Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

RHODESIE

Derrière le plan Kissinger/Callaghan

· Inprecor (première série) n° 59, 7 octobre 1976 · p. 3-7 · 3 737 mots

Afrique australe Grande-Bretagne URSS et Russie

Benguela n

COMPLEXE INDUSTRIEL) Mucameres 8- ANGOLA Z A Lusaka ABORA BASSA MBIQUE

DE KUALANA /Salisbury

RHODÉSIE NAMIBIE Beira Windhoek BOTSWANA OCEAN Tropique du Capricorne ¡Occupée Gaberones INDIEN d'Afrique du Sud Lourenço Marques Pretoria SWAZILAND RÉPUSLIQUE -

D'AFRIQUE DU SUD

P 200 400 600km ZIMBABWE La vague révolutionnaire qui s'est emparée du Sud de l'Afrique a déjà porté des coups sévères à la stratégie impérialiste dans cette région. La tentative de structurer et de consolider les économies des pays de la région sud-africaine autour de l'Afrique du Sud, clé de voûte des intérêts impérialistes, s'esttrouvée mise en échec au Mozambique et en Angola, tandis que des crises sociales et politiques survenaient au Zimbabwe (Rhodésie) et en Namibie (ex-Sud-Ouest Africain). En outre, la défaite cuisante essuyée par l'''invincible" Afrique du Sud lors de son intervention militaire en Angola est devenue un facteur décisif suscitantune large riposte des masses qui entrent maintenant en lutte dans toute l'Afrique australe et en Afrique du Sud en particulier. L'arrivée dans l'arène politique de larges secteurs des masses urbaines sud-africaines armées du courage inébranlable qu'elles ont montré face à la répression brutale des derniers mois, a amplifié la crise qui s'est emparée des Etats de l'Afrique australe. Le problème du Zimbabwe est le premier d'une série d'épreuves cruciales, tant pour la stratégie impérialiste que pour la "diplomatie" africaine . Le Zimbabwe peut devenir, avec les luttes qui se développent en Afrique du Sud, un des foyers de la lutte de classe internationale. L'incapacité de la "diplomatie" africaine, surtout celle des Etats dits du "'champ de bataille " (Angola, Botswana, Mozambique, Tanzanie et Zambie) (l) à entreprendre une action efficace contre les régimes de Smith et Vorster, et le déclin de leur crédibilité qui s'ensuit par -mi les masses de leurs propres pays, pousseront ces régimes à collaborer pour tenter d'isoler, et même de réprimer la guérilla. Ainsi, un développement potentiel des luttes nationales d'Afrique australe à l'échelle de tout le sud de l'Afrique verrait probablement ces Etats jouer un rôle comparable à celui des Etats arabes dans la question palestinienne. Le but de la "navette diplomatique" de Kissinger dans le sud de l'Afrique est de porter des coups mortels aux plus intransigeants parmi ceux qui combattent l'impérialisme et le racisme.

DERRIERE LE PLAN

KISSINGER CALLAGHAN

= Pat JORDON & Julius KARANJA Les "'leaders de la diplomatie africaine", l'impérialisme et le régime raciste d'Afrique du Sud sont tous d'accord pour constater l'urgence de "résoudre le problème rhodésien"'. En outre, une solution convenable (avec la naissance d'un régime néo-colonial docile délivré des stigmates du régime "illégal" de Smith) renforcerait l'impérialisme dans ses tentatives de maintenir le régime de Vorster sur des positions plus proches de ses propres intérêts. L'"Economist"' du 9 septembre écrivait à ce sujet : "... Un accord sur le problème rhodésien dont la portée est relativement faible, permettrait de gagner du temps pour résoudre le problème plus grave et plus ardu de l'Afrique du Sud"'. Le projet Kissinger-Callaghan C'est sur cette toile de fond que s'inscrivent l'initiative de Kissinger et sa navette diplomatique de septembre. Il faut remarquer que malgré l'identification de ce genre d'initiatives à la personne de Kissinger, c'est James Callaghan, actuel premier ministre de Grande-Bretagne, qui en est à l'origine. Callaghan le déclara d'ailleurs fièrement dans son discours du 22 mars, où il expliqua que le déblocage de la situation en Rhodésie dépendait de l'acceptation par les Blancs de la règle de la majorité, d'ici deux ans ou moins. Cependant, l'impérialisme britannique affaibli, n'a ni les moyens ni l'influence nécessaires pour imposer une telle solution. L'engagement de l'impérialisme US était donc essentiel. Ce dernier avait bien entendu ses propres raisons d'intervenir en Rhodésie : depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la proportion de capital US investi en Rhodésie s'est considérablement accrue! Ses sources principales en sont l'Anglo-American Corporation, De Beers, Tanganyka Concessions, etc., qui tous opèrent dans la ceinture du cuivre zambienne et jusqu'au Cap. En outre, les expériences récentes de l'impérialisme US en Angola constituent une raison supplémentaire pour que Washington

