Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

Le nouvel ordre économique mondial

· Inprecor (première série) n° 61-62, 11 novembre 1976 · p. 40-48 · 6 308 mots

Économie mondiale

UN NOUVEL ORDRE

ECONOMIQUE?

Charles Andre: UDRY Depuis plus de deux ans, l'expression "nouvel ordre économique" fait florès. Pourtant, son origine remonte à la première session, en 1964, de la CNUCED (Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement). En 1968, lors de la deuxième session de la CNUCED, l'économiste argentin R. Prebisch présenta un rapport sur les relations "entre le centre industriel et la périphérie arriérée". Il mettait l'accent sur les éléments clés - selon lui - d'une "stratégie globale de développement'' : la politique commerciale, la coopération internationale en matière de financement, une réorganisation de la division internationale du travail afin "d'ennoblir" les exportations des "pays sous-développées". Les thèses de Prebisch furent très largement soutenues par les Etats des pays semi-coloniaux, non seulement parce qu'elles présentaient une défense systématique d'une certaine modification dans la distribution de la plus-value sociale entre la bourgeoisie de ces Etats et la bourgeoisie impérialiste, mais aussi parce qu'elles avaient le mérite d'occulter complètement les rapports de classes au sein même de la "la périphérie arriérée"' En fait, Prebisch comme la CNUCED reflétaient - et parfois anticipaient ou débordaient - des modifications tendancielles qui commençaient à s'opérer dans la forme des rapports entre puissances impérialistes et "pays sous-développés"'. La critique faite à la division internationale du travail visait tout autant une forme de cette division qui déclinait lentement dans les faits , qu'elle soulignait l'inadéquation entre le développement accéléré des pays impérialistes et la situation du marché ainsi que des structures de production des pays semi-coloniaux.

Une cascade de réunions Pour assister à un débat-négocié entre une série d'Etats du "Tiers monde'' et d'Etats impérialistes sur le thème du "nouvel ordre économique", il a fallu attendre l'embargo partiel décidé en 1973 par l'OPEP, la flambée des prix de la grande majorité des produits de base en 1972-73, la multiplication des projets de cartels de producteurs de matières premières analogues à l'OPEP, puis la récession généralisée de l'économie impérialiste, avec ses effets sur les "pays sous-développés". La sixième conférence générale de l'ONU, en avril 1974, adopta la désormais célèbre "Déclaration sur l'établissement d'un nouvel ordre économique". Dans un contexte encore marqué par le boom de la production industrielle dans les pays impérialistes, par les derniers moments de l'envolée des prix des matières premières, la sixième conférence fit siennes les revendications les plus "radicales" émises par les représentants de la bourgeoisie des pays semi-coloniaux. Le consensus n'était qu'apparent. L'accord exprimé par les puissances impérialistes était soumis à un tel nombre de réserves, qu'il avait peu de signification. Depuis lors, les Etats du "'Tiers monde" se réunirent maintes fois : Dakar (février 1975), Manille (février 1976), Colombo (septembre 1976)... Or, dans le cadre de la récession généralisée, de la diminution drastique du volume et du prix des exportations de matières premières en provenance des pays sous-développés et de la croissance rapide de leur endettement, les puissances impérialistes vont prendre l'initiative, afin de réajuster les termes de la négociation.

Page 41

Que ce soit lors de la septième conférence de l'ONU (septembre 1975), lors de la conférence sur "la coopération économique internationale" (décembre 1975) ou lors de la dernière conférence de la CNUCED à Nairobi (mai 1976), les puissances impérialistes indiquèrent fermement quels étaient, pour elles, les véritables objectifs de ce "nouvel ordre économique".

