Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

RFA

La fin de la croissance rapide

· Inprecor (première série) n° 61-62, 11 novembre 1976 · p. 17-24 · 5 494 mots

Allemagne Économie mondiale Europe

Le caractère de classe de la société bourgeoise ne se révèle jamais de manière aussi nette que lors d'une crise économique. Ce qui se réalise en général "derrière le dos des producteurs" - le rétablissement et la confirmation continus des rapports de classe, fondés sur la subordination du travail au capital - et ce qui est généralement voilé par les mécanismes d'obscurcissement inhérents au système lui-même, se révèle plus nettement lors de la crise, ce qui permet des processus de prise de conscience.

(I) (II) Années Produit national Croissance du Nombre de salabrut en milliards PNB (en %) riés et appointés de DM de 1962 (en millions) 1973 22, 564 1974 595,0 0,4 22,152 1975 574,8 - 3.4 21,421 1976 600, 0 4,5 21,2 Ceci s'applique particulièrement à la République Fédérale Allemande. Aussi longtemps qu'il y avait la "croissance" - c'est-à-dire de 1948 à 1973, à l'exception des 16 mois de récession 1966-67 - il était presqu'impossible pour les marxistes révolutionnaires de convaincre les larges masses du caractère de classe de la société en RFA. Parce que la croissance était générale (y compris pour les salai -res !), le débat public tourna essentiellement autour de problèmes de répartition, c'est-àdire autour de la question de savoir si les salaires augmentaient moins rapidement que les profits ou si c'était l'inverse. L'importance principale de la crise 1974-75 consiste en ce qu'elle a permis, bien mieux que la récession 1966-67, de jeter une lumière crue sur les rapports de classe fondamentaux en RFA. Chômage et produit social Depuis le début de la crise, le nombre de salariés et appointés occupés en RFA est passé de 22, 7 millions au milieu de 1973 à 21,2 millions au milieu de 1976, c'est-à-dire qu'il a diminué de 1,5 millions. Officiellement, le nombre de chômeurs s'élève, en juillet 1976, à 967. 000. La différence entre ces deux chiffres résulte du départ d'environ un demi-million de travailleurs immigrés. Le chiffre des chômeurs partiels a baissé à environ 100.000. Au point culminant de la crise, au cours du premier semestre de 1975, il y eut 1,2 millions de chômeurs complets (ce chiffre s'élève à 1, 4 millions si on élimine des fluctuations

Winfried WOLF saisonnières) et 900. 000 chômeurs partiels, soit le chiffre le plus élevé depuis les années 50. Il faut aussi remarquer que le nombre actuel des chômeurs, en pleine crise, est supérieur de 35% à celui des chômeurs lors de la récession de 1966-67. Voici un tableau fort éloquent, qui compare l'évolution de l'emploi, de la production et du revenu réel des salariés et appointés (1),

(11I) (IV) Masse salariale Croissance Taux en milliards de (en %) d'intlation DM courants (en %) 470,7 9,4 7,0 487,1 3,5 6,0 503, 6 3,4 5,4 Ce tableau indique que le produit social a de nouveau atteint, en 1976, le niveau de 1974, et qu'il l'a même légèrement dépassé. Ce produit a cependant été créé par 21,2 millions de salariés, contre 22,2 millions en 1974, c'est-àdire qu'il a suffi d'employer 1 million de travailleurs en moins pour créer la même richesse. La somme des salaires et traitements réels distribués aux travailleurs a de même diminué entre 1973 et 1976, La masse salariale nominale a augmenté de 16, 3% (non cumulativement) entre 1974 et 1976, alors que l'inflation a augmenté de 18, 4% (non cumulativement). Cela donne un bilan fort profitable pour la classe capitaliste, La répartition de la richesse sociale a également évolué en faveur de la classe bourgeoise, L'année 1976 a connu la part salariale la plus basse (2) dans l'histoire du capitalisme ouest-allemand:

1950 67,6 % 1973 52,7 %

1960 58,8 % 1974 53,0 %

1970 54,8 % 1975 52,8 %

1972 54,3 % 1976 51,2 % La baisse de la part salariale n'exprime d'ailleurs que de manière imparfaite la redistribution du revenu national au profit du capital, puisqu'elle ne tient compte que des revenus des travailleurs occupés. Or, c'est l'ensemble des travailleurs, au travail et en chômage, qu'il faut inclure dans la classe ouvrière, En calculant la part salariale sur la base de la masse salariale plus les allocations de chômage, divisée par le nombre total des travailleurs employés et chômeurs, cette part baisserait encore davantage,

