A. Udry - C. Michaloux
ITALIE
Après les élections
L. Maitan
Evolution des rapports de force électoraux
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AO : Une instabilité aiguë
PDUP : Une impasse
LC : Vers un affrontement plus dur
Gruppi Comunisti Rivoluzionari
ESPAGNE
La peur de septembre
M. Saura
CHINE
La crise politique chinoise
Wu
BOLIVIE
Nouvelle escalade de la repression
POLOGNE
Editorial: La classe ouvrière dit Non
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8 juillet 1976
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UNE VICTOIRE
• C. MICHALOUX Les élections présidentielles portugaises se sont soldées par la victoire du chef d'Etat-major : Ramalho Eanes. Celui qui proclamait lors de son dernier meeting à Lisbonne, est nécessaire que tous travaillent, même ceux qui sont à la table des cafés ou qui brûlent de l'essence dans les rues en songeant à des révolutions qui ne sont pas les nôtres, par-
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FRAGILE C.A. UDRY
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ce que la nôtre doit être réchauffée avec le travail"', a recueilli 61, 5 % des voix. La coalition des partis le soutenant avait rassemblé, à l'occasion des législatives ( avril 1976) 74, 91 % des voix. Un régime semi-présidentiel est installé. Sa force et sa stabilité devront être mesurées dans les mois à venir. Une inversion de tendance Un des thèmes qui domina la campagne d'EaLan - candidat du PPD, du CDS et du PS -fut celui de la "lutte contre la crise économique", à savoir l'attaque des conquêtes obtenues par les travailleurs depuis avril 1974 et mars 1975. Eanes, commandant du 24 novembre militaire, se présentait comme le dirigeant d'un 25 novembre social; un 25 novembre qui permette à la bourgeoisie de restaurer les profits et de relancer l'accumulation du capital. La baisse de la production dans les secteurs ayant un rôle d'entraînement dans le capitalisme portugais, depuis le milieu des années soixante, est extrêmement importante. Les chiffres pour l'année 1975 viennent de paraitre (en juin 1976). Ils permettent d'apprécier une situation qui s'est encore dégradée durant le premier semestre 1976. Ainsi, le secteur de la "construction civile", frappé par la crise du tourisme et la chute des investissements industriels d'infrastructure, a connu une baisse de 12 % en 1975, par rapport à 1974. La production dans la métallurgie de base décline de 18,5 %, dans l'industrie mécani-
Get le matériel de transport de 12,7 %, dans l'industrie de "transformation diverse" de 21,2 %. Dans ces secteurs, les effets de la récession internationale, du sabotage économique, de la baisse des investissements se font sentir violemment. L'industrie du textile et du vêtement connut, en 1975, une baisse de production de 17,3 %, par rapport à l'année précédente. Ici, la récession internationale aussi bien que les mesures protectionnistes (spécialement le contingentement de la Grande-Bretagne), expliquent l'affaissement. Par contre, les secteurs qui n'ont pas "vocation d'exportation" - selon la formule utilisée déjà par le gouvernement de Caetano - sont en expansion. Ainsi, l'industrie des biens alimentaires, de la boisson et du tabac connaissent une croissance importante. L'augmentation du volume des salaires, depuis le 24 avril 1974, l'explique. De même, les libertés démocratiques conquises depuis cette date ont un effet positif sur le développement de l'industrie du papier, la typographie et l'édition ! Parallèlement à cela, la production agricole - entre autres la production céréalière - a crû fortement, non seulement étant donné les conditions climatiques, mais aussi parce que la surface des terres emblavées fut fortement élargie dans le cadre de la réforme agraire et des occupations de terres (depuis le mois de mars 1975).
