Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ESPAGNE

Lettre de prisonniers politiques espagnols

Inprecor (première série) n° 58, 23 septembre 1976 · p. 17 · 946 mots

État espagnol Euskadi

Nous publions un extrait d'une information donnée par les prisonniers politiques de la prison de Puerto de Santa Maria qui subissent, de toute évidence, une détérioration dramatique de leurs conditions de vie. Cela se produit du reste dans toutes les prisons d'Etat, où croupissent toujours plus de 300 révolutionnaires, parmi lesquels quinze militants de la LCR-ETA (VI).

Dans cette prison, il y a 22 prisonniers politiques, dont 21 sont basques et plusieurs militants de la LCR-ETA (VI), ainsi que quelques-uns des prisonniers qui s'évadèrent du pénitencier de Segovia. "(...)Il n'y a qu'un seul journalà disposition, le "Diario de Càdiz", dont les nouvelles politiques sont généralement découpées (massacre de Vitoria, manifestations lors de la mort d'Ulrike Meinhoff)... La Direction Générale des Institutions Pénitentiaires (DGIP) a publié une circulaire interdisant la présence de certaines revues (Triunfo, Cuadernos, Mundo). Toutes les autres revues du même type (Posible, Cambio, etc.) furent interdites à leur tour. (...)Notre seule source d'information demeure le téléjournal de 21 heures. Cela signifie que nous manquons pratiquement de toute information. (...) Il existe un index des livres interdits, parmi lesquels figurent des oeuvres comme "Cent ans de solitude" ou "Je crois en l'espoir". Le responsable de la prison chargé de la censure applique des critères extrêmement sévères. (...) C'est une des prisons les plus dures de l'Etat. Nous ne pouvons pas quitter le département cellulaire de la prison. Nous n'avons qu'une seule cour de 20 mètres sur 40. On nous interdit l'accès à d'autres lieux de la prison, tels que la bibliothèque ou les installations sportives. (...) Nous vivons dans des cellules déplorables, pour ce qui est des conditions d'hygiène. Elles mesurent deux mètres sur trois. Avec des sanitaires hors d'usage, la très forte humidité fait que la plupart d'entre nous souffrons de lumbago, de rhumatismes, etc. Il y a des punaises partout, des rats qui remontent par les WC. Nous ne disposons que d'une seule douche pour 22 prisonniers. On nous impose une heure d'étude quel'on subit comme des automates. (...) La nourriture est en général immangeable et insuffisante;c'est à peine sì nous y touchons. Pour vivre, nous comtons sur ce que nous envoyent nos familles. (...) Les soins médicaux sont insuffisants. Nous avons peur en pensant au cas où l'un d'entre nous devrait, un jour, subir une intervention chirurgicale urgente dans un hôpital, en pensant au retard inévitable que prendrait sa sortie de prison. (...) Nous sommes l'objet d'une persécution politique continuelle, de provocations sans fins de la part du personnel. (...)Mis à part les deux derniers arrivés, nous avons tous été mis au secret au cours des derniers mois, pour 300, 121, 105 jours, etc. La cellule de secret et complètement vide.

On lui retire même le matelas, de sorte que durant la journée il ne reste, pour s'asseoir, que le sol ou la planche en fer qui sert de lit. Cela provoque, dès le deuxième jour, de fortes douleurs au dos. Se coucher sur le sol ou sur la planche, de jour, est punissable. Manger est très pénible, parce qu'il faut poser l'assiette sol, ou alors la tenir d'une main et manger de l'autre. Seul service : une cuiller. Il est interdit de parler, de regarder par la fenêtre, et quand s'ouvre la porte, il faut se serrer contre la padu fond. On ne peut faire que trois pas dans la même direction. Le matelas est enlevé à la diane, et il faut le reprendre pour la nuit. (...) On ne nous laisse pas de montre, pour que l'on perde la notion du temps (on nous a pris tous les objets personnels, y compris les lunettes). Absolument tout est conçu comme une torture physique et psychique. Physique parce que, quelques jours après être entrés dans la cellule, on perd l'appétit; on nous donne de la très mauvaise nourriture, en petite quantité; nos muscles faiblissent par manque d'exercice; on ne peut pas faire de gymnastique, parce qu'il est impossible de se laver. On ne bouge presque pas, pour ne pas attraper le vertige. Tout le corps est courbaturé et endolori. Nous souffrons tous d'insomnie et ne pouvons dormir plus de quelques heures, de manière très agitée. Torture psychique, parce que la persécution constante et l'isolement total provoquent une multitude de malaises et une situation de tension, d'anxiété et d'angoisse continue. (...)On ne peut dénoncer au juge l'existence de telles cellules, parce qu'on nous interdit l'utilisation de papier et de stylo. (...) En plus de cela, la police persécute les familles, notant leurs maisons et menaçant les personnes qui les aident. (...) Nous avons le "droit" d'écrire deux fois par semaine, à notre famille exclusivement, en gros caractères, sur une seule face d'une feuille de papier. Nous ne pouvons traiter que de "thèmes familiaux". (...) Nous avons le droit à six conversations de 20 minutes par mois (suspendues lorsqu'on est au secret). Nous parlons à travers une vitre sans orifices, ce qui nous oblige à crier pour être entendus. On ne peut parler que de la famille, sinon la conversation est interrompue. Les Basques ne peuvent utiliser leur langue. (...) En aucun cas il est permis d'embrasser nos femmes. (...)"Moi, je sais comment résoudre le problème basque : en les exterminant tous"; "aujourd'hui je suis chaud, et je suis prêt à en liquider quelques-uns";"je ne comprends pas qu'on leur autorise des visites". Voilà les commentaires que font les gardiens. Ils nous considèrent comme des animaux qu'il faut persécuter et exterminer; (...)Nous sommes entourés de mouchards qui sont excités contre nous et sont récompensé pour participer à la répression. (...) On ne nous permet pas de parler avec les prisonniers de droit commun. Si nous le faisons, nous sommes punis".

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