LIBERIAL
AMNIST
Au moment où le mouvement de masse s'apprête à déclencher sa bataille finale contre la dictature franquiste, toutes les contradictions produites par le développement capitaliste de l'Espagne s'aiguisent d'une façon extraordinaire. La société espagnole est devenue une société capitaliste développée. Toutefois, cette transformation s'est réalisée dans le cadre d'une dictature sanglante et répressive. Ainsi, toutes les contradictions et toute la pourriture typique de la société impérialiste en déclin se trouvent doublement renforcées dans l'Etat espagnol. Un régime inutile La composition sociale s'est modifiée substantiellement. La population active à la campagne ne représente plus que 25 %. Les grandes villes industrielles concentrent la plus grande partie de la population. Les travailleurs salariés représentent plus de 70 % de la population active. Toutefois, ce processus de transformation capitaliste n'a pas été accompagné par des réformes structurelles profondes. Le capitalisme espagnol a fait en grande partie dépendre le "miracle' de l'industrialisation de facteurs externes : les devises des ouvriers condamnés à émigrer en Europe, les devises du tourisme, les investissements étrangers. Aujourd'hui, alors que la crise du capitalisme international éclate ouvertement et qu'est patente la faiblesse structurelle du capitalisme espagnol, se sont manifestées son infériorité sur le plan de la concurrence en Europe et son incapacité d'assurer des améliorations significatives au mouvement de masse. Pendant des années, le maintien de la dictature, comme forme spécifique du pouvoir bourgeois, a permis à la classe dominante d'empêcher l'organisation légale et permanente du mouvement ouvrier et d'obtenir des surprofits grâce à la surexploitation des travailleurs. Mais, au cours des 15 dernières années de lutte qui ont suivi la grève générale des mineurs des Asturies en 1962, le mouvement ouvrier a réussi à renforcer ses positions, à élargir son organi -sation et à entraîner derrière lui toutes les
L'ULTIME
ASSAUT
ESPAGNE PEDRO AGUIRRE couches opprimées. Par là, il a signé l'arrêt de mort de la dictature franquiste. Le régime surgi de la défaite du prolétariat dans la guerre civile n'est plus utile au capitalisme espagnol. Il n'est plus capable d'empêcher que la classe ouvrière fasse valoir ses revendications et s'organise. Les grèves ont atteint un niveau comparable à celui des pays d'Europe les plus combatifs. En même temps, le maintien de la dictature représente un facteur extraordinaire de politisation dans chacune des mobilisations. L'absence de canaux légaux d'organisation stimule l'auto-organisation des masses. Finalement, la dictature constitue aussi un obstacle à l'organisation en partis politiques de la bourgeoisie elle-même. Le capitalisme espagnol a conscience de cette réalité depuis un certain temps. Mais il se trouvait dans une impasse totale, dans l'incapacité de trouver une solution. Abandonner immédiatement la dictature, le faire sans organiser ses propres forces, en face d'un mouvement ouvrier et de partis ouvriers possédant une longue expérience d'organisation clandestine et semi-légale, impliquait le risque d'ouvrir un processus accéléré vers la révolution prolétarienne sans que la bourgeoisie et les partis réformistes ne puissent le dévier vers un débouché parlementaire. Mais maintenir la dictature signifiait stimuler la politisation et l'organisation du mouvement de masse, permettre l'expérience croissante d'une activité unitaire. La voie choisie par le capitalisme espagnol pour se tirer d'une telle situation a été la "réforme de la dictature". Le premier gouvernement de Juan Carlos fut l'agent chargé de réaliser une telle réforme. La faillite du premier gouvernement L'objectif essentiel du projet de réforme du franquisme était d'éviter un affrontement ou -vert avec le mouvement de masse, éviter le renversement de la dictature par l'action directe de ce dernier, éviter l'ouverture d'un processus révolutionnaire. Le capitalisme espagnol espérait opérer une transformation de
la dictature en un Etat fort avant que cet affrontement ne se produise. La conquête par la monarchie d'une légitimité aux yeux des masses se situe au centre de cette opération. Dans ce but, il était nécessaire de maintenir le PCE et l'extrême-gauche dans l'illégalité, en favorisant entre-temps le développement des partis bourgeois et de la social-démocratie, et en créant les conditions d'une future division syndicale dans les rangs de la classe ouCes projets exigeaient trois conditions pour aboutir : réaliser un "pacte interne" avec l'appareil de la dictature, intégrer "l'opposition démocratique' et démobiliser le mouvement de masse. Loin d'accepter la réforme de la dictature, l'appareil du régime a opposé une résistance féroce. Ainsi, le projet du gouvernement, qui aurait dû être conduit à travers les Cortes et le Conseil du Royaume, s'est heurté dans ces organismes mêmes à une opposition ouverte. La bourgeoisie démocratique n'a pas pu être intégrée. Dès le premier moment, celle-ci a été consciente des avantages du projet gouvernemental et certains de l'ont déclaré publiquement. La réforme de la dictature impliquait la possibilité de récupérer le temps perdu, mettre à la bourgeoisie de s'organiser plus solidement et à la social-démocratie de se renforcer, alors que le PCE et les organisations de l'extrême-gauche resteraient dans l'illégalité. Cependant, la bourgeoisie démocratique ne pouvait pas s'engager ouvertement et activement dans un tel projet. En le faisant, elle courait le risque de perdre toute possibilité de justifier son caractère "démocratique" aux yeux des masses. Elle devait concentrer ses efforts sur un objectif : imposer un pacte aux organisations ouvrières sur la base de son propre programme, enlever au mouvement de masse le rôle de protagoniste et créer ainsi les conditions pour obliger les partis ouvriers traditionnels à accepter le cadre d'un "pacte social". Ceci devait permettre d'éviter la transformation de la fin de la dictature en début de la révolution et d'assurer au Capital une marge de manœuvre pour reconstruire un Etat bourgeois apte à garantir les conditions nécessaires pour résoudre la crise du capitalisme espagnol, sur une période assez longue. Toutefois, ce fut surtout le mouvement de masse qui a provoqué la faillite spectaculaire des projets du premier gouvernement de la monarchie. Après la mort de Franco, le mouvement de masse, dirigé par la classe ouvrière, fut le protagoniste des mobilisations les plus grandes des 40 dernières années. Dans ce processus, la grève générale de Vitoria, l'affrontement violent avec les forces de répression, la grève générale de solidarité en Euskadi (1 million de personnes), les manifestations de solidarité dans tout le pays, ont marqué le point final du projet du gouvernement, la démonstration pratique de l'impossibilité de "précéder"' et désarçonner l'action des masses.