En quelque sorte, on assiste à un blocage des tendances prédominantes de l'accumulation du capital durant la dernière décade, ceci comme produit des nouveaux rapports de forces sociaux dans l'entreprise, et de l'augmentation des salaires. Dans le cadre général de la chute des investissements, il y a un déplacement des investissements vers les industries liées au marché intérieur. Cette rétroversion se révèle parfaitement dans les deux chiffres suivants : en 1975, les investissements dirigés vers les secteurs liés à la consommation intérieure attirent environ 50 % du total des investissements (17,4 % pour l'alimentation, 7,3 % pour le papier, 16,4 % pour les boissons, 9,2 % pour le textile, etc.). En 1971, ces branches n'attiraient que 16 % des investissements effectués durant l'année. Par contre, l'industrie métallurgique, qui absorbait 43 % des investissements en 1973, n'en retient que 0,2 en 1975 ! Dès lors, lorsque le ministre des finances, Salgado Zenha (PS), proclame la nécessité de "rentabiliser le secteur nationalisé' - 60 % de la formation brute de capital fixe dépend des entreprises nationalisées ou qui connaissent une intervention de l'Etat -, il ne fait que mettre l'accent sur la volonté de la bourgeoisie de frapper les acquis des masses laborieuses pour relancer les investissements dans la direction qui leur était imprimée depuis une décade par les plans de développement capitalistes. Soares ne manque pas d'affirmer : "Ceci (l'expansion) passe par la sécurité et la "dynamisation" du secteur privé et par la réorganisation du secteur public pour le rendre rentable et efficace" ("'Opçao", 17-23. 6. 76. ) Bloquer les salaires Le premier objectif de l'attaque du patronat et de l'Etat bourgeois - ou si l'on veut, le premier chapitre du plan économique du futur gouvernement Soares - n'est autre que les salaires. Pour que les capitalistes portugais et les firmes multinationales mettent fin à la grè- ent, pour il faut entre ve des investissements, pour que le secteur nationalisé soit "rentabilisé", il faut réduire au maximum les coûts salariaux. Seulement ainsi pourra être remplie la condition nécessaire à la relance du secteur "voué à l'exportation", secteur autour duquel se réorganise depuis un certain temps le capitalisme portugais. La bourgeoisie portugaise se rend compte qu'il faut agir rapidement, si elle veut profiter quelque peu du redémarrage du capitalisme à l'échelle internationale. L'offensive va porter essentiellement sur les bas salaires (entre autres dans le textile, dans l'industrie de montage) et vers les salaires des travailleurs fortement organisés et combatifs de la ceinture industrielle de Lisbonne (ceux qui gagnent plus de 5000 escudos par mois). Le tableau suivant permet de saisir pourquoi. Il indique les changements dans la répartition des catégories salariales pour les travailleurs féminins et masculins de plus de 20 ans.
REPARTITION DES SALARIES base mensuelle janvier 1974 janvier 1975 moins de 3.300 $ 48,2 % 1,7 % de 3.300 à 5.000 $ 33,1 % 38,1 % de 5.000 à 12.000 $ 17,4 % 56,5 %
($ = escudos) Globalement, depuis avril 1974, les salaires réels ont crû de 25 % pour les catégories de salaire inférieures. Une simple comparaison entre ce chiffre et le taux de dévaluation de 30 %, prévue et annoncée par divers cercles proches du ministre des finances, indique l'ampleur et la rudesse de l'attaque contre les revenus des masses laborieuses. Cette dévaluation - qui devrait aussi favoriser quelques investissements impérialistes - suscitera une importante hausse des prix, entre autres dans le domaine des biens alimentaires de base (mais, viande, morue, oléagineux) qui forment une part très importante et peu compressible des importations de biens alimentaires, qui sont en croissance (9,5 % du totaldes importations en 1960, 15, 7% en 1974), vu l'accroissement de la masse salariale et du pouvoir d'achat. La dévaluation stimulera donc une poussée inflationniste, faisant grimper l'indice des prix à la consommation au-delà de 16 % (avril 1976 par rapport à avril 1975, à Lisbonne), d'autant plus que les producteurs de biens de consommation vont commencer à rejeter sur les prix les intérêts à payer pour les crédits qui leurs furent attribués il y a un an. Or, simultanément, le gouvernement Soares demandera un blocage plus ou moins rigide des salaires! Parallèlement, le gouvernement social-démocrate, dans l'application du plan de "récupération capitaliste", va imposer non seulement une limite aux salaires du secteur pablic (hospitalier, enseignement, fonctionnaires...), mais il va aussi chercher à réduire le nombre d'emplois dans ce secteur, nombre qui