L'ECONOMI
CRISE ET REC
C'est au moment où l'économie mondiale atteignait son point le plus bas depuis la dernière guerre mondiale que le Japon enregistrait sa plus sévère récession depuis cette Depuis l'apogée de la période d'expansion précédente (janvier 1973) au point le plus bas de la conjoncture (février 1975), la production minière et manufacturière a baissé de 20%. La baisse la plus importante enregistrée précédemment était de 9,4%, pendant la récession de 1957-58.
IE JAPONAISE
ONVERSION
Jiro FUJIWARA
De plus, tandis que les précédentes récessions s'accompagnaient d'une chute d'environ 1% du niveau de l'emploi par rapport à la normale, le niveau de l'emploi est tombé d'environ 4% en cette occasion. Cette récession fut aussi la plus importante de l'après- guerre en ce qui concerne sa durée : plus de quinze mois se sont écoulés entre son début et son essouflement. Tout ceci confirme clai -.
rement que nous sommes arrivés à la fin de la période de croissance économique rapide, par l'effondrement des conditions internationales et internes qui en avaient permis le développement.
Les conditions internationales se sont modifiées de la manière suivante : 1) Le système monétaire international s'est effondré, laissant la place à un système de fluctuation des taux de change (1). 2) Le marché mondial, et en particulier le marché US, s'est contracté et a stagné, en raison de la généralisation de la récession économique mondiale. 3) La concurrence des biens en provenance des pays du Sud-Est asiatique s'est aiguisée dans le cadre d'un marché mondial en régression. 4) Les prix du pétrole et des autres ressources minérales ont augmenté. Auparavant, les bas prix de ces denrées avaient garanti un essor rapide basé sur l'expansion de l'industrie lourde japonaise, en particulier de son secteur chimique. Quant aux modifications des conditions internes: 1) La demande en biens de consommation durables, surtout les articles ménagers et les automobiles, s'est considérablement affaiblie. En d'autres termes, le marché intérieur s'est contracté. 2) La pression des revendications ouvrières s'est accrue au cours de la période de croissance rapide, et cela eut pour conséquence une tendance à l'augmentation des coûts salariaux. 3) Des problèmes de pollution et de pénurie de nouveaux sites industriels sont apparus. La surpopulation urbaine et l'insuffisance extrême des dépenses sociales ont entrainé une baisse de l'efficacité et une augmentation des coûts (congestionnement accru des systèmes de transports publics, accroissement des coûts de transport, etc.) Cours suivi par la récession de 1974-75 Contrairement aux récessions précédentes, qui s'étaient annoncées par une chute des investissements en stocks, celle-ci se signala par une chute de la demande finale. Les réductions de la consommation individuelle - de produits de consommation courante - et des investissements en logements privés furent particulièrement prononcées. Dans les phases initiales des récessions précédentes, la demande finale s'était maintenue malgré la baisse des investissements en stocks et en équipements, ce qui avait permis de maintenir l'activité économique, Cette fois-ci cependant, la récession commença par une baisse de la demande finale et les ajustements des stocks intervinrent plus tard. De ce fait, pendant toute la première moitié de 1974, la production minière et manufacturière augmentait en rapport avec l'augmentation du PNB, de même que les niveaux des stocks des entreprises. Ce déclin de la consommation individuelle était largement dû à deux facteurs. L'un était la chute cyclique de la demande en biens de consommation durables - principalement l'automobile et les appareils électro-ménagers -qui avaient été à la pointe de l'augmentation rapide de la consommation privée. Le second facteur fut une chute rapide des revenus réels, causée par une inflation extraordinaire. Mais, pendant que les dépenses de consommation continuaient à stagner, l'ajustement des stocks n'intervint vraiment qu'à l'automne de 1974, La récession fut de ce fait prolongée et accentuée par son mode de développement se décomposant en deux étapes. La chute soudaine de la production minière et manufacturière en automne 1974 eut un effet particulièrement fort. Alors que l'index de production avait baissé de 4,6% entre avril et août 1974, il tomba de 12% dans les cinq mois qui suivirent. C'est aussi après septembre 1974 que le rapport entre l'offre et la demande d'emplois tomba radicalement et que le chômage entama une hausse rapide. Caractéristiques de la récession de 1974-75 La récession de 1974-75 fut aggravée par les contradictions de la période d'inflation qui l'avait précédée. Son développement marqua la fin d'une économie axée sur une croissance rapide. Alors que cette récession débuta par une baisse substantielle des dépenses de consommation privée, et se vit quelque peu prolongée du fait de l'anticipation de l'inflation, la baisse de la production fut particulièrement prolongée et sa durée est sans précédent. De plus, lorsque les réductions furent décidées dans la production et qu'elles commencèrent à s'étendre en prévision de l'accroissement de l'inflation, il devint clair que cela allait s'accompagner d'une chute du taux de profit qui serait, elle aussi, sans précédent. La tendance constante des récessions qui eurent lieu entre 1963 et 1975 est bien connue. Au cours d'une récession, le taux de profit
