Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

Une reprise hésitante, inégale et inflationniste

· Inprecor (première série) n° 61-62, 11 novembre 1976 · p. 3-16 · 10 477 mots

Économie mondiale Japon et Corée Allemagne France

1. La reprise est un fait, de

même que le retour au chômage

Il n'y a pas de doute que la récession généralisée de l'économie capitaliste internationale a pris fin en 1975 - plus tôt aux Etats-Unis, plus tard en RFA, au Japon et dans les autres pays impérialistes. Depuis lors, une phase conjoncturelle de reprise économique lui succède. D'un point de vue marxiste, il n'y a qu'un critère fondamental pour juger s'il y a récession ou reprise de l'activité économique : la tendance de la production matérielle et, étroitement liée à celle-ci, la tendance à l'accumulation du capital (le volume et le réinvestissement des profits). Prendre comme critère de la reprise la tendance du chômage ou celle des salaires réels, c'est se tromper sur la nature du régime capitaliste. Celui-ci constitue un système de production dans lequel le profit et l'accumulation du capital sont les buts de l'activité économique. Le volume de l'emploi ou l'évolution des salaires réels ne sont que des épiphénomènes. Mieux : la situation "'idéale" pour le capitalisme, c'est précisément une phase du cycle où, du moins à certains moments de son histoire, l'accroissement de la production s'accompagne d'un fort volume de chômage et d'une stagnation ou même d'une baisse des salaires réels. C'est précisément pendant de telles périodes que la production de plus-value bat tous les records.

Dans ce sens, le retournement de la conjoncture qui s'est produit à la fin de l'année 1975 ne souffre pas de discussion, Il s'exprime nettement dans les chiffres que voici :

EVALUATION DE LA PRODUCTION INDUS-

TRIELLE (en % par rapp, à l'année précédente)

19.75 1976

Etats-Unis 8,9 + 10,0

Allemagne occidentale - 6,2 + 8,0

Japon - 10,9 + 15,0

France - 7,3 + 9,5

Grande-Bretagne - 4, 8 + 2,0

Italie 9,8 + 3,5

Canada - 4,6 + 4, 0

Australie - 6,3 + 5,5

Belgique - 10,0 + 10,0

Suède - 1,8 0,0

("'Veckans Affärer", 2 septembre 1976) Ces chiffres devront sans doute être corrigés dans le sens de la baisse pour 1976, vu le ralentissement de la reprise au cours du deuxième semestre de 1976. Mais le renversement de la tendance est trop net pour être remis en question, à moins d'utiliser des critères non-matérialistes pour l'analyse des fluctuations conjoncturelles en régime capitaliste. Si la reprise est un fait, il s'agit cependant d'une reprise qui se produit avec des caractéristiques tout-à-fait particulières que nous avions correctement prédites lorsque la récession était encore en cours, et que les observateurs enregistrent aujourd'hui après coup. La croissance est trop limitée pour résorber le chômage. La "fonction historique" de la récession 1974-1975, pour la bourgeoisie internationale, c'est précisément d'en finir avec le "plein emploi" comme "objectif prioritaire" de la politique économique des gouvernements bourgeois, et de réintroduire un chômage massif permanent pour peser sur le "marché du travail"', L'octroi du prix Nobel des sciences économiques au professeur Milton Friedman en 1976 est, de ce point de vue, symbolique de la "contre-révolution anti-keynésienne" qui s'est produite dans le domaine de l'idéologie bourgeoise. Des porte-paroles attitrés de la bourgeoisie internationale, de même que des représentants de la science bourgeoise, ne mâchent d'ailleurs pas leurs mots à ce propos. Le professeur Karl Brunner, chef de file des "monétaristes" suisses, affirme : "Si on veut éliminer l'inflation, il y a un prix à payer et ce prix, c'est le chômage. Le chômage est donc le coût social pour en finir avec l'inflation. Et ne venez pas me dire qu'il existe une autre issue, ce n'est pas vrai" (Interview publiée par la revue belge "Tendances-Trends" du 8 septembre 1976). On ne saurait mieux confirmer l'analyse faite par "le Capital" de Marx, il y a plus d'un siècle, que le capitalisme ne peut survivre à la longue sans une armée de réserve industrielle, c'est-à-dire sans le chômage. Tous nos bons sociaux-

Page 4

démocrates et néo-réformistes qui affirmèrent que "l'économie mixte" dans laquelle nous sommes censés vivre ne serait plus une économie capitaliste, en auront été une fois de plus pour leurs frais. L'ampleur du "résidu" de chômage structurel laissé par la récession 1974-75 est considérable, ainsi qu'en témoignent les chiffres que voici :

CHOMAGE COMPLET EN SEPT. 1976

DANS LES PAYS CAPITALISTES

USA 7.400.000

Grande-Bretagne 1.319.000

Italie 1.145.000

Japon 1.130.000

Allemagne occidentale 899.000

France 841.500

Benelux 444.000

("'Financial Times" du 25 octobre 1976, sauf pour l'Italie : "Le Soir" du 28 octobre 1976) Si on ajoute à ces chiffres ceux concernant l'Espagne, le Canada, l'Australie et le Danemark, on atteint facilement les 14, 5 millions de chômeurs complets, ceci sans tenir compte du chômage saisonnier de l'hiver, ni des jeunes quittant l'école et n'ayant jamais trouvé d'emploi, ni des femmes qui, pour reprendre le langage philantropique de la science bourgeoise, "se sont volontairement retirées du marché du travail". Or, au point le plus bas de la récession, le chômage n'avait guère dépassé le chiffre de 17,5 millions dans les pays impérialistes. C'est dire que la reprise a permis, en tout et pour tout, de remettre au travail quelque 15 % des chômeurs. Plus de 80 % des chômeurs frappés par la crise n'ont pas retrouvé du travail pendant Particulièrement dramatique est, à ce propos, l'accroissement du chômage des jeunes. Selon le "Mondo Economico" de Milan, 62% des chômeurs complets italiens en avril 1975, soit 775.000 chômeurs, étaient des jeunes entre 15 et 24 ans, dont 620. 000 attendaient un premier emploi (n° du 28 février 1976). Aux EtatsUnis, en juillet 1976, 10% des jeunes âgés de moins de 20 ans et ayant terminé leurs études, sont au chômage. Chez les jeunes Noirs âgés de 16 à 19 ans, le taux de chômage a atteint 34,1% ("'Business Week", 20 septembre 1976). 2. La reprise est nettement inflationniste Si l'on examine les causes du returnement de la conjoncture, on s'aperçoit que la récession a été stoppée et la relance initiée par les énormes déficits des budgets publics en 1975. Rien que pour les principaux pays impérialistes, le montant global de ces déficits s'élève sans doute à plus de 160 milliards de dollars. Il faut souligner en passant, qu'au cours des années 1974, 1975 et 1976, il y a eu renversement du rapport entre l'endettement privé et l'endettement public comme source principale de l'inflation. Pour la première fois depuis une longue période, la croissance de la dette publique a pris le dessus sur la croissance de la dette publique; celle-ci a non seulement connu un taux de croissance déclinant, elle a même eu tendance à stagner. Vu la conjonction entre un relèvement du taux de profit, une liquidité plus grande des trusts industriels et un démarrage très lent de leurs investissements, ceux-là ont réduit quelque peu le recours excessif aux prêts bancaires, caractéristique de la phase A première vue, il peut paraitre paradoxal de parler d'une reprise inflationniste, alors que tout le monde souligne le ralentissement du rythme de la hausse des prix. Ce ralentissement est un fait en 1976, si on compare le taux d'inflation au taux record des années 1973 et 1974. Mais il n'en va plus de même, si on compare le taux d'inflation de 1976 à la moyenne des années soixante. Il en résulte clairement que le taux d'inflation est largement supérieur à celui qui règne depuis la deuxième guerre mondiale dans l'ensemble de l'économie capitaliste internationale. En fait, le coût de la vie et les prix des biens de consommation n'ont cessé d'augmenter, même en pleine récession, et ce malgré une chute brutale de presque tous les prix des matières premières et une mévente caractérisée dans de nombreux marchés.

