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Le 25 avril 1976, une nouvelle Assemblée Nationale, commune à l'ensemble du pays, était élue au Vietnam; soit trente ans après la formation du premier gouvernement Ho Chi Minh et la fondation de la RDVN, vingt ans après la date prévue par les Accords de Genève, prix de combien de morts et d'handicapés ? Cette Assemblée doit prochainement adopter une Constitution. Les élections du 25 avril auront sanctionné une nouvelle étape du processus de réunification en cours depuis la libération de Saigon, il y a maintenant un an. C'est ce que souligne Me Nguyen Huu Tho, président du FNL, dans une récente interview donnée au journaliste Patrice De Beer : "Depuis le 30 avril 1975, la réunification est réalisée dans de nombreux domaines. Il y a des cas où elle s'est faite immédiatement, comme dans l'armée. Il y en a d'autres qui nécessitent du temps. Dans l'Education, gérée par l'Etat dans les deux zones, la réunification des programmes et de l'orientation s'est faite rapidement. En ce qui concerne le statut et l'organisation du personnel (administratif, Ndlr.) cela ne pourra se faire que progressivement. Sur le plan de l'économie, il y a deux secteurs (Etat et coopératives) au Nord et cinq secteurs au Sud (Etat, coopératives, secteur mixte, entreprises privées, entreprises individuelles). La réunification sera plus rapide dans les branches gérées par l'Etat" (Le Monde du 8. 5.76): Etape dans la réunification, les élections du 25 avril aident à faire le point des progrès et des problèmes actuels de la révolution vietnamienne.
La reconversion économique du Sud
Il n'existe toujours aucun chiffre global qui fournisse une appréciation précise des rapports
VIETNAM P. ROUSSET
ELECTIONS ET
REUNIFICATION
existants entre divers secteurs économiques au Sud-Vietnam. Au lendemain de la prise du pouvoir (nationalisation des entreprises abandonnées par les patrons, monopole bancaire, contrôle du commerce extérieur ...) et en septembre 1975 (mesures fiscales et campagne contre les "compradores"...) une série de mesures révolutionnaires avaient été prises (voir Inprecor du 22. 1. 76). Mais l'absence d'un plan économique d'ensemble - en préparation - et l'urgence de la relance de la production se voient reflétés dans la diversité des situations et l'empirisme relatif des décisions. Dans l'agriculture, l'état de la réforme agraire, étendue et approfondie au lendemain de la libération, varie beaucoup suivant les zones. Dans les zones anciennement libérées, les conditions d'un passage volontaire aux coopératives sont progressivement réunies. Dans les villages dernièrement libérés - notamment constitués de réfugiés catholiques - la réforme agraire n'en est qu'à ses premiers pas (distribution de la terre aux paysans pauvres et formation d' "équipes d'entraide"') comme dans le village de Thai Lac où la député - propriétaire foncier a fui (Courrier du Vietnam No. 44). Des fermes d'Etat doivent être constituées dans les plantations industrielles et dans les "nouvelles zones économiques". Ces dernières zones sont celles qui ont le plus souffert de la guerre, elles ont été rasées et leur sol est devenu difficilement cultivable, du fait de l'épandage de défoliants : 71 millions de litres de défoliant ont été versés par les USA sur les zones libérées du Sud-Vietnam, soit un territoire équivalent à celui de l'Irlande du Nord ! Ces "nouvelles zones économiques" sont complètement réaménagées, à l'aide de citadins-chômeurs. Dans une d'entre elles, située dans la province de Cu Chi, dans l'ancien "triangle de fer" de la résistance proche de Saigon, chaque citadin reçoit une paillotte, un terrain de 1000 mètres carrés, une