Les conditions de «l'ordre» 1) L'"ordre économique" sera "nouveau", dans la mesure où il assurera la sécurité dans l'approvisionnement en matières premières des pays impérialistes. A l'occasion de la Conférence Nord-Sud (décembre 1975), Giscard clame : "Je crois qu'on doit viser à un ordre économique mondial, c'est-à-dire une organisation capable d'éviter, en particulier, les à-coups brutaux tels qu'ils se sont révélés au cours des dernières années, tels qu'ils ont désorganisé l'économie mondiale". Le prix du pétrole devra être suffisant - d'où l'idée du "prix-plancher" - pour assurer aux compagnies qui investissent dans la recherche pétrolière, et dans des énergies de remplacement, qu'elles ne risqueront pas de travailler à perte dans quelques années, et pour valoriser les ressources énergétiques des EtatsUnis et du Royaume-Uni (Mer du Nord). Quant aux prix des autres matières premières, ils seront fixés à un "juste niveau", compatible avec la "loi" de l'offre et de la demande (ONU - septembre 1975); le niveau maximum étant limité, de toute manière, par le prix des produits de substitution. Dans cette perspective - affirment les puissances impérialistes - pourront être discutées les questions afférentes : aux stocks régulateurs (de tels stocks de matières premières devraient permettre une régulation des prix et éviter ainsi aux industriels des pays impérialistes la constitution de stocks de précaution coûteux, faciliter un calcul des prix des produits manufacturés à moyen terme...); à la promotion de contrats à long terme (système de crédits lié à un contrat d'achat de matières premières à long terme, qui assure aux puissances impérialistes la sécurité d'approvisionnement sans encourir aucun risque lié à l'investissement dans le secteur des matières premières); au financement approprié de tels arrangements, etc. 2) L'ordre économique sera "nouveau", s'il permet un approfondissement de la division internationale du travail pour faire face aux difficultés de valorisation du capital dans les pays impérialistes. Mais il ne sera un "ordre" que si la domination des multinationales n'est pas remise en cause par des velléités de nationalisation; la participation de la bourgeoisie dite "nationale" et de son Etat dans ces investissements, voilà le pilier du nouvel ordre. Les Etats-Unis, la France, la RFA considéraient que les déclarations de la sixième conférence de l'ONU pouvaient laisser entendre qu'un "droit à la nationalisation" était le corollaire du "droit à la maitrise des ressources naturelles". Les "grands" se sont empressés de clarifier la question lors de la Conférence Nord-Sud, L'accélération du mouvement de transplantation d'entreprises du type "labour intensive" exige avant tout un code de conduite des Etats semi-coloniaux en -vers les multinationales, et non l'inverse ! Kissinger, à l'ONU, indiqua : "Les besoins en capital et en technologie non couverts ne pourront être assumés, directement ou indirectement, que par les vastes ressources du secteur privé". Or, pour que le capital privé accepte le "risque", il faut éliminer sa méfiance (donc les nationalisations), ce qui permettra aussi à la Banque Mondiale de garantir aux banques privées un système d'assurances les incitant à participer à "l'aide au développement", ce qu'elles ont commencé d'ailleurs à faire dans une mesure croissante depuis deux ans.

Un réajustement 3) Une fois définis ces deux éléments centraux du "nouvel ordre", les puissances impérialistes - avec des nuances diverses - sont prêtes : à consentir une stabilisation des recettes d'exportations en matières premières financée par le FMI (ceci a l'avantage de permettre aux pays sous-développés de continuer à importer des produits manufacturés en provenance des centres impérialistes); à assurer le maintien - et si possible une croissance - des transferts effectués au nom de "l'aide internationale" (ce qui assure un marché de biens d'équipement pour les firmes impérialistes); à diriger l'aide publique vers les PMA ("'pays les moins avancés" !), les autres (ceux disposant de revenus relativement importants à partir de leur position dans l'exportation de matières premières) devant faire appel aux crédits bancaires internationaux privés. Au niveau même "de l'aide" est donc pris en considération le processus de différenciation s'opérant dans le "Tiers monde" entre les pays disposant de revenus pétroliers, et donc aptes à accélérer un processus d'industrialisation relative, ceux possédant déjà une certaine base industrielle de départ (Amérique latine), et les pays les plus démunis du point de vue des revenus d'exportation comme de l'infrastructure industrielle. Pour ces derniers, l'aide publique internationale est dédicive. Sans elle, ils n'existeraientplus comme marchés pour les firmes impérialistes. La contre-offensive impérialiste (dès septembre 1975), comme la nature même des protagonistes, faisaient dire à l'éditorialistes de "The Economist", avant la conférence

Page 42

de Nairobi (mai 1976) : "Le rêve de la CNUCED d'un "'nouvel ordre économique international" ne se réalisera pas sans une active collaboration américaine" (1.5. 76). En effet, un "nouvel ordre économique" porté par la bourgeoisie impérialiste et les bourgeoisies des pays semi-coloniaux ne peut qu'être un réajustement des relations entre "centre et périphérie" ayant dominé dans le passé, réajustement s'inscrivant dans le contexte des modifications objectives déjà initiées. Nyerere (Tanzanie) explique fort bien la conception qui règne dans une grande partie de la classe dominante des pays capitalistes sous-développés : "'Le Commonwealth existe parce qu'il ne fut pas opposé une trop longue résistance aux revendications d'indépendance; des négociations eurent lieu avec les leaders nationalistes sur le transfert du pouvoir (...) Nous exigeons une politique identique du monde riche dans le domaine économique. (...) De même, les leaders des nations pauvres désirent collaborer avec les riches pour vaincre la pauvreté du monde avec le minimun de déséquilibres pour l'économie mondiale" ("African Affairs"vol. 25, n° 299, avril 1976, pp. 242 à 250). S'il n'y a aucun doute à entretenir sur la synonymie entre le projet de "'nouvel ordre économique" et celui de "réajustement"', il n'en reste pas moins vrai que des contradictions existent, et peuvent s'exacerber conjoncturellement entre les intérêts de la bourgeoisie des pays semi-coloniaux et la bourgeoisie impérialiste (voir, par exemple, le débat sur l'indexation des matières premières, sur le système des stocks régulateurs, sur le prix de départ pour la réglementation de stabilisation des prix des matières premières, etc.) Mais ces contradictions ne peuvent en aucune mesure être assimilées à une quelconque "lutte anti-impérialiste"' des peuples du "Tiers monde". Une telle conception occulte totalement les rapports de classes dans les pavs du "'Tiers monde' lui-même, gomme les différences de rapports sociaux concrets dans les divers pays du "Tiers monde", et court-circuite la fonction des Etats bourgeois semi-coloniaux par rapport aux impératifs de la reproduction capitaliste à l'échelle internationale. Cette dernière donnée, à son tour, ne doit pas conduire à la négation de la possibilité, pour un Etat ayant une relative autonomie et disposant de revenus pétroliers importants, d'utiliser ce levier qu'implique la participation accrue à la rente pétrolière, pour une accumulation propre du capital se situant évidemment dans les limites imposées par le processus d'accumulation à l'échelle mondiale. Les principales modifications (voir points suivants 1 à 5) intervenues durant les deux dernières décennies au niveau du marché mondial et de la structure de l'économie capitaliste mondiale, fournissent la trame sur laquelle s'effectuent les débats autour du "nouvel ordre économique mondial"', et en précisent contenu et limites. Exportations et investissements manufacturiers 1) Sous la pression combinée de la baisse relative des investissements impérialistes dans le secteur des matières premières, du rôle central acquis dans la structure productive des pays impérialistes par l'industrie de biens d'équipement, de la nécessité et de la possibilité pour les firmes multinationales de réinvestir une part significative de leurs profits dans les "pays d'accueil"', se sont produits d'une part une augmentation des exportations de biens d'équipement vers les pays semi-coloniaux et, d'autre part, un déplacement des investissements impérialistes vers le secteur manufacturier, avec leurs conséquences sur l'industrialisation relative de ces pays. La croissance des exportations des "produits des industries mécaniques et électriques" en provenance de la CEE et de l'Amérique du Nord en direction des "pays en voie de développement" révèle fort bien le premier phénomène.