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R.F.A. L'année 1976 a été la première dans l'histoire du capitalisme ouest-allemand, au cours de laquelle la masse des salariés a subi une réduction de revenus réels. Les contrats collectifs conclus ont en général amené une augmentation des salaires nominaux de l'ordre de 5,4% là l'exception de l'industrie du livre, grâce à la grève). Si l'on tient compte des avantages extra-conventionnels, il y eut en moyenne une augmentation des revenus nominaux bruts de 6%. Par suite de la progression de la ponction fiscale, cela aboutit à des réductions de pouvoir d'achat de l'ordre de 3, 5 à 5%, selon le niveau des rémunérations, le nombre de personnes à charge, etc. La moyenne de la perte de pouvoir d'achat est sans doute de l'ordre de 4%. A cela il faut ajouter qu'au moins 1 million de chômeurs ont perdu près de 40% de leur pouvoir d'achat (différence entre salaires et allocations de chômage), et qu'il y a un nombre difficilement calculable de jeunes qui, après la fin de leurs études, n'ont pas trouvé d'emploi, ainsi que des femmes qui, vu l'ampleur du chômage, ne se sont pas représentées sur le "marché du travail'. Il faut finalement arrondir le tableau en y incluant l'accroissement de l'intensité du travail. Il est difficile de le calculer en chiffres précis. La presse bourgeoise elle-même souligne cependant que la "discipline du travail" s'est fortement accrue. Dans certains trusts, comme Opel et Hoechst, la production était, fin 1975 ou au début de 1976, égale ou supérieure à celle d'avant la crise, malgré un chiffre d'emploi inférieur ou égal, et un chômage partiel prononcé. Chez Volkswagen, il y eut une production et un profit record d'un milliard de DM en 1976, malgré la suppression de milliers d'emplois (3). Un autre exemple qui illustre l'accroissement de l'intensité du travail au cours de la crise est fourni par l'industrie charbonnière. Celle de la RFA est la seule dans la CEE qui ait

Usa production (+4, 6% en juillet 1976 par rapport à l'année précédente), tout en réduisant le personnel employé de 4% (pourcentaplus élevé dans la CEE). La production par mineur de fond s'est fortement accrue. E1le atteint 4.219 kg. par pause, contre 3: 358 kg en Grande-Bretagne et 2. 687 kg en France. Alors que beaucoup de bruit est fait autour de la baisse des taux d'accroissement du coût de la vie, on ne mentionne pas souvent que le taux d'accroissement des prix des produits achetés par l'industrie a diminué bien davantage. Le taux d'accroissement des prix des biens de consommation est passé de 5,8% (premier trimestre de 1975 comparé au premier trimestre de 1974) à 5,4% (premier trimestre de 1976 comparé au premier trimestre de 1975). Pendant la même période, le taux d'accroissement des prix des produits achetés par l'industrie est passé de 11,2% à 2,7%. Le bilan négatif de la crise capitaliste, du côté des travailleurs, se traduit logiquement par un bilan positif du côté du patronat. Voici comment ont évolué les bénéfices déclarés des 950 sociétés par actions les plus importantes de

+ 11,3 % par rapp. à l'année précédente

1969

1970 7,3 %

1971 - 12,7 %

1972 + 23,5 %

1973 + 21,5 %

1974 - 7,5 %

1975 + 3,0 % (chiffres provisoires)

1976 + 25,0 % (prévisions pour les grandes

Is. p.a. Pour l'ensemble du patronat, la prévision est de 16 %). Le gouvernement a en outre accordé une aide aux investissements d'environ 5 milliards de

DM aux patrons, afin de compenser la légère baisse des bénéfices en 1974. Bien que justifié avec l'argument qu'il servait "à créer de nouveaux emplois", ce cadeau de milliards de DM a été presqu'exclusivement utilisé pour des investissements de rationalisation. Le cabinet Helmut Schmidt a de même réduit d'environ 1 milliard de DM les impôts sur les profits et dividendes, dans le cadre de sa réforme fiscale. L'évolution de la situation conjoncturelle

Au cours du dernier trimestre de 1975, la chute de la production s'est arrêtée dans l'industrie manufacturière. Elle avait atteint son niveau le plus bas au cours des deuxième et troisième trimestres de 1975, avec les indices

102 et 103 (100 = 1970). Depuis le début de l'année 1976, il y a eu une légère reprise. Au milieu de l'année 1976, l'indice de la production industrielle s'établit à 112 et a atteint le niveau de fin 1972-début 1973. Mais cette évolution est fort différente selon les branches, ainsi qu'il ressort du tableau que voici (5).