allocation en riz sans limitation de temps, et une aide financière. Demain, les nouveaux agriculteurs deviendront travailleurs d'une ferme d'Etat dans une plantation d'hévéas. Leur ter -rain leur restera à titre de lopin individuel (P.D.Beer, Le Monde du 14.5.76). Dans l'industrie, la dépendance extrême de l'ancien appareil de production à l'égard des fournitures impérialistes (en matières premières, pièces de rechange, énergie) continue de freiner la relance économique. Si le gros des entreprises semble avoir été remis en marche, à la veille des élections du 25 avril, elles ne produisaient, dans l'ensemble, qu'à 50 ou 60 % de leur capacité de production. L'épuisement des stocks menace toujours. L'objectif est de reconvertir les sources d'approvisionnement en mettant en valeur les ressources nationales, mais il ne pourra être réalisé qu'à moyen terme. Le secteur artisanal continue de produire une grande partie des biers industriels, et le secteur privé capitaliste couvre peut-être 30 % de la production. Le secteur d'Etat reste faible, mais déjà il contrôle les approvisionnements et les débouchés commerciaux, et il définit l'orientation de la production. Pour Nguyen Huu Tho, "le développement (du secteur d'Etat), qui jouera un rôle dirigeant dans les deux zones, aidera à régulariser les activités et le développement des autres secteurs au Sud, à utiliser pleinement leurs aspects positifs, tout en limitant les aspects négatifs en vue d'orienter leurs activités conformément au plan national " (Le Monde du 8. 5.76). De même, la revue théorique du Parti Hoc Tap écrit que "dans l'immédiat, il faut utiliser, guider, encourager et aider le réseau économique privé pour développer la production et les entreprises dans l'intérêt général ... car les éléments socialistes sont encore très faibles" (Le Monde du 15.5. 76). Les mesures sociales Socialisation progressive de l'économie et relance de la production grâce à une politique de "Nep" impliquent l'adhésion des travailleurs. C'est aussi vrai dans l'agriculture où Nguyen Huu Tho note qu' "on ne fait pas encore la collectivisation agraire dans le Sud. Ce qui est nécessaire, c'est que les paysans y voient leur propre intérêt et celui de l'Etat". Il est donc nécessaire que, malgré les difficultés énormes auxquelles le nouveau régime est confronté, l'amélioration des conditions d'existence de la population soit constante. Dans les campagnes, la fin de la guerre et l'effondrement des forces fantoches ont eu des conséquences immédiates : fin de l'usure et des taux trop élevés de fermage, distribution de la terre, la paix et l'arrêt des bombardements, le rétablissement du marché. Même si les travaux restent pénibles (faute notamment de moyens mécanisés) et la vie austère, c'est la fin de la misère endémique et du danger permanent. Dans l'industrie, on ne peut que prendre certains exemples pour mesurer le chemin parcouru. Dans l'entreprise frigorifique Hai Vuong, gérée par le GRP, une antenne médicale a été installée, un congé de maternité de deux mois décrété (90 % des travailleurs sont des femmes), une cantine gratuite organisée ainsi que des cours d'enseigements complémentaires, le salaire-horaire aboli au profit d'une mensualisation générale qui a permis de réduire les heures de travail (Bulletin d'Information du GRP No. 49). Dans l'usine de textiles synthétiques Cotylen, sous contrôle du GRP aussi, le salaire n'est plus à l'heure mais à la journée (soit un dong par jour ou 2,25 francs français). Un repas gratuit quotidien est distribué ainsi des bons d'achat pour 9 kg. de riz à prix imposé. Une assurance-maladie existe, mais la mensualisation est l'exception et une ouvrière (le prolétariat ici aussi est féminin, souvent catholique) peut être licenciée après trois blâmes (P. D. Beer, Le Monde du 15, 5, 76). Dans l'usine Vikyno, nationalisée, qui assemble des motoculteurs et produit des pompes à eau, l'échelle des salaires se rapproche de celle du Nord : le plus bas salaire est de 40 dongs par mois, la moyenne est de 60 dongs, et le salaire le plus élevé d'un ingénieur est de 180 dongs. Le directeur ne reçoit à titre d'indemnité que 40 dongs mais il reçoit un logement, plus l'eau, l'électricité et la nourriture gratuitement et bénéficie d'une voiture de fonction avec chauffeur (Le Monde du 15.5.76). Dans une entreprise privée de peinture, le salaire des ouvriers a augmenté de 20 % et celui du patron et des cadres à diminué de 50 % (Libération du 4. 