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ZIMBABWE veuille décourager toute velléité de la part de la guérilla de demander de l'aide à l'URSS ou à Cuba. La participation britannique, surtout sous l'égide d'un gouvernement travailliste, était vitale pour d'autres raisons aussi . D'abord, le problème de la légalité bourgeoise invoquée comme argument central contre le régime Smith par l'impérialisme britannique (notamment le gouvernement de Wilson d'avant 70), les Nations Unies et les régimes africains noirs. C'est grâce à sa "prise de position" sur ce problème que le gouvernement travailliste est parvenu à se prévaloir de positions progressistes contre Smith - attitude dont l'écho ne fut pas négligeable parmi les masses du Zimbabwe. C'est précisément pour cela que les propositions de Kaunda, Machel, Nyerere et compagnie, prônant l'intervention britannique, représentent une manœuvre crédible! Il faut ensuite tenir compte de ce que l'impérialisme britannique a soigné sa réputation de réalisme dans sa politique de décolonisation de l'Afrique. Cette attitude, combinée à une opposition proclamée à la politique d'apartheid (cette politique fut à nouveau particulièrement claire sous les travaillistes), renforce encore sa position aux yeux des masses africaines. Le projet Callaghan-Kissinger avait besoin de, deux ingrédients essentiels : une déclaration de Smith comme quoi il accepterait la règle de la majorité et un schéma d'application crédible aux yeux des masses. C'est dans ce cadre qu'il convient d'inscrire la déclaration faite par Smith le 24 septembre dernier. L'accord global qui a été adopté contient les propositions 1) Le régime de Smith accepte la règle de la majorité dans les deux ans. 2) Des représentants du régime rencontrent immédiatement les dirigeants africains pour constituer un gouvernement provisoire. 3) Ce gouvernement provisoire est constitué d'un Conseil d'Etat (dont la moitié des membres serait noire et l'autre blanche, avec un président blanc) et un Conseil des Ministres (avec une majorité de ministres noirs et un premier ministre blanc). 4) Le Parlement britannique adopte une législation permettant le passage à la règle de la majorité et ensuite le Parlement rhodésien fait de même. 5) Une fois le gouvernement provisoire en place, les sanctions internationales prises contre la Rhodésie sont levées, etles "actes de guerre" cessent totalement. Voilà ce que sont les cinq points. Smith fit encore état d'une clause d'accord supplémentaire : un gigantesque fonds serait constitué - des chiffres entre un et deux milliards de dollars ont été cités, soit une somme variant de 4. 000 à 8. 000 dollars pour chaque Rhodésien blanc - afin de prévoir une aide économique à la Rhodésie et de garantir les investissements privés, la propriété, les pensions ainsi que les transferts à l'étranger. Ce fonds devrait permettre aussi d'aider les Rhodésiens qui désirent quitter le pays, bien qu'il ne s'agisse pas là d'un encouragement. Dans l'ensemble, ces propositions sunt une tentative de donner un semblant de respect de la règle majoritaire, tout en conservant la domination blanche. Elles diffèrent très peu, en substance, du Livre Blanc publié par les Britanniques et des cinq principes qu'il contenait, élaborés par Sir Alec Douglas Home et son gouvernement en 1971 (vigoureusement attaqués d'ailleurs par le Parti travailliste à l'époque). En outre, propositions contiennent une importante clause dérogatoire qui permet au régime Smith de s'en tirer : si la crise de l'impérialisme ou du régime Smith venait à s'aggraver au cours de cette "période transitoire de deux ans", l'ensemble du mécanisme de négociation pourrait être interrompu sous prétexte que la guérilla n'a pas déposé les armes. La même tactique peut être employée pour isoler les militants qui continuent la lutte armée, en les accusant d'empêcher "la transition vers l'indépendance"'. Cette dernière tactique sera certainement un des gadgets préférés de la diplomatie africaine. Enfin, la "règle de la majorité"', qui doit être instituée dans deux ans n'est définie nulle part, et on ne trouve aucune référence à la principale revendication des nationalistes : "one man, one vote" (2). Il est à noter également que les "Etats du champ n'ont pas repris cette revendication et qu'il n'en ont pas fait une condition préalable à l'acceptation de tout règlement. La position militaro-économique du régime Smith Lorsque les dirigeants impérialistes ont parlé du "réalisme" de Smith, ils avaient peut-être à l'espritles rapports des services de renseignement américains, selonlesquels la position militaire de la Rhodésie est intenable. On pouvait lire dans l' "Observer" du 26 septembre, un commentaire sur les trois rapports distincts (3) que Kissinger aurait montrés à Smith lors de leurs conversations : "Les trois rapports concordaientlargement: les seules nuances dans l'analyse portaient sur leur évaluation du délai de l'effondrement de la position militaro-économique de la Rhodésie' Quelle que soit la confiance qu'on puisse faire à ces prédictions, il est clair que la position du régime Smith est des plus précaires. Il n'a pas reçu une aide militaire massive des pays occidentaux, et le régime sud-africain a commencé à lui retirer son soutien. L'arrogante déclaration faite en juin par le ministre rhodésien de la Défense de l'époque, Van der Byl, selon laquelle "il ne parierait pas un sou" sur les forces de guérilla est un exemple classique de fanfaronnade. Si l'on place les forces rhodésiennes dans les conditions les plus favorables - les mois d'hiver austral,

