partis politiques, syndicats et centrales ouvrières, pour qu'ils manifestent leur solidarité combative avec les travailleurs et le peuple brésilien, lors de la prochaine visite du dictateur Geisel dans ces pays.

En dénonçant la surexploitation des travailleurs, l'absence des libertés démocratiques les plus élémentaires pour les grandes masses, la torture et l'assassinat de centaines de révolutionnaires et démocrates dans les geôles de la dictature, en rendant impossible le séjour du dictateur en France et en Grande-Bretagne, vous contribuerez de manière décisive à l'usure et à l'isolement de la dictature brésilienne, et vous donnerez un exemple de véritable internationalisme prolétarien. A bas les annulations des mandats parlementaires, l'Acte Institutionneln°5 et toute la législation répressive! Pour l'organisation indépendante et pour la liberté de manifestation des travailleurs, paysans et intellectuels ! Pour le renversement de la dictature militaire, pour la légalisation de tous les partis ouvriers et populaires, et pour des élections authentiquePour la convocation d'une Assemblée Constituante Révolutionnaire ! Pour la solidarité internationaliste avec les travailleurs et le peuple brésilien !

5 avril 1976 Partido Operario Comunista Liga Operaria Notes de la rédaction : (1) Le MDB (Mouvement Démocratique Brésilien) est le parti bourgeois de l''opposition de sa majesté"', toléré par la dictature militaire. Les "authentiques" sont les députés de la gauche du MDB, qui osent réellement dénoncer la dictature, et qui sont accusés par les militaires d'entretenir des rapports avec le Parti Communiste ou l'extrême-gauche. Nadir Rosseti, Amauri Muller et Lisaneas Maciel sont des députés de ce groupe, qui ont récemment dénoncé les tortures et crimes de la police et de l'armée, et se sont fait retirer leur mandat parlementaire par la dictature. (2) Wladimir Herzog, journaliste connu de la TV brésilienne, a été accusé de tendances pro-communistes par la dictature; il est mort dans les locaux de la police militaire à Sao Paulo, au cours d'une séance de torture. Sa mort, et celle de l'ouvrier Manoel Fiel ont provoqué une très importante mobilisation contre la dictature, obligeant Geisel à reculer et à limoger le Commandant en Chef du corps d'armée de Sao Paulo. (3) L'Acte Institutionnel n°5 est une mesure de la dictature prise en 1968, établissant l'arbitraire total du pouvoir exécutif, son droit à "casser" des députés, à suspendre l'habeas corpus, etc... (4) Le décret-loi 477 interdit toute activité oppositionnelle dans les universités et les écoles, sous peine d'expulsion immédiate de l'étudiant ou de l'enseignant visé. (5) Opération tortue : forme de lutte des travailleurs par le ralentissement du travail. (6) La "Révolution" est le terme employé par la dictature brésilienne pour désigner le coup d'état militaire d'avril 1964 qui a renversé le président élu Joao Goulart.

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