EXPORTATIONS DE PRODUITS DES INDUS-

TRIES MECANIQUES ET ELECTRIQUES

Années CEE Am. du Nord

1963 2.15 2.53

1967 2.87 3.34

1968 3.41 3.84

1969 3:87 4.10

1970 4.66 4.72

1971 5.04 5. 04

1972 6. 02++ 8.50+++ 5.69

1973 7.87++ 10.47+++ 7.37

1974 14.77+++ 11.19

+ ) en milliards de dollars F.O.B.

++) CEE originaire +++)CEE élargie

(Sources : Le Commerce International, GATT,

Genève 1967 à 1974/75) Malgré l'incidence des processus inflationnistes sur ces chiffres, la croissance n'en reste pas moins significative : 342,2 % pour l'Amérique du Nord et 586, 9% pour la CEE, en incluant la CEE élargie. Ces quelques données indiquent de même l'intérêt que possèdent les pays impérialistes à ajuster la complémentarité des rapports entre "centre" et "périphérie", grâce à la réorganisation de "l'aide au développement"', comme à la stabilisation des prix des matières premières, etc. Quant à l'importance relative des investissements dans le secteur manufacturier, les données suivantes permettent de saisir plus exactement cette tendance. La répartition des investissement des EtatsUnis à l'étranger a connu l'évolution suivante :

