RELEASE
CARO ALI CETAINEES *STUDENTS Selon des chiffres officiels, 172 Noirs ont été tués et 1.200 blessés par la police sud-africaine à Soweto, à Alexandra et dans d'autres camps de main-d'œuvre à bon marché, dans les banlieues de Johannesburg et de Pretoria, du 16 au 20 juin. Sans armes, les Noirs se sont dressés contre l'emploi des langues bantoues et l'afrikaan et pour l'usage de l'anglais comme langue de l'enseignement dans les écoles, contre le "Bantou Education Act"', contre la partition de l'Afrique du Sud entre une "Afrique du Sud blanche' et une série de "'homelands" (foyers) bantous, contre le retrait définitif pour les Non-Européens de la nationalité et de citoyenneté sud-africaine ainsi que leur substitution par un "homeland" tribal et une citoyenneté "raciale". Le fondement de ce soulèvement était la lutte pour une nation une et indivise, sans frontière de races. Le rejet du paternalisme Les mêmes questions fondamentales se retrouvèrent au centre des explosions qui se répandirent dans toute l'Afrique du Sud durant le mois d'août, au cours desquelles plus d'une centaine de Noirs furent massacrés (toujours selon les chiffres officiels). Des boycottages de masse des nouveaux centres d'enseignement (obéissant aux normes de la politique des Bantoustans) se conclurent souvent par la mise à feu
LANGA
S'APPROFONDIT
des bâtiments. Les motivations qui sous-tendaient ces actions étaient les revendications pour vivre dans les villes en tant que citoyens à pleins droits. Des Missions furent incendiées aux alentours de Johannesburg et, plus tard, vers la mi-août, près de Port-Elisabeth, à l'est du Cap. Là aussi, la motivation était la même : rejet du paternalisme impérialiste et raciste libéral, catholique et anglican des Blancs, de la ségrégation séculaire pratiquée par les Eglises européennes et de l'endoctrinement systématique comme de l'abrutissement intellectuel du peuple opprimé. Au Transkei, qui doit devenir indépendant le 26 octobre 1976, des dizaines de milliers d'étudiants ont manifesté contre cette "'indépendance", contre "l'autodétermination ethnique" et pour une seule citoyenneté sud-africaine commune à tous; 286 étudiants furent arrêtés. Dans le "'Homeland Botswana", les travailleurs incendièrent le "Parlement" du Botswana, construit par le Premier Ministre Vorster et ses Quislings tribaux de Mafeking. Le contenu des luttes généralisées était le rejet total de la partition raciale et la revendication de l'égalité absolue (ce qui n'a rien à voir avec la notion raciste et paternaliste américaine "d'intégration"); telles étaient les caractéristiques de la lutte des travailleurs et des étudiants. La stratégie de Vorster consistait à arrêter non seulement ceux qui ne collaboraient
pas, mais aussiles collaborateurs. Le 24 août, le nombre total des arrestrtions depuis le 16 juin s'élevait à plus de 2.000, le chiffre officieldes morts à 282, donttrois étaient blancs et policiers. La carotte et le bâton Le Département des Affaires Bantoues et le gouvernement, soutenus par le Parti Unifié pro-britannique et par "l'opposition" libérale adoptèrent la politique de la carotte et du bâton contre le soulèvement. La carotte n'était autre que la tenue de conférences avec des "dirigeants" à Soweto, afin de concéder des avantages matériels à un groupe social d'arrivistes, composé de professions libérales et de commerçants du ghetto, et la permission accordée aux chefs du Bantoustan, Matanzima, Buthelezi et d'autres, de se réunir à l'aéroport de Jan Smuts, le 21 août, pour dénoncer la répression de la lutte contre