a augmenté fortement depuis la "révolution des oeillets". En outre, il précipitera une restructuration des entreprises nationalisées, la fermeture de nombreux "canards boiteux", et accroitra de ce fait un chômage qui atteint déjà, selon les estimations du ministère du travail, 10 % de la population active. En 1974, le nombre de chômeurs était évalué à 3 %; il passe à 5,3 % en 1975. Aujourd'hui, il devient un problème central, ressenti très largement. La croissance du chômage résulte de la baisse des investissements (en 1975, seuls 11.807 emplois nouveaux furent créés, contre 37.377 en 1973), de la rentrée des immigrés, du ralentissement de l'émigration, de la démobilisation de l'armée et du retour des colons. La création d'une forte armée de réserve industrielle est clairement envisagée comme instrument devant faciliter l'offensive capitaliste. Ainsi, Almedo Santos (PS) déclare : "Tout le monde doit créer de la richesse". Donc, acceptez... Enfin, la bourgeoisie cherche à modifier les rapports de force dans les entreprises, ces rapports de force qui font, par exemple, que les travailleurs n'acceptent pas les conséquences du "fonctionnement normal des lois du marché" : les licenciements. Soares annonce la couleur : "Il est important de convaincre les travailleurs qu'ils doivent travailler et il est indispensable d'établir une certaine discipline au travail, par des appels à la conscience des travailleurs et, aussi, par la constitution de certaines règles de coercition... Il faut expliquer aux travailleurs, comme le faisait Maurice Thorez en 1947, qu'il est nécessaire et qu'il est révolutionnaire de savoir terminer une grève, à certains moments" (idem). Plus la campagne électorale présidentielle avançait, plus ces divers thèmes - facettes de ce qui est qualifié au Portugal de "récupération capitaliste" - acquéraient une place dominante dans les discours d'Eanes et de ses supporters. Ainsi, parmi les larges couches de travailleurs engagés dans des luttes depuis deux ans, aux profonds sentiments de défiance face à l'incapacité des gouvernements provisoires de résoudre même les plus petits problèmes, s'ajoutait une volonté de plus en plus marquée de mettre en échec cette, offensive personnalisée par Eanes , de l'exprimer aussi sur le plan du vote. D'autant plus que la compréhension pratique de la profondeur de la crise qu'ont les masses laborieuses leur a fait entrevoir la brutalité de l'attaque du Capital et de son Etat, quelles que soient les promesses de "dialogue" et de "pacte social" faites par Soares. Ceci explique largement les votes qui se sont portés sur Otelo, comme le glissement en défaveur du PCP. Eanes et les législatives Les élections législatives à l'Assemblée de la République (25 avril 1976) avaient moins sanctionné le 25 novembre 1975, qu'elles avaient confirmé la force de la classe ouvrière. Une résistance à l'attaque patronale s'exprima sans discontinuité, depuis mars 1976, c'est-à-dire depuis la grève du gaz et de l'électricité de Porto. Cette riposte ouvrière se manifestait certes sous des formes moins spontanées, plus limitées, que durant l'automne 1975. Néanmoins, à plus d'une reprise, les mobilisations mirent au centre, des revendications liées au contrôle ouvrier, soit lors d'une fermeture d'usine, d'un plan de reconversion, soit à l'occasion du retour d'un patron. En outre, des luttes salariales, certes fragmentées, se développèrent dans diverses
entreprises et branches industrielles. Mais la capacité défensive des travailleurs trouva aussi son expression sur le terrain de la syndicalisation, ce qui se traduisit de même dans le domaine électoral. Les CT perdirent parfois du poids, mais elles tendaient surtout à devenir des organes auxquels les travailleurs délégaient de nombreuses responsabilités; leur capacité de mobiliser l'ensemble des travailleurs était - et reste souvent - restreinte, en dehors de quelques assemblées générales. A ce niveau, le changement de période - par rapport aux mois antérieurs à novembre 1975 - s'énonce clairement. Cependant, l'essentiel, lors des législatives, résida dans l'affirmation d'une majorité ou -vrière au sein de l'Assemblée de la République, ce qui mit à l'ordre du jour, spécialement face à l'attaque du Capital et de son Etat et face au besoin d'unité des travailleurs, la question du gouvernement PS-PCP, s'appuyant sur cette majorité. Ainsi, après le 25 avril, la bourgeoisie dut faire le constat que ni le PPD, ni le CDS ne s'affirmaient comme direction incontestée dans le camp bourgeois, que la capacité du CDS de mobiliser des secteurs petits-bour -geois - et de stabiliser en sa faveur les rapports de force