Page 5

(Tiré de "OCDE, Economic Outlook", décembre 1975 et (a) de "The Economist"

Pays Moyenne 1959-60 à 1972-73 Etats-Unis 2,6 RFA 3,3 Japon 6,0 France 4,5 G-B 4,1 Italie 4, 6 Canada 2, 6 Pays-Bas 5,0 Suède 4, 6 du 23 octobre 1976). La nature inflationniste de la reprise confronte le capitalisme international avec un dilemme. Ou bien les gouvernements continueront à accorder la priorité à la "lutte contre l'inflation". Dans ce cas, ils seront amenés à prendre de sévères mesures de déflation dès que l'inflation s'accentue un tant soit peu, ou dès que, dans un pays déterminé, elle s'écarte trop de la moyenne internationale, Cela signifiera casser net la reprise. C'est actuellement le cas en Grande-Bretagne où, en plein marasme économique, alors que la production industrielle stagne pratiquement, le taux d'intérêt a été amené à 15% et des réductions sensibles ont été imposées aux dépenses publiques (réductions que les banquiers internationaux, qui doivent "dépanner" la livre sterling avec des prêts de plus en plus considérables, considèrent encore insuffisantes, il est vrai). On escompte, de ce fait, pour l'hiver 1976-77, une augmentation du niveau du chômage en Grande-Bretagne d'un demi-million d'unités, ce qui l'amènerait aux environs de deux millions. Sans aller aussi loin, le "plan d'austérité' que le gouvernement Andreotti vient de décider en Italie, avec l'approbation du Parti communiste, s'oriente dans la même voie et inclut également un taux d'escompte de 15%. Ou bien les gouvernements bourgeois s'abstiendront de toute mesure anti-cyclique dans la première phase de la reprise, afin de ne pas freiner celle-ci. Dans ce cas, on assistera vraisemblablement dès l'année prochaine, à une accentuation quasi-universelle de l'inflation (avec une exception possible pour la Suisse et la RFA, grâce aux réévaluations en cascade des devises de ces pays), ce qui amènerait tant la France que le Japon dans la catégorie des pays subissant une inflation à deux chiffres (doubledigit inflation) et obligerait ces mêmes gouverne-

HAUSSE MOYENNE DU COUT DE LA VIE

1974

1975

11,4

8,0

7,0

5,8

24,4

12,2

13,7

11,8

21,5

15, 1

16,8

19,1

10,5

11,0

10,0

10,5

9,9

9,5 tat,:

non cumulative tion, de l'inflation.

c'est-à-dire qu'il

D'août 1975 à août 1976 et de septembre 1975(°) à septembre 1976 (a) 6, 0 4,0 (°) 9,0 9,5 14,5 (°) 17,0 6, 0 9,0 (°) 9,5 ments à prendre des mesures déflatoires plus sévères vers la fin de 1977, précipitant une nouvelle récession en 1978 ou au début de 1979, A moyen terme, les deux variantes de la politique bourgeoise aboutiront d'ailleurs au même résulcar une reprise cassée glisserait, elle aussi, vers une récession fin 1978-début 1979, par suite, notamment, de l'effritement de la demande de biens de consommation résultant de l'accroissement du chômage. 3. La reprise est hésitante et Une des caractéristiques principales de la reprise économique actuelle est son caractère hésitant et non cumulatif. Le fameux "multiplicateur" n'a pas fonctionné, ou n'a fonctionné que de manière partielle et inadéquate. Les raisons essentielles en sont les suivantes : a) La demande interne de biens de consomma-

"relancée" par les énormes déficits budgétaires de 1975 et 1976, n'a pas pu progresser dans les proportions escomptées et a même commencé à stagner, par suite du maintien, sinon de l'aggravation du chômage structurel et Il y a lieu de distinguer ici deux phénomènes. Aux Etats-Unis notamment, malgré le maintien du chômage structurel, le volume total de l'emploi et donc des revenus des ménages, a augmenté (ce qui explique la reprise). Entre mars 1975 et septembre 1976, l'emploi est passé de 83,8 millions à 87,8 millions de personnes, c'est-à-dire qu'il a augmenté de 4 millions. Le revenu des ménages est passé de 1,194 milliards de dollars à 1,392 milliards de dollars,

La augmenté de 16,5%./ Mais vu un taux d'inflation de 9% sur 18 mois, l'accroissement du pouvoir d'achat global n'a été

Page 6

que de moins de 7%. (Tous ces chiffres proviennent de "Business Week" des 21 et 28 avril1975 et des 25 octobre et ler novembre 1976). Cela donne une reprise, mais une reprise fort modeste. Vu le maintien d'un chômage important et le maintien de l'inflation, vu surtout la stagnation sinon le recul des salaires réels, le pouvoir d'achat global des consommateurs cesse de croître dès la fin de la première phase de la reprise. b) La relance des investissements productifs est beaucoup plus lente et beaucoup plus modeste que prévue. La cause principale n'en est pas tant le bas niveau du taux de profit (en hausse très nette aux Etats-Unis, où les masses de profit se sont accrues de 30% en 1976, au Japon et en RFA) que l'existence d'une forte capacité excédentaire dans presque toutes les branches industrielles, liée à peu d'espoirs d'une forte expansion du marché. On peut trouver une confirmation éclatante de ces réticences dans le fait que le volume des prêts bancaires aux entreprises américaines se situait, dans la semaine se terminant le 29 septembre 1976, à l16,6 milliards de dollars, contre 123, 5 milliards en septembre 1975, soit une diminution de plus de 5,5%%, ce qui représente, en prix stables, une réduction de plus de 10% ("'Business Week" du 25 octobre 1976.) En Grande-Bretagne, non seulement il n'y a pas eu de relance des investissements productifs, maix ceux-ci ont baissé (en prix fixes de 1970) de 2, 13 milliards de £ en 1970 et de 2 milliards de £ en 1974 à 1, 74 milliards de £ en 1975 et 1, 66 milliards de £ en 1976 ("'Financial Times", 5 octobre 1976). Pour le mois d'août 1976, "'Business Week" (du 4 octobre 1976) évalue le taux d'utilisation de la capacité productive de l'industrie manufacturière aux USA (US facturing operating rate) à 77%. "Newsweek" donne un pourcentage légèrement plus élevé, d'après des sources gouvernementales, à savoir celui de 82%. Mais la "Federal Reserve" (banque centrale des EtatsUnis) évalue ce taux d'utilisation à seulement 73, 6% au troisième trimestre de 1976 ("'Business Week" du ler novembre 1976). La situation est encore pire en Grande-Bretagne, en Italie et au Japon, où le taux d'utilisation de capital installé est de 80 % au début de l'automne 1976. Dans un article portant le titre éloquent "Où est le boom des dépenses d'investissements, ". "Business Week" du 13 septembre écrit : "Aux Etats-Unis, la dépense de capital se situe encore à quelque 9% en-dessous du sommet atteint il y a plus de deux ans et demi, dans la seconde moitié de 1973. Au Japon, la dépense de capital se situe 24% en-dessous du taux de cette même période de 1973. Dans les quatre principaux pays d'Europe occidentale (Allemagne, Grande-Bretagne, France et Italie) l'écart est de 11 %. Et si les Etats-Unis semblent actuellement en voie de développer la reprise en dépense de capital la plus réussie de tous les pays avancés, la croissance y demeure tout de même plus basse cette année qu'au cours de n'importe laquelle des cinq reprises économiques de la période de l'après-guerre". c) La "crise fiscale de l'Etat" ne permet pas d'accroitre davantage les dépenses publiques. En fait, la pression de la bourgeoisie va partout dans le sens d'une réduction, voire d'une suppression des déficits budgétaires précédemment apparus. L'accroissement énorme de la dette publique a été le prix payé par le régime dans presque tous les pays impérialistes pour la tentative de transformer, encore une fois, la menace de crise catastrophique, du type de 1929-32, en récession plus limitée en profondeur et en durée, fût-ce la plus grave depuis la deuxième guerre mondiale. L'ampleur de cet accroissement n'apparait pas seulement dans les grands pays impérialistes, mais aussi dans les pays plus petits, par exemple l'Autriche et la Suède, où les gouvernements sociaux-démocrates ont réussi à limiter fortement l'ampleur du chômage en 1974-75. La "performance socio-économique'' de ces gouvernements est certes au-dessus de la moyenne, tant en matière de défense de l'emploi qu'en ce qui concerne le maintien des revenus réels des travailleurs. Cela s'explique essentiellement par la manière particulière dont ces pays sont insérés dans le marché mondial. Mais un facteur additionnel, c'est l'accumulation de réserves qui ont permis une politique anti-cyclique plus audacieuse en 1974-75 que celle d'autres gouvernements, sans provoquer une inflation à double chiffre. Cependant, l'accroissement de la dette publique a été foudroyant dans ces pays. Il est dès lors peu probable qu'ils pourront répéter cette performance lors de la prochaine récession.