Le mouvement de masse Comme nous l'avons souligné lors du récent Congrès de la LCR-ETA(VI) : "Le mouvement de masse actuel est né marqué par des caractéristiques originales qui ont déterminé son développement dès le début des années 60 et ont forgé sa capacité de résistance et d'offensive face à la dictature. Aujourd'hui, ces caractéristiques continuent à définir l'ultime assaut contre le franquisme et déterminent la future activité des masses. Le profond caractère unitaire du mouvement de masse a été suscité, d'une part par le rôle primordial, de force motrice, que le prolétariat industriel a assumé dans le combat contre la dictature et l'exploitation; tous les autres exploités et opprimés se sont engouffrés dans la brèche ouverte par les luttes ouvrières dans la cuirasse franquiste. D'autre
I ASAMBLER DE EUSKADI & IC.CO CETO)
POR LA UNIDAD DE COMISIONES OBRERAS
POR UN SOLDARIOAD CONTRA LA E OS TRABAJADORES EN LLEHA ASAMBLEA CECO: "BINDICATOS UMIDOS... part, l'existence d'un ennemi commun est apparue avec clarté aux travailleurs et au peuple : la dictature. Une immense aspiration à l'unité d'action et à la solidarité active fut présente dans toutes les mobilisations ouvrières et populaires, depuis la grève des mineurs de 1962 jusqu'à la grève générale de Vitoria. Aujourd'hui, cette aspiration s'est convertie en une donnée centrale de la situation : une politique communiste ne peut se situer en marge de celle-ci et encore moins s'y opposer. L'inégalité des expériences et de la conscience des masses a été le produit : - des conditions objectives dans lesquelles s'esi constituée la classe ouvrière dans l'après-guerre, soit la restructuration sociale accélérée produite par le développement capitaliste, à partir de 1959, et ses effets sur la question nationale comme sur les deséquilibres régionaux; - de l'illégalité imposée par la dictature aux organisations ouvrières, qui a rendu impossible l'existence d'organisations stables de masse, rendant difficile l'accumulation et la transmission des expériences réalisées par le mou-
- des illusions réformistes véhiculées par la pratique du PCE, principal obstacle subjectif au dépassement de cette inégalité, c'est-à-dire la réalisation de luttes d'ensemble sous une direction prolétarienne. Aujourd'hui, la grève générale contre la monarchie franquiste résume cette lutte d'ensemble. La nouvelle croissance du mouvement de masse, après la mort du dictateur, l'intégration dans les mobilisations de l'immense majorité des travailleurs et des secteurs populaires, la continuité acquise par ces luttes, l'obligation pour la dictature de concéder une certaine marge de légalité, l'expérience de luttes générales à caractère politique (amnistie...) et de luttes revendicatives sectorielles à l'échelle de l'Etat (banque, téléphone, santé, enseignement...) ou de la région (construction, métallurgie, textile...), etc., ont modifié cette inégalité dans un double sens. D'une part, l'éventail de l'activité des masses s'est élargi. Des formes très élémentaires d'organisation et de conscience (grèves "légales" et manifestations avec applaudissements à la police, formes organisationnelles strictement légales...) et des formes très supérieures à celles connues jusqu'à présent (grèves dirigées par des Assemblées ou des Coordinations de délégués, grève générale de Vitoria, manifestations massives pour l'amnistie et la dissolution des corps répressifs) s'affirment. D'autre part, le déplacement "vers la gauche" de l'ensemble de l'activité des masses, stimule l'élévation du niveau politique et organisationnel moyen. La fonction politique fondamentale de la dictature franquiste visait à la désorganisation et à "l'atomisation"' des travailleurs. Durant des années, seulement lors des moments les plus élevés des luttes les plus radicales, le mouvement de masse utilisa sa forme organisationnelle directe : l'Assemblée. Dans ces conditions, le mouvement ouvrier produisit pour son avant-garde le type d'organisation le plus adéquat à sa situation d'illégalité : les Commissions Ouvrières (CCOO). Ainsi, la dictature, tout en empêchant l'organisation stable des masses, stimule leur instinct d'auto-organisation. Néanmoins, il ne peut se matérialiser que de manière ponctuelle et discontinue, avec des contenus divers, allant des Assemblées "passives" jusqu'aux Assemblées comme centre de décision. Ces expériences se concentrent spécialement dans les grands centres industriels possédant une plus grande tradition de lutte. Elles sont moins fréquentes dans des secteurs ouvriers plus dispersés ou séparés de cette "école d'organisation" que représente pour les travailleurs la fabrique capiCes conditions expliquent la forme prise par la volonté d'organisation avec laquelle le mouvement de masse a salué la disparition du dictateur. Deux processus organisationnels d'un contenu politique distinct se sont intimement combinés : - d'une part, une ferme aspiration à reconstruire les organisations de masse "naturelles" en société capitaliste, plus particulièrement le syndicat, ainsi que des organisations populaires de quartier, des organisations sectorielles (femmes, jeunesse , etc.) - d'autre part, une recherche de formes d'autoorganisation, fondées sur l'exercice direct de de la démocratie ouvrière, capables d'accueillir en leur sein la classe ouvrière et tous les secteurs populaires en lutte. Elles tirent toute leur autorité de la participation des masses, qui se considèrent capables, au travers de l'auto-organisation, de répondre à n'importe quel type de problème social, politique, économique : les Comités de Vigilance des prix apparus dans quelques quartiers, les Comités d'Enquête sur les crimes du franquisme qui ont surgi dans quelques endroits en Euskadi... correspondent à ce processus, sur divers thèmes particuliers. Les formes d'organisation mises en place pour le développement des actions de solidarité et pour les luttes d'ensemble vont dans le même sens : ceci s'est manifesté, par exemple, lors de la dernière lutte des enseignants de Madrid. Par-dessus tout, l'extension des expériences de coordination des Délégués d'Assemblées -important acquis des luttes depuis le début de l'année - est une confirmation de la profondeur de cette volonté d'auto-organisation. Il est important de comprendre que les deux processus ne s'excluent pas l'un l'autre. Au contraire, ils se rejoignent dans la pratique, dans l'actuelle tentative générale de recomposition organique du mouvement de masse. La conquête de la légalité par le mouvement de masse va provoquer un développement combiné de ces deux phénomènes : la construction du syndicat, en particulier, aura ainsi un fort contenu d'auto-organisation et coexistera avec des expériences d'auto-organisation directe dans les fabriques, les quartiers, etc. La contradiction entre le niveau de combativité et la conscience politique a été une des autres caractéristiques fondamentales du mouvement de masse. Les travailleurs ont fait à maintes reprises l'expérience de devoir mener des batailles prolongées, très dures, pour obtenir la satisfaction de revendications minimes. Ils ont ainsi développé une volonté inébranlable de lutte, une haine profonde de la dictature, un immense désir de liberté. Le mouvement de masse a acquis un instinct de classe anticapitaliste très poussé. Pourtant, sa conscience n'a pas pu assimiler clairement l'expérience des luttes décidées et directes contre la bourgeoisie, dans toutes ses variantes politiques. Le franquisme a été à la fois un stimulant de la politisation du mouvement - qui a dû affronter les instruments répressifs de la dictature - et un écran masquant le contenu anticapitaliste de son activité:
Après la disparition du dictateur, les masses ont entrepris un processus accéléré de politi-
Elles ont vu la liberté à portée de la main et se sont jetées vers elle, réveillant toutes les revendications et voulant régler tous les "comptes en suspens" de 40 ans d'exploitation et d'oppression. Sans doute, leurs"illusions démocratiques" ne se sont pas seulement maintenues, mais se sont même accentuées. Pourtant, elles sont soumises à l'épreuve permanente de l'action. L'attitude avec laquelle le mouvement de masse s'est confronté à la "tolérance" gouvernementale est exemplaire en ce sens. Il comprit que la décapitation de la dictature offrait des possibilités inédites d'utilisation de la légalité franquiste. Les travailleurs, guidés par des critères d'efficacité, et sans rendre de culte ni à la légalité ni à l'illégalité, utilisèrent largement les CUD (1) et les Associations de Voisins, ainsi que des organismes semi-légaux divers, spécialement de caractère anti-répressif, qui maintenaient toujours l'Assemblée au centre de leur organisation. Au moment où se révéla l'étroitesse de la "tolérance", et malgré le légalisme et la modération générale des directions ouvrières majoritaires, le mouvement a développé, de manière fulgurante, les mots d'ordre appropriés (dissolution des corps répressifs, inculpation des responsables des crimes du franquisme, amnistie du travail - c'est-à-dire réengagement à leur poste de travail des ouvriers licenciés pour motifs politiques ou de lutte sous le franquisme), et les organismes correspondant à la nouvelle expérience (délé-