JAPON avait coutume de tomber à un point bas, qui était chaque fois plus bas que lors de la précédente. Cependant, même comparées à cette tendance, les baisses de profits enregistrées lors de la récession de 1974-75 furent réellement radicales, s'étendant à presque tous les principaux secteurs de l'industrie manufacturière. Dans l'ensemble, les secteurs manufacturiers, dont les profits commencèrent à décliner dans la première partie de 1974, enregistrèrent dans la seconde partie de l'année une baisse de 6,8%. Le résultat de cette situation fut un déclin à long terme des investissements privés d'équipement, causant une dépression des dépenses individuelles et retardant la reprise économique. L'essence de cette récession est donc clairement celle d'une crise fondamentale de surproduction, qui s'est exprimée par le décalage extrême entre la production et la consommation. Les entreprises et la crise Les entreprises japonaises ont toujours financé des investissements à grande échelle, par l'emprunt de capitaux provenant de sources extérieures. Elles ont ainsi constitué une struc -ture dont le point de rencontre entre profits et coûts est relativement élevé. Si elles réduisent la production, leur coût fixe par unité de production augmente, ce qui a pour résultat de faire monter le coût total. En conséquence, lors des récessions précédentes, les entreprises avaient coutume de réagir en passant à la surproduction et à l'accumulation de stocks, avant de réduire la production. Cette fois-ci, cependant, dans des conditions d'extraordinaire inflation, le poids réel des intérêts sur les dettes diminua, de même que le coût d'amortissement des biens d'équipement. D'un point de vue capitaliste, le résultat était que même si la production était réduite, le rapport entre les coûts fixes et le volume de production n'allait pas augmenter. Au contraire, l'augmentation rapide des prix des matières premières - dont le coût est proportionnel au volume de production - provoquerait une réduction de bénéfices qui serait proportionnelle à l'augmentation de la production, à moins d'augmenter les prix des biens manufacturés. Les capitalistes firent donc face en réduisant cette fois - ci sérieusement la production, afin de stopper la détérioration de leurs profits. Il convient aussi de noter que ce glissement vers la récession au début de 1974 s'accompagna de baisses de production inutilement radicales, du fait de la politique précédente d'investissements spéculatifs en stocks. Cette situation était particulièrement remarquable dans les industries les plus sensibles à l'évo -lution du marché, comme les textiles, le papier, etc.
Les réductions de production dans l'industrie manufacturière furent appliquées dans le but de prévenir un déclin des prix. On trouve à la racine de ces pratiques la structure monopoliste en expansion. C'est donc dans ces conditions de récession que les capitalistes tentèrent de réagir par des attaques contre les travailleurs, en leur faisant supporter les contradictions de la période d'inflation. Au début, les réductions importantes de production s'accompagnèrent de nombreuses mesures "d'ajustement de l'emploi", et ce à une échelle encore jamais connue. Cet "ajustement de l'emploi" débuta par des "réductions d'heures supplémentaires" , des restrictions de main-d'œuvre, et par le blocage de l'embauche dans l'industrie saisonnière. Vinrent ensuite les suspensions de renouvellement des contrats des employés temporaires, es previsions de reluc tant de personnel" commencèrent à circuler, et les notifications de licenciement atteignirent même les grandes entreprises. Il est à noter que cette méthode d'"ajustement de l'emploi" est rendue nécessaire par la structure stratifiée, particulière, de l'emploi (le système discriminatoire de travailleurs permanents, d'apprentis, de travailleurs temporaires et de travailleurs à temps partiel) élaborée par les capitalistes japonais au fil des années. Cette récession se caractérise en outre par lé phénomène suivant : la différence dans l'influence ou l'efficacité des politiques de régulation économique. Au Japon, le processus de régulation économique par l'Etat s'est, jusqu'à présent, concentré sur la politique monétaire. Mais un des traits marquants de la récession de 1974-75 fut la lenteur avec laquelle les résultats de ces restrictions monétaires s'étendirent à l'ensemble de l'économie. Les "restrictions à la demande globale' avaient déjà entraîné une augmentation des taux de réserve des banques, en janvier 1973. Cependant, cette politique fut renforcée par cinq augmentations des taux d'intérêt pratiqués par les ban-