Page 43

INVESTISSEMENTS SECTORIELS EN POURCENT DU TOTAL DES INVESTISSEMENTS DES USA Années Mineraiset Pétrole Industrie maminéraux nufacturière 1929 16° 14,7 24 1950 9,3 18,8 32, 2 1970 7,8 27,9 41,2 (Source : United Department of Commerce : "The multinational Corporation : Studies on US Foreign Investments"', vol. I, mars 1972 -cité par T. dos Santos in ''Imperialismo e Empresas multinacionais" p. 121-122 - Ed. Centelha, 1975) Il faut considérer qu'une partie des investissements dans le secteur des matières premières ne s'effectue dorénavant pas exclusivement en vue de l'exportation, mais aussi pour le marché intérieur d'une série de pays semi-coloniaux, Les investissements dans le secteur manufacturier s'opèrent non seulement en fonction du marché intérieur, mais avec la perspective d'accroitre les exportations soit vers les pays limitrophes, soit vers le "centre impérialiste". L'adaptation du commerce mondial et le nouvel aménagement de la division internationale du travail pronées par la CNUCED font écho à ces transformations structurelles. Les multinationales 2) Le développement des firmes multinatiorales est lié à ces mutations et renforce les tendances décrites ci-dessus. Tout d'abord, les entreprises multinationales, qui sont plus ou moins contraintes et/ou ont la possibilité de faire des réinvestissements dans les pays semi-coloniaux, deviennent des acheteurs d'une série de produits. Elles sont donc intéressées à l'installation d'entreprises complémentaires ou, tout simplement, d'entreprises ayant une fonction de sous-traitance. Volkswagen, au Brésil, possède dans son circuit 1.300 entreprises sous-traitantes, contrôlées localement pour leur majorité. Ensuite, les firmes multinationales se doivent d'investir pour s'assurer au maximum le marché existant et potentiel de ces pays. Enfin, le déploiement des investissements des firmes multinationales dans les pays du "'Tiers monde" se fait dans la perspective d'une domination de la force de travail à l'échelle internationale. Les résistances de la classe ouvrière dans les pays capitalistes avancés, le degré élevé d'organisation du mouvement ouvrier, y rendent difficile tout accroissement de plus-value absolue. Dès lors, pour les produits incorporant beaucoup de travail (labour intensive) et exigeant peu de qualifications professionnelles, les entreprises impérialistes localisent de nombreuses unités de production dans les pays où les salaires sont fort bas et la "discipline sociale" élevée . Hong-Kong, Talwan, Singapour, la Corée du Sud, le Norddu Mexique deviennent ainsi les lieux privilégiés soit d'assemblage de composants, soit de production de biens intermédiaires (assemblage de semi-conducteurs et composants divers pour l'industrie électronique, production textile, pièces détachées pour automobiles, matériel électrique, etc.) (1). C'est à ce type de production et d'exportation que font allusion la CNUCED et le BIT, lorsqu'ils affirment la nécessité de réorganiser et d'approfondir la division internationale du travail, comme d'adapter le commerce international. La concordance est frappante entre les besoins de l'accumulation du capital - sous la forme des nécessités propres des firmes multinationales - et certaines "'revendications" des organismes internationaux ainsi que des bourgeoisies semi-coloniales, partisans des idéologies du "développement par l'exportation" Ainsi, le dernier rapport du BIT pour la "Conférence Mondiale Tripartite" affirme:"Parallèlement, dans des relations commerciales avec les pays développés, le tiers monde serait certainement beaucoup plus incité à produire des biens manufacturés à forte densité de main d' oeuvre, pour les exporter vers les pays développés au lieu de produire afin de remplacer ses importations provenant de ces pays, Dans une certaine mesure, les nouveaux stimulants et les activités des entreprises multinationales ont déjà apporté des modifications à la structure des exportations des pays en voie de développements Un autre type d'investissements effectué par les firmes multinationales se profile avec plus de netteté. Il a trait à "'l'enrichissement' des matières premières dans les pays producteurs eux-mêmes, avec comme corollaire, une nouvelle "répartition internationale de la pollution" ! Les projets d'implantation d'usines sidérurgiques en Iran, Arabie Séoudite, Corée du Sud, Brésil, Algérie, Irak, Egypte, Lybie, Turquie confirment cette évolution (3). Evidemment, le pétrole est à la pointe de cette nouvelle tendance consistant à créer une indusstrie ayant pour objet les premiers stades de la transformation des matières premières, en utilisant l'accroissement de la participation de ces bourgeoisies à la rente pétrolière. Dans le cas du pétrole, il y a effectivement beaucoup de chance pour que se développe, dans les pays producteurs, une partie au moins de l'industrie pétrochimique , c'est-à-dire la production des grands produits intermédiaires ("'Business Week", 7. 9.74 et 26, 5. 75, "Fortune" mai 75). Ces investissements forment un élément central de tous les projets de la CNUCED sur le

Page 44

tuelle , il ne faut pas surestimer cette réorganisation des étapes initiales de transformation des matières premières; en absolu, la participation des pays capitalistes avancés dans ces premiers stades de transformation est encore tout à fait déterminante, et les résistances du "vieil ordre" sonttrès grandes. De plus, les firmes impérialistes gardent le contrôle sur les stades de production/transformation les plus rémunérateurs. Enfin, au travers des associations (sociétés mixtes ou même étatisées) dans les phases initiales (ce qui leur permet de recevoir des crédits d'aide internationale !), les entreprises impérialistes captent encore une partie importante des profits qui leur permettent soit d'éten -dre les opérations de prospection (s'assurant ainsi un contrôle à longterme des ressources premières), soitd'exporter ces profits pour la mise au point de produits de substitution ou de

Années p.p. Total des exportations +) t. e. (t. e. ) 1970 76,2 39,97 1971 77,9 46,15 1972 77,3 55,25 1973 75,2 80,85 1974 84,8 171,90 en milliards de dollars F.O. B. minéraux, combustibles et carburants et 1974/75) techniques nouvelles d'utilisation des minerais. Néanmoins, dans le secteur de la pétrochimie, en tenant compte des ressources financières propres des Etats exportateurs de pétrole et du bas prix de la matière première, des déplacements importants de productions peuvent s'effectuer avec des répercussions significatives sur l'organisation du marché international des grands produits intermédiaires. De plus, dans des branches connaissant une surcapacité de production structurelle, même des déplacements limités de la production peuvent avoir des effets réels sur la situation des entreprises du "centre" Ainsi, dans la sidérurgie, la capacité de production des installations prévues dans une série de pays semi-coloniaux pourrait avoir des incidences réelles sur la réorganisation d'ensemble de ce secteur dans les pays impérialistes. En Iran, Corée du Sud, Arabie Séoudite, Egypte et Brésil, la capacité de production annuelle des nouvelles installations projetées s'élève respectivement à : 6 millions de tonnes annuelles, 1,6 mio. de t; 3,0 mio. de t; 3, 6 mio. de t; et 12 mio. de t.

Le poids des matières premières 3) Si un processus d'industrialisation relative a pris forme dans une série de pays semi-coloniaux, néanmoins "les biens industriels produits avec une technologie dépassée sont incapables de constituer une sérieuse concurrence, le marché mondial, aux produits industriels des pays de la métropole. Dans les pays semi-coloniaux, les exportations continuent donc à se concentrer sur le secteur des matières premières, proportionnellement beaucoup plus que la production indigène dans son ensemble" (4). La distribution des exportations des "pays en voie de développement'' vers les pays capitalistes avancés, durant ces dernières années, confirme ce processus : EXPORTATIONS DES "PAYS EN VOIE DE DEVELOPPEMENT"

Produits Produits primairest+) manufacturés+++)

(p. p.)