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PHASE I 8,8 5,5 0%2) Industrie chimique Ce tableau révèle que les industries chimique et sidérurgique ont agi de manière stabilisatrice (anti-cyclique) dans la première phase, mais qu'elles ont contribué à aggraver la crise lorsque celle-ci eut atteint son point le plus profond. Dans la reprise, été la branche la plus stimulatrice, alors que l'industrie sidérurgique n'est pas encore sortie de la crise, surtout en fonction du marasme de la sidérurgie internationale. L'industrie électro-technique a connu une évolution comparable à celle de l'industrie chimique, mais de manière moins prononcée. L'industrie des moyens de transports (surtout la branche automobile) est tombée rapidement et plus profondément en crise, mais a pu s'en dégager plus tôt que d'autres branches, ei a en quelque sorte initié la reprise. Ces fluctuations différentes s'expliquent, en dernière analyse, par un seul facteur : l'évolution différente de la demande sur le marché intérieur et de la demande extérieure. Comme nous l'avions déjà souligné lors des analyses conjoncturelles précédentes, les exportations jouent un rôle décisif pour l'économie ouest-allemande. Pendant toute la période 1948-1966/67, les taux de croissance des exportations étaient constamment supérieurs à ceux de la production industrielle. Ceci a été encore plus vrai pendant les récessions de 1966-67 et de 1974-75. Mais alors qu'au cours de la récession de 1966-67 le capital ouest-allemand a été capable de limiter la crise par une offensive des exportations, cette même offensive n'a permis, cette fois-ci, que de retarder le moment où éclate la crise (surtout pendant l'année 1973 et pendant le premier semesstre de 1974), et de rapprocher le moment de la reprise en 1976. Pendant l'hiver 1974-75, alors que la crise semblait avoir atteint son point le plus bas sur le marché intérieur, et

PHASE II

Octobre 1973-juin 1974

Octobre 1974-juin 1975

Croissance d'ensemble de l'industrie manufacturière : + 0,6 %

Freinant la crise

5,4

12,0

-3,8

- 8,7

- 8,6)

Stimulant la crise oct. 73 - juin 74

-15,4

1) Industrie du fer et de l'acier

3) Industrie électro-technique

4) Industrie de construcion de machines

5) Industrie du bâtiment

6) Industrie des moyens de transport l'industrie chimique a

PHASE III

Octobre 1975-juin 1976

Croissance d'ensemble de l'indus-

Croissance d'ensemble de l'industrie manufacturière : + 5,25 % trie manufacturière : - 8,1 %

15,5

- 8,1%

6,8

3

(=941

-3,4

-4,9

- 9,91 oct. 74 - juin 75

= stimulant la crise

= freinant la crise profondément dans le tourbillon de la crise,

ANNEE

PNB

1973

+ 4 1

1974 ler trim.

+ 1

- 0,5 %

2e trim.

3e trim.

- 2,0 %

4e trim,

- 2,0 %

1975 ler trim,

- 2,5 %

2e trim,

0,0

3e trim.

0,0

4e trim.

+ 3,0 %

1976 ler trim.

+ 2,0 %

On peut donc conclure que pendant une brève en crise a, en fait, aggravé la récession en son ensemble, la remarque opposée reste

5,25%

11,2

0,0

5

6

1,

4

0% oct. 75 - juin 76 que le chancelier Helmut Schmidt prononça son fameux discours en faveur de son programme conjoncturel ("'La reprise vient, la reprise a déjà commencé..."), la combinaison tant crainte d'une crise sur le marché intérieur et d'un recul des exportations s'est bel et bien produite, Cela a entraine l'économie de la RFA plus

EVOLUTION DU PNB ET DES EXPORTATIONS

EXPORTATIONS

%

+ 11

%

%

9,5 %

+

0,0

3,5 %

3,5 %

8,5 %

1,5 %

0,5 %

+

1,5 %

+ 6,0 % période, l'économie capitaliste internationale

RFA. Mais pour la durée de la récession dans vraie : l'essor des exportations ouest-allemandes a amélioré la conjoncture économique en

RFA. Pour l'ensemble de la période 1973-76,

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R.F.A. il y a une croissance des exportations de 18% et du PNB de 4, 5% seulement. Même pour la période 1974-premier trimestre 1976, il y a une croissance des exportations de 7% et de seulement 0, 5% pour le PNB. La conclusion est évidente : la part des exportations dans le PNB a augmenté. Sans l'essor des exportations ouest-allemandes, la crise économique eût été bien plus prononcée en RFA. C'est pourquoi il est intéressant d'examiner de plus près vers quels marchés vont principalement les exportations de la REA, et vers quels pays elles croissent plus qu'en moyenne. Cela ressort du tableau que voici (7).