dans le Nord - ne s'était pas prolongée dans une aptitude à stimuler l'offensive petite-bourgeoise et celles des "retournés", comme cela s'était produit en marsavril. De plus, les tentatives du PPD, immédiatement après les élections, de susciter une crise de gouvernement avaient avorté, au même titre que l'offensive du PPD, du CDS et de la droite du PS contre la Constitution. Ce qui suscita le plus de soucis dans les rangs bourgeois ne fut autre que l'incapacité de faire aboutir, un tant soit peu, les mesures de gel des salaires. Zenha en était réduit à affirmer : il faut attendre un "véritable gouvernement". Certes, la bourgeoisie a reconstruit son appareil d'Etat, renforcé ses forces de répression, même si elles restent encore fragiles et limitées quantitativement, aussi bien dans le domaine militaire que policier. Néanmoins, les coups portés à la classe bourgeoise par les masses laborieuses, depuis de nombreux mois, laissent encore leurs empreintes sur le plan subjectif et les rapports de forces sociaux sont tels que la crise de direction politique de la bourgeoisie est largement ouverte. Dans ce contexte, sur la base du Pacte entre partis et Conseil de la Révolution - Pacte supporté, pour ne pas dire élaboré, par le PS et le PCP - la bourgeoisie réalisa l'urgente nécessité d'unir sa volonté et ses forces et de mettre tout son poids pour assurer l'apparition d'un régime semi-présidentiel (la Constitution incluant, en outre, le passage des pleins pouvoirs au Président de la République, en cas de crise). La social-démocratie - répétant, avec une étrange similitude, l'expérience de la République de Weimar - ne manqua pas de soutenir de ses deux mains l'opération. momentanément, fit le consensus dans les rangs bourgeois, ce qui n'implique pas qu'une homogénéisation effective de la classe bourgeoise ait fait des progrès substantiels. Pour la classe bourgeoise, grâce à l'appui du principal parti portugais, le PS de Mario Soares, se rapprochait l'objectif d'asseoir Eanes à la Présidence, grâce à une sorte de plébiscite. Ce rêve, Palma Carlos, l'avait caressé en 1974 à deux reprises pour Spinola. Deux fois, ce fut un cauchemar ! Pour elle, le plan est lumineux : attaquer la classe ouvrière en utilisant le PS ("'le dialogue" d'un PS, à l'influence syndicale croissante durant les derniers mois, pour geler les salaires); effacer au maximum la majorité ouvrière issue des législatives; laminer le PCP dans un premier temps, et, demain, réduire à la portion congrue la part du PS, dont les militants syndicaux ne trouvent pas le même accueil que les notables du PS, dans les rangs de la bourgeoisie. Le programme électoral d'Eanes s'inspire fondamentalement de l'idéologie vehiculée par le PPD. Au contrôle ouvrier, que le PS défend formellement, il oppose la cogestion. A la classe ouvrière, comme le PPD, il oppose les mérites d'une petite-bourgeoisie qui "pendant que les travailleurs ne cessent de manifester, continue à travailler tranquillement la terre". Il met l'accent sur la fonction des coopératives, à l'encontre des revendications de nationalisations, Il insiste sur le rôle du secteur privé et la 'rentabilisation du secteur nationalisé" et propose de réviser la réforme agraire. Le candidat soutenu par le PS non seulement concentrait tous les espoirs et projets du moment de la bourgeoisie portugaise, mais se faisait le porte-parole du programme du PPD ! C'est ce militaire, ce président en puissance, que le PCP se refusa d'attaquer ouvertement, après avoir tenté, jusqu'au dernier moment de négocier une place dans le prochain gouvernement, en échange de son appui, un support que le PCP croyait suffisant pour dispenser Eanes d'accepter celui du CDS. Une victoire restreinte Fondamentalement, ces élections doivent donc être analysées à partir de l'appui que le PS apporta à Eanes et du refus du PCP d'engager une bataille décidée contre le chef de 1!Etat -major. Ceci explique en grande partie aussi bien un certain taux d'abstention (75, 42% de participation), que les pertes de voix du PS en direction de Pinheiro - qui fut le premier à lancer des attaques contre Eanes (''il était contre le
25 avril"') - et d'Otelo, que l'émergence d'un large courant derrière la candidature de l'ancien chef du COPCON, qui se profila, au cours de la campagne, comme l'ennemi numéro un d'Eanes et de ses projets. Négliger cette donnée, après les législatives, c'est se condamner aussi bien à ne pas comprendre les rapports entre ces dernières et les présidentielles, que la nature combinée des voix qui se regroupèrent derrière Carvalho. Le tableau suivant permet de suivre le sens des résultats électoraux.