Centre avril et décembre 1973. Une augmentation aussi rapide, de l'ordre de 4,75%, était sans précédent. Il fallut néanmoins près deux ans pour que ses effets s'étendent à Caractéristiques du processus de relance La récession qui débuta avec le premier trimestre de 1974 fut considérée comme ayant atteint son point le plus bas au bout d'une année. Les stocks de marchandises dans les mines et le secteur manufacturier, qui avaient conservé une tendance à la hausse jusqu'alors, commencèrent à baisser en janvier 1975. En février 1975, les expéditions commencèrent à augmenter, et la production reprit en mars. Cependant, la reprise dans le secteur des dé-
penses de consommation individuelle était encore faible, et les investissements des entreprises en bien d'équipements stagnaient toujours. Le processus de reprise économique trainait, après que le point le plus bas de la récession fut atteint. Cette reprise fut caractérisée par une stagnation extraordinaire dans le domaine des investissements en nouveaux équipements dans le secteur privé. Bien sûr, la demande finale demeurait faible dans les secteurs comme celui des biens de consommation individuelle et les exportations, etc., et les niveaux des stocks restaient élevés. Mais la cause principale de la stagnation dans les investissements se trouvait dans un refroidissement de la stimulation à l'investissement, dû à la réduction radicale des taux de profit. Il fut dit que "si l'on considère l'ensemble de l'industrie, les rapports de performance de la mi-septembre (1975) montraient qu'une entreprise sur trois cotées à la bourse de Tokyo restait en déficit.' En d'autres termes, le déclin radical de la consommation individuelle, la détérioration des bénéfices d'entreprise et la faiblesse de l'investissement privé s'accompagnent, pour l'économie, d'une "transition du rôle dirigeant de l'investissement privé dans l'équipement à un rôle dirigeant du financement". C'est dans ce contexte qu'une crise se développe au niveau des finances publiques, tant pour les administrations municipales que pour le gouvernement national. Le problème qui sous-tend toute cette situation est celui d'une réorganisation globale des structures mises sur pied pendant la période de croissance rapide. Cette réorganisation vise tant les mécanismes de détermination des prix que les structures monétaires, les salaires et l'emploi. Le glissement vers ce que le gouvernement et la bourgeoisie appellent "une croissance stable" n'est rien d'autre que cela. Depuis le début de 1975, la bourgeoisie n'a cessé de réclamer au gouvernement et à ses instances responsables d'audacieuses mesures anti-récession. Elle était en désaccord sur ce point avec le gouvernement, qui subordonnait toute "politique anti-récession"' à une politique de "contrôle des prix", ainsi qu'à "l'arrêt de l'inflation"'. Mais la politique anti-récession du gouvernement Miki devait prendre en considération shunto de 1975 (2), de peur d'une flambée de la classe ouvrière, qui ne cessait de s'agiter, depuis la lutte pour "écraser marusei" (3), qui se maintint jusqu'au shunto de 1974. La préoccupation au sujet de la direction que pourrait prendre le shunto de 1976 força Mili à se soucier avant tout du problème des prix. L'échec de Miki dans l'application de mesures positives pour la reprise économique provient de ce type de réponse politique issu de la crise de la domination bourgeoise. La bourgeoisie japonaise, afin de préserver ou d'étendre sa part du marché mondial, devait non seulement renforcer la position compétitive de ses exportations, mais elle devait aus -si accélérer le passage à une "croissance stable". C'est ainsi que le monde de la finance a adopté une position ouvertement offensive contre les travailleurs, tout en réclamant une audacieuse politique de relance de l'économie. Ces considérations ont mené la bourgeoisie à accentuer ses attaques, comprenant les licenciements à la fin de 1974, la limite des 15% imposée aux revendications salariales lors du shunto de 1975 et celle des 10% imposée lors du shunto de 1976. La campagne pour briser la combativité ouvrière et imposer des syndicats d'entreprises dans les petites et moyennes entreprises de l'industrie métallurgique et la branche des machines électriques, ainsi que les attaques contre les employés municipaux, furent lancées à cette époque. Ces efforts de la bourgeoisie pour accélérer la transition vers une "croissance stable" ont clairement stimulé le développement de projets pour établir un contrôle d'Etat plus solide et une exploitation plus dure des travailleurs. Ceci a aussi servi à renforcer le système répressif. Cependant, la transition vers la "croissance stable" ne peut certainement s'accomplir à travers un mécanisme purement économique. C'est un problème qui doit nécessairement trouver sa solution dans de féroces luttes de classes.