le Bantoustan et l'apartheid. La politique du bâton était clairement exprimée par Michael Botha , un ministre du gouvernement, le 20 août: "Les Noirs des villes étaient présents dans les régions blanches pour vendre leur force de travail et pour rien d'autre. Ceux qui ont accepté la citoyenneté d'un "homeland"' seront plus accueillis dans les régions blanches que ceux qui l'ont refusée" Mais la lutte des Noirs était dirigée à la fois contre la politique du bâton et la politique de la carotte du régime "'Boer" raciste, créé par les britanniques et soutenu par la CEE, l'OTAN et l'impérialisme américain. L'unité des Non-Européens Dans un contexte marqué par le lancement d'une grève générale de plus de 250. 000 travailleurs près de Johannesburg au cours de la première et de la troisième semaine d'août, et de luttes anti-tribales dans les réserves et les "homelands" (réserves rurales de main-d'œuvre à bon marché), la lutte s'étendit à la province du Cap. Des couches de la dite "population de couleur" (définie par la Loi sur l'Enregistrement de la Population comme "ni blanche ni noire"), manifestèrent leur opposition contre la "bantoustanisation" de l'enseignement et de la citoyenneté. Le gouvernement ne réussit pas à couper cette section des opprimés de la partie africaine. Les étudiants du collège "Bush" - collège réservé aux "gens de couleur" - de Belville près du Cap, se mobilisèrent en soutien à Soweto au cours de la deuxième semaine d'août; beaucoup d'entre eux furent arrêtés. D'autres actions de solidarité avec les Noirs de la part des "gens de couleur" eurent lieu dans la région occidentale de la province du Cap, le 24 août, après que trente ouvriers et étudiants (selon les sources officielles) furent tués dans une réserve africaine à l'extérieur de la ville du Cap. Selon des informations non reproduites dans la presse occidentale, à Worcester et dans d'autres villes de la région occidentale de la province du Cap, des étudiants "de couleur" ont défié des patrouilles de police et leurs chiens, en poste devant les grilles des missions et des écoles d'Etat. Dans la réserve gigantesque pour "gens de couleurs" de Bontheuvel au Cap, la police ouvrit le feu sur une manifestation de 5. 000 travailleurs et étudiants "de couleur", en tuant plusieurs. Bontheuvel fut encerclé par la police les 26 et 27 août. Ces manifestations étaient dirigées contre le "Département des Affaires des Gens de Coaleur", contre la tribalisation de ces derniers, comme contre le Département des Affaires Bantoues et la tribalisation bantoue. Les manifestants déclarèrent : "Nous ne serons jamais aux côtés des Blancs, nous sommes aux côtés des Noirs". Ceci, avec la non-collaboration, est l'héritage du "Non-European Unity Movement" (NEUM - Mouvement pour l'Unité Non-Européenne). Le NEUM lui-même doit de toute évidence être recréé par la nouvelle génération de non-collaborateurs, en commun avec ceux de la vieille génération qui sont restés actifs. La presse occidentale a rapporté l'existence d'émeutes anti-indiennes à Soweto : c'est faux. Selon nos informations, un accident eut pour
cause le fait qu'un Indien fut pris pour un Blanc, alors que dans d'autres cas, les Indiens apportèrent leur assistance matérielle aux Noirs, et même une assistance politique dans deux régions. A moins que les agents gouvernementaux dans le mouvement "black conscious -ness" (mouvement de la conscience noire) ne parviennent à détourner la lutte, le gouvernement sera incapable de répéter les pogromes anti-indiens organisés par les Britanniques à Durban, en 1949.