Ainsi, comme il arrive toujours lors de la montée impétueuse des masses, la conscience de classe est devenue "le facteur le plus dynamique de la situation". Des bonds en avant de la conscience et de l'activité des masses, qui normalement exigent des années, se produisent maintenant en un jour. La faiblesse de l'hégémonie du PCE est une donnée qui résume - sur le plan politique et dans ses deux facettes : "hégémonie" et "faiblesse" - toutes les caractéristiques précédentes. L'incapacité fondamentale de la socialdémocratie historique de jouer son rôle politique dans les conditions de la clandestinité a permis au PCE d'occuper sans opposition le rôle politique du réformisme, médiation assurant son hégémonie sur le mouvement de masse. Pourtant, toute la dynamique objective des luttes est entrée en contradiction pratique, de manière répétée, avec la ligne pacifiste et conservatrice du PCE, pour laquelle l'activité des masses a une fonction exclusive de moyen de pression. De cette manière, avec une certaine fréquence, des débordements massifs de la direction réformiste se sont produits, ainsi que des mobilisations échappant dès le début à son contrôle (particulièrement en Euskadi). Ces faits expriment comment, en opposition avec cette hégémonie réformiste, des positions révolutionnaires - plus ou moins en accord avec une ligne d'indépendance de classe - ont rencontré une audience de masse et ont pu disputer au PCE, dans la pratique et à maintes reprises, la direction du mouvement. Sans doute, ces débordements n'ont pas pris un caractère irrécupérable, n'ont pas signifié une rupture politique des masses avec le réformisme. Mais ils ont signifié une accumulation d'expériences, d'acquis du mouvement, dans lesquels résident les possibilités réelles de poser ouvertement, contre le réformisme, la bataille pour la direction de la mobilisation des masses. Ce renforcement du mouvement, dont nous connaissons la première phase, suppose dès maintenant, et encore plus dans un futur immédiat, la croissance des organisations traditionnelles, non seulement du PCE, mais aussi du PSOE. Pourtant, cette croissance n'étouffera pas les possibilités d'intervention des révolutionnaires, qui recueilleront largement les fruits du "déplacement à gauche" de l'activité des masses laborieuses. L'hégémonie du PCE sera contestée par tous les courants, de la social-démocratie à l'extrême-gauche. Parallèlement, sa ligne politique subira les effets contradictoires d'une politique de concessions simultanées à la bourgeoisie et aux travailleurs. Les rapports de forces à l'intérieur du mouvement de masse acquerront une mobilité extrême, qui se reflétera dans un processus de recomposition
et de crise interne des divers courants politiques.
Cet ensemble de caractéristiques agissent à l'intérieur du mouvement comme un système de forces dont la résultante modifiera sa direction suivant le cours concret des événements, sans que s'efface la tendance de fond : la polarisation de classe de la société espagnole". Suarez : un gouvernement de transition Le grand capital a pris une claire conscience de l'échec du projet de "réforme de la dictature". Dès le moment de sa formation, le deuxième gouvernement de Juan Carlos affirma publiquement son état transitoire. Le gouvernement Suarez manque totalement d'un programme qui donne une réponse aux problèmes clés du capitalisme espagnol.Toute son activité est vouée à favoriser l'effritement progressif des rapports de forces sociaux, qui doit offrir à la bourgeoisie la possibilité de trouver une nouvelle stabilité politique basée sur la démo -cratie-chrétienne et la social-démocratie. Cela a déterminé la nature de toutes les initiatives prises jusqu'à présent. La première n'est auire que la tentative d'affaiblir le caractère de masse de la lutte pour l'amnistie et surtout de la priver de son contenu d'exigence immédiate. L'amnistie a touché la quasi-totalité des militants emprisonnés du PCE. Mais de nombreux militants de l'ETA et de la LCR, basques dans leur immense majorité, demeurent dans les prisons franquistes, et voient même empirer leurs conditions de vie. L'objectif fondamental du gouvernement est que le mouvement de masse accepte, également sur ce terrain, une évolution par étapes. Même en se lamentant sagement sur les limites de cette amnistie, une partie importante de la presse apparemment "indépendante", n'a pas hésité à affirmer qu'une fois "l'amnistie concédée"', les problèmes fondamentaux se déplacent vers d'autres thèmes. Felipe Gonzales lui-même, secrétaire général du PSOE, est allé dans le sens de l'orientation gouvernementale, en expliquant que l'amnistie totale sera seulement possible avec le "gouvernement provisoire". La seconde consiste à accélérer la division du mouvement ouvrier en faveur de la socialdémocratie, par le biais de négociations directes et privilégiées avec cette dernière. Sous l'apparence formelle de simples échanges d'impressions, les réunions du président du gouvernement avec les dirigeants socialistes, et avant tout avec Felipe Gonzales, poursuivent cet obLa troisième vise à maintenir le "principe" de l'illégalité du PCE, non pas parce que le gouvernement considère que cette illégalité soit réellement un principe, mais pour s'assurer de plus larges concessions de sa part et, avant tout, la garantie de la mise en place du "pacte social' avec la participation du parti ouvrier hégémonique.