JAPON La banqueroute de la croissance rapide et la caractéristique de la période de transition L'effondrement de la croissance rapide et le caractère de la période de transition vers la "croissance stable" se remarquent au fait que cette récession s'aggrava non seulement par les contradictions accumulées lors de l'inflation précédente, mais aussi au fait qu'elle a suivi un schéma totalement différent de celui des récessions précédentes. La structure monétaire qui a soutenu la croissance rapide du capitalisme japonais est basée sur une méthode de financement indirect et de taux d'intérêt peu élevé. caractéristiques sont complètement contradictoires. Il faut, pour garantir des taux d'intérêt peu élevés, une situation dans laquelle l'abondance de liquidité des banques est maintenue, grâce à la capacité d'autofinancement des entreprises. Cependant, pour maintenir des investissements sur une grande échelle dans une situation où le taux d'autofinancement est extrêmement bas, des entreprises japonaises ont utilisé des méthodes de financement indirect, et la plupart ont continué ces investissements à l'aide d'énormes emprunts consentis par les grandes banques. Celles-ci se trouvent ainsi maintenues dans un état chronique de pénurie de liquidités, ce qui tend naturellement à créer des taux d'intérêt élevés. Cependant, les grandes banques ont maintenu une politique de taux d'intérêt peu élevés, en empruntant de plus en plus de liquidités à la Banque du Japon, afin de maintenir un équilibre fragile. Parallèlement, dans le cadre de ce financement indirect et de cette politique de taux d'intérêt peu élevés, le gouvernement a pu , jusqu'à présent, exercer un contrôle extrêmement strict sur l'activité des investissements industriels par l'augmentation du taux d'escompte en appliquant des règles de transactions bancaires. La politique économique du gouvernement s'appliquait aisément, à travers la réalisation de ces mesures de politique monétaire. Au cours de la dernière récession, cependant, la régulation économique à travers la vieille politique monétaire est restée presque sans effets. Cependant, ce type de changement - accentuant la capacité d'autofinancement des grandes entreprises - ne tient que par l'établissement d'un système monopoliste à travers les participations croisées des actionnaires des grands trusts. Ce système monopoliste fut développé pour répondre à la structure industrielle, qui devient de plus basée sur l'intensité technologique ...
La transition vers ce type de structure industrielle à haute technologie a déjà été préparée et même réalisée dans une certaine mesure, à travers le processus de croissance de l'industrie lourde (surtout l'industrie chimique) qui avait été à la tête de la période précédente de croissance rapide. Cela signifie que dans ce processus de croissance rapide, tandis que le contenu de la croissance continuait à être basé sur une industrie utilisant beaucoup de ressources, telles l'industrie de l'acier, du pétrole et la pétrochimie, un glissement s'opérait vers la prépondérance d'autres industries, comme les équipements de transport, la construction de machines et l'équipement électrique. Pour répondre au glissement vers ce type de structure industrielle, la tendance à la monopolisation s'est encore accentuée. C'est-àdire que le caractère industriel des principales entreprises est en voie de transformation complète au fur et à mesure de leur pénétration de secteurs où dominaient auparavant les petites et moyennes entreprises, telles la construction de logements et la dis-
Get en détail. Les petites et moyennes entreprises dans les secteurs de l'édition, de la publicité, des équipements d'ordinateurs et d'automation, de même que les développements urbains, ont été progressivement éliminés par les grandes entreprises. Ce sont des industries dans lesquelles il existe, en termes de technologie et de marché, de grandes similitudes entre des firmes fabriquant des produits différents. Cela a pour conséquence qu'il se développe une forte tendance vers la formation et la cohésion de nouveaux groupements de capitaux. En fait, la formation de nouveaux conglomérats répondant à la transformation de la structure industrielle se développe déjà depuis 1968-69. La création de conglomérats, avec à leur tête Mitsui, Mitsubishi et Sumimoto, progresse régulièrement dans le domaine des industries de l'information, du logement, du développement urbain et de la distribution. De nouveaux groupements industriels ont été créés, à travers la détention mutuelle d'actions, dépassant souvent même l'ampleur des cliques financières traditionnelles ou des grandes familles de la classe dominante (les fameux Zaibatsu d'avant la seconde guerre mondiale). En outre, la dette nationale, dont la croissance s'accélère, et les opérations d'achat et de vente de devises étrangères sur le marché des changes, deviennent de plus importantes pour le développement des investissements dans l'automation et les industries annexes accompagnant les modifications de structure. Tel est le contenu réel, pour l'économie japonaise, du glissement du rôle dirigeant des investissements industriels privés en matière d'équipements vers le rôle dirigeant d'opérations de finance.