Mettre de l'huile sur le feu Dans une atmosphère de quasi-panique, marquée entre autres par une baisse de 20 % des actions minières de la "'Rand and Free State" sur le marché mondial de la bourse (actions possédées par quelque trois cents compagnies allemandes, françaises, italiennes, américaines, canadiennes, israéliennes et australiennes, en plus des compagnies associées ango-boers), le gouvernement fit un certain nombre de "concessions" précipitées. Il offrit d'abolir la langue afrikann en tant que langue obligatoire dans l'enseignement. Les étudiants et les enseignants ripostèrent en exigeant le retrait de la police et du contrôle du Département des Affaires Bantoues, ainsi que la libération des étudiants et ouvriers arrêtés. Les écoles furent boycottées et même incendiées dans certains cas. La question de l'enseignement en bantou est demeurée la question centrale s'étendant à toutes les réserves principales, dans toutes les grandes régions urbaines d'Afrique du Sud. Le Conseil National Africain (African National Council - ANC) et le Parti Communiste, peu préparés à faire de l'éducation en bantou et des Bantoustans un objectif politique central, furent pris au dépourvu. Winnie Mandela et d'autres, à Johannesburg, se virent soudainement offrir la possibilité de diffuser à la télévision gouvernementale les discours militants attendus et demandés, afin de dévier la lutte des questions centrales de l'enseignement en bantou et des "'homelands" vers les démonstrations habituelles et "militantes" de l'ANC, qui séparent la lutte pour la suppression des "passeports intérieurs" de celle des objectifs politiques d'ensemble. Quand échoua cette manœuvre de la classe dirigeante, Winnie Mandela fut arrêtée. Ces arrestations de membres de l'ANC et d'autres organisations (dont le SASO - Organisation des étudiants sud-africains) devaient avoir pour effet, d'une part de terroriser la population, et d'autre part, de mettre en avant les leaders collaborationnistes, perçus comme des dirigeants combatifs par la population. Le même objectif était poursuivi lors de l'arrestation de "l'opposition" à Matanzima du Parti Démocratique, collaborationiste dans le "homeland" du Transkei, ceci rendait partiellement possible pour Matanzima (un Quisling de Vorster)
d'utiliser le Nunga (le "Parlement-croupion du homeland"') et de se présenter comme l'opposition loyale à Vorster. La dernière concession de Vorster et de son Ministre de la Justice, Kruger, fut d'offrir le "droit à la possession de son logement' à une poignée d'aspirants petits-bourgeois de Soweto. Ils se verraient garantir la possession de leur propre cage, au lieu de la louer au Département des Affaires Bantoues. Cette manoeuvre avait pour fonction limpide de couper ce secteur de la population des masses laborieuses. Elle fut vouée à la faillite. Parce que c'était précisément contre le système des réserves - qui fait partie de la fraude des "'homelands" -, que la lutte contre la "ban -toustanisation" fut lancée à Soweto. Pour la même raison, la concession tant vantée de Vorster, du 8 août (que les résidents de Soweto et d'autres réserves "dirigeraient leurs propres affaires") était en fait nullement une concession, mais plutôt une intensification de "l'auto-détermination bantoue", de "l'autonomie bantoue" ainsi que de la politique "d'autoimposition" de la domination blanche. Les concessions du régime ne firent qu'ajouter de l'huile sur le feu. Durant la dernière semaine d'août, le gouvernement, soutenu par les chefs des Chambres des Mines, du Commerce et de l'Industrie (qui lancèrent la chasse aux grévistes) réussit partiellement dans son utilisation des collaborateurs "zoulous' pour manipuler les "Impis" retribalisés (des associations guerrières), pour attaquer les étudiants et les grévistes. Plus de trente furent tués, certains par la police, certains par des bandes armées, alors que la police les regardait depuis ses véhicules blindés construits dans le Marché Commun. La grève elle-même fut suivie à 90 % dans les grands centres industriels de Langlaagte et d'Industria et à 100 % dans les grands magasins des villes. Cependant, dans les grandes firmes industrielles et dans les mines, le cœur de toute l'économie sud-africaine, de même que dans les grands services municipaux, il n'y eut pas une seule grève.
La concession de la Namibie à l'Allemagne Parallèlement à cette politique de la carotte et du bâton en réaction aux événements de Soweto, Vorster annonça que la Namibie deviendrait "totalement indépendante'' le 31 décembre 1978. Jusqu'à cette date, elle serait dirigée par un gouvernement intérimaire à domination blanche, avec à sa tête un "chef" africain. Ce fut le premier fruit des entretiens Vorster-Schmidt-Kissinger tenus en Allemagne en juin dernier, au cours desquels Schmidt, au nom de l'impérialisme allemand, réclama l'indépendance pour la Namibie, qui deviendrait
alors une néo-colonie où les biens des anciens nazis allemands, qui contrôlent toujours une vaste portion de l'économie, se verraient garantis.
