BRESIL "On devra se serrer la ceinture 1976" déclarait le Ministre des Finances Simonsen. Pour comprendre la conjoncture présente, il faut analyser le "miracle économique" qui précéda ; c'est en effet aussi bien la crise de ce modèle que la récession mondiale qui explique la situation actuelle. En permettant une restructuration de l'économie, le cycle déclinant de 1962 à 1967 jeta les bases du "miracle économique" des années 1968 à 1974. La précondition essentielle de ce nouveau cycle fut l'énorme accroissement du taux d'exploitation assuré par les régimes militaires après le coup d'Etat de 1964. Ce changement qualitatif des rapports entre Capital et Travail fut accompagné d'un fort processus de concentration de capital, concrétisé par la politique de "faillite positive", mettant les petites entreprises au pied du mur. On ne doit pas sous-estimer les éléments de la situation, encore que le redressement économique d'après 1968 était fondé en grande partie sur l'utilisation de capacité productive non utilisée auparavant. L'orientation vers le marché mondial et l'incitation à l'exportation des produits manufacturés font partie de ces éléments nouveaux : de 1964 à 1974, la participation du Brésil au commerce mondial a plus que doublé et la participation des produits manufacturés a augmenté d'environ 20% par rapport au total. Ce processus, ainsi que l'augmentation marquée dans les investissements étrangers après 1968, entraîna une intégration plus étroite du Brésil dans le système économique mondial, en même temps qu'une incorporation partielle et sectorielle de l'économie brésilienne dans le circuit international de la reproduction élargie du capital. Le développement d'un capital financier naissant (à savoir le capital bancaire investi dans le secteur productif) fut un élément décisif dans la dernière phase de l'accumulation de capital au Brésil. Après 1964, un système de crédit à la consommation fut développé ; il contribuait au redressement du secteur des biens de consommation durables. Enfin, depuis 1968 se développe un marché de capital à travers la formation de banques d'investissements, la réorganisation des secteurs financiers traditionnels, la fusion de groupes financiers et le développement de la bourse.
- Juan SOSA Evidemment, la concentration du capital industriel se compléta d'un processus de concentration dans le domaine financier. Le développement du capital financier dans le sens de Hilferding (fusion des capitaux bancaire et financier) est de toute façon incomplet tant que ce secteur sera en grande partie spéculatif, basé sur l'augmentation de l'endettement extérieur et articulé seulement partiellement avec le réel processus de production. Dans le n°16/17 d'Inprecor du 16.1.75, Pierre Salama avait déjà signalé que l'économie brésilienne était à un tournant, l'expansion, basée sur la dynamique des secteurs de biens de consommation durables, commençant à atteindre son point limite. En même temps, l'inflation réapparaissait et la balance des paiements devenait un problème grave. Nous devons analyser maintenant la façon dont cette crise s'est développée et comment la bourgeoisie brésilienne envisage la réorientation de l'économie.
22000 12571.
179 9521
853
933 831 €521
5295
60T9 4003
3535
69 70 71 73 78 75 69 70 71 72 73 74 75 1 - Déficit commercial 2 - Dette extérieure
BRESIL
1973 Exportations (f.o.b.) 6,199 Importations (f.o.b.) -6, 192 Balance commerciale (nette) 7 Déficit de la balance des services -1,722 Tranferts nets) 27 Balance compte-courant -1, 688 Mouvements des capitaux (nets) 3,512 Erreurs et omissions 354 Balance nette des paiements 2,178 Réserves internationales (au 31. 12) 6,400 Dette extérieure (brute) 12,900 Dette extérieure (nette) 6,500 chiffres de la Banque centrale chiffres provisoires du FGV L'expansion économique des années 1968 à 1974 fut remise en cause essentiellement au niveau de la balance des paiements et par l'augmentation de la dette extérieure. Les tableaux 1 et 2 illustrent tout à fait clairement l'évolution du déficit commercial (tabl. 1) et la brusque montée de la dette extérieure pour couvrir ce déficit (tabl. 2). C'est précisément cette dette extérieure croissante qui est maintenant la clé de voûte de la domination impérialiste. L'une des réponses des pays impérialistes à la récession fut le renforcement de la politique protectionniste commerciale et financière, et ceci s'exprime de façon concentrée au niveau de la balance des paiements. Le tableau 3 donne une vision plus précise de la balance des paiements. Confronté à l'accablant problème de la balance des paiements, le Ministre des Finances Simonsen sembla avoir choisi, ce qui est dangereux politiquement, de favoriser une récession afin de permettre une augmentation des exportations en restreignant la demande intérieure. La mise en place d'une politique déflationniste fut bloquée l'an dernier par les secteurs les plus significatifs du capital industriel et commercial. Ceci, dans un contexte où le Brésil n'avait pas été trop frappé par la récession mondiale et où les investissements étaient maintenus dans la mesure où des taux de croissance élevés semblaient encore probables. En fait, les rapports des entreprises indiquent maintenant une diminution des stocks de 60% en 1975. Quand une politique "anti-inflation" fut finalement appliquée, elle conduisit à l'approfondissement de la récession économique qui avait alors touché le Brésil.