U.S.A. 9,7% PAYS SOUS-DEVELOPPES SANS L'OPEP 13,9% OPEP 3,0% CEE ETATS OUVRIERS 4,7% 46.4% AUTRES PAYS 1971 Une comparaison de la structure géographique des exportations ouest-allemandes de 1971 et de celles du premier semestre de 1976 indique la constance de la part de la CEE; le recul des Etats-Unis, notamment par suite de mesures protectionnistes ouvertes ou voilées, et des modifications des parités monétaires dollaryen-DM; et l'accroissement de la part des pays de l'OPEP et des Etats ouvriers bureaucratisés, part qui a doublé.

Ce dernier point est particulièrement intéres-

Deux genres de démagogies ont eu cours en RFA. La première rendait les "sheiks du pétrole" responsables de la crise. La deuxième concernait les "cadeaux" que la coalition SPD-FDP aurait faits aux "pays socialistes". Or, qu'indiquent les chiffres ? Alors que le renchérissement total des importations ouest-allemandes de matières premières (y compris de pétrole) ne s'élève qu'à 2, 5 milliards de DM en 1975, les exportations de la RFA vers les pays. de l'OPEP ont augmenté de 11 milliards de DM par rapport à l'année 1973. Une remarque analogue s'applique aux exportations vers les Etats ouvriers bureaucratisés. EXPORTATIONS DE LA R.F.A.

Eu.S.A 5,5% PAYS SOUS-DEVELOPPES SANS L'OPEP 13,8% OPEP • CEE 7,5 % 46,4% ETATS OUVRIERS 7,0% AUTRES PAYS 1976 ler semestre Paradoxalement, on pourrait affirmer que tant les "sheiks du pétrole" que les "pays socialistes", loin d'avoir "coûté" quoi que ce soit à la RFA, lui ont permis de réduire l'ampleur de la crise, grâce à l'accroissement de leurs achats. Quant à l'endettement des "pays socialistes" à l'égard de la RFA, qui est réel, il est bien inférieur à l'endettement de la RFA à l'égard des pays de l'OPEP. La RFA, deuxième puissance impérialiste du monde Au cours des quelque 30 années de son existence, la RFA a été habituellement présentée comme un "impérialisme sans puissance". Elle s'est en général conduite prudemment sur l'arène internationale. Mais tout dernièrement, un changement de comportement a été remarqué jusque dans les manchettes des journaux :

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la révélation d'une collaboration étroite entre la RFA et l'Afrique du Sud, notamment dans le domaine militaire et en matière d'énergie nucléaire (affaire Rall/Ball); l'échec (en dernière minute) de la fourniture de centrales nucléaires à la République sud-africaine; les contrats d'énergie nucléaire conclus avec le Brésil et l'Iran; le rôle de chantage joué par le gouvernement ouest-allemand en rapport avec l'aide financière à l'Italie, lors de la conférence de Puerto-Rico, etc. Pour saisir la base matérielle de l'émergence d'un impérialisme ouest-allemand haussant le ton sur l'arène internationale, il faut suivre deux évolutions : celle de la part croissante des exportations ouest-allemandes de marchandises dans le commerce mondial; celle de l'essor des exportations ouest-allemandes de capitaux (8).

PART DE DIFFERENTES PUISSANCES IMPE-

RIALISTES DANS LE COMMERCE MONDIAL

(en %)

Année RFA GB France EU Japon

1937 6(9)° 14 5 12 5, 6

1950 4 12 5 17 -

1953 6 11 18 1,7

1959 9 10 5 16 3, 0

1974 10,8 4, 7 5, 6 11,9 6,9

°) 6% se rapporte au territoire actuel de la

RFA; 9% au territoire du 3e Reich dans son ensemble.