DETTE PUBLIQUE AUTRICHIENNE

Années En chiffres absolus En % du PNB

(en mrd. de Sch.)

1972 49,8 10,62

1973 56, 2 10,55

1974 61,3 10,0

1975 100, 3 (!) 15,34

1976 134,2 18,52

1977 (prév.) 165,6 20,5

(''Die Presse", 22 octobre 1976) Dans ces conditions, il est exclu que l'évolution des dépenses publiques accélère la reprise dans la plupart des pays. Un cas exceptionnel pourrait être celui des Etats-Unis, au cas d'une victoire électorale de Jimmy Carter aux élections présidentielles, ses conseillers économiques prônant une politique budgétaire et monétaire légèrement plus stimulante que celle de l'administra-

Page 7

tion Ford. Mais pareille "relance de la reprise" en 1977 serait presqu'à coup sûr compensée par une pression déflationniste plus forte en 1978, vu l'accélération de l'inflation qu'elle provoquerait. Les prévisions de croissance du PNB de tous les principaux pays impérialistes, sauf les USA, ont dû par conséquent être révisées dans le sens de la baisse autant par l'OCDE que par des sources privées (Chase Manhattan Bank, Mc Graw-Hill, etc.), ainsi qu'il ressort du tableau suivant:

TAUX DE CROISSANCE DU PNB EN 1976

Pays Prévisions pour Prévisions le ler semetre pour octobre 1976 1976

France + 9,0 % + 5,0 %

RFA + 8,0 % + 4,5 %

Japon + 7,5 % + 5,6 %

G-B + 4,5 % + 0,5 %

Italie + 4,3 % - 3,5 %

("'Business Week" du ler novembre 1976) En fait, au Japon, la production industrielle a en effet diminué de 1,7 % en août 1976, de nouveau de 1% en septembre et on s'attend à une nouvelle réduction en octobre, suivie dans le meilleur des cas d'une nouvelle reprise en novembre 1976 ("'Financial Times' du 28 octobre 1976). La lenteur de la reprise et la stagnation des investissements ont d'ailleurs provoqué une véritable nouvelle récession dans la sidérurgie européenne, où l'on s'attend, pour le quatrième trimestre de 1976, à une production baissant vers 30 millions de tonnes, le niveau de récession de 1975, inférieur de près de 25% à celui du quatrième trimestre de 1974 (''Financial Times" du 11 octobre 1976). 4. La reprise est internationalement et sectoriellement inégale

Alors que les pays impérialistes sont presque simultanément entrés dans la récession 197475, ils n'ont pas connu une reprise simultanée, ni une reprise de la même ampleur. Le mécanisme international de la reprise a été grosso modo le suivant: a) Relance de la production aux Etats-Unis, dès le Zème trimestre de 1975, stimulée notamment par une forte reprise du secteur automobile (l'industrie du bâtiment, l'autre secteur détonateur de la crise, continue à retarder sur les secteurs des biens de consommation non durables et durables, et maintient son activité à un niveau très bas) (1). b) Reprise au Japon et en Allemagne occidentale, en décalage d'environ six mois sur celle des Etats-Unis, surtout sous l'impulsion d'un essor des exportations.

c) Reprise, simultanée avec la reprise allemande, dans la plupart des pays de la CEE et dans des pays comme l'Autriche et la Suisse, fortement "adossés"' à la CEE. Mais, alors que la reprise allemande et japonaise continue à être nourrie par l'essor des exportations pendant toute l'année 1976, il y a brusque cassure de la reprise en France Benelux au 2ème semestre de 1976, à la fois sous l'effet d'une moindre compétitivité des produits exportés, d'une hausse des prix supérieure à celle des produits allemands, et de mesures déflationnistes prises par les gouvernements pour combattre l'inflation. d) En Grande-Bretagne et en Italie : reprise beaucoup plus hésitante, qui vire à la stagnation sous l'effet des sévères mesures déflationnistes qui "étranglent" littéralement la reprise, e) Fait très important : sauf en ce qui concerne le Japon, l'expansion américaine aux premiers mois de 1976 n'a pas été accompagnée d'un essor prononcé des importations en provenance des pays impérialistes (les pays semi-coloniaux ont pu accroitre leurs exportations de matières premières, tant en valeur qu'en prix). Cela se traduit par le fait que la balance commerciale américaine a été créditrice en 1975 ce qui, dans dans le système monétaire actuel, fondé pratiquement sur le dollar non-convertible, exerce en fait une ponction déflationniste sur le commerce mondial. Quelle sera l'interaction de ces facteurs différents dans les 6 à 9 mois à venir ? Une pour -suite de pratiques protectionnistes aux EtatsUnis (y compris une nouvelle chute du dollar par rapport aux monnaies européennes et au yen), combinée avec une accentuation de mesures de déflation en Grande-Bretagne, en Italie et même en France, briserait net l'expansion du commerce mondial, qui a repris depuis un an. Déjà, le cours des matières premières, qui avait été en forte hausse depuis le début de la reprise, a évolué dans le sens de la baisse depuis plusieurs mois. L'indice en dollars des prix des matières premières industrielles était en baisse de 2,5% au 12 octobre 1976, par rapport au début septembre et l'indice des métaux en baisse de 10,5 %. Si l'indice des matières premières alimentaires était encore en légère hausse (+ 0,3% en un mois), cela est dû exclusivement à la hausse du café et du cacao, causée par des récoltes très mauvaises. En fait, malgré la sécheresse en Europe, les autres matières premières alimentaires étaient orientées vers la baisse, qui a pris une ampleur considérable pour des produits comme le sucre (dont le cours s'est effondré de 38 à 8 US cents par livre). La récolte mondiale de céréales 1976-77 sera, pour la première fois depuis longtemps, supérieure à la consommation, De ce fait, les stocks de céréales, qui avaient diminué de 100 millions de tonnes au cours des sept dernières années, seront augmentés de 25 millions de tonnes, et les prix sont en baisse ("'Frankfurter Allgemeine Zeitung" du 29 octobre 1976). Pour le cuivre, la chute, depuis juillet 1976, est de plus de 20% et ramène le prix aux environs du

Page 8

niveau de la récession. Pour l'ensemble des métaux, la chute cumulative depuis le début juillet 1976 au début octobre est de l'ordre de 12 à 15% ("'The Economist"' du 7 août, du 11 septembre et du 16 octobre 1976).

THE UNITED SIMES OPAMERICA B 06402365D 1 2 B 064023650 2 Si, par contre, aux Etats-Unis la pression protectionniste se relâche quelque peu, si l'inflaau Japon, et si la Grande-Bretagne commence à cueillir les fruits de la chute vertigineuse de la livre sterling dans le domaine des exportations et de la production, les écarts de la reprise entre les différents pays impérialistes pourraient s'atténuer quelque peu. Mais même dans ce cas, il y aurait une différence substantielle entre la hausse de la production en 1977 aux USA, au Japon et en Allemagne occidentale d'une part, et celle de la GrandeBretagne et de l'Italie de l'autre, la France occupant une position intermédiaire entre les deux catégories de pays. Sur le plan des principales branches industrielles, l'inégalité de la reprise n'est pas moins prononcée qu'en ce qui concerne les principaux pays impérialistes. L'automobile, partie en trombe, retrouve une vitesse de croisière nettement en dessous des années d'expansion. Il se confirme que l'expansion du marché de cette branche est, pour l'essentiel, terminée, sauf dans quelques pays comme le Brésil, et que la demande devient presqu'entièrement une demande de remplacement. La sidérurgie est toujours en dépression, de même que la construction navale et le bâtiment (ce qui entraîne le marasme de l'électro-ménager). L'essor marque par concontre la chimie, la construction des machines (surtout à l'exportation), l'électro-technique et le secteur d'équipement énergétique (avec une forte pression vers le renouvellement technologique en électronique, où la miniaturisation secoue le secteur des grands computers).