Le dilemme du passage à la croissance stable Le PS, le PC et la bureaucratie syndicale du Mindo (4) ont une vue totalement erronée du passage du "Plan de Reconstruction de l'Archipel"' (5) de l'ex-premier ministre Tanaka à la politique de "Croissance Economique Stable" du Miki et de Fukuda. Les bureaucrates y voient une transition vers une économie du bien-être. Mais le "Plan de Restructuration de l'Archipel" élaboré par Tanaka n'était pas une simple extension de la politique précédente de
BH 7 3 t PUTE croissance rapide. Il prévoyait déjà le passage à une structure industrielle à technologie intensive et à emploi plus faible de ressources. Il s'agissait d'un plan d'industrialisation qui visait à opérer un passage vers les industries intérieures de type urbain, opération qui incluait le déplacement de certaines usines. Cela signifie que les forces productives de l'économie japonaise forgées dans le cadre d'une croissance rapide, entraient en conflit avec ce cadre même, atteignant un point de saturation totale au niveau du marché intérieur. Les formidables forces productives de l'économie japonaise, débordant déjà les limites nationales, ne peuvent être rationnellement gérées que dans le cadre d'une économie planifiée centralement à l'échelle internationale. Le plan de Tanaka, qui visait à la transformation de ces forces productives, tout en garantissant les mêmes structures et les mêmes profits élevés qu'au cours des années 60, fut donc pulvérisé par les contradictions mêmes du capitalisme. La crise économique et sociale s'exprimant à travers l'inflation extraordinaire de 1962-73 et la profonde récession de 197475 l'a clairement démontré.
La revendication des capitalistes, exigeant une transformation de la structure industrielle, exprime aussi des contradictions du capitalisme qui s'étaient accumulées au cours du processus de croissance rapide. Ces contradictions sont nombreuses et profondes: l'existence d'une importante classe ouvrière concentrée dans les villes et en voie de croissance rapide; un niveau des salaires augmentant à un rythme donné, dans les conditions de pénurie de main-d'œuvre déterminée structurellement; la structure de l'emploi - axée sur le système d'emploi à vie (6) - qui avait jusqu'à présent soutenu le rythme rapide de croissance du capitalisme japonais; le niveau de consommation et de revendications sociales - y compris parmi la petite-bourgeoisie -continuellement stimulé par le processus de croissance rapide; le retard extrême d'investissements en dépenses sociales. Tous ces facteurs sont maintenant devenus d'importants goulots d'étranglement pour la bourgeoisie japonaise. La 'croissance stable' et l'offensive bourgeoise En réalité, la transformation de l'industrie qui se dégage de cette récession, est en train de créer une structure de l'emploi qui intègre une certaine couche supérieure de travailleurs dans le système, tout en éliminant et réprimant de nombreuses couches inférieures de travailleurs, Le passage d'une structure caractérisée par des industries utilisant beaucoup de main-d'ouvre et produisant un volume élevé de marchandises, telles les textiles, les appareils ménagers et les automobiles, au développement d'industries fondées sur un emploi intensif de technologie et orientées vers la recherche, implique une tentative pour changer l'ensemble de la structure de l'emploi. Tandis que d'un côté on a un boom de la demande de jeunes travailleurs à haut niveau d'instruction et d'efficacité , on retrouve de l'autre côté les travailleurs plus âgés, les femmes et les travailleurs saisonniers, qui grossissent toujours plus les rangs des sous-employés et des chômeurs chroniques, Il est clair que la stabilisation du personnel se développant dans les principales entreprises continuera au cours des deux ou trois ans à venir. Un exemple de cette situation est la fermeture de la section de filatures de Tokai Rayon, dont tous les employés furent licenciés. Toyobo Corporation (textiles) a imposé la mise à la retraite volontaire de 2, 300 employés. On dit que chacune des principales entreprises sidérurgiques ont projeté, pour les deux années à venir, le licenciement de 1.000 à 2. 000 travailleurs, la Nippon Steel en licenciant au moins 3. 000. En outre, Mitsubishi Electric a rendu publiques ses intentions de réduire sa force de travail de 7. 000 postes, ce qui repré-