TOTAL DES INVESTISSEMENTS DIRECTS

DE LA RFA A L'ETRANGER (en mrd, de

DM, chaque fois en fin d'année)

Année Année

1961 4, 1 1973 32,2

1967 8, 0 1975 42,0

1970 20,0 La RFA est par conséquent le seul pays impérialiste qui ait réussi a augmenter substantiellement sa part dans le commerce mondial depuis 1937 et qui, en même temps, a pu plus que décupler ses exportations directes de capitaux depuis le début des années 60. En fait, la valeur des investissements à l'étranger des trusts allemands dépasse largement les 42 milliards de DM (aujourd'hui 18 milliards de dollars). Il faut y ajouter, en effet, le réinvestissement sur place des profits non distribués de ces trusts à l'étranger, qui ne figure pas dans ces statistiques. Rien que pendant la récession 1974-75, les exportations directes de capitaux allemands auraient suffi pour créer 1 million d'emplois en en RFA ! Les exportations ouest-allemandes de marchandises et de capitaux manifestent, par certains côtés, une structure régionale analogue :

1) La majeure partie va vers les pays de la CEE ou des pays étroitement liés à ceux-ci (environ 60%); 2) La part des pays coloniaux et semi-coloniaux est pratiquement égale dans les deux catégories (environ 15%); 3) Parmi les pays sous-développés, il y a cependant une différenciation importante. Le capital ouest-allemand traite de préférence avec des pays à régimes terroristes. C'est vers ces pays qu'il y a eu, au cours des dernières années, une offensive massive d'exportation de marchandises et de capitaux, Les exportations de la RFA vers l'Iran ont quintuplé entre 1970 et 1975; les exportations de capitaux ont doublé au cours des deux dernières années, Les exportations de marchandises vers le Brésil ont triplé entre 1970 et 1975, les exportations de marchandises et de capitaux ont doublé entre 1973 et 1975, Les exportations de marchandises et de capitaux ont crû dans les mêmes proportions et dans le même intervalle vers l'Indonésie. Vers l'Afrique du Sud, les exportations ouest-allemandes sont passées de 1,9 milliards de DM en 1970 à 3,3 milliards en 1975. Pour l'ensemble de ces quatre pays, la part dans les exportations globales de la RFA est passée de 3, 1% en 1970 à 5,6% en 1975, atteingnant de ce fait une part égale à celle des exportations de la RFA vers les Etats-Unis ! Simultanément, la concentration des capitaux s'est fortement accentuée en RFA. Pour la seule année 1975, le nombre de fusions déclarées de firmes s'est accru de 41% par rapport à l'année précédente. La part des 100 firmes les plus grandes dans le chiffre d'affaires total de l'économie allemande s'est accrue de 21, 7% en 1972 à 24, 6% en 1974. Les 25 firmes les plus fortes ont en même temps accru leur part du chiffre d'affaires des 100 "plus grands" de 54, 5% à 56,8%. Or, il faut savoir que les 100. firmes ouest-allemandes les plus fortes prennent la moitié des exportations de la RFA pour leur compte. Les principaux trusts ouest-allemands sont en train d'atteindre les dimensions des grands trusts américains. Quinze trusts de la RFA ont atteint un chiffre d'affaires annuel de plus de 10 milliards de DM (plus de 4 milliards de dollars au taux de change actuel). Les 5 plus grands (Veba, Thyssen, Hoechst, Daimler-Benz et Basf) dépassent un chiffre d'affaires de 20 milliards de DM. Dans la fameuse liste de "Fortune", elles occuperaient, directement derrière ITT, des positions entre les places 1l et 20. De nouvelles fusions entre "géants" ont eu lieu ou sont annoncées : fusion Thyssen-Rheinstahl; Veba-Gelsenberg; Klöckner-Maxhütte; Karstadt-Neckermann, etc. (9). Les conférences, regroupements et réorientations des forces impérialistes au cours de la crise 1974-75 ont jeté une lumière crue sur

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R.F.A. l'émergence de l'impérialisme ouest-allemand comme deuxième puissance impérialiste dans le monde. Cela s'exprime également par un ton nouvellement nationaliste, apparu notamment au cours de la campagne électorale en 1976. Ceci est exploité adroitement par les concurrents étrangers de la RFA, notamment la France, pour y provoquer, par ricochet, des sentiments nationalistes anti-allemands. La conjoncture est-elle en train de se retourner ? Au milieu de l'année 1976 s'accumulent des indices qui reflètent un arrêt rapide de la reprise de l'économie ouest-allemande. Les commandes de l'industrie de construction mécanique ont diminué de 7% pendant les sept premiers mois de 1976. Les fonderies de la RFA ne comptent plus qu'avec un accroissement de leur volume de production de 1%; elles expliquent cette stagnation par le fait que les commandes provenant du secteur des moyens de transports, de la construction mécanique et de la construction immobilière et routière, sont en net recul. Même la production du secteur de construction mécanique stagne jusqu'au milieu de l'année 1976 au niveau atteint au plus fort de la crise, à l'indice 97 (100 = 1970)! La construction automobile, qui était partie en trombe au cours du 2ème trimestre 1975, semble également freiner son essor. Depuis le début de 1976, sa production ne guère. Seules les branches chimiques et métallurgiques connaissent des augmentations importantes de leur production (respectivement de 8 et de 9,8%), grâce aux exportations. La situation se précise, si on examine les chiffres suivants, concernant les commandes reçues par l'industrie en prix de 1970 (indice 100 = 1970)(10):