5.76). C'est cet ensemble de mesures économiques et sociales qui a rendu possible la tenue des élections générales pour la réunification, un an seulement après la victoire du 30 avril 1975, ainsi que l'hégémonie politique complète acquise sur l'ensemble du territoire par le Parti Communiste Vietnamien (le Parti des Travailleurs du Vietnam: PTVN). Le "profil bas" de la réaction La situation sociale et politique n'est certes pas complètement stabilisée. Moins de 500. 000 Saigonnais, pour la plupart des réfugiés à la veille des élections, étaient retournés à la campagne (ce qui est moins qu'espéré par la direction du PTVN). Le chômage reste massif et le nombre d'opposants au régime élevé. Saigon ne se décongestionne que fort lentement. De ce point de vue, le résultat des élections dans la région saigonnaise - où Madame Binh arrive en tête de liste avec 97 % des voix exprimées, 98 % de la population ayant voté - ne reflète pas les difficultés et les problèmes socio-politiques actuels. Les élections auront pris la forme d'un plébiscite du régime. La campagne pré-électorale aura été intensive, et il semble que la carte d'électeur doit devenir la carte d'identité et de ravitaillement. Dans ce cas le refus de vote - acte d'opposition politique - resterait inscrit sur les papiers d'identité. L'incitation au vote était donc gran-
VIETNAM de, ce qui explique pour une part les taux de participation au Sud (environ 95 %). Ce seraient 500. 000 personnes néanmoins qui ne se seraient pas rendues aux urnes (les chiffres globaux ne sont pas encore publiés). L'arrestation des individus compromis avec le régime Thieu a destructuré l'opposition réactionnaire. Il reste probablement plus de 200.000 personnes dans les "camps de rééducation" : officiers, hauts-fonctionnaires, hommes politidu régime Thieu, dont la moitié sont originaires de Saigon. Mais près d'un million d'autres, soldats et fonctionnaires du rang, ont été relâchés après des périodes de quelques jours organisées sur leur lieu d'habitation, et ont retrouvé, dans leur grande majorité, leur droit de vote. Aucune exécution ne semble avoir eu lieu, du fait du GRP, même parmi les plus hauts gradés de l'armée fantoche. officiers et fonctionnaires aujourd'hui en "camp de rééducation' ne semblent pas plus mal lotis que la moyenne de la population : ils suivent des cours d'éducation politique, champs ou font de petits métiers, doivent s'astreindre aux travaux ménagers que faisaient auparavant leurs domestiques (P. D. Beer, Le Monde du 12.5.76). Tout cela ne suffit pas pour expliquer le plébiscite électoral du régime, le 25 avril. C'est aussi le reflet de la profondeur de la défaite américaine, de l'ampleur de la victoire des forces révolutionnaires. L'attitude de la hiérarchie catholique, au Nord et au Sud, est à ce titre significative. Au lendemain des Accords de Genève, en 1954, elle avait engagé une furieuse campagne anti-communiste qui s'était conclue par l'exode de plusieurs centaines de milliers de catholiques du Nord vers le Sud, fuyant l'anté-Christ. Depuis, elle était devenue la colonne vertébrale du régime fantoche. L'espoir d'une victoire de l'Occident chrétien a maintenant disparu. L'église du Nord (forte d'environ 1,2 millions d'ames) marque le coup après la libération de Saigon : pour la première fois, l'archevêque de Hanoi, Mgr. Khué, rend une visite officielle aux autorités "car avant, dit-il, nous n'étions pas sûrs que les communistes pouvaient gagner. Maintenant nous le sommes ... " (Hugues Tertrais, Le Monde Diplomatique de mai 75). Après quelques mois au Sud, la hiérarchie catholique reconnait à son tour la victoire révolutionnaire. L'archevêque de Saigon, Mgr. Binh, désavoue l'action de petits groupes contre-révolutionnaires et publie une lettre pastorale saluant la réunification. Si la réaction garde des facultés d'action et si elle ne désarme pas, elle a renoncé à faire des élections une épreuve de force en appelant au boycott ou au vote blanc. Mais si les hauts responsables du Parti furent élus avec souvent plus de 90 % des voix, un "transfuge", le révérend père Chan Tin, fut le seul à ne pas être élu parmi les sept anciens membres de la troisième composante présentés aux élections, ainsi d'ailleurs que six femmes sur quinze.