JAPON sente 12% de sa force de travail, d'ici à avril 1978. Fuji Electrical Machinery a fait part de de son intention de réduire le nombre de ses salariés de 2. 000 unités dans les deux ans à venir. En plus de cela, confrontée à la crise financière du secteur public; la bourgeoisie espère arriver au licenciement massif des fonctionnaires municipaux et des travailleurs des chemins de fer japonais. Le gouvernement et la bourgeoisie qui avaient réussi à maintenir les augmentations de la limite imposée de 10%, lors du shunto de 1976 , avec l'aide des directions réformistes du PC et du PS, cherchent à présent à diviser la classe ouvrière. Ils essayent de parvenir à une collusion entre les bureaucraties ouvrières et l'Etat, à travers une politique de "dialogue et de coopération", pour arriver à imposer une "politique des revenus" à la mode japonaise. Confrontés d'un autre côté à une crise financière, ils tentent d'obtenir encore des réductions salariales et des ajustements de personnel par les municipalités, ainsi que des coupures radicales dans les dépenses sociales et des augmentations d'impôts et des tarifs des services publics. Ils sont aidés en cela par le Parti communiste, qui déclare que "les enseignants ont une profession sacrée" et que les employés des administrations locales sont des "serviteurs du public". La confrontation entre le patronat et le mouvement ouvrier sur la question de restructurer les finances des chemins de fer, axée sur la proposition de licencier 160.000 travailleurs, est en voie de devenir un point de rupture décisif. Les actions sur le droit de grève des travailleurs du secteur public deviendra un point de mire pour la situation politique japonaise pendant les prochaines années. La combativité formidable de la classe ouvrière japonaise n'a pas du tout reculé et retient le bras de la bourgeoisie. En outre, l'effondrement du contrôle impérialiste en Asie, dû à la victoire de la révolution vietnamienne, accélère la crise politique de l'impérialisme japonais. L'impérialisme japonais manque des réserves économiques nécessaires pour faire face aux luttes offensives des travailleurs et des paysans, tant dans le pays qu'à l'extérieur. Etant donné la crise actuelle des finances publiques, sa capacité de soutenir politiquement et économiquement la structure militaire contre-révolutionnaire USA-JaponCorée du Sud est extrêmement limitée. Perspectives pour l'économie japonaise La récession atteignit son point le plus bas dans le premier trimestre de 1975 et l'économie commença à s'orienter vers la reprise dans le second trimestre de cette même année. Cependant, le processus de relance a jusqu'ici été très lent et réticent. Le Livre Blanc Economique de 1976, publié par le gouvernement, divise ce processus en trois phases, dessinant les traits caractéristiques pour chacune d'elles. Pendant la première période d'avril-juillet 1975, la production a rapidement repris son élan, après avoir atteint le niveau de récession le plus bas. Ceci fut suivi par une période commençant en été 1975, et pendant laquelle la reprise économique fut interrompue et marqua le pas, en stagnant durant 4 à 5 mois. Dans la troisième période, au cours du premier trimestre 1976, la production repris à nouveau rapidement, avec en tête un accroissement des exportations qui avait commencé à la fin de 1975. A partir de février 1975, la consommation individuelle stagna, et la dépression des investissements de biens quipement se maintenant, le gouvernement déploya ses moyens habituels de remise à flot de l'économie. Mais dans la première partie de 1975, ceci consista surtout consentir des avances sur les investissements dans le secteur public (dont les domaines clé étaient la construction de logements et la réduction de la pollution), strictement mises en oeuvre dans les limites du budget d'origine. Il ne fut pas alloué de crédits supplémentaires. En septembre 1975, confronté au "surplace" économique qui s'était instauré au cours de l'été, le gouvernement lança sa "Phase IV de politique anti-récession". Il s'agissait d'investissements à grande échelle, repréau total quelque 1. 500 milliards de yens (5 milliards de dollars), s'accompagnant de la création d'une nouvelle série de bons
