Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

Camarade Roberto Santucho

· Inprecor (première série) n° 57, 9 septembre 1976 · p. 29 · 650 mots

Mexique Argentine et Chili

La IVème Internationale dénonce l'assassinat du camarade Mario Roberto Santucho - dirigeant du Parti Révolutionnaire des Travailleurs (PRT) et de l'Armée Révolutionnaire du Peuple (ERP) d'Argentine - perpétré par la dictature militaire sanguinaire, qui a arrêté des milliers de travailleurs, de militants ouvriers, et en a tué des dizaines depuis le coup d'Etat du 24 mars 1976. Le camarade Santucho faisait figure de symbole pour toute une génération de militants qui, en Argentine, rejoignirent le mouvement révolutionnaire sous l'influence de la révolution cubaine et sacrifièrent leur vie pour ce qu'ils considéraient être l'orientation révolutionnaire la plus correcte. Santucho partageait avec eux un dévouement sans limite pour la lutte de libération nationale et sociale des exploités et des opprimés, une conviction que cette libération ne pouvait s'achever qu'au travers de la révolution socialiste, la croyance que la lutte armée prolongée constituait la seule voie possible pour assurer la victoire de la révolution, et un engagement personnel total face à toutes les implications politiques et organisationnelles qui découlent d'une telle orientation. En tant que dirigeant d'un groupe révolutionnaire populiste - le FRIP, Front Révolutionnaire Indo-américain et Populaire, implanté dans sa province natale -, Santucho fut favorable, en 1967, à la fusion avec le groupe Palabra Obrera, section argentine de la IVème Internationale. Il acceptait ainsi l'adhésion de l'organisation issue de la fusion (le PRT) à la IVème Internationale. Il le fit sans être convaincu de la justesse du programme marxiste-révolutionnaire, mais à partir d'une adhésion profonde à l'internationalisme. Il ressentait le besoin d'une organisation internationale, mais il marquait sa préférence pour un regroupement "œcuménique", incluant les PC vietnamien, chinois et nord-coréen, quelques partis maolstes, le PC cubain, les principales forces de guérilla en Amérique latine et la IVème Internationale. La pratique démontra que l'unification de forces politiques aussi divergentes était impossible. Des divergences politiques surgirent rapidement dans le PRT et conduisirent à une scission au début de l'année 1969. Une aile du PRT forma le PRT-La Verdad qui, plus tard, secteur du parti socialiste pour former le PST (Parti Socialiste des Travailleurs), qui reste au sein de la IVème Internationale. L'autre tendance, sous la direction de Santucho, forma le PRT-Combatiente, qui manifesta au début sa volonté de rester dans la IVème Internationale et demanda sa reconnaissance en tant que section argentine, lors du IXème Congrès Mondial. Le Congrès accepta cette requête, vu les circonstances statutaires de la scission. Cependant, la dynamique politique de la scission s'affirma décisive à long terme. La logique de l'orientation du PRT, "la guerre populaire prolongée", conduisit à une mise en évidence des différences politiques et programmatiques. Le camarade Santucho, publiquement, rompit avec la IVème Internationale en 1973. En tant que dirigeant du PRT et de l'ERP, Mario Roberto Santucho s'efforça, avec une résolution de fer, d'infliger des coups à l'armée bourgeoise argentine, ceci par des actions de petites unités armées. Il espérait que, selon les exemples chinois et vietnamien, les masses de travailleurs et de paysans se rallieraient à ce premier noyau et, au cours de la lutte, un parti révolutionnaire de masse serait construit. Il espérait constituer de réelles zones libérées dans le Nord du pays, il y consacra de grandes ressources, sacrifiant de nombreux militants pour réunir l'infrastructure adéquate. La IVème Internationale a des divergences irréconciliables avec cette stratégie qui efface le rôle central de l'organisation, et l'action de classe indépendantes du prolétariat dans le proces -sus de révolution permanente, de même que la nécessité de construire le parti sur cette base programmatique. Mais nous déplorons la mort de ce dirigeant révolutionnaire impressionnant, qui a donné sa vie pour la libération des masses laborieuses de son pays et de son continent. Le prolétariat argentin vengera Mario Roberto Santucho, comme il vengera tous les combattants pour la révolution socialiste tués par la bourgeoisie argentine et ses bourreaux, en renversant la dictature et la domination capitaliste en Argentine.

Secrétariat Unifié de la IVème Internationale.

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