Le monopole politique du PTVN Plébiscite, l'élection du 25 avril le fut à plus d'un titre. Il n'y a pas eu, durant la campagne pré-électorale, de débat d'orientation concernant les rythmes de la réunification et de la socialisation, le contenu de la prochaine Constitution et la nature des relations entretenues par la direction du PTVN avec les masses. Les listes étaient uniques, même si elles comprenaient plus de candidats que de sièges, présentées sur proposition des organisations de base par le FNL et l'Alliance des forces démocratiques au Sud. Les candidats n'avaient pas le droit de mener une campagne individuelle. Les membres de l'ex-troisième composante saigonnaise le faisaient à titre de personnalités et non de représentants d'organisations politiques. Le programme sur lequel les candidats étaient élus était fort général : reconnaissance de l'hégémonie du PTVN et approbation du processus engagé de réunification socialiste du pays. Les discussions d'orientation sont restées l'apannage des sommets du Parti. A Saigon, Madame Ngo Ba Than - personnalité de l'ancienne troisième composante - expliquait les particularités du décret-loi électoral en ces termes : "Ce que nous considérons comme extrêmement original, comme une manifestation de la démocratie véritable, c'est que les candidats aux élections doivent être présentés par les organisations de masse révolutionnaires. C'est là une garantie nécessaire. Car, dans les conditions concrètes actuelles du Sud-Vietnam, la population, à peine libérée du régime fasciste des américano-fantoches, subit encore les influences des élections frauduleuses du passé, elle a besoin d'être guidée par l'intermédiaire de cette garantie du bloc majoritaire..." (Bulletin du GRP No. 50). On pourrait difficilement trouver plus claire expression du rôle substitutionniste du parti par rapport aux masses ! La pesanteur bureaucratique On a vu la gravité des problèmes posés par la structure socio-politique de Saigon, bouleversée par quinze ans de guerre américaine multiforme (voir Inprecor du 22.1.76). Mais le problème est malheureusement plus vaste. Au Nord en effet, où l'Etat ouvrier est né il y a vingt ans, la forme du pouvoir, le monopole du Parti sur la vie politique du pays ne diffère pas beaucoup du Sud aujourd'hui. Là aussi, les choix sont le fait des sommets du Parti, les élections ratifient les décisions prises, les discussions à la base ne visent qu'à étudier leur application. On retrouve à Hanoi ce caractère plébiscitaire des élections législatives : 99,82 % de votants; 99,76 % des suffrages exprimés se sont portés sur le membre du BP Le Duan. A Saigon le monopole du PTVN sur la vie politique n'est paş mis en cause par la publication de périodiques catholiques indépendants : l'hebdomadaire Cong Giao Va Dan Toc et le mensuel Dong Day. Ce monopole sur la vie politique nationale exercé par le PTVN se combine avec une réelle pri-
se en charge des problèmes locaux par les masses et, très probablement, une progression de la conscience de classe dans les villes du Sud-Vietnam depuis la libération. Les "comités administratifs" n'ont pas été élus, mais visoirement nommés (de fait par le PC). Les comités de gestion des entreprises connaissent une composition variable. Dans l'usine Vikyno, il comprend le nouveau directeur, deux ingénieurs, le responsable syndical (normalement élu par les syndiqués) et un adjoint, le secrétaire de la cellule du Parti. Dans la fonderie Qué Huong, formée par l'association de plusieurs petits capitalistes locaux et commerçants, comprend : les anciens propriétaires d'ateliers associés, les commerçants actionnaires et les ouvriers (eux aussi actionnaires) (Le Monde du 15.5.76). Mais de façon générale, suivant les témoignages disponibles, les organisations de masse ont connu une croissance qualitative; dans l'atelier, l'entreprise, comme au village, problèmes de la production, de l'organisation du travail, des conditions de vie sont collectivement discutés. Jamais dans le passé, l'intervention directe des masses dans la gestion des affaires locales n'a été si grande, même si elle est absente à l'échelon national. Au fond, ce trait paradoxal de la révolution vietnamienne traduit l'inexistence d'un système soviétiste de pouvoir, qui permette d'assurer la représentation directe des comités de masse locaux jusqu'au plus haut niveau, d'axer les débats sur les