du trésor destinés à couvrir le déficit. Ces Investissements ne parvinrent néanmoins pas à jouer de rôle significatif dans la stimulation de la reprise économique. La reprise dans l'activité de production, qui se révéla à nouveau clairement dans le premier trimestre de 1976, fut entrainée par une augmentation rapide des exportations. Ces exportations, principalement les automobiles et les appareils électro-ménagers, commencèrent à augmenter rapidement dans le troisième irimestre de 1975. D'après le Livre Blanc, cette augmentation des exportations causa une augmentation de 0,9% du PNB dans le dernier trimestre de 1975, et de 2% dans le premier trimestre de 1976, De l'accroissement total de 3, 5% du PNB entre le dernier trimestre 1975 et le premier trimestre 1976, quelque 2% étaient directement ou indirectement attribuables à l'augmentation des exportations. L'économie reprenait donc le chemin d'une évolution favorable, mais cela s'accompagna rapidement d'une hausse des prix de gros, donnant le signal d'une reprise de l'inflation. Si nous examinons la tendance des prix, nous arrivons aux conclusions suivantes. 1) Le taux d'augmentation des prix de gros, dans la deuxième moitié de l'année fiscale 1975, fut très élevé, comparé à ceux observés lors des reprises, après les récessions précédentes. 2) Contrairement à l'expérience passée, cette augmentation relativement rapide se maintint avec les progrès de la reprise. 3) Cette augmentation rapide des prix de gros intervint dans des conditions économiques de déséquilibre sans précédent entre l'offre et la demande (l'industrie opérait encore loin en-dessous de sa capacité totale). Ces traits de la reprise créèrent des pressions visant à accroitre les prix des produits manufacturés, de la même manière que les effets accrus de l'augmentation des coûts fixes créèrent des pressions pour augmenter la production, lorsque celle-ci fut réduite (comme décrit précédemment). La bourgeoisie tente d'échapper à la crise prolongée des profits, causée par la récession, en augmentant les prix des produits manufacturés. Nous pouvons donc nous attendre à ce que pendant la période de début de reprise, l'augmentation de la production s'accompagne d'une augmentation encore plus importante des prix de gros. Les causes principales de la pression en faveur de telles augmentations de prix continuent à agir de plus belle. Avant tout, le coût croissant du financement des investissements et la croissance des investissements pour le contrôle de la pollution abaissent les profits des entreprises.
Cela signifie que dans des conditions de croissance lente, le taux d'investissement élevé que les entreprises doivent assumer devient un facteur de pression sur les profits et une cause profonde des hausses de prix. L'augmentation du coût du capital dans le secteur privé est transformée en augmentation des
BBE BO CO FLID prix, et dans le secteur public, elle est convertie en hausse des tarifs des transports et de la fiscalité. C'est pour cette raison que l'existence même d'un système monopoliste crée un mécanisme inflationniste de détermile mécanisme de financement des entreprises commence aussi à subir la pression de l'énorme augmentation de la dette publique, qui oblige la "Bank of Japan" à intervenir par l'achat de devises étrangères, afin de soulager cette pression, Cela entraine un accroissement des réserves monétaires, qui augmentent à leur tour le processus inflationniste. L'actuelle reprise économique semble donc suivre la courbe prévue par Ernest Mandel : une reprise économique commençant fin 1975, et une nouvelle et plus importante accélération de l'inflation à partir de 1977, suivie par une autre récession, Et l'on peut déjà constater qu'alors que la reprise commence à peine, l'augmentation des prix de détail atteint déjà un niveau dangereux. Les prix de gros se sont accrus de 1% entre juin et juillet 1976, et il semble que ce taux d'augmentation persistera encore pendant sept ou huit mois. Cela correspond à un taux d'inflation annuel à deux décimales (à peu près 12, 7%). Une telle augmentation des prix de gros ne peut naturellement que s'étendre aux prix de consommation. En fait, c'est l'expérience que nous faisons actuellement, car des augmentations du prix de l'électricité, du gaz de ville, du riz, des chemins de fer publics et privés et des services de télécommunication sont prévues. Si la reprise économique s'accompagne d'une résurgence de l'inflation, il existe le danger de voir appliquées à nouveau des mesures de politique anti-inflatoires, dans une situation où la reprise n'est encore que temporaire, et où des investissements suffisants ne pour -ront être entrepris pour obtenir une amélioration qualitative des capacités de production.