Le SWAPO (Organisation du Peuple d'Afrique du Sud) et l'ANC, de concert avec leurs inspirateurs blancs du PC, libéraux, anglicans, catholiques, sont fortement marqués par une tradition de travail dans le cadre de l'apartheid politique. Dès 1922, le PC lui-même appela à une "Afrique du Sud socialiste blanche" lors d'une grève de mineurs blancs contre des mineurs africains qui s'étaient vus accorder le droit d'accéder au travail qualifié. Après sa formation par l'aristocratie ouvrière blanche et des libéraux européens, le PC géra des syndicats dominés par l'apartheid et viola la décision de boycottage par les non-européens des élections tenues dans le système de l'apartheid. Il présenta des communistes blancs en tant que "représentants indigènes", selon les normes de la loi de 1936 sur l'élection des indigènes (Native Representation Act). Durant les deux premières années de la seconde guerre mondiale, le PC collabora avec les nationalisies boers pro-nazis et, plus tard, il vira vers le soutien au général Smuts et à l'empire britannique. Jusqu'à ce jour, aucun de ces partis ne considéra avec sérieux la loi sur l'enseignement bantou ou sur les Bantoustans. Aujourd'hui, ils font tout pour tenter de profiter des luttes autonomes des masses laborieuses. Ces masses luttent contre la "bantoustanisation" parce qu'elles savent que c'est un moyen essentiel pour les déposséder de tous leurs droits. Les travailleurs opprimés veulent mettre un terme à cela. Ils veulent exproprier ceux qui les dépouillent, pour s'approprier la totalité de l'Afrique du Sud et disposer des pleins droits démocratiques pour tous, sur une base non raciale (et non pas multi-raciale, ce qui est, en pratique, raciste). Il n'y a qu'une base pour l'auto-détermination de l'Afrique du Sud: l'expropriation des expropriateurs et l'affranchissement des opprimés. C'est une revendication combinée et indivisible. Cette indivisibilité est précisément le dilemme auquel font face les impérialistes de ce "peuple de seigneurs" (Herrenvolk), qui savent qu'ils ne peuvent diviser la question de la propriété de celle des droits démocratiques, de l'affranchissement, comme cela s'est produit dans le reste de l'Afrique (au Nigéria, au Kenya, en Tanzanie)... Les travailleurs de Soweto dirent clairement : "Nous ne voulons pas de Soweto. Nous ne voulons pas un Bantoustan du Transkei ou de sa citoyenneté. Nous ne voulons pas gérer nos propres affaires à Soweto ou dans tout autre de vos camps de travail. Nous ne voulons pas d'un développement séparé. Nous ne voulons pas notre propre identité, tribale ou nationale, qui n'est que l'identité des esclaves de la ségrégation, de la main-d'œuvre à bon marché. Nous ne voulons pas de la partition de l'Afrique du Sud en une partie blanche et une partie noire, ce qui de toute manière est la réalité d'aujourd'hui. Nous rejetons l'idée que les Bors forment une nation, tout comme les Anglais, les Juifs ou les Blancs en totalité. " Bien que ce ne fut pas exprimé de manière explicite, l'objectif impliqué clairement par la révolte était le suivant : le démantèlement de toute la machine et de tout le système de ségrégation, et la construction d'une nation indivise et non raciale avec des droits pleins et égaux pour tous, avec la totalité du territoire comme propriété d'une seule et même nation. Ceci, et seulement ceci, représente l'auto-détermination pour les opprimés d'Afrique du Sud. Ceci, et seulement ceci, est impliqué dans le rejet de l'enseignement bantou par les masses de Soweto, comme dans le refus de "'l'indépendance" du Bantoustan. Tout statut séparé pour un groupe particulier n'est qu'une fraude raciste ayant pour but