30,46 9,31

35,96 9,50

42,73 12,09 60,84 19,31

145,90 25,45 produits alimentaires, matières premières, minerais et +++) métaux non ferreux, fer et acier, textiles et vêtements, produits des industries électriques et mécaniques (Source : Le Commerce International, GATT, Genève 1973/74

Le poids des matières premières dans les exportations des pays sous-développés - tout en tenant compte des différences importantes qui peuvent exister entre différents pays - explique la place centrale du problème de la rémunération de ces produits dans le cadre des débats sur le "nouvel ordre économique". Mais, si les pays impérialistes possèdent un monopole de la vente des biens d'équipement sur le marché mondial, les pays sous-développés ne disposent pas de la même position de force dans le domaine des matières premières. D'une part, une série de biens primaires sont produits dans les pays capitalistes avancés, d'autre part, l'industrialisation même de la production des matières premières dans la "périphérie" a marginalisé l'avantage des bas coûts salariaux et a stimulé la production de matières synthétiques (fibres, caoutchouc) dans le "centre impérialiste", ainsi que la recherche de substituts pour riposter à une croissance des prix ou pour répondre aux impératifs de la con- :

currence intercapitaliste.

Il est vrai cependant qu'il existe une dépendance physique des pays du "centre" envers une série de matières premières. Par exemple,

Page 45

"Harward Business Review" écrit: "'En 1950, le Département de l'Intérieúr américain indiquait que les Etats-Unis étaient dépendants des importations, pour plus de la moitié de la fourniture de quatre minerais importants : l'aluminium, le manganèse, le nickel et l'étain. En 1970, cette liste s'élevait à six, avec l'adjonction du zinc et du chrome. En 1985, selon le Département de l'Intérieur, le pays sera dépendant des importations pour plus de la moitié de son approvisionnements pour neufs matières premières de base, comme le fer, le plomb et le tungstène, rajoutés à la liste"' (p. 144-145, n° de septembre-octobre 1976). La combinaison de ces éléments - poids relatif très important des matières premières dans les exportations des pays sous-développés et dépendance physique du "centre" impérialiste - explique partiellement les mesures proposées dans le cadre des sessions de l'ONU de stabilisation des prix (afin de maintenir le marché des pays semi-coloniaux) et de sécurité d'approvisionnement (pour les pays impérialistes). Aide et révolution coloniale 4) La crise permanente de la balance des paiements depuis le début des années 50 - comme expression du transfert de valeur des pays de la "périphérie" vers ceux du "centre" - rendit nécessaire le développement d'une "aide internationale aux pays en voie de développement"'. Sans cette aide, aussi bien les mouvements de capitaux que le commerce international se seraient écroulés. Les diverses mesures proposées depuis 1974 d'aide financière publique et privée s'inscrivent dans la même logique, si ce n'est que dans leurs formes elles reflètent à la fois les problèmes issus de la récession de l'économie impérialiste, la nouvelle position financière acquise par des pays exportateurs de pétrole (l'intégration de l'OPEP à "l'aide au développement"') et la crise profonde à laquelle doivent faire face les pays sous-développés importateurs de pétrole et de biens primaires (entre autres alimentaires). 5) Le démantèlement des "empires coloniaux", sous les coups de boutoir de la révolution coloniale, l'émergence de bourgeoisies dépendantes dites "nationales", la création d'appareils d'Etat dans les pays semi-coloniaux, vont conduire à une situation ou s'affirmera, d'une part, une autonomie relative de ces bourgeoisies (qui s'exprime aussi bien dans l'extraction de la plus-value que dans l'accumulation du capital) et, d'autre part, une intervention économique des Etats semi-coloniaux par rapport aux besoins mêmes du processus d'accumulation déterminé dans ces pays - du moins dans une série d'entre eux - par les firmes multinationales et, plus généralement, par rapport aux impératifs de la reproduction d'ensemble du système capitaliste mondial. A ce sujet, il n'est qu'à examiner, par exemple, les investissements "complémentaires"