La quatrième tend à réduire la "tolérance" envers l'activité des masses : élargissement minime de l'activité légale contrôlable combinée avec une plus grande rigidité envers l'activité moins contrôlable; répression systématique des manifestations de rue; organisation directe ou indirecte de provocations; accroissement de la répression des activités concernant les thèmes "non -négociables" : monarchie, armée, piquets de grève... De même, sur le plan économique, l'activité gouvernementale se réduit également à la prise de mesures tactiques. D'une part, elle remet aux mains du grand capital la direction de la politique économique. D'autre part, elle cherche à retarder toute mesure de stabilisation, jusqu'à ce qu'aient eu lieu les élections générales et que le gouvernement puisse jouir d'une plus grande "confiance politique" du mouvement de masse. Si on considère que le niveau de l'inflation dépassera cette année celui de toutes les années passées, que le problème du chômage (presqu'un million de chômeurs à la fin de l'an passé) n'a pas été abordé, que le capitalisme espagnol est encore loin de pouvoir participer à la relative relance économique de l'économie impérialiste, que les entrées en devises ont diminué considérablement, etc., il en découle que le gouvernement sera confronté à un climat social extrêmement tendu l'automne et l'hiver prochains, alors que se renouvelleront les conventions collectives. L'opposition démocratique : élargir le "Pacte" Il est significatif que la formation de la Coordication Démocratique (CD) - "dépassant'' la division antérieure entre la Junte et la Convergence - se situe immédiatement après les événements de Vitoria. La bourgeoisie "démocratique" cherchait ainsi à se doter d'un organisme qui puisse remplir concrètement la fonction de négocier avec le gouvernement le pacte de la "transition pacifique", de l'abandon définitif de la dictature. Ainsi, l'objectif premier qui présida à la naissance de la CD fut simplement de réaliser ce pacte. De son programme étaient exclues des initiatives de mobilisations de masse, même des mobilisations réduites et contrôlées. Pourtant, l'énorme pression des luttes sociales ne permit pas à la CD de maintenir simplement cette position. Si elle ne donnait pas une réponse aux exigences des travailleurs, et plus particulièrement, si elle restait totalement inactive devant le problème des prisonniers politiques, la CD risquait de perdre toute crédibilité aux yeux des masses laborieuses. Elle prit donc l'initiative de promouvoir une "semaine pour l'amnistie" au début de l'été. Mais si elle espérait pouvoir contrôler les manifesta-
tions, elle se trompa. Dans chaque province, dans chaque ville, partout dans l'Etat espagnol, des dizaines de milliers de personnes descendirent dans la rue, se confrontant dans la plupart des cas aux forces de répression. Elles lancèrent aussi bien le mot d'ordre d'amnistie que celui de dissolution des corps répressifs et d'inculpation des responsables des crimes de la dictature. Ce débordement ouvert de la "semaine pour l'amnistie" et les effets dans le mouvement de masse des manœuvres du nouveau gouvernement ont remodelé l'activité de l'opposition democratique. Ceci l'a poussée un pas plus à droite dans son orientation. Elle s'adapte à la "transformation par étapes' du gouvernement Suarez. L'opposition commence donc à théoriser une politique de conquêtes partielles; conquêtes qui, par ailleurs, ne sont rien de plus que des promesses, dans la plupart des cas. La "rupture démocratique" et le "gouvernement provisoire", fondements jusqu'alors de son orientation, ont cédé le pas à la mise en avant du thème : "gouvernement de large représentation" ou "gouvernement de large consensus démocratique" qui doit servir à "préparer" les Elections Générales. L'opposition démocratique recherche un nouveau cadre pour le Pacte, dont le PCE ferait partie, mais disposant d'un poids inférieur à celui acquis dans la CD. Ce cadre serait réduit au seul Pacte, sans aucune prétention en ce qui concerne les mobilisations. Les récents documents "des 32" et "des 44"', la "Cena de Aravaca" (réunion de dirigeants avec participation du PCE), etc. constituent des initiatives allant dans cette direction : élargir le cadre du pacte vers la droite bourgeoise plus que ne le fait la CD, et réduire le programme déjà exigu de cet organisme. De cette façon, le rôle de la CD doit continuer, pour remplir essentiellement une fonction : exister ! Il est symptômatique que depuis le succès de la semaine sur l'amnistie, on a commencé à parler de la crise de la CD (Tamames, représentant du PCE à la CD). En réalité, même les mobilisations contrôlées, limitées, etc. sont peu compatibles avec les projets de négociation, d'autant plus lorsque les deux choses proviennent du même organisme ! Chaque fois plus clairement, la CD est un symbole, mais qui permet à l'opposition bourgeoise de rencontrer les deux principaux partis ouvriers et dans lequel la Démocratie-Chrétienne comme le PSOE ne mettent en oeuvre qu'une petite partie de leur politique. Son maintien correspond uniquement à la nécessité de conserver les illusions du mouvement de masse dans un organisme de pacte et d'essayer de limiter l'activité des masses dans les limites fixées par le pacte interclassiste. Le PCE et les trois organisations maolstes (PT, MCE, ORT) qui font partie de la CD ont une fonction précise de courroie de liaison de cette politique "pactiste" vers le mouvement de masse. En définitive, l'opposition démocratique tente d'établir un cadre politique qui permette un contrôle strict du passage de la dictature à la démocratie : les tentatives d'élaborer une nouvelle constitution, la recherche d'un seul organisme pour la négociation à l'échelle de l'Etat, les tentatives de concrétiser les plans gouvernementaux, la mise en place de "cabinets fantômes" (laissant assez d'espace aux secteurs du régime disposés à adhérer au pacte)... Tout est fait pour convaincre le grand l'armée de la possibilité de "faire un pas", sans que cela suppose l'éclatement de la crise sociale. L'attitude du PCE lui-même face à la question des bases US dans l'Etat espagnol (Santiago Carrillo déclara que son parti n'exigera pas leur démantèlement par le "nouvel Etat démocratique") a pour but de gagner la confiance du grand capital Notre alternative La question centrale qui se pose au mouvement de masse est la suivante : que faire, avec plus de précision, pour en finir avec la dictature ? La classe ouvrière, et avec elle tous les secteurs opprimés, se sont lancés à de nombreuses reprises dans la lutte; ils ont été les acteurs de multiples grèves générales (Euskadi), ils ont occupé la rue, ils ont utilisé toutes les formes de lutte, légales et illégales, qu'ils avaient à portée de la main. Pourtant, la dictature n'a pas été abattue. Les partis ouvriers majoritaires se refusent à donner une réponse politique, reposant sur l'action des masses, à cette question. Leur politique "pactiste" exige la subordination du mouvement aux programmes et projets de la bourgeoisie.