Année Industrie Commandes Commandes dans son étrangères intérieures ensemble

1974 ler trim. 116 149 106

1975 ler trim. 100 120 94

2e trim. 106 117 102

3e trim. 102 123 95

4e trim. 107 131 100

1976 ler trim. 110 132 103

Ze trim. 109 139 99 Le tableau confirme que l'ensemble de l'accroissement (d'ailleurs fort modeste) des commandes pour l'industrie depuis le milieu de l'année 1975 provient de l'accroissement des commandes étrangères. Les commandes provenant du marché intérieur stagnent autour

1970 ! Pour les biens d'investissements, les commandes intérieures sont même tombées, au deuxième trimestre 1976, au niveau le plus bas depuis 1975 : à l'indice 92 ! La raison principale de cette stagnation des commandes du marché intérieur, et le principal frein de la reprise, est classique : l'insuffisance du pouvoir d'achat des masses. La crise devait remplir la fonction principale d'accroitre le taux de la plus-value et d'abaisser les salaires réels. Cela s'est traduit par le fait que les revenus réels des masses n'ont pratiquement plus augmenté en 1975, et qu'ils vont même légèrement diminuer en 1976, année de la "reprise" ! Si l'on compare l'évolution du pouvoir d'achat des masses après la récession 1966-67 avec celle de 1976, on constate qu'il y eut un accroissement de 3, 7% pendant la première année de reprise, alors qu'il y aura une réduction de 0, 3% pendant la première année de reprise 1976. Dans les années consécutives 1969 et 1970, le pouvoir d'achatréel des masses en RFA atteignait des taux de croissance record, respectivement de 7,8% et de 9,4%. Mais le patronat a déjà annoncé que pour l'année 1977, il se prépare à une stratégie des conventions collectives analogue à celle de l'année 1976, c'est-à-dire impliquant des réductions des salaires réels. D'ailleurs, les chiffres que nous venons de citer embellissent encore la situation

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réelle, car ils ne tiennent pas compte d'un taux d'épargne plus que proportionnel en 1975 et 1976, résultant de la peur des travailleurs de perdre leur emploi. Il ne faut donc point escompter des stimulants de la demande globale provenant de l'évolution du pouvoir d'achat des masses en 1976. En outre, le volume du chômage complet ne baisse guère. L'élimination du chômage partiel a déjà eu lieu. On peut même s'attendre que pendant l'hiver 1976-77, l'accroissement du chômage partiel accentuera encore le déclin du pouvoir d'achat global des masses. De même, les budgets publics ne stimuleront guère la demande globale. L'année 1976 s'est conclue avec un accroissement record de la dette publique de 70 milliards de DM, somme égale à celle de 1975. Le taux d'accroissement de la dette publique a ainsi atteint la limite du possible. L'année 1977 améliorera sans doute un peu la situation, puisque la reprise de 1976 signifiera un accroissement des rentrées fiscales pour 1977. Il y aura également un accroissement de la TVA. Cela pourra conduire à un accroissement des dépenses publiques, mais sans doute pas sensiblement supérieur en volume, à la réduction du pouvoir d'achat des masses. Il est vrai que les ménages privés auront à leur disposition en 1977 quelque 25 à 30 milliards de DM provenant de la loi primant l'épargne. Selon les expériences passées, un tiers de cette somme sera couramment dépensée, impliquant une expansion de la consommation privée de l'ordre de 1 à 1, 5%. Mais tout cela ne modifie guère la conclusion : le pouvoir d'achat réduit des masses freine la demande intérieure et risque d'étrangler la reprise. A la fin des années 60, l'économie de la RFA disposa encore de conditions d'exploitation favorables, établies sur la base de conditions historiques particulières, qui lui permirent de conduire avec succès la lutte de concurrence sur le marché mondial, malgré une technologie souvent inférieure à celle du concurrent américain. Avec la crise des années 1974-75, ces temps sont définitivement révolus. Ceci s'exprime nettement dans le fait que, contrairement aux années postérieures à la récession 1966-67, cette fois-ci il n'y a presque plus d'investissements d'extension, au même niveau technologique, mais presqu'exclusivement des investissements de rationalisation, c'est-àdire à un niveau supérieur de technologie. Cela signifie qu'une masse de produits égale ou supérieure est fabriquée par un nombre réduit d'ouvriers, ce qui aboutit à : 1) une réduction globale d'emplois; 2) à une contradiction accentuée entre production accrue et pouvoir d'achat réduit, alors que la masse des salaires réels stagne ou recule, et que la masse des produits fabriqués qu'il faut vendre, du moins pendant la première phase de la reprise à des prix égaux ou même légèrement accrus, augmente.