5. L'aggravation de la concur-

rence internationale L'inégalité de la reprise économique dans les différents pays impérialistes ne peut qu'accentuer la lutte de concurrence inter-impérialiste. Cette accentuation a pris différentes formes au cours des derniers mois.

a) Un recours prononcé à des mesures protectionnistes dans les pays impérialistes les plus faibles, avant tout en Italie (dépôt obligatoire de 50% de la valeur des exportations et impôt sur l'achat de devises) et en Grande-Bretagne. La question de l'introduction généralisée de mesures de contrôle quantitatif des importations est d'ores et déjà posée en Grande-Bretagne. b) Il en résulte forcément une crise encore plus prononcée du Marché Commun, avec la sortie du franc français du "serpent"' des monnaies européennes, réduit de ce fait au DM et à ses satellites (qui ne se maintiennent d'ailleurs au

Ice "serpent" qu'avec des difficultés croissantes). Le projet d'union monétaire européenne est remis sine die , jusqu'au jour (my-

?) où le taux d'inflation et la politique monétaire, économique et industrielle auraient été nivelés dans les neuf pays membres. Comme ceux-ci n'ont cependant pas eu recours à des mesures protectionnistes, dans leur majorité, de peur de rétorsion et de perdre l'avantage du Marché Commun, la situation en Europe a surtout été caractérisée par une grande indécision et une paralysie croissante des gouverdevant les avatars de leurs économies sur la scène internationale. c) Une pression de plus en plus impatiente de la part du patronat européen pour en finir avec cette indécision. L'exemple le plus spectaculaire de réaction devant l'inaction des. gouvernants, ce fut la décision des patrons sidérurgiques ouest-allemands, hollandais et luxembourgeois, de constituer un cartel européen de rationalisation, excluant le patronat français et belge (''NZZ" du 11 juin 1976). La réalisation de ce projet aurait porté un coup mortel à la Communauté européenne du Charbon et de l'Acier, base de départ du Marché Commun. Finalement, un compromis a pu être trouvé, et un cartel européen, Eurofer, a été institué, incluant tous les patronats des Neuf, essentiellement pour se défendre (y compris par des mesures protectionnistes) contre la concurrence japonaise ("'The Economist" du d) Une utilisation de plus en plus avouée des "taux de change flottants"' pour obtenir des avantages commerciaux. Ainsi, les EtatsUnis ont pu améliorer quelque peu leurs relations commerciales avec l'Europe, surtout avec l'Allemagne occidentale, grâce à la dépréciation du dollar par rapport au DM, au florin, au franc belge et au franc suisse. - Le Japon a eu recours à la manipulation du cours du yen sur le marché des changes (voir l'étude de la "Neue Zürcher Zeitung" du 26 août 1976), en vue d'appuyer son offensive commerciale, surtout en ce qui concerne les appareils de télévision en couleurs aux Etats-Unis et ses automobiles en Europe occidentale. e) Des pratiques de plus en plus généralisées, de la part des multinationales, pour "contour-

Page 9

ner" les difficultés que leur présentent le protectionnisme des gouvernements et l'évolution défavorable des coûts de production dans leurs pays d'origine. Il y a maintenant un véritable renversement de tendance à ce propos. Alors qu'au cours des années 50 et 60, le protectionnisme (modéré) de la CEE et les coûts salariaux élevés aux Etats-Unis amenèrent les multinationales d'origine américaine à déplacer des centres de production vers l'Europe occidentale, le protectionnisme croissant des Etats-Unis, ainsi que les coûts salariaux surélevés en Europe (notamment du fait de la modification des taux de change) incitent les multinationales européennes à établir des centres de production aux Etats-Unis, et des multinationales américaines à réduire leurs activités en Europe.

Pays Appréciation des Salaires horaires devises européen- 1970 1975 nes par rapportau $ de 1970 à 1975

USA 4$20 6$22

RFA + 48 % 2$32 6$19

Pays-Bas + 43 % 1$99 5$98

Belgique + 35 % 2$08 6$46

France + 29 % 1$74 4$57

Suède + 25 % 2$93 7$12

Japon + 21 % 0$99 3$10

Italie 7 % 1$75 4$52

G-B 7 % 1$48 3$20

("'Citybank Money International", vol. 4, n° 4, mai 1976) Les initiatives les plus spectaculaires à ce propos ont été prises par Volkswagen, Michelin, Fiat, Saint-Gobain, en construisant ou en achetant d'importantes usines aux Etats-Unis, Comme nous l'avions souvent souligné, l'appréciation des monnaies européennes (et du yen) par rapport au dollar, si elle favorise les exportations américaines par rapport aux exportations européennes et japonaises, favorise également l'achat d'usines et de terrains aux USA par les capitalistes européens et japonais. En fait, pour investir 100 millions de dollars aux Etats-Unis, un trust allemand ou suisse dépense aujourd'hui 50% moins de DM ou de francs suisses qu'en 1970, Les succursales de multinationales européennes et japonaises établies aux Etats-Unis prennent déjà 24% de toutes les exportations américaines pour leur compte ("Neue Zürcher Zeitung"' du 29 juin 1976). Au total, les investissements directs à l'étranger de l'Allemagne occidentale et du Japon se sont multipliés par sept depuis 1967. Ils ne s'élevèrent qu'à 7% du total des investissements directs à l'étranger des USA en 1967; ils ont déjà atteint 25% de ceux-ci en 1975. Si on y ajoute les investissements directs à l'étranger de la Grande-Bretagne, de de la France et des Pays-Bas, on atteint déjà les 2/3 du total de ceux des USA en 1975! f) Une tentative de plus en plus accentuée de la part des trusts des pays impérialistes les plus touchés par la crise pour détourner leur production vers les marchés extérieurs. La part des exportations dans la production globale de

Fiat est passée de 40% en 1973 à 49% en 1975, et atteindra bientôt 60% (Arturo Canetta in : "Consigli", n° 27/28, août-septembre 1976).

Cet effort accompagne une diversification de la production de Fiat, dont les départements des tracteurs, des machines de construction routière, d'aciers et d'aciers spéciaux, de machines-outils - départements les plus rentables - concernent déjà plus de 40% du chiffre d'affaires du trust (''Financial Times" du 24 septembre 1976). En Grande-Bretagne, voici la part que représentent les exportations de capitaux par rapport aux investissements bruts de l'industrie manufacturière : 1960-61/28, 1%; 1964-65/ 28,8%; 1968-69/40, 6%; 1972-73/60,2% (''Bank of England Quarterly Review", mars 1976, Annual Abstract of Statistics 1967, 1974). Comme on pouvait s'y attendre, cela se traduit par un accroissement spectaculaire des profits réalisés à l'étranger par sapport aux profits totaux des trusts. Ainsi, en ce qui concerne la Grande-Bretagne, alors que les revenus provenant de l'étranger ne représentèrent que 20% des profits bruts (avant amortissement) de l'ensemble des compagnies industrielles et commerciales de Grande-Bretagne en 1965, ce pourcentage dépasse 25% dès 1970, pour atteindre 34% en 1975 (''National Income and Expenditure Blue Book 1965-1975", cité dans "The Economist" du 23 octobre 1976). De cette manière, les trusts britanniques et italiens transforment la chute de la livre sterling et de la lire en source de profits additionnels. De plus en plus, ils payent leurs ouvriers en monnaie de singe, alors qu'ils vendent leurs produits contre des devises fortes. g) Quelques succès spectaculaires ont été réalisés par les concurrents des Etats-Unis, malgré la manipulation des taux de change et malgré la perte d'énergie bon marché après "l'explosion" du prix du pétrole en 1973, L'Allemagne occidentale semble avoir définitivement dépassé les exportations américaines en produits manufacturés, Pour la catégorie "machines et matériel de transport", les exportations ouest-allemandes ont augmenté de 17 milliards d'EUR au 3ème trimestre de 1974 à 22, 4 milliards d'EUR au premier trimestre de 1976, soit une augmentation de plus de 30% (1 EUR, unité de compte du Marché Commun, égale plus ou moins 1,25 dollars US). L'Allemagne occidentale et la France ont sérieusement en -tamé le monopole américain de l'exportation d'équipement nucléaire et ont développé des prototypes d'avion techniquement supérieurs à ceux des principaux trusts américains. Une même "'percée" technologique a été réalisée par l'industrie française du caoutchouc. Il semble