ELECTIONS LEGISLATIVES
CDS-PPD PS PCP
Aveiro 57.6 30.8 3.7
Beja 12.4 31.9 43.3
Braga 53.7 32.3 4.1
Braganca 61.5 22.6 2.6
Catelo Br. 42.5 36.4 6.5
Coimbra 39.2 40.9 7.2
Evora 30.2 43.1
Faro 26.1 44.6 14.5
Guarda 57.7 25.1 2.9
Leiria 50.6 31.0 7.3
Lisbonne 29.8 38.2 21.6
Portalegre 24.0 41.9 22.0
Porto 42.6 40.7 8.3
Santarem 33.4 38.4 16.1
Setubal 12.8 32.1 44.3
Viana d.C. 56.2 25.5 6.6
Villa R. 57.3 26.3 3.1
Viseu 63.4 22.9 2.2
*E.G. = extrême-gauche Tout d'abord, il apparait clairement qu'une candidature unitaire du mouvement ouvrier aurait pu faire mordre la poussière au candidat de la bourgeoisie. C'est dans ce sens que les militants du PRT et de la LCI avaient d'ailleurs engagé leur campagne. Ensuite, il est tout aussi manifeste que la nomination d'Eanes, avec 61,54 % des suffrages exprimés, ne représente pas une défaite profonde de la classe ouvrière. C'est plus précisément l'expression du manque d'une candidature unitaire, de la capitulation du PS et de la nature de la campagne du PCP. Eanes gagne, mais sa victoire n'est pas solide. Au même titre que dans les législatives, la césure entre le Nord et le Sud apparait; les demi-tons ne sont néanmoins pas absents. Si Azevedo a indiscutablement attiré les voix du PS dans ces "provinces", il est aussi significatif qu'Otelo et le PCP, ensemble, y fassent plus de voix que le PCP et l'extrême-gauche durant les législatives. Les scores d'Otelo en sont la cause essentielle (voir les résultats cumulés à Viana do Castelo, Vila
Real, Bragança, Braga, Viseu) et révèlent
aussi la nature contradictoire de sa candida-
La simple comparaison entre l'addition des
voix du PPD-CDS-PS aux législatives et celle obtenue par Eanes indique que le PS est le grand perdant de l'opération. Dans le Nord,
ELECTIONS PRESIDENTIELLES (pourcentage des votes exprimés) E.G.* Eanes Azevedo Pato Carvalho 2.0 74.4 15.9 2.7 7.0 5.6 34.6 6.9 25.6 32.8 2.4 70.2 19.0 2.7 8.0 2.6 82.5 11.4 2.6 3.3 3.2 76.2 8.6 3.8 11.3 3.4 71.9 14.1 4.3 9.6 4.7 36.0 9.5 19.6 34.8 5.7 52.9 14.7 7.6 24.7 3.9 82.9 10.5 2.4 4.2 2.7 76.6 9.8 4.3 9.1 4.2 53.5 12.2 10.3 23.9 3.7 56.1 12.8 14.4 16.6 2.7 60.4 22.8 5.1 11.6 3.8 53.6 13.1 8.1 20.0 4.7 29.9 9.6 18.7 41.8 3.0 74.6 14.7 3.7 6.9 2.7 81.6 11.3 3.0 4,1 2.2 81.2 13.1 1.9 3.9 tage. Dans le Sud, le déplacement des voix PS s'est opéré en faveur d'Otelo. Dans les Faro, l' "indiscipline" de l'électorat du PS fut massive. Elle se traduisit au Nord et au didature . communs avec le PPD et le CDS (à Chaves, Viana do Castelo, Castelo Branco, Aveiro, Guimares, Vila Nova de Famalicao, etc.). ne de parti" laissent augurer du potentiel de crise qui couve dans les rangs du parti de Mario ( vision Nord-Sud. déplacements vers Azevedo - et un peu vers Carvalho - le soutien du PS n'est pas négligeable pour expliquer les quasi-plébiscites d'Eanes. La chute Le PCP perd seur de la réforme agraire. Otelo. Le major sut en profiter. action'', les services de presse du candidat tiques, mais compte aussi actionnaire....