la persistance du statu quo de la suprématie blanche. Soweto : une lutte de la classe ouvrière Soweto, Alexandra et les autres "centres ur -bains" où se sont produits les soulèvements de juin contre l'enseignement bantou sont des ghettos-camps-de-travail de la classe ouvrière. Près de la moitié de la classe ouvrière urbaine non-européenne (Noirs, Métis et Indiens) vit dans ces "centres urbains". Ces réserves, ainsi que les ensembles d'habitations des mines et de l'industrie lourde (ce sont principalement des camps de concentration pour la main-d'ou -vre célibataire à bon marché) sont situés dans la célèbre région du Rand, une ceinture industrielle et commerciale d'une centaine de kilomètres, où se trouvent les mines d'or, d'uranium et de charbon. La ville de Johannesburg est la boucle de cette ceinture. La plu-
part des moyens de production de cette ceinture industrielle sont détenus par l'impérialisme britannique, en association avec d'autres investisseurs impérialistes du Marché Commun et des capitalistes américains, canadiens, australiens et israéliens. En d'autres termes, c'est une concentration du capitalisme mondial. Les travailleurs africains de cette ceinture vivent dans des ghettos raciaux gigantesques, à la périphérie des villes de Johannesburg, de Benonik, de Germiston, etc., éloignés et isolés des rues de ces villes, des bars, des cafés, des parcs, des bâtiments publics, des cinémas, des théâtres, des piscines, des écoles, des universités, des hôpitaux, etc. Ils n'ont ni syndicats ni droits politiques. Ils ne peuvent posséder ni une maison, ni un appartement, ni choisir où vivre. Ils n'ont pas même le droit de vivre en permanence dans les réserves à l'orée des banlieues, car leur droit à résider dans ces réserves est strictement limité selon les vieilles lois imposées par les Britanniques au XIXème siècle, sur la "'circulation intérieure" avec passeport. Les familles des mineurs vivent à des milliers de kilomètres, dans les "bantoustans"', qui sont des réserves de main-d'œuvre à bon marché, rurales, sans villes, sans industries. Pareillement, les travailleurs de l'industrie lourde et des transports sont, sur une grande échelle, séparés de leur famille et vivent dans des ensembles pour travailleurs ou des baraguements. Cette "désurbanisation du prolétariat" est une politique ancienne de la classe dirigeante. Elle est liée au refus d'allouer de la terre à de possibles paysans. Tout cela fut créé et main -tenu principalement par l'impérialisme britannique. Les Bœrs sont essentiellement les "managers"; les ouvriers blancs forment l'aristocratie ouvrière et la bureaucratie, alliées avec les capitalistes bors, britanniques et européens, contre la classe ouvrière non-européenne qui est seule à produire la plus-value en Afrique du Sud. Telle est la structure sociale de base. Telle était la structure de classe dans laquelle Soweto était intégré comme un secteur majeur de la classe ouvrière industrielle sud-africaine, qui se voit nier formellement le droit au travail qualifié et qui est payée à des taux de non-qualifiés pour du travail qualifié qu'elle réalise en pratique. Les travailleurs de Soweto en lutte contre l'apartheid constituent une partie intégrante et fondamentale du prolétariat international. Le fait que l'histoire n'a pas forgé cette classe dans le moule classique, qu'elle ne soit pas vraiment urbaine ou industrielle, est en soi caractéristique de la nature spécifique semi-coloniale de ce prolétariat. Mais il s'agit là d'un prolétariat, et Soweto, comme Sharpeville en 1960, fait partie de la longue histoire de la lutte du prolétariat international pour son émancipation du Capital.