Cette situation du marché se traduit par un taux d'utilisation de la capacité productive encore fort bas (env. 82%), ce qui à son tour accentue la tendance du patronat à orienter les investissements en direction des investissements de rationalisation (en vue de réduire les prix de revient unitaires) sans accroissement important du volume de la production. On peut trouver la confirmation de cette tendance dans le rapport rapidement déclinant entre les dépenses pour investissements dans les bâtiments et les dépenses pour investissements dans les machines. Le rapport entre ces deux catégories d'investissements à évolué ainsi (10) :

1967 132,9 1974 100,4 1968 127,4 1975/1er trim. 95,2 1969 108,1 4e trim. 87,8 1972 103,5 1976/ler trim, 84, 1 1973 100,9 Mieux encore que de tels indicateurs, l'évolution se reflète dans des faits se rapportant à des firmes individuelles. Ainsi, selon la "Frankfurter Allgemeine Zeitung" du 4 septembre 1976, le trust Volkswagen a réduit, à l'échelle mondiale, l'emploi de 13,2% durant l'année 1975, tout en augmentant son chiffre d'affaires de 11%, A l'échelle de la RFA, la réduction de l'emploi fut de 19,5%, l'augmentation du chiffre d'affaires de 1,4%. Un nouveau 'boom' des exportations est improbable Dans ces conditions, le seul appui de la conjoncture réside dans le boom des exportations. Jusqu'à quel point ce boom peut-il se poursuivre ? La concurrence sur le marché européen, surtout celui de la CEE, s'accentue davantage, C'est justement cette lutte de concurrence accrue qui entrave l'union politique au sein du Marché Commun, Le capital ouest-allemand dispose de nombreux atouts dans cette concurrence, et pourra sans doute légèrement améliorer ses positions, aux frais de ses partenaires de la CEE, Néanmoins, la part de 60% des exportations déjà atteinte pour la CEE et les pays étroitement liés à la CEE est tellement élevée que la résistance à un accroissement de cette part limitera forcément tout succès d'une offensive des exportations ouest-allemandes vers ces pays. Les exportations de la RFA vers les USA et le Canada ont subi un fort recul depuis le début de la crise, Il est possible qu'elles augmenteront de nouveau, sans pour autant atteindre le niveau jadis atteint (près de 10% de l'ensemble des exportations de la RFA pour les seuls USA). Les exportations ouest-allemandes vers les Etats ouvriers bureaucratisés ont considérablement contribué à l'accroissement général des exportations de la RFA jusqu'en 1974. De-