l'ancien premier ministre a su en tirer avandistricts de Beja, Evora, Setubal, Lisbonne, Sud, sur le plan organisationnel, par des refus de nombreuses sections d'appuyer la can-
Eanes en participant à des Comités Ces "ruptures" électorales et de la "discipli-
Soares. Les différenciations dans le PS recoupent d'ailleurs plus ou moins la di-
Dans le Nord, malgré les environ la moitié de ses voix, par comparaison aux législatives. L'écroulement est spectaculaire à Lisbonne, Beja, Evora, Setubal. Les places fortes traditionnelles du parti d'Alvaro Cunhal et d'Octavio Pato se sont transformées en champs de batailles perdues. Les causes en sont multiples. Le PCP a creusé, durant l'été et l'automne 1975, sa propre tombe, lorsqu'il contribua à renforcer l'image charismatique d'Otelo. Il en fit le défen-
Après Goncalves, qu'il avait dédaigneusement "lâché"', il lança
Ensuite, Pato ne cessa, à l'exception de quelques jours, de faire patte douce devant Eanes. Lorsque "O Jornal" affirme que le candidat du PCP a déclaré : "Eanes dispose de l'appui de la rédu PCP répliquent immédiatement : "O Jornal exagère... le PCP affirme que la candidature de Eanes reçoit de véritables appuis démocrasur le soutien opportuniste de partis et forces de la droite ré-
Le PCP n'appuie pas Eanes, mais il ne combat pas les candidatures militaires" (lisez Azevedo et Eanes), (''O Diario"' 7.6.76 - quotidien du PCP). En outre, le PCP a participé, sous Spinola comme sous Costa Gomez, à tous les gouvernements provisoires. Il va récolter les fruits amers de la défiance des travailleurs face à ces gouvernements incapables d'offrir des réponses même très partielles, aux problèmes sociaux les plus élémentaires ; à cela s'ajoutent les réticences croissantes des couches radicalisées à la politique •de pression sur l'appareil d'Etat, clé de voûte de la stratégie du PCP. Enfin, les méthodes bureaucratiques, utilisées largement par les staliniens dans les syndicats, dans les CT, dans les CM et autres organes (Assemblées populaires, qui devaient soutenir l'occupation des instances municipales), suscitèrent des réac-
tions anti-PCP, se traduisant parfois dans "l'apartidarisme". Plus la campagne avançait, et étant donnée la polarisation de type 25 avril25 novembre - que la politique même du PCP suscita - le thème du "vote utile" se retourna contre le PCP ! Otelo se présentait - et ceci était partiellement inhérent à l'aspect providentiel de sa candidature pour des secteurs attardés - comme le candidat le mieux placé pour battre Eanes. Lorsque ce dernier déclara que, si deuxième tour il y avait, ce "sera entre Otelo et moi-même", l'impact électoral d'Otelo ne pouvait que grossir au détriment du PCP. Le "vote utile", lié au thème de la "majorité de gauche", perdit sa force de conviction. Renforcer les positions du PCP, dans la perspective d'un "gouvernement de gauche", ne faisait plus florès. Le refus de la confrontation avec Eanes ne relevait pas de la simple manœuvre gouvernementale. En fait, elle se situe dans le prolongement d'une orientation de soutien :"à l'alliance du peuple et des Forces armées et à l'unité des Forces armées, dans l'esprit libérateur du 25 avril, pour assurer la démocratie et l'indépendance nationale" (déclaration de principe d'Octavio Pato "Diario de Lisboa" 11. 