effectués par les Etats semi-coloniaux pour répondre aux besoins mêmes du déploiement des investissements des firmes multinationales. Pour l'instant, seuls les membres de l'OPEP (dont la création, en 1960, comme le dit justement Massarat (5) est "l'expression institutionnelle de l'existence de bourgeoisies récentes et pourvues d'une conscience de classe dans les principaux Etats producteurs de pétrole... "ont réussi à faire accepter leur note. Sur cette toile de fond se développent aussi les discussions concernant le "nouvel ordre économique", un ordre dans lequel la bourgeoisie d'une série de pays semi-coloniaux voudrait jouer les seconds rôles, et non plus ceux de figurants. La carrière risque d'être longue et pénible pour ceux qui ne font pas partie du syndicat de l'OPEP ! Dans ce sens, il y a à la fois "un nouvel ordre" et "une nouvelle différenciation" au sein du dit "Tiers monde" Un tournant Sur cette trame s'est produit le "'tournant"' de 1972-74. Il est lié à une série de facteurs, dont les principaux sont les suivants. 1) La relation entre la dépendance physique des pays impérialistes envers une série de matières premières et les prix de ces dernières s'est brutalement modifiée avec l'explosion des prix, en 1972-73. Il en résulta une modification conjoncdes rapports de forces entre la bour -geoisie impérialiste et les bourgeoisies des pays semi-coloniaux, qui stimula une série de ¡'revendications". Seules les bourgeoisies des pays exportateurs de pétrole et membres de l'OPEP réussirent à stabiliser plus ou moins, même durant la récession, ce nouvel équilibre instauré en 1973. Ceci conduisit les pays impérialistes à tendre à rétablir en leur faveur une balance des payements déséquilibrée par le pétrole. Plus exactement, ils cherchèrent à récupérer le transfert de valeur - effectué au travers de l'augmentation des prix du pétrole - en exportant massivement des biens d'équipement (liés à des projets d'industrie lourde et manufacturière) dans les principaux pays membres de l'OPEP. Ce processus engendra, en fait, une redistribution partielle de la rente pétrolière en faveur des pays impérialistes et des branches industrielles les plus aptes à répondre à la demande accrue des pays exportateurs de pétrole, et au détriment, spécialement, des pays sous-développés importateurs de pétrole et de biens d'équipement du "centre impérialiste". 2) La concurrence inter-impérialiste accrue lors des dernières années - qui s'est manifestée avec force lors du retournement de conjoncture - facilita la formation de certaines associations de producteurs de matières premières

Page 46

et une modification, toute relative, dans la possibilité pour ces derniers, de faire valoir leurs décisions en matière de prix et d'approvisionnement. 3) La récession de 1974-75 mit en relief la fragilité des revenus des pays sous-développés exportateurs de matières premières et, partant, la précarité de leur fonction de marchés - néanmoins importants - pour les pays capitalistes développés. En 1974, le groupe des "pays en voie de développement" avait absorbé 81 milliards de dollars d'importations en provenance des pays capitalistes avancés, ce qui représente 15% du total des exportations de ceux-ci. Le rapport du GATT affirme : "Si les problèmes de financement devenaient graau point d'obliger ces pays à réduire le volume de leurs importations dans des proportions substantielles... il en résulterait une pression déflationiste additionnelle sur les économies des pays industriels d'où proviennent la majeure partie de ces importations'' ("Le commerce international en 1974-75", Genève 1975, p. 22). L'envolée de 1972-73, le recul profond de 197475, le redémarrage en fin 1975 et au premier trimestre 1976, puis la stagnation relative des prix des matières premières mettaient en re -lief : a) la nécessité d'une stabilisation (6) des recettes d'exportations pour permettre à ces pays importateurs de biens d'équipement de continuer à importer à un rythme soutenu; b) le besoin pour l'impérialisme de la création d'un fonds d'investissements - financé à moitié par les pays exportateurs de pétrole et par les pays capitalistes avancés - pour assurer la mise en valeur de nouvelles ressources minières, etc., afin de contrecarrer les hésitations des capitalistes privés à investir dans des secteurs trop fluctuants au niveau des prix, d'assurer une réserve suffisante de capacité productrice et donc la sécurité d'approvisionnement, d'effectuer l'exploration de nouvelles zones (fonds marins, Antarctique). 4) Depuis la fin 1973 jusqu'à la fin 1975, "eut Leu un accroissement de 50% de l'énorme dette extérieure des pays sous-développés n'exportant pas de pétrole - pays connus comme étant des pays en voie de développement non exportateurs de pétrole'("'Monthly Economic Letter", Citibank, juin 1976).

la combinaison de la période de boom de 1972-73 et de la récession de 1974-75 provoqua une aggravation gigantesque du déficit de la balance des payements des pays sousdéveloppés. Voici l'évolution, depuis 1970, du déficit de la balance des comptes-courants, pour 71 pays sous-développés (PSD) non producteurs de pétrole (pour comparer, nous indiquons le surplus de la balance des comptes-courants des pays exportateurs de pétrole (PEP).

1970 1971 1972 1973 1974 1975) 1976+) (en milliards de dollars) PSD - 6,0 -8, 4 -6, 1 -4,5 -22,0 -26,7 -20,2 PEP 0,5 2,5 2,5 4, 9 59,5 33,9 37,7