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R.F.A. puis lors, ce réservoir est cependant épuisé. Les dettes des pays de l'Est à l'égard des pays capitalistes se sont fortement accrues. Leurs produits industriels sont peu concurrentiels sur les marchés occidentaux. Leur monopole du commerce extérieur fonctionne trop bien pour permettre un nouvel accroissement des exportations ouest-allemandes. En 1975, seules les exportations vers l'URSS et vers la Bulggarie ont encore connu une augmentation significative. Quant aux exportations vers les pays de l'OPEP, là aussi des signes de saturation se multiplient. Depuis le début de 1976, la part des exportations de la RFA destinée à ces pays est en recul (de 7,5% en 1975 à 6,8% pour le deuxième trimestre 1976). Les exportations vers les pays sous-développés dits "stables" (c'est-à-dire. à régimes bourgeois-terroristes) semblent également avoir atteint un plafond, à l'exception de celles vers l'Argentine, puisque ce pays ne fait qu'entrer dans la voie où le Brésil, l'Afrique du Sud ou l'Indonésie se sont engagés depuis longtemps. La conclusion est donc nette : à première vue, il est improbable qu'une offensive sur le marché ché mondial puisse alimenter une reprise considérable de l'économie ouest-allemande. La seule possibilité d'une expansion plus large que prévue de ces exportations serait celle d'un "boom" de toute l'économie capitaliste internationale, duquel la RFA pourrait profiter. L'article d'E. Mandel dans le présent numéro d'Inprecor résume les raisons pour lesquelles il s'agit d'une éventualité fort improbable. Il est vrai qu'il y a une "issue" pour le capital ouest-allemand, déjà révélée au cours de la récession 1974-75 : accélérer la construction d'installations industrielles à l'étranger. Des données provisoires laissent prévoir, pour l'année 1976, une exportation directe de capitaux allemands d'un montant jamais égalé de 7 milliards de DM (près de 3 milliards de dollars), contre 10 milliards de DM pour l'ensemble des années 1974 et 1975. Pour la classe ouvrière de la RFA, cela se traduit par une nouvelle réduction d'emplois. Le cas du trust Volkswagen est significatif à ce propos. Ce trust a décidé de construire une filiale aux Etats-Unis. Quelque 500 millions de DM ont été destinés à ce propos. Des entreprises satellites absorberont des investissements supplémentaires de 300 à 500 millions de DM. C'est donc près d'un milliard de DM qui seront investis par VW aux USA. Cette usine couvrira l'ensemble du marché nord-américain (où la part de Volkswagen est d'ailleurs en recul), ce qui veut dire que 10% de la production des usines allemandes Volkswagen, jusqu'ici exportés aux Etats-Unis, ne seront plus fabriqués en RFA, et que production et emplois en RFA seront réduits en conséquence.

Tous les indices concordent donc pour confirmer que l'économie ouest-allemande a définitivement tourné le cap à la croissance rapide vers une croissance beaucoup plus lente et spasmodique. L'année 1976 connaitra une croissance modérée. En 1977, il y aura sans doute des contestations salariales dures, peut-être accompagnées de luttes ouvrières significatives, qui pourraient relancer la demande intérieure. Mais cela déclencherait le même mécanisme qui a abouti à la crise de 1974-75 : la chute du taux de profit. Il est donc probable que la reprise prendra fin en 1977, et ce avec un chômage structurel non surmonté d'au moins un demi-million de travailleurs, et une nouvelle accentuation de la pression inflationniste. En cas de "relance" de l'inflation internationale, le niveau atteint par la reprise en 1977 pourrait être maintenu pendant 6 à 12 mois, mais sans empêcher que le chômage retrouve le niveau de 1 million pendant l'hiver 1977-78.

8.9.1976 NOTES {1) Source : "Monatsberichte der Bundesbank" n° 8/1976, Beiheft, Reihe 4, 8/76, en plus de nos propres calculs. (2) La part salariale est calculée en divisant le revenu national par personne active par le revenu net par salarié et appointé. Source : nos propres calculs, sur la base des "Monatsberichte der Bundesbank" n° 6 et n° 8/1976, et des "Jahresgutachten" du Conseil des experts économiques. (3) "Frankfurter Allgemeine Zeitung" du 7 juillet 1976. (4) "Blick durch die Wirtschaft", "Frankfurter Allgemeine Zeitung" , etc. Détail des sources et calculs : "Was Tun" n° 113, pp 6-7. Ces pourcentages concernent la masse des profits et non le taux de profit. (5) Calculé sur la base des "Monatsberichte der Bundesbank" (6) Calculé d'après les "Monatsberichte der Bundesbank", Beiheft 4,n°7, 1976, p. 2. (7) Calculé sur la base des "Monatsberichte der Bundesbank!' et du "'Statistisches Jahrbuch der BRD 1975". La rubrique "autres pays" se réfère essentiellement aux pays capitalistes d'Europe non membres de la CEE. (8) Pour les exportations : voir "Die Internationale" n° 1, p. 123 et suivantes, ainsi que "Statistisches Jahrbuch der BRD 1975"; pour les exportations des capitaux, voir "ISP, Théorie" n° 3, p. 60 et suivantes, et "der Spiegel" n° 46, 1975. (9) "Frankfurter Allgemeine Zeitung" des 2. 7. 1976 et 4. 9. 1976; "Extradienst" du 27.7. 1976, etc. (10) "Monatsberichte der Bundesbank" n° 4, 8/1976. (11) Calculé d'après les "Monatsberichte der Bundesbank", Beiheft 4, 7/1976, p. 2.

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