6.76). Confronté à la dure réalité des faits, le 28 juin, le PCP dut tirer un premier bilan. La direction mit l'accent sur les effets de la campagne Otelo dans ses propres rangs :"... à l'échelle nationale, des centaines de milliers d'électeurs communistes n'ont pas écouté nos mises en garde, ils se tournèrent vers une candidature trompeuse. Ils vérifient déjà que, avec elle, le processus révolutionnaire n'a rien gagné, ni la défense des conquêtes démocratiques, ni la formation d'un gouvernement de gauche..." (Avante 1.7.76). Mais, le Bureau Politique du PCP est contraint à la fois d'indiquer la nécessaire contre-offensive vers les couches influencées par la campagne Otelo et de "redonner confiance' à la base : "Il... attire l'attention de tous les militants pour que des difficultés ne soient pas créées envers tous ceux qui, sous l'effet d'un mirage trompeur, n'ont pas voté pour notre candidat..... Il avertit tous les militants pour qu'ils ne se laissent pas influencer par les spéculations de la réaction qui, jointes au verbiage pseudo-révolutionnaire, cherchent à miner le moral de notre parti" (Avante 1.7.76). Malgré tout cela, le PCP est obligé de faire la somme des voix du PCP, d'Otelo et aussi du PS (lors des élections législatives) pour réaffirmer l'actualité du "gouvernement de gauche"! Cet ensemble d'appréciations indique le choc subit par le PCP. Il montre sa volonté d'engager une politique de "récupération". Ceci va s'exprimer avant tout sur le plan syndical, d'autant plus que le Congrès de l'Intersyndicale approche. Les répercussions de la défaite; du PCP - et du succès d'Otelo - ne vont certainement pas faire les beaux jours du gouvernement Soares, qui escomptait une politique de collaboration, de l'extérieur, du PCP envers un gouvernement "purement PS"'. Contre l'austerité Dans ce vide laissé par la politique des deux partis réformistes, s'inscrit la campagne d'Otelo. Ces aspects contradictoires et ambigus sont multiples ("apartidarisme", proclamation initiale d'indépendance face aux forces qui le soutiennent, référence explicite à l'alliance peuple-MF A dans sa déclaration officielle de candidature, soutien à la Constitution - comme le PCP !). Néanmoins, aucun secteur de la bourgeoisie portugaise ou internationale ne lui donna le moindre soutien, au contraire. Il en fut de même pour l'armée. Son programme - malgré toutes ses ambiguités, ses erreurs - intégrant des revendications nettes, capta le vote de protestation de larges couches de travailleurs contre le plan d'austérité d'Eanes-Soares. Quant aux forces qui le soutenaient, elles font partie du mouvement ouvrier organisé. Ceci indique qu'un vote Carvalho ne peut être exclu par principe. D'ailleurs, derrière Carvalho et Pato, se sont effectivement regroupés les votes contre l'offensive de "récupération capitaliste", pour le développement des conquêtes obtenues jusqu'à maintenant par la révolition portugaise (1). En outre, sous les effets mêmes de la polarisation sociale, vu le contexte que nous avons explicité, la fonction objective de la campagne Carvalho, comme son contenu explicite, sont apparus plus nettement anti-capitalistes (voir programme économique publié dans les derniers jours de la campagne). Certes, Carvalho a canalisé des voix d'origines diverses qui reflètent le processus fortement inégal de formation du mouvement ouvrier portugais. Néanmoins, il ne fait pas de doute - et le PCP l'a compris - que, sur sa gauche, se manifeste un potentiel de combativité qui s'annonce déjà un danger pour lui, s'il mène une politique de collaboration ouverte avec le gouvernement PS. Ce gouvernement aura bien des difficultés à réaliser son projet; son support, le PS lui-même, risque de se feler assez vite. La résistance ouvrière se manifeste déjà (hôtellerie, métallurgie, fonction publique, etc. . ) Les élections présidentielles ne répondront pas aux vœux de la bourgeoisie : luttes ouvrières, syndicalisation, et crises gouvernementales sont à l'ordre NOTE : (1) Dans le prochain numéro, nous consacrerons un article spécifique à la campagne d'Otelo et aux perspectives qui s'ouvrent.