En ce qui nous concerne, quatre éléments définissent l'alternative politique à la situation actuelle : la bataille pour les élections immédiates_au suffrage universel d'une Assemblée Constituante; la bataille pour la formation d'Assemblées Nationales qui permettent l'autodétermination immédiate des nationalités opprimées; la mobilisation pour renverser définitivement le franquisme et, reliant tout cela, en combinaison avec l'ensemble des revendications sociales des masses, la bataille pour l'organisation de la grève générale. ELECTION IMMEDIATE DE L'ASSEMBLEE CONSTITUANTE ! Le refus du gouvernement de légaliser l'ensemble des organisations de masse et tous les partis ouvriers, l'activité conciliatrice de l'opposition démocratique recherchant une "période" constituante sous le contrôle d'un Etat fort imposant des limites importantes au plein exercice des libertés démocratiques, tout cela suppose le refus de faire face à des élections démoc ratiques immédiates dans lesquelles (même avec toutes les limites et déformations des rapports de forces entre les classes propres à toutes les élections), le poids imposant du mouvement de masse s'exprimerait par la conquête de positions déterminantes par les organisations ouvrières. Pourtant, le mouvement de masse possède aujourd'hui la force suffisante pour abattre tous les plans de la dictature. La convocation immédiate de la Constituante signifie la légalisation de toutes les organisations politiques et syndicales, le plein exercice des libertés démocratiques, en définitive, la fin de la dictature. Pour cela même, elle constitue aujour -d'hui le mot d'ordre politique central pour impulser l'activité des masses contre le régime franquiste et pour s'opposer à toute manœuvre qui, "au nom de la démocratie ou du consensus démocratique", ajourne le droit des masses à se doter de la Constitution et du gouvernement qu'elles éliront elles-mêmes. Combiné à cette bataille, le mot d'ordre "Pour la République !" doit être utilisé par le mouvement de masse contre les tentatives - acceptées par toute l'opposition démocratique et les partis ouvriers hégémoniques - de maintenir la monarchie comme garantie de stabilité du régime bourgeois. AUTO-DETERMINATION ! ASSEMBLEES NATIONALES ! La question nationale s'est transformée en un des thèmes les plus aigus de la lutte de classe dans l'Etat espagnol. La crise sociale globale, qui est la caractéristique essentielle de la situation actuelle, a provoqué une vague croissante de radicalisation contre un des piliers de la dictature franquiste : l'ultra-centralisme, la répression féroce contre n'importe quelle forme d'expression des nationalités.
Le gouvernement actuel s'est vu dans l'obligation de geler le projet de "régionalisation" élaboré par Fraga, conscient qu'il ne servirait qu'à aiguiser la lutte des nationalités opprimées. En maintenant le principe de l'unité nationale "avant tout", et se refusant à toute "négociation" sur ce terrain, il cherche à trouver des solutions de compromis avec la bourgeoisie "démocratique" des nationalités, de façon à ce qu'elle s'engage à défendre des projets acceptables par le gouvernement, qui tentent d'intégrer l'actuelle sensibilité des masses. Cela fut l'objectif premier des contacts entre le gouvernement et l'opposition démocratique catalane. Pour leur part, les partis ouvriers réformistes multiplient les initiatives pour trouver des formules de pacte satisfaisantes pour la bourgeoisie des nationalités et qui évitent ainsi la prise en charge révolutionnaire par le prolétariat de la lutte contre l'oppression nationale. Le cadre général de cette politique s'organise autour du mot d'ordre de "'Statuts d'Autonomie' concédés durant la Deuxième République. Ces statuts impliquent la dépendance face aux décisions des Cortès centraux et le refus absolu de la libre auto-détermination des nationalités opprimées. La formation du "Conseil des Forces Politiques" en Catalogne (dans lequel participent uniquement les partis bour -geois et le PCE), l'appui du gouvernement basque en Euskadi (dont la force fondamentale est le Partido Nacionalista Vasco) sont les voies concrètes par lesquelles le PCE prétend intégrer la radicalisation des nationalités opprimées à ses projets interclassistes. Face à tout cela, les marxistes-révolutionnaires affirment le droit souverain des peuples catalan, basque et galicien à décider eux-mêmes des relations qu'ils désirent maintenir avec le reste de l'Etat espagnol et à respecter totalement cette décision, même si elle con -duit à la sécession et à la formation d'Etats indépendants. Nous ne pensons pas, étant donné la situation historique actuelle, que la sécession constitue l'alternative la plus confor -me aux intérêts du prolétariat et du peuple de ces nationalités. Nous croyons que, dans les circonstances actuelles, le cadre le plus adéquat consiste en une République Fédérale de toutes les nationalités et régions qui sont actuellement soumises à l'Etat espagnol. Pourtant, nous affirmons le droit à la sécession de toutes ces nationalités, nous défendons comme un principe inaliénable l'exercice immédiat du droit à l'auto-détermination pour chacune d'elles. Pour cela, nous rejetons toute mesure qui laisse de côté ce droit. Ni l'Assemblée Constituante, ni les "Gouvernements Provisoires" imposés aux masses basques, galiciennes et catalanes ne constituent une réelle solution politique à l'oppression nationale, nì n'ont aucun droit d'intervenir ou de contrôler l'auto-détermination nationale. Le mot d'ordre d' élection au suffrage universel d'une