+ ) estimation

++) projection L'origine de ces chiffres est claire. Ces pays payèrent plus cher le pétrole, les biens alimentaires, les produits manufacturés, alors que la valeur et le volume de leurs exportations chutaient. La croissance des prix des produits manufacturés en provenance du "centre impérialiste" provoqua un déficit tout aussi grand, en 1974 et 1975, que l'augmentation des prix du pétrole. En fait, les puissances impérialistes prises dans leur ensemble firent supporter aux pays sous-développés non exportateurs de pétrole le coût de leurs importations pétrolières : elles ont augmenté leurs exportations de biens alimentaires, d'armements et de biens d'équipement vers les pays exportateurs de pétrole; elles importèrent moins des pays sous-développés non exportateurs de pétrole; cependant, en 1975, elles accrurent leurs exportations vers ces pays sous-développés non exportateurs de pétrole qui, eux, importèrent moins des pays pétroliers durant le premier semestre 1975 que durant la même période de 1974. (CNUCED, "'International Financial Cooperation for Development", mai 1976). Une telle opération n'était susceptible de fonctionner que dans la mesure où ces pays s'endettaient massivement. En 1974 et 1975, l'ensemble des pays sous-développés non producteurs de pétrole devaient donc trouver 80 milliards de dollars pour financer leur déficit extérieur et le service de leur dette (''World Financial Markets", Janvier 1976, Morgan. G. Trust. Comp.) Les banques privées en allouèrent 36 milliards ! Sur le marché financier européen, les pays sous-développés non exportateurs de pétrole étaient "bénéficiaires" d'eurocrédit à moyen terme pour une somme de 6.331 millions de dollars en 1974 et de 8,840 millions de dollars en 1975 ("'Economia'' de septembre 1976). Cette aggravation drastique de l'endettement des pays sous-développés explique : a) la mise en place de mécanismes de fonctionnement compensatoire du FMI (spécialement pour la catégorie de pays les plus désavantagés); b) les mesures de garanties internationales recherchées par les banques privées qui, dans une période où les taux de profit s'essouflent dans les pays impérialistes, cherchent de nouveaux champs d'activité dans le domaine de "l'aide au développement"' des pays sous-développés (les moins pauvres !): Il faut préciser que le système FMI revient à un système de crédits à un partenaire commercial en difficulté (prêts portant intérêt). Les bénéficiaires pourront y avoir recours, soit

Page 47

dans la limite de leur quote-part, soit en faisant appel à un trust fund approvisionné par les ventes d'or détenues par le FMI (voir ''Economie et Humanisme" mars-avril1976, pp. 37-38 et "Tiers monde'' n° 66, avril-juin 1976, pp. 276-277). Tout cecine coûte pas cher aux puissances impérialistes et devrait permettre de soutenir leurs exportations ! 5) La crise accélérée des systèmes de domination néocoloniale issus des années cinquante et soixante (de Nasser à Peron, en passant par Sukarno), et l'accentuation des contradictions sociales (de 1960 à 1973, le nombre de chômeurs (7) s'est accru de 46% dans les pays sous-développés) incitent de même à la recherche d'une série d'ajustements des rapports "périphériecentre". Les bourgeoisies des Etats semi-coloniaux cherchent une collaboration (économique et militaire) avec leurs partenaires impérialistes, afin de faire face à la crise sociale et économique. Les régimes mis en place en Amérique latine durant cette dernière période sont une facette du "nouvel ordre économique mon -dial"; l'aide qui leur est accordée par la BIRD et le FMI l'indique, 6) La fin de la longue période d'expansion du capitalisme dans le "centre", et surtout la récession généralisée de 1974-75, ont accentué les difficultés de valorisation du capital dans les pays impérialistes. Une des réponses à cette crise consiste à amplifier les exportations de capitaux vers les régions où le chômage chronique, comme les conditions politiques, permettent de rentabiliser au maximum une main-d'œuvre abondante. Cette tendance s'exprime non seulement dans des "vieilles branches!' (comme le textile), ou dans le secteur de l'assemblage (électronique), mais aussi dans une branche comme l'automobile, qui déplace une part significative de la production (et non seullement de l'assemblage) vers le Brésil, l'Iran, etc. Dans cette branche, les déplacements font partie - par exemple pour la Fiat - de la riposte patronale aux luttes ouvrières. Des limites Le débat sur le "nouvel ordre économique mondial'' fut souvent éclairé unilatéralement par les revendications de l'OPEP. Or, sur ce plan, il convient de souligner l'improbabilité qu'un autre cartel de producteurs de matière première puisse renouveler avec succès un tel mouvement (le phosphate est dans une situation intermédiaire). Ceci est dû à l'hétérogénéité des producteurs (qui éclate au grand jour en période de récession), à la contre-offensive bien orientée des multinationales (délocalisation limitée à certains stades de la transformation du minerai, contrôle technologique et financier, exploration et prospection), à la situation objective différente des autres produits, aux rythmes ralentis de l'expansion industrielle dans le futur, etc. Mais, surtout, face à une augmentation intempestive des prix fonctionnera inéluctablement une loi du système capitaliste : il sera rentable d'accélérer la recherche et la production de substituts, d'exploiter les grands fonds marins, d'exploiter avec des techniques radicalement nouvelles des minerais moins riches mais contrôlés par l'impérialisme, etc. Par exemple, une étude faite sur le niveau des seuils d'entrée pour l'exploitation des fonds marins montre qu'une croissance de seulement 6% du prix du nickel (par rapport à celui de 1973) et de 21% pour le cuivre (par rapport à 1973) rend profitable le développement d'exploitations minières simultanées de grand fond de quatre produits : cuivre, cobalt, nickel, manganèse ("'Kyklos'", 1976, vol, 29 fasc. 2, pp. 292 à 309). Ce type de projets explique aussi les confrontations sur la question du contrôle des fonds marins.

!!!