COFFEE spot position
1974 1975 E per tonne
7,967 8,655 - 12,530 -12, 169 -4, 563 -3, 514 1400 1,450 -2,345 -3, 560
23 -6,885 -7,074
5,712 5,807
124 -- 1,000-1,049 -1,267
5,200 4,000 17,300 22,345 12,100 18,345 Actuellement, l'inflation s'élève à 4% par mois et le taux de 1976 devra vraissemblablement atteindre 50%, ce qui représente le chiffre le plus élevé depuis 1965. En fait, l'inflation fut de 11, 3% au premier trimestre 76, par rapport à 6% pour le premier trimestre 75. Les prix des légumes et des céréales sont montés en flèche durant ces derniers mois; le prix des haricots a doublé depuis janvier et celui des pommes de terre a plus que triplé. D'après les statistiques syndicales de DIESE, le coût de la vie à Sao Paulo a augmenté de 15, 16% durant le premier trimestre 1976. Plus précisément, cela représente 13, 65% pour les groupes à revenus élevés et 16, 75% pour les groupes à bas revenus. En se rapportant au tableau sur l'évolution de la balance des paiements durant les trois dernières années, on peut se rendre compte de la situation actuelle. La dette extérieure a continué à augmenter, dépassant le chiffre des 25 milliards de $, mais bien sûr, seuls les banquiers connaissent l'ordre de grandeur de la dette extérieure que le Brésil pourra contracter. La visite du Président Geisel en France et en GrandeBretagne en mai dernier a procuré une série d'accords, dont paraît-il un crédit d'un milliard de $, mais une aide internationale supplémentaire reste à discuter. Cependant, même si les exportations atteignent le but de 9, 5 milliards de $ cette année, fixé par le gouvernement (ce qui est peu probable, vu qu'au premier trimestre 1976, elles avaient diminué de 5% par rapport au premier trimestre 1975), on s'attend à ce que le rapport dette/exportation s'élève à 2,8 à la fin de 1977. En ce qui concerne l'évaluation tion normale du risque bancaire, cela frise le niveau critique. De toute évidence, le chiffre de 40 milliards de $ sera atteint en 1980, bien que le "Business Trends"' pense qu'il le sera beaucoup plus tôt.
Le "Business Trends", journal bourgeois "bien informé"', prétend que le Brésil "pour -rait être dans une situation encore pire demain que ce qu'elle n'est aujourd'hui. Il s'agit incontestablement d'une situation inconfortable, et seule une forte poussée des exportations peut la renverser". La position du Brésil sur le marché mondial n'est pas si claire, et les tendances contradictoires. D'une part, la charge des importations de pétrole, qui vont probablement coûter 4 milliards de $ et 1976 par rapport à 3 milliards en 1975, se fait croissante. D'autre part, une très forte hausse du prix du café sur le marché mondial (voir tableau ci-dessous) fournit un appui substantiel, si l'on considère que le café est toujours l'exportation principale du Brésil. Enfin, l'exportation d'autres produits agricoles tels le sucre, le mais, le coton, le riz et le soja, a subi les effets du déclin sur le marché mondial. La situation est en général peu favorable, au moins du point de vue des termes de l'échange, qui ont évolué comme suit 1969 100 1973 119 1970 108 1974 96 1971 103 1975 93 1972 108 Ils devraient encore baisser pour 1976. Comme nous l'avons signalé plus haut, tout le "modèle", basé sur l'expansion du secteur des biens de consommation durables (principalement l'industrie automobile) et la concentration des revenus, est en crise depuis 1970, Depuis 1974, le gouvernement militaire est confronté à la tâche de réorientation de l'économie, dans le contexte d'une situation économique mondiale extrêmement défavorable. Le point décisif dans cette reconstruction de l'économie n'est ni le diiemme entre "étatisme" ou "capitalisme d'Etat" et l'entrepriseprivée - comme ont pu nous le laisser penser les débats animés dans la presse économique -, ni entre nationalisme ou intégration ultérieure dans l'économie capitaliste mondiale, L'aspect clé en est bien plutôt le besoin d'effectuer une réarticulation de l'économie, après la fin du cycle de substitution des biens de consommation durables, et de jeter les bases d'un autre niveau d'accumulation du capital capable de substituer l'importation de biens d'équipement et de garantir l'approvisionnement en biens industriels de base, comme l'acier et les sources d'énergie (production hydro-électrique), Cette réorientation des investissements privés et de l'Etat vers le Département I (moyens de production)et la production de capital fixe s'exprime clairement dans le plan économique de 1975-79. Pourtant, ce dernier n'aide pas particulièrement l'industrie automobile, dont le stock d'invendus grandit et dont la croissance décline rapidement. Ces secteurs (industrie automobile, exportation de biens de consommation, secteur financier spéculatif, etc.), qui n'occupent plus la place prioritaire, perçoivent ces changements comme une attaque et ignorent la situation objective du marché. Cela a conduit, l'année passée, à des conflits croissants entre les diverses fractions de la bourgeoisie, et a augmenté les difficultés du président Geisel à maintenir l'hégémonie dans le bloc dirigeant. Si, pendant la reprise ; tout le monde parlait de la "grande puissance du Brésil"', on ne parle maintenant que de conspirations, d'étatisme et des erreurs gouvernementales. Ainsi, bien que la politique du gouvernement constitue un pas en avant pour le capitalisme dans son ensemble, et qu'elle pourrait jeter les bases d'une accumulation de capital renouvelée et intensifiée, des secteurs bourgeois, comme ceux de Sao-Paulo, s'y opposent. Alors que les difficultés pour le régime reposent maintenant au sein des classes dominantes, on ne doit pas sous-estimer la disposition des masses populaires à lutter. En effet, les grèves sont de plus en plus fréquentes depuis fin 1975. Les élections municipales en novembre 1976 peuvent créer de grandes difficultés au régime brésilien, Dans le contexte de cette récession mondiale, il est ironique de relever que Medici, alors dictateur, déclara en 1968 que le "miracle économique placerait le Brésil dans la catégorie des pays avancés, en l'espace d'une génération".