Assemblée Nationale souveraine dans chacune des nationalités, qui garantisse l'auto-détermination nationale, a pour objectif de répondre à ce problème. EN FINIR AVEC LA DICTATURE ! Un seul virus peut à nouveau infecter tout le pays ! Nous le réaffirmons sans cesse dans
La bourgeoisie tente de s'appuyer sur une partie importante des structures propres à la dictature pour reconstruire le nouvel Etat "démocratique". La dictature a constitué la forme spécifique qu'a prise l'Etat bourgeois durant 40 ans. Son démantèlement total constitue un réel danger pour le pouvoir de classe du capitalisme. Le mouvement de masse ne peut pas accepter que les libertés démocratiques qu'il a conquises soient défendues et garanties par les mêmes fusils qui ont assassiné cinq révolutionnaires il y a moins d'un an, ni par les corps répressifs qui ont attaqué chaque manifestation, chaque mobilisation ! La dissolution des corps répressifs, la liquidation de toute la législation franquiste, l'inculpation des responsables des crimes de la dictature constituent des objectifs que le mouvement de masse ne peut abandonner. En outre, les corps répressifs offrent la base sur laquelle s'organisent et se réalisent les attentats fascistes. Depuis Montejurra (contre les carlistes) jusqu'à la séquestration et à l'assassinat possible du militant de l'ETA (V) "Pertur", en passant par l'assassinat de Normy Menchaca à Santurce, par les attentats dans le quartier "del Antiguo" à San Sebastian et la destruction du "Club des jeunes" du quartier d'Usera à Madrid... voilà toutes des actions entreprises avant tout par des secteurs appartenant aux forces répressives, à la BPS (police politique) et à la Guardia Civil, secteurs qui se sont constitués en commandos fascistes. La lutte contre ces derniers doit se préparer dès maintenant. Le Comité d'Enquête pour le crime de Santurce, pour la séquestration de Pertur, les Comités de Vigilance anti-fascistes qui commencent à se former, constituent les instruments de lutte et d'organisation pour développer aujourd'hui cette bataille et pour assurer, demain, le combat pour la destruction définitive de la dictature ne. ORGANISER LA GREVE GENERALE La perspective de la grève générale et son utilisation comme mot d'ordre central dans la période actuelle répond à quatre objectifs : 1) Unifier les mots d'ordre politiques centraux aux revendications économiques masses, en centralisant dans un même combat la lutte pour l'écrasement de la dictature et la mobilisation anticapitaliste. 2) Développer la centralisation des organismes dont se dotent les masses pour la lutte, depuis les CCOO et les partis ouvriers jusqu'aux comités de grève des entreprises. 3) A travers ces activités, rendre le mouvement de masse conscient de son rôle moteur dans le renversement de la dictature, tout en combattant les tentatives de la bourgeoisie démocratique et des partis réformistes de faire apparaitre la conquête de la démocratie comme résultat de leur politique "pactiste". 4) Couper l'herbe sous les pieds à la politique de "conquêtes partielles'' adoptée par l'opposition démocratique et situer au centre de l'activité des masses la nécessité de renverser la dictature. Un automne décisif Dans la situation politique de l'Etat espagnol, les batailles des prochains mois auront une importance décisive. A travers elles, le mouvement de masse aura l'occasion d'en finir définitivement avec la dictature. LES LUTTES REVENDICATIVES Les décisions adoptées par le gouvernement signifient que le mouvement de masse sera confronté à une extrême dureté patronale, à la menace du chômage et à la répression, à quoi s'ajoutera la tentative de la bourgeoisie d'accentuer la division syndicale. Face à cela, la classe ouvrière peut triompher seulement en renforçant les armes qu'elle s'est données durant les premiers mois de cette année : les mobilisations d'ensemble, les plateformes revendicatrices unitaires, les assemblées et les délégués pour la négociation et la grève. L'effondrement de la CNS (syndicat fasciste) est si avancé que le patronat lui-même ne la considère plus comme un instrument utile pour la négociation des Convetions Collectives. Tenter d'organiser la lutte revendicative uniquement dans des structures de délégués syndicaux (de la CNS) combatifs serait une grave Pour impulser l'auto-organisation et la lutte anitaire, il doit exister une coordination et une activité unitaire réelle entre les CCOO, l'UGT, l'USO et les autres organisations syndicales. La tâche de cette coordination doit viser à impulser au maximum la coordination des organismes représentatifs des assemblées de base, de manière à ce que la classe ouvrière puisse, faire front à toutes les manoeuvres de la bourgeoisie et puisse se doter des instruments unitaires pour diriger sa lutte revendicative. L'UNITE SYNDICALE Pendant que la direction de l'UGT maintient ses positions divisionnistes sur le terrain syndical, le courant majoritaire des CCOO (le PCE), tout en conservant une forme orga-