----- photo credits and running heads -----

2) (інни el PERIQU

Page 48

Un autre exemple est cité par le "Harward Business Review" : "On recherche déjà des substituts pour le chrome, le platine, le palladium, l'étain et, dans deux décennies, des substituts seront mis au point pour l'hélium, le mercure, le tungstène , le vanadium, l'argent et le zing" (ibid. p. 145). Quant au déplacement de la production manufacturière, une série de limites surgissent aussi. Si une réponse aux difficultés de valorisation du capital implique son exportation vers les réserves de main-d'œuvre à bon marché, une autre consiste à accentuer l'automatisation de la production dans les pays impérialistes eux-mêmes, afin de réduire le rôle des désavantages salariaux. Ceci neutralise au moins une série de déplacements, si l'on tient compte des problèmes de transports, de proximité et de dimension des marchés, d'intégration verticale de la production. Ensuite, le poids des entreprises du type "'labour intensive'' dans la structure même du système productif décline tendanciellement, ce qui restreint l'ampleur relative de ces "délocalisations", même si l'ampleur absolue pour certains pays semi-coloniaux ne doit pas être sous-estimée. De plus, dans tout ce processus de déplacement d'une partie de l'industrie manufacturière à haut coefficient de main-d'ouvre, du "centre" vers la "périphérie", ceux qui s'approprient sur le marché mondial les surprofits obtenus par les entreprises exploitant cette force de travail "peu coûteuse" ne sont autre que les propriétaires impérialistes. Dans ce cas, si un "nouvelordre" s'instaure, c'est entre le capitaliste horloger qui maintient ses investissements en Suisse et celui qui les a déplacés en Corée du Sud. En effet, la redistribution de la plus-value extorquée se fait bien plus entre eux qu'entre la bourgeoisie de Corée du Sud et la bourgeoisie impérialiste helvétique ! Finade tels déplacements engendrent des contradictions sociales au sein même des pays impérialistes, ce qui en ralentit le rythme. Ils nécessitent aussi la mise en place de conditions polttiques "adéquates"' dans les pays semi-coloniaux, ce qui reste précaire à moyen et à long ter -me, même dans les régions aujourd'hui favorables. S'il est vrai que pour certains pays exportateurs de pétrole un processus d'industrialisation, largement contrôlé par le capital indigène, s'initie, (avec les modifications qui en découlent dans les formes spécifiques de la dépendance) (8); s'il est vrai que, plus globalement, un processus d'industrialisation relative se développe dans de nombreux Etats semi-coloniaux (et creuse encore la différence avec une série d'autres); s'il est vrai que diverses mesures prises à l'échelle internationale accompagnent ce "tournant" dans la structure de l'économie mondiale; tout ceci ne signifie, en dernière instance qu'il y a: "un changement dans les formes de juxtaposition du développement et du sous-développement ou, plus correctement : des niveaux diffé-

Editeur responsable : René Groslambert, 34 rue Nothomb, 1040 Bruxelles renciés et nouveaux dans l'accumulation du capital, dans la productivité et dans l'extraction de plus-value sont en train d'émerger qui, bien qu'ils ne soient pas de même nature, sont toutefois plus prononcés que ceux de "l'époque classique" de l'impérialisme" (9). Enfin, même si la réorganisation internationale du travail prenait l'ampleur - ce qui hors de cause - que voudrait lui attribuer le professeur Tinbergen (voir dernier rapport de l'UNESCO), l'échange inégal sur le marché mondial, comme résultat des différences dans la productivité moyenne du travail entre divers pays, continuerait à fonctionner, indépendamment de la qualité matérielle des produits fabriqués et exportés par les pays semi-coloniaux. Ainsi, l'essentiel de l'ordre impérialiste se mainEn fait, "un nouvel ordre économique mondial" ne peut être réalisé que par les travailleurs et paysans pauvres du monde entier, parce qu'il présuppose une socialisation réelle des ressources à l'échelle mondiale.

3.11.1976. NOTES (1) Voir "The Economic Journal", mars 1973, G. K. Halleiner "Manufactured Exports from less-developped countries and multinational firms". Voir aussi "Teoria e pratica do empresa multinacional", Iniciativas Editorals, Lisboa 1975, article de S. Adam : "As Empresas multinacionals na Década de Sětenta" p. 84-86 (2) Voir rapport du BIT pour la "'Conférence Mondiale Tripartite", Genève 1976, pp. 116(3) Voir "Quaderni del Territorio" n° 1, Ceduc libri, Milano 1976, pp. 78 à 88. (4) E. Mandel, "Late Capitalism", "NLB", p. 370 (5) "Critique de l'Economie Politique"', n°22, p. 16 (6) Pour une critique du système de stabilisation, voir "Tiers monde" n° 66, avril-juin 1976, p. 257 à 264, p. 269 a 276, p. 491, etc 7) Revue Internationale du Travail (BIT) n° 6 décembre 1975, p. 450, article de Yves Sabolo (8) E. Mandel, "Sur l'émergence du capital financier autonome dans plusieurs pays coloniaux", C.E. P. n° 22 (9) "Late Capitalism"', p. 65 (En français, "Le capitalisme du 3ème âge", ed. 10/18, Paris.

Une erreur sur cette page ?