Page 10

qu'un cartel international, essentiellement anglo-français (et dominé par Rio Tinto Zinc) a réussi à dominer le marché mondial d'uranium, et à fait monter le prix de 6 $ la livre en 1972 à 30-40 $ la livre en 1976 ("'Far Eastern Economic Review" du 10 septembre 1976). Par ailleurs, l'offensive d'exportation japonaise a réalisé des "percées" sensationnelles, tant sur le marché nord-américain que sur le marché européen. En Europe occidentale, cette offensive n'a trouvé nulle compensation par un accroissement des exportations de la CEE vers le Japon. Ainsi, les exportations du Marché Commun vers le Japon stagnent autour d'une moyenne de 225-230 millions de dollars par mois, dégageant un déficit considérable de la balance commerciale, qui risque d'atteindre 3 milliards de dollars en 1976. De là,la hargne et la grogne anti-japonaise des capitalistes européens, qui réclament des mesures protectionnistes ... ou une large ouverture du marché japonais à leurs propres marchandises. Il faut cependant rappeler que, contrairement à des conceptions qui continuent à avoir cours dans certains milieux marxisants, le rôle de l'Etat comme support des grands monopoles est absolument essentiel à l'époque impérialiste. Si la crise actuelle a démontré quelque chose, c'est bien le fait que les monopoles ne peuvent guère se soustraire à la longue ni à la loi de la valeur, ni aux conséquences des fluctuations conjoncturelles et donc de l'influence de la baisse tendancielle du taux de profit. Dans ces conditions, le rôle de l'Etat comme garant des surprofits monopolistiques est vital pour eux. Selon que cet Etat est plus ou moins puissant, plus ou moins apte à jouer ce rôle dans l'immédiat, ils gagnent ou perdent de précieux atouts dans la lutte de concurrence interimpérialiste. Dans ces conditions, la puissance relative de l'Etat USA et la capacité d'intervention rapide de l'Etat, déjà moins puissant, de l'impérialisme japonais, contrastent de manière douloureuse pour les monopoles ouest-européens, avec l'impuissance des structures "pré-étatiques"' de la CEE et à la faiblesse insigne des Etats nationaux ouest-européens. Un exemple frappant est fourni par les derniers avatars et perspectives de l'industrie aéronautique européenne. Cette industrie, qui occupe plus de 400. 000 travailleurs (contre quelque l million dans l'industrie aéronautique des USA) et qui a dépassé son concurrent sur le plan technologique, n'a fourni que 8% des appareils civils vendus à l'échelle mondiale, au cours des dix dernières années ("'The Economist'' du 11 septembre 1976). La raison principale de cet échec réside dans le fait que les gouvernements européens, trop faibles et trop divisés, ont été incapables de lui assurer des débouchés suffisants. Il est clair que cette industrie est littéralement menacée de disparaître, si cette situation ne se modifie pas à moyen terme.

6. Les tentatives de restuctu-

ration du marché mondial Toute crise de surproduction se manifestant sur le marché mondial exprime à la fois des déséquilibres fondamentaux de la production et de la circulation des marchandises capitalistes, et des efforts du Capital pour surmonter ces contradictions en restructurant aussi bien la production que le marché. Les efforts de restructuration de la production tendent à relever le taux de profit par l'élimination (ou la réduction) des firmes, produits, procédés de production les moins rentables, par des investissements de rationalisation, par des économies de matières premières, d'énergie, de main-d'œuvre et d'emploi du capital fixe, par une vitesse de rotation accrue du capital (surtout du capital circulant), par une intensification du travail et, en général, par un relèvement du taux de la plus-value. Les efforts de restructuration du marché mondial portent à la fois sur la recherche de nouveaux débouchés, et sur une redivision des anciens marchés en conformité avec les rapports de forces modifiés entre trusts et puissances impérialistes. Nous avons déjà traité des dernières péripéties de la concurrence inter-impérialiste au sein des marchés intérieurs des pays impérialistes eux-mêmes, qui restent la partie majeure du marché mondial, vu leur richesse relative par rapport aux autres parties du monde. Examinons maintenant les autres modifications en cours sur le marché mondial. a) L'émergence des pays de l'OPEP (ou du moins d'un certain nombre d'entre eux) comme débouché important de l'industrie des pays impérialistes (surtout l'industrie exportant des biens d'équipement et de transports). Les exportations de la CEE vers les pays de la Ligue Arabe ont passéde 6 milliards d'EUR en 1974 à 10 milliards d'EUR en 1974, à 14, 3 milliards d'EUR en 1975 et atteindront sans doute 17 à 18 milliards d'EUR (22 milliards de dollars) en 1976. Si on y ajoute les exportations vers l'Iran (qui achète aux pays capitalistes du Marché Commun presqu'autant que l'URSS ou que l'Espagne), le Nigéria et l'Indonésie, on obtient pour l'ensemble de ces pays, des exportations du Marché Commun de l'ordre de 30 milliards de dollars, soit quelque 9% de l'ensemble des exportations de la CEE. Cette tendance de restructuration du marché mondial a donc permis aux capitalistes européens et japonais de récupérer une partie de la plus-value mondiale perdue au profit des classes possédantes des pays exportateurs de pétrole, par suite de la hausse du prix du pétrole. La balance commerciale entre le Mar-

Page 11

ché Commun et les pays de la Ligue Arabe

Men 1974, un déficit de 18 milliards d'EUR (22, 5 milliards de dollars). Ce déficit est revenu à 9 milliards d'EUR (11, 5 milliards de dollars) en 1975, c'est-à-dire qu'il a été réduit de moitié (il était de 6 milliards d'EUR en 1973). b) L'émergence d'une série de pays semi-coloniaux en Asie orientale comme partenaires significatifs du commerce mondial. Il s'agit avant tout de Hong-Kong, de Singapour, de la Corée du Sud et de Talwan et, à titre plus modeste pour le moment (mais avec un potentiel de croissance plus grand), de l'Indonésie et de la Malaisie. Jusqu'ici, c'est surtout l'impérialisme japonais qui a profité de cette émergence, et en s'y assurant des débouchés considérables, et en y trouvant des champs d'investissements de capitaux privilégiés. L'impérialisme américain y conserve des positions importantes, mais est en recul net par rapport à son concurrent japonais. Pour les impérialistes européens, ce nouveau secteur en expansion du marché mondial est encore largement terra incognita, si l'on fait abstraction des positions traditionnelles occupées par l'impérialisme britannique à Hong-Kong, à Singapour et en Malaisie (cependant en net recul par rapport à son concurrent japonais) (2). Ces pays ont connu un processus d'industrialisation important au cours des dernières années, que la récession de 1974-75 a freiné, mais qu'elle n'a nullement cassé (3). De ce fait, ils commencent à leur tour à exporter des produits industriels et même des capitaux, en concurrence avec leurs commanditaires anciens ou présents. Ainsi, l'industrie est-asiatique de montage d'appareils électroniques et de montres représente une concurrence sérieuse pour l'industrie japonaise, sans parler de celle des Etats-Unis. Les entrepreneurs sud-coréens ont "soufflé" pour plus d'un milliard et demi de dollars de contrats de construction (de routes, de bâtiments officiels, de chantiers navals, etc.) aux entrepreneurs japonais, européens et américains (''Far Eastern Economic Review" du 15 octobre 1976). Mais précisément à cause des succès relatifs de l'industrialisation de ces pays, ils forment un débouché supplémentaire pour certains branches industrielles des pays impérialistes, surtout la branche exportant des biens d'équipement et de transport. Il y a donc une certaine modification de la division internationale du travail qui s'effectue, certaines industries (avant tout l'industrie textile et des branches incorporant relativement beaucoup de main-d'œuvre non-qualifiée, comme celle du montage d'appareils électroniques simples) se déplaçant vers des pays moins développés (les plus développés