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quand les collines ont perdu leur végétation -il faut 20. 000 hommes pour combattre les quelque 1.200 membres de la guérilla. Même dans cette situation, Alain Savoury, vice-président du Parti de la Rhodésie et expert anti-guérilla, expliqua : "Cet été, la plus grande partie de l'armée se rendait compte qu'elle n'avait pas progressé. L'augmentation des accrochages avec la guérilla ces derniers mois et l'incapacité de l'armée à la combattre avec succès ont fait que parler 'd'opérations en zone de guérilla' est devenu une plaisanterie. La guérilla habituellement cantonnée dans une poche au nord du pays s'étend maintenant sur tout le territoire" (''Sunday Times", 26 septembre) 1976). Même Van der Byl parlant de la saison des pluies en novembre, a dû admettre que "l'on se trouve en présence d'une épaisse voûte d'arbres, l'herbe est très haute, et toute la végétation est extrêmement dense. On y est confronté à une situation comparable à celle des

Joshua Nkomo Américains au Vietnam". (''Sunday Times", 26 septembre 1976). Sur le front économique, David Smith, ministre des finances du régime fit un rapport au Congrès du Front Rhodésien (parti au pouvoir), qui disait en substance que la Rhodésie était en faillite et que son commerce extérieur était pratiquement nul. Sans infusion de prêts souples et l'octroi d'une aide, la Rhodésie serait incapable désor -mais de payer des achats d'armes ou de faire face à l'inflation croissante. De même, il lui serait impossible de fournir à l'industrie les pièces de rechange ou le matériel de remplacement. La fermeture de la frontière du Mozambique et l'obligation qui en découle de dérouter la circulation des biens et produits (habituellement passant par Beira et Maputo) par le pont de Beita, a ajouté aux tensions de l'économie. Les attaques de la guérilla le long de cette route ont également pesé. L'aspect peut-être le plus démoralisant de la situation,pour le régime Smith, est l'accélération de l'émigration des Blancs. Beaucoup de jeunes gens, notamment, veulent échapper ainsi au service militaire. L' "Observer' estime cet exode, en moyenne, à 15.000 personnes par an. Cette estimation est peut-être exacte. En tout cas, les chiffres gouvernementaux publiés le 27 septembre montrent que 1. 520 Blancs sont partis durant le seul mois d'août; cela donne une perte nette de 910 personnes. Ces chiffres élevés : compte tenu de la population, ils équivalent 2,8 à 3 millions de personnes de Grande-Bretagne. De plus, la perte nette serait beaucoup plus importante si d'anciens colons d'Angola et du Mozambique n'étaient pas venus en Rhodésie. On ne peut qu'être prudent dans les prédictions, car, quelles que soient les similitudes qui peuvent exister entre la végétation du Zimbabwe et celle du Vietnam (et cette similitude n'est que limitée), un élément essentiel du succès manque dans l'état actuel des choses : une formation politique à l'orientation sociale comparable à celle du FNL vietnamien, ment capable de combiner la lutte de libération nationale et la révolution sociale. En tout état de cause, il est clair que le régime du colonat blanc est à la veille d'un effondrement total. Le gouvernement provisoire