choix d'orientation et ce dans toute la société. La nature des élections du 25 avril, qui n'assure ni la représentation directe des comités, ni la confrontation d'éventuels programmes différents de développement, reflète en cela l'existence d'un Etat ouvrier bureaucratiquement déformé au Vietnam. C'est en effet dans cette césure entre la mobilisation de masse et la médiation du Parti au pouvoir que viennent se loger les phénomènes bureaucratiques, nourris par la pauvreté économique du pays. L'ampleur des pesanteurs bureaucratiques transparait dans les déclarations officielles dont celle de Pham Van Dong, premier ministre de la RDVN, pour qui "actuellement les phénomènes bureaucratiques, paperassiers, autoritaires sont constants et parfois graves, à tous les échelons, dans un certain nombre de services de l'Etat, violant ainsi les droits du peuple qui est maitre de la collectivité" (Le Monde du 22. 4. 76). "Il est regrettable, écrit la revue théorique Hoc Tap, qu'un certain nombre de cadres et de militants aient commis des erreurs... dans le domaine du respect des droits démocratiques des masses" (Le Monde du 2-3. 5, 76), tandis que le journal Giai Phong à Saigon déclarait, caustique, s'en prenant à ceux "qui se conduisent en mandarins", : "Maintenant qu'ils sont au pouvoir, ils commencent à se détacher du peuple" (Libération du 4.5.76). Un certain malaise semble exister au Sud entre les cadres sortant des maquis et ceux qui viennent du Nord, habitués à d'autres avantages de fonction et primes d'ancienneté. Au Sud, en effet, le problème de la rémunération des cadres et fonctionnaires n'a toujours pas été tranché. C'est pourquoi ils ne reçoivent pas encore de salaires, mais une indemnité et des subsides. Au Nord, les comportements bureaucratiques semblent se cristalliser dans une couche de cadres intermédiaires, entre une population peu prête à les accepter - et qui en fait le thème premier des numéros de clowns - et une direction politique inquiète de leurs conséquences possibles, dans le domaine politique aussi bien que dans celui de la gestion économique, Au Nord, la décision a été prise de constituer un "corps d'inspecteurs populaires" élu par la base, restant dans la production et au pouvoir d'enquête étendu contre les comportements bureaucratiques. Au Sud, l'appareil doit se contrôler lui-même, sous la pression des organisations de masse. En tout cas, le problème institutionnel n'est pas posé. La victoire du 30 avril 1975, la profondeur du bouleversement socio-économique opéré depuis, manifestent la vigueur de la révolution vietnamienne. Mais les élections du 25 avril confirment aussi que ces victoires n'auront pas suffi à modifier la nature des rapports politiques et institutionnels entretenus entre le Parti et les masses. La question des soviets - des conseils ouvriers - est à terme décisive parce qu'elle permet seule d'assurer la participation directe des masses à la direction de l'Etat, la confrontation démocratique des orientations de dévelop pement dans le cadre du socialisme, le contrôle des cadres et fonctionnaires et la mise en échec des phénomènes bureaucratiques, l'élaboration d'un plan économique qui tienne exactement compte des exigences de la population, l'élévation permanente de la conscience de classe des travailleurs. Cette question aura été absente des débats préparatoires aux élections. La conception soviétiste de l'Etat est en effet trop étrangère à l'orientation du PTVN, comme aux formes de mobilisation antérieures de la population et au contexte mondial né de la dégénérescence stalinienne de l'URSS, pour renaitre aujourd'hui spontanément au Vietnam, Elle ne pourra s'imposer qu'à partir d'une nouvelle expérience du prolétariat vietnamien, dans le cadre de l'industrialisation socialiste du pays et aidée éventuellement en cela par les développements de la révolution socialiste en Europe Occidentale et au Japon, où les conseils ouvriers seront vivaces, ainsi que de la révolution politique en URSS et en Chine. Elle naitra donc d'une combinaison de conflits politiques et sociaux et non d'une simple prise de conscience de l'appareil du Parti tel qu'il est. La conception soviétiste de l'Etat est bel et bien l'une des questions encore non résolues de la révolution vietnamienne, l'un des enjeux décisifs de la nouvelle étape ouverte par la victoire finale contre l'impérialisme.
20 mai 1976