Les fraudes de l'auto-détermination et de l'indépendance Le régime Vorster, en collaboration avec l'impérialisme du Marché Commun et l'impérialisme américain, avec le soutien total de tous les groupes sociaux blancs en Afrique du Sud (les Afrikaans, les Anglais, les Juifs et les Allemands principalement) oppose de façon de plus en plus pressante le mot d'ordre "d'auto-détermination" aux revendications d'égalité et de démocratie non-raciale inconditionnelles. Dans des pays tels que l'Afrique du Sud, où les Blancs vivent dans un "pays impérialiste" et les non-blancs dans une semi-colonie (ou une colonie, comme Trotsky le disait dans sa lettre de 1935 aux camarades d'Afrique du Sud), la "question nationale" est différente de ce qu'elle était dans la Russie tsariste. En Russie, les tsars avaient une politique de russification, niant les droits nationaux des Georgiens, des Ouzbeks, des Polonais, des Cosaques, etc., empêchant la formation d'Etats nationaux au sein de l'empire, refusant l'auto-détermination et la sécession. En Afrique du Sud, l'impérialisme bor et britannique a toujours essayé de créer des mini-Etats tribaux séparés, a encouragé les langues tribales, poussé au développement de "'l'entité tribale" et créé des territoires séparés pour les Blancs et les "Noirs" Les territoires de ces derniers étant encore divisés entre les Africains, les Indiens et les "Métis". La population africaine était ainsi divisée encore davantage en fonction de lignes de séparation tribales artificiellement conservées et parfois recréées pour la cause. La pénultième forme de cette entreprise a été la politique de gouvernement indirect. La forme ultime en a été les Etats bantous "indépendants", où les Xhosas détenaient la citoyenneté xhosa dans le Xhosaland, de même pour les Zoulous dans le Zoulouland. ' Tous les non-européens perdent donc leur citoyenneté sud-africaine. Bien entendu, les Blancs seraient les seuls citoyens de la République blanche d'Afrique du Sud. Contre la politique de russification des tsars impérialistes et racistes, les peuples opprimés de Russie ont lutté et obtenu après la Révolution russe l'auto-détermination nationale, des Républiques autonomes avec droit de sécession, droit qui fut exercé en fait dans certains cas. Contre la politique d'auto-détermination raciste de l'impérialisme blanc d'Afrique du Sud, les opprimés défendent l'unité et l'égalité auxquelles est opposé le régime raciste d'Afrique du Sud soutenu par l'Occident. L' "auto-détermination" propulsée par le régime débouche sur : 16 millions d'Africains ou Bantous recevant des homelands tribaux, sans villes, sans industries, sans prospérité; 2 millions de "gens de couleur", vivant principalement au Cap; 1 million d'Indiens, principalement à Natal, se voyant placés dans des conditions semblables.
Ainsi, le 9 août, après Soweto, Vorster nomma une nouvelle "commission de conseillers" auprès de son gouvernement, chargée d'étudier les modalités d'intégration de ces deux derniers groupes dans son plan de partition. La commission précédente avait recommandé des mesures à prendre pour initier une intégration politique. Ce fut rejeté par le gouvernement, en 1976. Que des secteurs des "gens de couleur" opprimés risquent leur vie en manifestant leur soutien à la lutte de Soweto au cours des deux premières semaines d'août, la faillite de toute tentative de la part du gouvernement pour faire des "gens de couleur" des Blancs. De même, il n'est pas vraisemblable que cela soit accepté, ni par les Blancs, ni par les Noirs. Cela signifierait l'octroi de salaires égaux, ce qui ruinerait l'industrie possédée par les Blancs, et l'agriculture dans les provinces du Cap et de Natal. Ceci représenterait le premier pas vers une égalité politique générale et une intégration sociale, soit le type même de réforme qui pousserait à l'escalade. Enfin, avec la politique d'auto-détermination raciste du gouvernement, 4, 5 millions de Blancs resteront les seuls citoyens et possesseurs de 90 % des terres en Afrique du Sud, détenteurs des villes, des chemins de fer, des ports, des aéroports, des mines, des fermes, des universités, des hôpitaux et des ressources minières. En fait, les revendications des oppresseurs blancs et celles