On peut presque admirer Smith pour l'audace de ses propositions. Le Conseil d'Etat devrait rédiger une constitution légalisant la règle de la majorité, et cependant, les Blancs doivent garder une représentation égale en son sein. Le Conseil des Ministres, en dépit de sa majorité noire, serait incapable de s'opposer aux intérêts blancs, car toute décision devrait être adoptée par une majorité des deux-tiers (et certains rapports affirment qu'il en serait de même dans le Conseil d'Etat). De plus, les postes clé de ministre de la Défense, de ministre de la Justice et de l'Intérieur devraient rester contrôlés par les Blancs. Cependant, au nom de la mise en place de ce gouvernement provisoire, tout acte de guerre devrait cesser. Pour l'essentiel, ces propositions reviennent à exiger des nationalistes noirs qu'ils abandonnent la lutte en échange de vagues promesses quant à la règle de la majorité - et ce,alors que le régime rhodésien blanc doit faire face à une détérioration rapide de la situation. Les présidents du groupe des 5 Etats se sont sentis obligés de prendre leurs distances face à ces projets. Mais c'est sur le caractère "illégal" du régime Smith qu'ils ont mis l'accent. Les cinq présidents désirent dé¡passer cette situation d'illégalité en obtenant de "l'autorité coloniale, le gouvernement bri-

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ZIMBABWE

VORSTER & KISSINGER tannique, qu'il convoque immédiatement une conférence en dehors du Zimbabwe avec les représentants authentiques et légitimes du peuple" (communiqué publié après la Conférence de Lusaka des cinq présidents, tenue le 26 septembre). Cette conférence devait : "(1) ... discuter de la structure et des fonctions d'un gouvernement provisoire. "(2) ... établir le gouvernement provisoire. "(3) .. discuter des modalités de convocation d'une conférence constitutionnelle chargée de préparer la Constitution d'indépendance.

établir sur quelles bases la paix et le retour à la normale pourraient être restaurés dans le pays". (Communiqué du 26 septembre). Le caractère le plus net de la déclaration des cinq présidents est son flou dans la définition des "authentiques et légitimes représentants du peuple". De toute évidence, ces mêmes "représentants" constitueraient un éventuel gouvernement provisoire issu de la conférence. Kenneth Kaunda (Zambie) semble, ceci dit, avoir fait son choix. N'komo, décrit fort justement comme une personnalité analogue à Kenyatta (voir encart), a fait une tournée des capitales dans un avion du gouvernement zambien. Il est pressenti pour être le premier ministre du gouvernement provisoire. Il est considéré comme "acceptable" par de larges cercles de Blancs, étant connu pour sa "modération" et pour être l'un des rares nationalistes du Zimbabwe prêt à discuter avec Smith. L'élément essentiel du projet de N'komo est d'arriver à un accordavec Mugabe, considéré comme le dirigeant effectif du ZANU (Zimbabwe African National Union) et réputé pour son influence politique sur les guérillas combattantes. Le 27 septembre Mugabe a déclaré que Sithole n'était plus président du ZANU et que l'ANC (African National Council) était impuissant, ne possédant aucune armée. Historiquement, N'komo et