1008 6K 2585600 SENSONO

BANQUE DE

pays semi-coloniaux), tandis qu'au sein des pays impérialistes, le centre de gravité de l'industrie se déplace de plus en plus vers le secteur "biens d'équipement et de transport". Certains succès d'industrialisation des pays asiatiques semi-coloniaux menacent des secteurs importants de l'industrie des pays impérialistes. Talwan est devenu le 4ème producteur mondial de fibres synthétiques, avec une production annuelle de plus de 500. 000 tonnes, La Corée du Sud s'efforce d'atteindre ce même niveau en 1980-81, et d'exporter des tissus en nylon et autres fibres synthétiques pour 3, 5 milliards de dollars l'an (''The Oriental Economist" d'août 1976). Vu la capacité excédentaire qui pèse déjà aujourd'hui sur le marché mondial des fibres synthétiques, cette expansion est une menace sérieuse pour les trusts allemands, hollandais, français et italiens, Les importations couvrent actuellement 11% des ventes en Europe, contre seulement 5% en 1969. Elles augmentent au rythme de 10% l'an, alors que les ventes n'augmentent qu'au rythme de 2% l'an (''The Economist" du 11 septembre 1976). c) Dans l'ensemble cependant, les pays semi-coloniaux continuent à être "marginalisés" sur le marché mondial, vu l'incapacité du système impérialiste à les dégager globalement, et à un rythme un tant soit peu satisfaisant, de leur état de stagnation et de misère. Les succès obtenus par les "modèles de développement" à la brésilienne (répétés dans plusieurs cas) sont fondés sur une surexploitation de la classe ouvrière et une paupérisation de la paysannerie pauvre, c'est-à-dire ne dégagent qu'un marché intérieur couvrant à peine un cinquième de la nation (bourgeoisie grande et moyen-

Page 12

ne, nouvelles classes moyennes, paysannerie riche). Ceci impose autant un cran d'arrêt à l'industrialisation interne qu'à leur capacité de devenir un débouché croissant pour les marchandises exportées par les puissances impérialistes. En fait, l'étroitesse de leur marché intérieur les oblige à se plonger rapidement dans la course aux exportations, comme on l'a maintes fois signalé pour le Brésil, et comme l'exemple de la Corée du Sud vient de le confirmer une fois de plus. Pour prendre encore une fois l'exemple du Marché Commun, ses exportations vers le Brésil, l'Inde et le Pakistan stagnent ou sont en recul tout au long des années 1975 et 1976. Ces trois pays peuplés de près de 800 millions d'habitants achètent, ensemble, moins de marchandises aux Neuf que la seule Autriche, qui ne compte même pas 8 millions d'habitants ! Le nouvel appauvrissement considérable qui s'est produit dans les pays semi-coloniaux non-exportateurs de pétrole au cours de la récession 1974-75, par suite de l'effondrement des cours des matières premières, le renchérissement des importations d'énergie et le renchérissement des réserves de vivres, a souligné, de manière dramatique, un aspect fondamental de la crise du système, qui tend à marginaliser plus de 50% des habitants du globe de la "croissance" économique accélérée (d'hier) et ralentie (d'aujourd'hui et de demain). De là l'acuité des débats autour d'un 'nouvel ordre économique mondial", auquel Charles-André Udry a consacré une étude spéciale dans le présent numéro d'Inprecor. d) La part des Etats ouvriers bureaucratisés (y compris la Yougoslavie) dans le commerce extérieur des pays capitalistes s'accroit graduellement, mais elle reste très modeste. Ces pays n'ont acheté que 5,5% des exportations de la CEE au premier trimestre de 1976, ainsi que. 2, 5% des exportations des USA et 6,5% des exportations du Japon. Par contre, la part des pays impérialistes dans les importations des pays du Comecon est passée de 25% en 1970 à 33% en 1975. La difficulté principale pour une expansion plus rapide du marché des Etats ouvriers bureaucratisés en tant qu'acheteurs de marchandises capitalistes réside dans le manque de compétitivité de leurs produits industriels, qui limite la vente de ceux-ci sur les marchés occidentaux. Comme leur surplus en produits agricoles à tendance à disparaitre (certains de ces pays sont même devenus des importateurs nets de produits agricoles), un accroissement d'achats de biens occidentaux ne peut être financé à la longue que par trois sources: un accroissement d'exportations de matières premières; un accroissement d'exportation d'or; un endettement accru par rapport aux pays impérialistes. La chute du prix de l'or a réduit la capacité d'importation de l'URSS. L'endettement de certains des Etats ouvriers bureaucratisés à l'égard des pays impérialistes a pris des proportions dangereuses et ne pourra guère s'étendre. Le déficit de la balance commerciale de l'URSS avec les pays impérialistes avait atteint 5 milliards de dollars en 1975. La dette cumulative de l'URSS et des pays du Comecon à l'égard des pays impérialistes atteint 35 milliards de dollars. Le service de cette dette absorbe déjà quelque 20% de leurs rentrées annuelles en devises (''Neue Zürcher Zeitung" du 4 septembre 1976). Et la Corée du Nord a même demandé un moratoire et cessé de payer le service de sa dette de 1, 5 milliards de dollars. Reste, comme source principale d'une expansion de leurs achats de biens d'équipement occidentaux, une exportation accrue de leurs matières premières. C'est dans ce sens que s'orientent effectivement les commerces extérieurs soviétiques et chinois, surtout dans le cadre de certains accords bilatéraux, comme l'échange pétrole soviétique/blé américain ou pétrole chinois/acier japonais. Comme le taux de croissance de la production des matières premières a cependant tendance à baisser en URSS, comme un accroissement plus net de cette production dépend à son tour de l'importation de machines et techniques impérialistes, comme les besoins de certaines matières premières tendent à croître à l'avenir plus rapidement que la production (notamment les besoins en produits pétroliers en URSS, par suite des progrès de la motorisation), certains "choix déchirants" s'imposent à la bureaucratie soviétique. Celle-ci s'apprête à détourner vers les pays capitalistes une partie des fournitures pétrolières jusqu'ici réservées aux pays membres du Comecon, ce qui oblige ces pays (notamment la RDA) à s'approvisionner à l'avenir sur le marché international capitaliste, où le prix du pétrole est plus élevé que dans les contrats de fourniture de l'URSS. Les difficultés économiques de plusieurs "démocraties populaires" risquent ainsi d'augmenter, au moment même où leur situation politique interne se tend dangereusement pour la bureaucratie - comme ce fut dernièrement le cas en Pologne.

Page 13

Somme toute, les efforts de restructuration du marché mondial, qui sont réels, n'aboutissent qu'à des résultats modestes, voire marginaux. Comme le personnage de Lewis Caroll, le capital impérialiste tend à devoir courir de plus en plus vite pour pouvoir rester sur place, sans pouvoir avancer réellement, On retrouve ainsi la crise structurelle du système, le fait qu'il ne dispose plus des marges d'adaptation d'antan. 7. Les incidences du désordre monétaire international Nous avons vu que le système des changes flottants a pu être manipulé par plusieurs bourgeoisies "nationales'' afin d'obtenir des avantages commerciaux, d'ailleurs fort temporaires. Il faut également souligner un autre aspert de l'interdépendance entre le désordre monétaire international d'une part, et l'amplification des fluctuations conjoncturelles depuis le début des années 70, L'apparition des "pétro-dollars" d'abord, l'offensive d'exportation de l'impérialisme ouest-allemand et japonais (et dans une moindre mesure celle de toutes les puissances impéria-

Pays Dette totale en mrd.

Philippines 4,4

Corée du Sud 11,8 Pakistan 6, 3 Singapour 0,3 Sri Lanka 0,5 Indonésie 10,5 Talwan 3,2 Thailande 1,3 Inde 10,8 ("'Far Eastern Economic Review" du 8 listes ensuite) a signifié un nouveau gonflement considérable du crédit, et de la monnaie de crédit (monnaie de crédit dépréciée constamment par l'inflation), sur le marché international. Nous avons vu que conjointement à ce gonflement, l'endettement des trusts firmes capitalistes a eu tendance à tir sur les marchés nationaux, vu le relèvement du taux de profit (et du taux d'auto-financement) d'une part, et le retard d'un "boom d'investissements" d'autre part. Pour le système capitaliste dans son ensemble, on a donc assisté à une poursuite nancement d'une partie croissante des ventes acheteurs "indigènes".

la "reprise dits à l'exportation.

des institutions publiques ques américaines

Ainsi, pour peut établir

Croissance de la dette dans la période mars de $

1975 - octobre 1976

0,5 mrd. de $

-

0,7

0,1

0,15

3,3

0,5

1,0

1,9 octobre 1976)

et des se ralendu ficommerce continue à par le crédit. Mais les années 1975-76 ont été marquées par un déplacement de l'accroissement des crédits vers l'étranger, plutôt que vers les

