Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ITALIE

Les dés ne sont pas jetés

Inprecor (première série) n° 65, 13 janvier 1977 · p. 18-22 · 3 996 mots

Italie Syndicalisme Économie mondiale Femmes

La situation économique et politique italienne à la fin de l'année 76 reste précaire. Les prévisions officielles ou officieuses pour l'année qui s'ouvre sont loin d'être enthousiasmantes pour la classe dominante. Il suffit de rappeler que la relance économique partielle a déjà connu un essoufflement sérieux et que pour 77 on prévoit, pour reprendre l'expression de certains textes gouvernementaux, une croissance zéro, avec un chômage supplémentaire de centaines de milliers d'ouvriers, et que le taux d'inflation sera difficilement inférieur à 20%. Agnelli, le maitre de Fiat, a fait son pronostic en disant : "ce sera une année terrible". Toutefois, le gouvernement Andreotti a réussi jusqu'ici non seulement à maîtriser en partie la situation, mais aussi à faire passer une série de mesures économiques et sociales frappant surtout la classe ouvrière et d'autres couches exploitées. Ces mesures peuvent se synthétiser comme suit : - blocage de l'échelle mobile pendant 19 mois à 100% pour les revenus au-dessus de 8 millions de lires par an et à 50% pour les revenus au-dessus de 6 millions (les travailleurs concernés recevront des bons du trésor qui ne pourront pas être négociés avant 5 ans). - augmentation de l'impôt sur les voitures, sur les paris sportifs et augmentation de droits divers, introduction d'une taxe extra-ordinaire sur les voitures, les embarcations, etc... - augmentations de nombreux tarifs (électricité, téléphone, chemins de fer) et nouvelle augmentation du prix de l'essence, qui ne sera compensée que dans une mesure dérisoire par une subvention gouvernementale aux titulaires de revenus fixes. - suppression d'un certain nombre de fêtes qui devraient en principe être récupérées à l'occasion des grandes vacances (en pratique, cette récupération n'est pas du tout assurée). En même temps, le gouvernement a autorisé ou enregistré sans réaction des augmentations des prix généralisées (par exemple, des augmentations assez considérables du prix des voitures). Ces mesures ont été adoptées, en général, avec l'accord des partis ouvriers et des syndicats. Ces derniers n'ont organisé jusqu'ici que des mobilisations très partielles et symboliques (grèves provinciales et régionales, grèves nationales de catégories industrielles, limitées à quelques heures, etc...), dans le but d'exercer des pressions sur le gouvernement et de donner une satisfaction partielle à la volonté de lutte des masses. L'opération n'a atteint son objectif qu'en partie. D'un côté le gouvernement et le patronat insistent dans leur offensive et projettent des mesures plus drastiques, notamment en ce qui concerne l'échelle mobile, dont ils voudraient espacer le fonctionnement. De l'autre, des tensions assez ouvertes se sont manifestées entre les directions bureaucratiques et la base. A de nombreuses reprises, dans des instances différentes (assemblées d'usine, assemblées de cadres syndicaux, manifestations de rue) des secteurs ouvriers importants ont critiqué vivement l'orientation de leurs organisation. Il est symptomatique que, aussi bien des leaders syndicaux que des dirigeants du PCI ont regretté publiquement que de nombreux cadres intermédiaires ne s'engagent pas dans la défense de la ligne officielle et s'avèrent incapables de contre-carrer les arguments des "gauchistes". Au mois de janvier, il y aura une série d'échéances importantes, allant des rencontres entre le gouvernement et les syndicats à l'assemblée nationale des cadres syndicaux, qui pourront influencer sensiblement l'évolution de la situation. Nous reproduisons ici une synthèse d'un rapport du camarade Livio Maltan approuvé à la majorité par le Comité central des GCR, section italienne de la IVème Internationale, dans son plénum de décembre. Ce texte met l'accent sur les dangers d'une évolution négative dans le cas où la classe ouvrière n'est pas en condition d'organiser à court terme une riposte efficace aux attaques insidieuses du patronat et du gouvernement Andreotti.