des opprimés noirs portent sur la totalité de l'Afrique du Sud. Aucune des deux parties ne peut ou ne veut accepter un Etat ou une citoyenneté non reliés à cette totalité. Dans ce contexte, toute "autodétermination' ou toute "autonomie" pour un groupe ethnique particulier est un concept blanc totalement raciste. Ceci définit la question nationale en Afrique du Sud. La seule solution possible est la citoyenneté pleine et égale dans un seul Etat non racial, comme l'a toujours dit le "Mouvement pour l'Unité Non-Européenne". Gérez vos propres ghettos Une partie centrale de la politique de "bantous -tanisation" est l' "auto-gouvernement"' local dans chaque réserve et chaque ensemble à l'intérieur de l'Etat blanc séparé d'Afrique du Sud; c'est-à-dire les 90 % du territoire détenu par les Blancs après la partition. A l'intérieur de Soweto, par exemple, qui comme la plupart des réserves, est déja divisé en unités tribales artificielles, le vieux système du Conseil de gestion de la Réserve adoptera de nouvelles formes tribales. Les Xhosas à Soweto "dirigeront leurs propres affaires", ce qui signifie l'emploi obligatoire de la langue xhosa dans l'enseignement, afin d'approfondir le processus de tribalisation. Les Zoulous auront leurs "propres conseils" avec le zoulou comme langue d'enseignement, etc. Il peut exister un conseil "inter-tribal" pour toute la réserve d'un million et demi d'habitants. Ils auront "leur propre" police tribale pour maintenir l'ordre. Tout ceci n'est pas conjoncturel, mais est la "solution"' au problème de Soweto annoncée par Vorster, Botha et Kruger, le 9 août. Cette forme d'auto-gouvernement local à des non-citoyens, ne disposant d'aucun droit, qui sont de futurs travailleurs immigrés possédant une citoyenneté dans un Bantoustan éloigné, a été rejetée avec force par la population de Soweto et d'Alexandra, immédiatement après que Vorster en fit l'annonce. Le refus prit la forme de la mise à feu de bâtiments gouvernementaux, d'écoles, de moyens de transport, et d'une grève générale largement réussie, qui dura trois jours. Dans le seul Soweto, quelque deux cent mille travailleurs quittèrent le travail. Ces actions ne furent pas menées sur les lieux de travail et dans les villes qui sont sous le contrôle total du régime blanc et où les Blancs sont majoritaires, dans les ghettos mêmes. Les grèves exprimaient clairement la volonté des travailleurs : "Nous ne voulons pas de Soweto, nous voulons Johannesburg! Nous ne voulons pas des réserves des Bantoustans, nous voulons pour tous la totalité de l'Afrique du Sud !" Ce fut ce rejet implicite mais profondément ancré de cette "auto-détermination" et sa substitution par la revendication des pleins droits démocratiques qui amena Vorster à dire que ses Quislings placés dans les réserves n'étaient plus "capables ou désireux" de collaborer avec lui. Les compagnies multinationales impérialistes financières et minières, qui possèdent de fait l'Afrique du Sud, sont gênées par la baisse des actions des mines d'or d'Afrique du Sud et du prix même de l'or (spécialement, de manière paradoxale, durant la reprise économique). Le boycott par les travailleurs des pays impérialistes des importations et des exportations de et vers l'Afrique du Sud, particulièrement de l'or, de l'uranium, des diamants, du pétrole et des armes, aiderait considérablement le prolétariat sud-africain dans sa lutte contre le racisme et l'apartheid. Le boycott est déprécié et rendu insignifiant par les collaborateurs potentiels du PC et de l'ANC ainsi que par les libéraux occidentaux, ainsi que par le Conseil Mondial des Eglises, dont des membres possèdent de forts investissements en Afrique du Il ne peut devenir une arme de libération que s'il s'appuie sur le principe de non-collaboration avec l'impérialisme, que s'il devient une arme de la classe ouvrière internationale. Ceci requiert une explication, des actions de la classe ouvrière, un "sacrifice" par rapport à ses propres intérêts immédiats et nationaux à l'avantage d'intérêts internationalistes et à long terme du prolétariat mondial, dont les travailleurs de Johannesburg, de Soweto, Port Elisabeth, de la ville du Cap et des "homelands" sont une partie fondamentale et indivise.
25 août 1976.