JAPON Nous pouvons en conclure que la direction que suivra la reprise déterminera l'avenir de l'économie japonaise pour plusieurs années. Le Livre Blanc Economique de 1975 indique que la clé d'une reprise à long terme de l'économie réside dans la tentative de faire tenir cette reprise non pas par l'augmentation des produits manufacturés, mais par l'élévation du niveau opératoire de l'industrie, tout en tentant de contrôler autant que possible le développement de l'inflation. C'est dans ce but que les investissements fiscaux, destinés à soutenir la reprise doivent être mis en œuvre sans tarder. Cependant, la crise gouvernementale actuelle, déclenchée scandale des pots-de-vin de la Lockheed retarde l'adoption du budget pour l'exercice en cours, et freine donc la reprise. Celle-ci est clairement en voie d'atteindre un point limite, au-delà duquel elle ne peut plus progresser par le seul support des exportations. Les entreprises commencent à ressentir le besoin impératif d'augmenter les prix des produits manufacturés. Il est sûr que la position compétitive des exportations du capitalisme japonais n'a pas tellement faibli, malgré le coup que leur porta la crise du pétrole. Au début, suivant le système de fluctuation des taux de change, le yen put perdre de la valeur par suite de l'érosion de son pouvoir d'achat sur le marché intérieur. Cela eut un effet bénéfique sur les exportations japonaises, les rendant relativement meilleur marché, à un point tel que la position compétitive des exportations japonaises du secteur des machines dépassa celle de la République Fédérale Allemande. Ce sont cependant les "ajustements de l'emploi" qui ont sous-tendu cette tendance, c'est-à-dire que les travailleurs temporaires et à temps partiel, ainsi que les ménagères ou les membres de familles d'agriculteurs qui s'étaient embauchés dans les usines (la main-d'œuvre "d'immigration'' du Japon) furent sacrifiés. (C'est à cause de cette structure de l'emploi que le taux de chômage du Japon est truqué, pour ne laisser paraitre qu'un niveau de chômage peu élevé). Un autre problème est que l'expansion des exportations résultant de la valeur réduite du yen dans le système des taux de change flottants est menacée par les tendances actuelles du marché mondial des devises, où le taux de change du yen tend à augmenter. Ce facteur est lié à une perspective d'amélioration de la situation économique du yen, qui garantira les investissements en matière d'équipement, afin de renforcer les capacités de production. Mais il faut aussi y voir l'influence des perspectives d'accroissement des exportations. Dépendre uniquement d'une augmentation unilatérale des exportations, due aux effets d'un taux de change constamment maintenu à un bas niveau par des opérations de dumping sur les marchés de change des devises, renforcerait la tendance aux restrictions sur les importations dans les pays capitalistes avancés, et détruirait probablement l'équilibre du commerce mondial. Il semble bien que la situation évolue de plus en plus dans ce sens. De toute manière, l'économie japonaise continuera probablement dans sa reprise actuelle, jusqu'à la fin de 1976, et même jusque dans la première moitié de 1977. Mais il semble plus que probable que la reprise se terminera relativement rapidement par une résurgence accrue de l'inflation à deux décimales, et que cela provoquera une politique de dumping en matière de devises, et des restrictions à l'importation de la part des pays capitalistes avancés. Une telle situation ne peut qu'être exacerbée par l'actuelle crise gouvernementale de la bourgeoisie japonaise.
23.8.1976 NOTES (1) La désorganisation de l'économie japonaise, suite à la surprise de la dévaluation du dollar en 1971, est connue sous le terme de "dollar shock". Une année après l'abolition des taux de change fixes, l'inflation grimpa de plus de 30% au Japon. (2) Le shunto est la traditionnelle offensive ouvrière de Printemps, menée en avril lors de la rénégociation des contrats collectifs par les syndicats. (3) Marusei était une politique de productivité consistant en une rationalisation et une accélération des cadences, que le gouvernement tenta d'imposer aux travailleurs des chemins de fer, des postes et des services publics, en 1972. (4) Mindo est la fraction de l'aile gauche de la social-démocratie, qui contrôle la Sohyo, la plus importante fédération syndicale japonaise, depuis les années 50. (5) Le "Plan de Restructuration de l'Archipel" était la politique de redressement économique du cabinet Tanaka. Il s'agissait de mettre en œuvre de vastes travaux publics, afin de faciliter le développement de l'industrie. Le mouvement ouvrier réagit vigoureusement contre ce plan, considéré comme un énorme cadeau consenti à l'industrie lourde, au moment où les dépenses gouvernementales en matière sociale étaient foncièrement inadéquates. (6) Pendant la période de l'après-guerre, une une importante couche de travailleurs dans les principales entreprises se vit garantir un emploi permanent à partir de l'obtention d'un poste donné. Ce secteur relativement privilégié de la classe ouvrière est la principale base de la Domei, la fédération syndicale social-démocrate de droite.