Sithole ont été des dirigeants rivaux respectivement du ZAPU (Zambian African People's Union) et du ZANU. Sithole a violemment dénoncé les termes des propositions de Smith immédiatementaprès leur annonce, mais des éléments de l'ANC de Muzorewa ont tenu des propos analogues à ceux de N'komo, affirmant que les propositions comportaient certains aspects positifs. Mugabe serait, pour les cinq présidents, le meilleur candidat à la direction des guérillas. Nombre de discussions à venir tourneront évidemment autour des prétentions de ces dirigeants à devenir des fonctionnaires d'Etat dans le gouvernement provisoire, puis "indépendant'' du Zimbabwe. Les guérillas, cependant, dépendent des Etats "Front-liners", en particulier du Mozambique. De plus, le prestige politique des régimes angolais et mozambicain est très grand parmi les guérillas, du fait de la très longue lutte qu'ils ont menée contre l'impérialisme portugais. Le régime de Neto en Angola semble avoir adopté une attitude fraternelle, dans la dernière période, à l'égard de N'komo (en autorisant par exemple son mouvement à ouvrir un bureau dans le pays). Malgré son prétendu caractère marxiste, le Mozambique reste extrêmement dépendant sur le plan économique de l'Occident, et tout particulièrement de l'Afrique du Sud. Il n'est pas du tout exclu que la combinaison de futures "concessions" du régime Smith (allant même jusqu'au sacrifice de Smith), de pressions des Etats "indépendants' de la région (et en particulier des plus "militants"), de l'aura de légalisme et de correction du gouvernement travailliste de Grande-Bretagne, d'une formule crédible de gouvernement provisoire, et d'une promesse d'aide économique massive de l'impérialisme américain, n'arrive au minimum à diviser les guérillas et les militants urbains. Perspectives Tous les marchandages en cours, les accusations et les contre-accusations, reflètent ce processus. Il serait impossible, même aux deux Etats "militants" de faire accepter aux guérillas des propositions telles que celles avancées par Smith. Mais s'ils leur portent une critique de "gauche", ils peuvent, avec l'intervention du gouvernement travailliste de GrandeBretagne, ouvrir la voie à la division et à la confusion. C'est pourquoi la ligne des PC pro-Moscou (telle qu'elle est représentée par le PC britannique dont le journal le "Morning Star" du 27 septembre claironne son soutien au bloc des cinq Etats)est si criminelle. Une telle orientation couvre les activités de ces Etats et répond aux intérêts de la bureaucratie soviétique. Le 27 septembre, à la suite du communiqué qu'ils ont publié, l'Agence Tass titrait ses dépêches ainsi : "l'Afrique dit non". Il est clair que la bureaucratie soviétique se refuse à fournir aux guérillas du Zimbabwe la même aide qu'elle a pu donner au MPLA en Angola. Bien au contraire, la politique de détente du

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Ce terme, utilisé fréquemment par la presse bourgeoise, demande quelques explications. Jomo

Kenyatta fut étroitement associé aux luttes de guérilla des Mau-Mau au Kenya et fut détenu par un dirigeant noir à même d'obtenir un large soutien parmi les masses, contre les intérêts du colonat blanc, mais qui ne romprait pas pour autant avec l'impérialisme, Kenyatta fut libéré et devint le premier membre noir du Parlement, puis premier ministre et enfin président.

Du fait du rôle collaborationniste qui a été le sien durant les discussions entre Smith et Vorster aux Chutes de Victoria, N'komo peut remplir ce type de fonction. Mais il ne peut le faire que si un Mugabe est inclu dans le plan. A sa libération, Kenyatta prononça un discours devenu fameux, dans lequel il déclarait : "Le gouvernement d'un Kenya indépendant ne sera pas un gouvernement de gangsters. Ceux qui ont eu peur pour leurs propriétés, que ce soit des terres, des immeubles ou des maisons peuvent être rassurés, le prochain gouvernement africain

... ne les privera pas de leurs biens et de leurs droits de propriété". Il est significatif qu'un plan d'indemnisation des colons blancs ait été élaboré, comme en Rhodésie aujourd'hui.