En d'autres termes, stimulée par les exportations" a été surtout une reprise stimulée par les créSi le marché des "euro-dollars" poursuit allégrernent son expansion et a atteint à présent la somme rondelette de 300 milliards de dollars (dont une partie est propriété des exportateurs de pétrole), l'endettement des pays semi-coloniaux à l'égard des puissances impérialistes a connu, lui, un accroissement plus inquiétant encore. Une partie de ces crédits sont accordés par des gcuvernements et internationales contrôlées par l'impérialisme (avant tout la Banque Mondiale, l'Association Internationale du Développement et la Banque de Développement Asiatique). Une partie croissante des crédits aux pays semi-coloniaux provient cependant du secteur privé capitaliste et du système bancaire impérialiste, surtout des grandes ban-

Get britanniques. quelques pays semi-coloniaux, on le tableau suivant : Service de la dette en % des revenus en devises 1976 1977 16 17 12,9 16,8 24 0,2 0,2 22,9 -13,8 16,6 6,5 7,8 14,6 13,5 De ces dettes d'environ 50 milliards de dollars, quelque 14 milliards sont des dettes envers des banques et d'autres institutions étrangères privées, ce chiffre n'incluant pas celui du Pakistan, qui est inconnu. Pour l'ensemble des pays semi-coloniaux, la dette privée est passée de 25 milliards de dollars à fin 1973 à 60 milliards à fin 1975 (y compris les avances originaires des pays de l'OPEP), tandis que leur dette publique est montée de 46 milliards à 65 milliards. "The Economist"', qui cite ces chiffres, ajoute flegmatiquement : "Les banquiers sont maintenant inquiets sur le sort de ces prêts, mais ils ont permis que le fonctionner".

Page 14

Selon "Business Week" (du ler novembre

1976), le total des dettes des pays semi-coloniaux s'élèvera fin 1976 à 170 milliards de dollars, dont 10 milliards dus aux banques.

Le Brésil seul doit déià 10 milliards de dollars aux banques privées des Etats-Unis.

Cette expansion du crédit privé aux pays coloniaux s'explique sans aucun doute par les besoins pressants du capital international d'é-

Uses débouchés internationaux et de réaliser une restructuration du marché mondial(4).

Mais elle introduit un nouvel élément d'instasystème bancaire international.

Alors que les années 1974 et 1975 ont été surtout marquées par la crainte d'un effondrement de grandes banques par l'insolvabilité de certains de leurs créditeurs indigènes, l'année 1976 a été marquée, dans le monde bancaire,par des craintes croissantes d'insolvabilité des créditeurs internationaux. Tour à tour le

Zaïre, l'Indonésie, l'Argentine et le Pérou ont été au seuil de devoir demander un mora-

Quand on connaît l'ampleur totale des dettes des pays semi-coloniaux, le poids du service de la dette étrangère par rapport aux entrées courantes en devises, et l'incertitude qui pèse sur une expansion de ces entrées (c'est-à-dire sur l'essor de leurs exportations), on comprend l'ampleur de cette inquiétude qui, par moments, a été proche de la panique. Les mouvements spéculatifs contre la livre sterling ont été en partie causés par la tendance de pays dits "de la zone sterling" de se défaire progressivement de leurs avoirs en livres. Ceci s'applique surtout à certains pays producteurs de pétrole, qui ont déjà subi des pertes considérables du fait qu'ils conservèrent leurs avoirs à Londres (ils avaient déposé 2, 5 milliards de livres sterlings à Londres pendant les quinze mois avant mars 1975; ils en ont retiré 1,5 milliards pendant les quinze mois consécutifs) ("'The Economist" du 16 octobre 1976). Mais la spéculation a aussi d'autres causes, notamment la simple anticipation en cas d'accroissement du déficit de la balance des payements d'un pays (c'est ce qui s'est produit avec le franc français au printemps 1976), et l'évasion des capitaux par crainte de "'troubles" socio-politiques. Après une évasion massive de capitaux portugais, notamment vers le Brésil, durant l'année révolutionnaire qu'a connue ce pays, ce sont l'Espagne, l'Italie et la France qui ont connu un mouvement d'évasion qui s'élève à plusieurs milliards de dollars. L'évasion des capitaux italiens vers la Suisse a pris de gigantesques proportions. Du moins quand ils parlent "en famille", les capitalistes et technocrates internationaux bourgeois ne se font guère d'illusions sur la réorganisation du système monétaire international, laborieusement entamée depuis 1971. Un des principaux dirigeants du Fonds Monétaire International, le Néerlandais Tom de Vries écrit sans ambages, à propos des derniers accords monétaires de la Jamalque : "Tout ce qui précède signifie que les perspectives de l'or au cours de quelques prochaines années sont incertaines. Cette incertitude concernant un élément aussi important du système souligne à nouveau le caractère intérimaire des accords de la Jamaique; ils n'introduisent pas un nouveau système monétaire dans un sens concret" ("'Finances et Développement", revue trimestrielle du FMI, volume 13, n° 3, septembre 1976). En fait, contrairement à ce qu'on a prétendu, les accords de la Jamaique n'impliquent point une démonétisation progressive de l'or. Ils ont simplement supprimé le prix fixe d'achat de l'or entre banques centrales. La vente massive d'or détenu par le FMI a, certes provoqué une chute du prix sur le marché libre qui est considérable (de près de 200 à quelque 115 dollars l'once). Mais cela signifie en même temps une réappréciation des stocks d'or détenus par les banques centrales (surtout européennes) de 42 à 115 dollars l'once, c'est-à-dire que la valeur "comptable" de ce stock a triplé par simple trait de plume, après l'accord de la Jamaïque. Quelle sera l'évolution future du "prix de l'or" ? Beaucoup de facteurs joueront un rôle à ce propos, dans les années à venir : le sort des récoltes successives en URSS, l'évolution des coûts de production (autant de la technologie que de la situation sociale et politique !) en Afrique du Sud, les fluctuations du stockage et du déstockage privé en Inde, au Moyen Orient et en France. Mais un facteur reste déterminant : le rythme de l'inflation, surtout celle du dollar. Si cette inflation se maintient et s'accentue à moyen et à long terme, on ne voit pas très bien comment le prix de l'or ne se remettrait pas à monter. Dans une société fondée sur la propriété privée, et en l'absence d'un Etat mondial, aucune "convenance" et aucun "accord international" ne pourront à la longue obliger des propriétaires de marchandises à accepter des billets de banque dépréciés plutôt que des "espèces sonnantes et trébuchantes" en échange de leurs marchandises (ou plus exactement : du solde de leurs transactions marchandes avec l'étranger).

8. Les causes plus profondes

d'une reprise hésitante et inégale Certains nous ont reproché d'attacher trop d'importance aux phénomènes du marché, c'est-à-dire à la sphère de la circulation, dans l'explication de la récession et de la reprise. Ils y voient même des concessions au "keynésianisme", alors que nous avons été un des critiques les plus sévères des illusions keynésiennes, lorsque celles-ci étaient encore quasiuniversellement partagées. A la base de ces re-

Page 15

proches, il y a incompréhension d'un des aspects fondamentaux de l'analyse marxiste du mode de production capitaliste. Il est vrai que pour cette analyse, la sphère de la production est primordiale par rapport à la sphère de la circulation. Toute plus - value réalisée doit d'abord avoir été produite, au cours du processus de production. Le marché ne peut que redistribuer ce qui a d'abord été produit. Les disproportions et déséquilibres prennent leur origine dans la sphère de la production. Mais ces disproportions ne sont pas réductibles à des disproportions dans la sphère productive; elles incluent des disproportions entre capacités de production et pouvoir d'achat fondées sur le mode de distribution capitaliste, Ceux qui veulent réduire tous les problèmes de la conjoncture économique capitaliste à des modifications dans la sphère de la production ou -blient la contradiction entre la valeur d'échange et la valeur d'usage, oublient que la production capitaliste est une production de marchandises, et que cette production n'implique en aucune manière la vente assurée des marchan-

Adeptes tardifs de la "loi de dises produites. Say" ou de la "loi des débouchés" de triste mémoire, ils présupposent plus au moins automatiquement résolu à court et à moyen terme ce qui, dans le mode de production capitaliste, ne