nisée et stable au niveau des entreprises et des branches, continue à réduire son activité, la rendant équivalente à celle réalisée par les appareils de direction qui contrôlent ces mêmes CCOO. Cela met effectivement en danger l'unité syndicale, nécessité ressentie si profondément par l'immense majorité des travailleurs de notre pays. Tous les projets tendant à réaliser l'unité syndicale se trouvent confinés aux limites fixées par les accords passés entre les bureaucraties des CCOO et de l'UGT. Sur ce terrain également, les organisations ouvrières réformistes tentent de retirer aux masses leur rôle moteur, d'éviter leur rôle actif dans la construction du syndicat. Face à toutes ces manœuvres , la bataille pour un Syndicat Unique issu d'un Congrès Syndical Constituant, fondé sur les assemblées de fabrique et de chantier , doit continuer à être l'axe central de l'alternative syndicale des marxistes-révolutionnaires. Pourtant, la concrétisation pratique de ce Congrès Syndical n'est pas possible avant la conquête de la légalité par l'ensemble du mouvement ouvrier. La nécessité de donner une réponse tactique concrète à la situation actuelle s'affirme donc. Cette tactique doit, tout d'abord, aboutir à faire adopter par les CCOO une forme syndicale organisée stable, depuis les entreprises jusqu'aux organes de direction, qui permette l'activité effective des milliers de travailleurs qui s'y reconnaissent. Ceci doit éviter la substitution de cette activité par celle de la bureaucratie dirigeante. Ainsi, le combat pour une organisation démocratique du Congrès_Général des CCOO - dont la tenue a été décidée à l'Assemblée Générale des CCOO au printemps passé - doit être l'occasion pour ces dernières d'adopter une structure organisationnelle syndicale stable et centralisée, élue démocratiquement, depuis la base jusqu'à la direction. Dans le même temps, la lutte pour la conquête de la légalité des CCOO doit se situer au centre de l'activité révolutionnaire : depuis l'organisation de la vente libre des bulletins des CCOO à tous les niveaux, jusqu'à l'ouverture de locaux syndicaux des CCOO, etc. Préparer dès à présent les conditions pour le Syndicat Unique futur et se doter des instruments adéquats au niveau de l'entreprise pour les négociations conduit à stimuler la formation du syndicat unique d'entreprise, qui groupe tous les courants syndicaux qui s'y trouvent. LA LUTTE POUR L'AMNISTIE Les projets gouvernementaux tendant à dévier l'attention des masses du thème de l'amnistie n'ont pas eu de succès. Particulièrement en Euskadi, la volonté des masses de continuer le combat est totale, tant que restera un seul prisonnier ou un seul exilé. Pourtant, il est nécessaire de renforcer la lutte au moment où, sur ce terrain plus que sur aucun autre, le rapport de force du mouvement de masse peut permettre une victoire totale.
En outre, l'élargissement de la bataille pour l'amnistie au terrain de l'emploi, qui suscita la manifestation de 250. 000 personnes de Bilbao, permet et exige que ce mot d'ordre se situe au centre même des négociations revendicatives de la classe ouvrière. Dans de nombreux bastions ouvriers, l'amnistie de tous les licenciés pour motifs politiques ou syndicaux depuis 1936 est un fait accompli. Il faut élargir ces victoires et gagner la même bataille dans tous les secteurs où la bourgeoisie et le patronat ont expulsé de leurs postes de travail les ouvriers les plus combatifs. CONTRE LE REFERENDUM-FARCE ! Déplacé plusieurs fois, le Référendum, sans aucun contenu, annoncé par le gouvernement, aura lieu à la fin de l'année. Face à cela, la position doit être unanime : Non au Référen-
_Aucun doute, aucune hésitation sur ce terrain, alors que l'amnistie n'a pas été accordée et que les partis et organisations de la classe ouvrière sont toujours illégaux. Pourtant, le référendum peut être l'occasion pour riposter au travers d'une mobilisation de masse unitaire sur des objectifs politiques centraux : pour des élections à la Constituante, pour la République, pour l'élections d'Assemblées Nationales souveraines dans chaque nationalité. Autour de ces mots d'ordre, il est nécessaire d'unifier la contre-attaque ouvrière, de structurer l'unité d'action de tous les partis ouvriers et organisations syndicales. Voilà le "vote ouvrier" qu'il faut mettre en avant face à la farce du Référendum de la monarchie franquiste.
5 août 1976 NOTE (1) CUD : Candidatures unitaires de militants des Commissions Ouvrières, contrôlées par le PCE, lors des élections syndicales à la CNS. ERRATA L'article "Portugal, les élections et après" (dans Inprecor No. 56) contient une erreur de frappe qui fausse le sens d'un passage. Le dernier paragraphe, colonne 2, p. 5, doit être lu ainsi : "Dans le contexte portugais actuel, la question décisive pour les marxistes-révolutionnaires consiste à saisir la dialectique de ces tendances au sein du mouvement ouvrier et à mettre à profit le potentiel de cette avant-garde ouvrière pour renforcer l'affirmation de l'indépendance politique et organisationnelle de la classe ouvrière dans son ensemble et, en même temps, élargir la rupture avec le réformisme déjà initiée dans la pratique par certaines fractions des masses laborieuses"