Il sera très difficile d'arriver à un accord entre N'komo et Mugabe. En dépit de leur hostilité commune à Sithole à et Muzorewa, ils ont des intérêts largement divergents et sont soumis à des pressions différenciées. N'komo tente d'asseoir sa crédibilité comme seul candidat au poste de premier ministre noir, alors que Mugabe espère unifier sur le terrain les guérillas

(les guérillas du ZAPU qui soutiennent N'komo ont quitté les bases du ZIPA cet été). La principale force de guérilla (ZIPA) a elle aussi dénoncé violemment les propositions de Smith et a avancé une série d'exigences, dont la mise en procès des criminels de guerre rhodésiens. Le

ZIPA réclame aussi que ce soient les Africains qui occupent les postes de ministres de la Défense, de la Justice et de l'Intérieur. Mugabe, probablement soucieux de maintenir son influence

Kremlin cherche à maintenir strictement les actuels rapports de forces entre classes en Afrique méridionale et à couvrir d'une caution "gauche" les projets de la diplomatie africaine. La visite projetée de Neto à Moscou, où il sera reçu en héros, devrait permettre de poursuivre cette politique. Dans la situation présente, la capacité des dirigeants des Etats du bloc des cinq et de l'impérialisme à poursuivre cette manœuvre réformiste - au moins pour gagner du temps en divisant la guérilla-ne doit pas être sous-estimée. La "conférence constitutionnelle"" devrait se tenir à Maputo pour permettre un accès facile aux camps de guérilla. Les militants seraient ainsi soumis rapidement à une forte pression idéologique de la part des présidents de ces Etats. Mais s'ils sont incapables de réaliser rapidement cette manoeuvre, elle peutêtre mise en échec par la dynamique des luttes engagées dans le reste de l'Afrique méridionale. Toute position intransigeante des forces de guérilla dans le Zimbabwe mettra sévèrement en cause la capacité des régimes africains "indépendants" de la région à résoudre la question du racisme en Afrique méridionale - non seulement aux yeux des masses du Zimbabwe mais aussi aux yeux des masses de leurs pays respectifs. En particulier, Machel et Neto auraient beaucoup de mal à garder leur façade "gauche' et à maintenir leur influence idéologique sur la jeune avant-garde africaine. Les marxistes-révolutionnaires doivent lutter contre les plans néo-colonialistes de l'impérialisme et de la diplomatie africaine, à propos du Zimbabwe et pour une politique qui réponde aux intérêts des masses du Zimbabwe.

le gouvernement colonial durant les années 50. parmi les guérillas, a fait écho à ces exigences.

A bas les projets néo-colonialistes sur le Zimbabwe ! Pas d'accord avec l'Etat raciste ! Application immédiate de la loi de la majorité ! Election immédiate d'une Assemblée Constituante! "One person, one vote"! Pas d'indemnisation des racistes blancs! La Grande-Bretagne et les Etats-Unis doivent réparation aux Africains pour les ravages de l'impérialisme! Désarmement du régime Smith - Armement des masses africaines !

29 septembre 1976 * * NOTES : 1) "'Front-liners" en anglais. Ce groupe de 5 Etats ayant accédé à "l'indépendance" sous diverses formes, constitue une sorte de bloc politico-diplomatique en Afrique australe. Parmi ceux-ci, l'Angola et le Mozambique sont appelés Etats "militants"'. Nous nous y référerons selon l'une ou l'autre de ces caractérisations pour éviter les répétitions au cours de l'article (NaT) 2) "One man, one vote", revendication d'une représentativité proportionnelle des communautés raciales. 3) Les 3 rapports émanaient, l'un de l'Agence de renseignement de la Défense (Defense Intelligence Agency), le deuxième du Bureau de Renseignement et de recherche du Département d'Etat (Intelligence and Research Bureau of State Department) et le troisième de l'Agence centrale de renseignement (CIA - Central Intelligence Agency). Au début des années 60, quand il fallut trouver

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