SCHOFIELD se vérifie qu'à long terme et que pour une partie des marchandises capitalistes seulement : la vente des marchandises rapportant le profit moyen. Il est donc indispensable de suivre les tendances du marché (avant tout celles du marché mondial) pour comprendre et expliquer les hauts et les bas de la conjoncture économique. C'est la méthode que Marx lui-même a appliqué à l'explication, notamment des crises de surproduction de 1857 et de 1866, qu'il a étudiées en détail. Il s'est bien gardé celles-ci à de simples restructurations dans la sphère de la production (à la reconnaissance de la valeur modifiée des marchandises). Mais ceci dit, une fois tous les déséquilibres sur le marché révélés, il faut rattacher ces avatars à ce qui s'est produit dans le domaine de la production et dans celui de la lutte des classes. Le caractère hésitant, inégal et instable de la reprise de l'économie capitaliste internationale s'explique avant tout par le fait qu'elle se place dans le contexte d'une "'onde à longue tonalité stagnante". Pareille onde longue, comme celle que l'économie capitaliste a connue entre 1913 et 1939, est caractérisée par des crises de surproduction plus longues et plus profondes, et par des reprises plus hésitantes et plus cour -tes (5). En d'autres termes, le taux de profit remonte bien par rapport au niveau des années 1973 et 1974. Mais il ne remonte pas aux moyennes "dorées"' des années 50 et de la plupart des années 60. Les fortes rentes technologiques (surprofits monopolistiques) réalisées par des branches comme l'électronique, l'automobile, l'industrie chimique, l'industrie d'appareils scientifiques, etc. disparaissent, Les nouvelles inventions et découvertes se vulgarisent et leur application s'étend de plus en plus. Pour certaines de ces branches, le marché commence à être saturé. L'insuffisance des débouchés continue à être compensée par l'inflation du crédit, au cours des dernières années avant tout la dette publique et les prêts aux pays non-impérialistes et non-membres de l'OPEP (la masse totale de ces deux catégories de dettes a sans doute augmenté de plus de 400 milliards de dollars au cours des trois années 1974, 1975 et 1976, augmentation cumulée sur ces trois ans. De là la persistance de la dépréciation des monnaies de papier des pays impérialistes, malgré tous les serments concernant "la priorité accordée à la lutte contre l'inflation". En fait, l'austérité proclamée dans ces pays, sous le prétexte de "lutter contre l'inflation" n'est qu'un instrument de redistribution du revenu national aux dépens des salariés et au profit des bénéfices capitalistes, le moyen de faire payer les frais de la crise et de l'inflation par la classe ouvrière. Par ailleurs, la stagnation du taux de la plus-value, résultant du "plein emploi" des années 60, est bien battue en brèche par l'offensive du patronat et par la politique universelle "d'austérité" des gouvernements bourgeois (qu'ils soient "de droite" ou "de gauche"), sous le couvert et sous la menace du

Page 16

chômage. Mais, jusqu'ici, les pertes de salaires réels subies par la classe ouvrière ne sont que limitées. Sa résistance s'accroit au fur et à mesure que l'agression s'amplifie. La reprise doit encourager cette résistance, même si le chômage structurel massif est un handicap sérieux. La bourgeoisie n'a donc pas réussi à relever le taux de la plus-value de manière suffisante pour compenser la hausse de la composition organique moyenne du capital, de nouveau accentuée, autant par les investissements de rationalisation que par le renchérissement du coût de l'énergie (et à long terme, de toutes les matières premières) par rapport aux niveaux des années 60. Insuffisante dévalorisation du capital, insuffisant relèvement du taux de la plus-value, classe ouvrière poussée sur la défensive mais non battue : telles sont les causes d'une remontée encore insuffisante, aux yeux du Capital,du taux de profit (6). Cela se traduit par une reprise de l'accumulation du capital, mais une reprise insuffisante pour retrouver les niveaux des années 50 et 60. Les grandes échéances de la lutte des classes sont devant nous, non derrière nous. Et elles exerceront une influence décisive sur la destinée de l'économie capitaliste internationale.

ler novembre 1976 NOTES (1). La construction immobilière continue à être déprimée aux USA, avec un niveau annuel de nouvelles constructions commencées de 1,5 millions au début de l'automne 1976, contre le niveau de 2, 5 millions atteint au début de 1972. Le prix moyen d'une maison nouvelle a atteint 43. 600 dollars, 13% de plus qu'en automne 1975, et le double du prix de 1970. L'achat d'une maison est ainsi hors de portée d'une fraction croissante de ia population américaine ("Business Week" du 27 septembre 1976). (2) Un résultat significatif de cette émergence, c'est l'apparition d'un marché d'asia-dollars, parallèle au marché des euro-dollars, et centré sur les banques d'Asie orientale. Selon le "Far Eastern Economic Review" du 17 septembre 1976, ce marché s'est étendu de la somme modeste de 390 milliens de dollars US en 1970 à la somme déjà plus coquette de 13, 7 milliards vers la mi-1976, dont près de 4 milliards sont prêtés à des entreprises non-bancaires. (3) Selon le "Far Eastern Economic Review" du 4 juin 1976, le produit national brut par tête d'habitant est passé de 650 dollars US en 1965 à 1.113 en 1970 et à 2.331 en 1975 à Singapour, et de respectivement 596 à 962 et à 1. 654 dollars US à Hong-Kong. Le taux d'accumulation (formation de capital brut en % du PNB) est extrêmement élevé dans ces deux Etats, surtout à Singapour, où il dépasse couramment les 33%. Quarante pour-cent de la main-d'œuvre à Hong-Kong et 26% de celle de Singapour est déjà employée dans l'industrie manufacturière. Les exportations de Singapour sont déjà vendues à 13, 4% dans la CEE, à 13, 9% aux USA, à 8, 7% au Japon et à 5% en Australie, c'est-à-dire à plus de 40% vers des pays impérialistes. Pour Hong-Kong (compte non-tenu des réexportations), ce pourcentage s'élève même à 75%. Le total des exportations industrielles (sans les réexportations) de Hong-Kong se situe actuellement aux environs de 5 milliards de dollars, celui de Singapour s'élève à la moitié de ce montant. (4) Elle correspond à un accroissement considérable du déficit de la balance des payements des pays semi-coloniaux non-exportateurs de pétrole, déficit qui, sous l'effet combiné de la hausse du prix du pétrole et de la baisse des prix des autres matières premières, est passé de 29 milliards de dollars en 1974 à 37 milliards de dollars en 1975 et est estimé à 32 milliards de dollars en 1976, soit un total de près de 100 milliards de dollars US pour ces trois années. ("'The Economist" du 2 octobre 1976). Les prêts occidentaux et de l'OPEP à ces ays sont donc réellement des concessions aux exportateurs, qui auraient dû réduire de manière drastique leurs ventes au "Tiers monde", si ce flot de crédit ne s'était pas écoulé dans cette direction (près de 50% de ce flot va vers quelques pays comme l'Argentine, le Brésil, le Mexique, la Corée du Sud, les Philippines, Taiwan.) A ce déficit total, il faut ajouter celui des Etats ouvriers bureaucratisés ( 20 milliards de dollars) et de l'Europe méridionale ( 23 de dollars). Des surplus de 143 milliards de dollars des pays de l'OPEP et de 20 milliards de dollars des pays impérialistes lui correspondent ("'Neue Zürcher Zeitung" du 2 septembre (5) Nous ne sommes plus seuls à mettre l'accent sur l'incidence de cette "'onde longue" sur la conjoncture économique. Le bulletin de la "Berliner Handels-und Frankfurter Bank (du 3 septembre 1976) consacre un article intéressant à l'interprétation de la reprise économique hésitante aux USA, offerte par les partisans de la théorie des cycles de Kondratieff. Ils attirent notamment l'attention sur le fait que le niveau le plus bas des stocks, à la fin de la récession (juin 1975 : 263 milliards de dollars) n'était inférieur que de 10 milliards de dollars au niveau le plus haut (décembre 1974), niveau rattrapé dès fin mai 1976. Cela indique autant l'ampleur de la mévente (de la crise de surproduction) que les limites étroites de la dévalorisation du capital. (6) Il faut y ajouter l'effet négatif (c'est-à-dire retardant) du taux d'inflation persistant sur la réalisation de projets d'investissements. Les trusts ne réalisent plus ces projets que s'ils promettent des rendements de 20, de 25 voire de 30% en monnaie courante ("'Business Week" du 13 septembre 1976). Nous avions prévu cet effet dans "Le Troisième Age du Capitalisme" (Editions 10/18, Paris 1976).

Une erreur sur cette page ?