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Six mois après les élections du 20 juin, il est nécessaire de tirer un premier bilan de la situation nouvelle qui s'est créée notamment à la suite de la formation du gouvernement Andreotti. Les journées de lutte de la première moitié d'octobre et quelques événements significatifs des semaines suivantes ont démontré que des secteurs importants de la classe ouvrière étaient disposés à se battre, qu'il y avait toujours une avant-garde capable d'interpréter cet esprit combatif, de propulser des mouvements plus amples, en mettant ainsi en difficulté les directions bureaucratiques et en obligeant le gouvernement et le patronat à agir avec plus de prudence. Mais, le PCI et le PSI ont subordonné les nécessités de la lutte des masses à une orientation politique symbolisée par l'appui au gouvernement Andreotti et l'acceptation de la politique dite d'austérité. Les directions syndicales, quant à elles, ont manqué absoluement d'initiative et elles ont évité toute confrontation réelle en se limitant à appeler à des grèves symboliques et fragmentées. Les avant-garde sociales ne pouvaient évidemment pas se substituer aux directions bureaucratiques à l'échelle nationale et il leur était difficile d'éviter les écueils opposés de la fuite en avant sectaire et de l'adaptation opportuniste. Quant aux organisations de l'extrême-gauche, en pleine crise, elles n'étaient même pas en condition de jouer le rôle qu'elles avaient joué dans d'autres batailles importantes. Les résultats sont clairs. La classe ouvrière, la mieux organisée et la plus mûre politiquement, a été acculée de plus en plus sur la défensive; elle eut quelques réactions d'incertitude et de désarroi ; elle répondit parfois sans conviction et avec peu de mordant aux appels aux grèves et aux manifestations syndicales. L'attaque persistante contre l'emploi et la nouvelle intensification de l'inflation a commencé à avoir des répercussions, en profondeur, sur l'état d'esprit des ouvriers en les poussant à rechercher des solutions en dehors de la lutte. L'idéologie, partagée par le PCI, selon laquelle il est nécessaire de travailler davantage et d'être moins "absentéiste", n'a pas été sans écho parmi des couches de travailleurs, ne fût-ce que par réflexe de défense face au danger du

RIVOLUZIONAKI ROSSA @ Assurda caccia al tunisino

NE SONT PAS JETES

chômage. En même temps, pour contrecarrer les conséquences de l'inflation, des ouvriers cherchent à augmenter leurs salaires par l'acceptation des heures supplémentaires et d'une intensification du rythme du travail, par la pratique du travail noir, etc... Il est difficile pour l'instant d'apprécier la portée effective de ces phénomènes. Mais il est certain qu'ils existent, qu'ils s'accentuent, qu'ils ont une signification politique négative, Une situation de pat Les couches les plus politisées de la classe ouvrière souffrent encore plus douloureusement des difficultés de la situation, Les militants et les sympathisants du PCI, qui le 20 juin connurent une déception partielle, parce que leur parti n'avait dépassé la DC, sont maintenant déchirés d'une part entre l'espoir que le poids accru du PCI donne des résultats tangibles et la constatation que le gouvernement, dont le PCI assure la survivance, frappe ouvertement les classes exploitées, même sans faire miroiter des perspectives plus rassurantes à moyen ou à long terme, et d'autre part entre la volonté d'accepter la discipline du parti et du syndicat et le sentiment de plus en plus net que la ligne qu'ils devraient appliquer ne correspond ni aux besoins, ni aux sentiments des larges masses, Ils éprouvent de plus en plus un sentiment de frustration, Les avant-garde sociales les plus conscientes ont le sentiment d'être prises dans un étau. Si elles ne prennent pas des initiatives maintenant, les directions des syndicats et des partis traditionnels poussent plus loin leur acceptation de la politique d'austérité; si elles bougent, elles risquent l'isolement ou le cul-de-sac de l'aventurisme, étant donné la difficulté extrême d'esquisser et de concrétiser une ligne alternative crédible. Une telle situation ne peut se prolonger indéfiniment sans que le processus indiqué ne provoque un saut qualitatif; sans que de reculades en reculades le mouvement ouvrier ne subisse à la fin, quasiment à froid, une défaite avec un abaissement sensible du niveau de vie des masses et sérieuse des conquêtes de la dernière décennie; sans que le potentiel et la capacité de mobilisation des masses ne soient entamés au moins pendant un certain temps.

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La classe dirigeante italienne a tiré jusqu'ici un bénéfice incontestable de l'acceptation d'une intégration plus grande du PCI dans les institutions et de sa participation partielle à la majorité parlementaire. Elle pourra en profiter davantage si elle réussit à accentuer les tendances qui se sont esquissées dans les derniers mois, en provoquant en fin de compte, une usure du mouvement de masse et, en dernière analyse, en affaiblissant aussi la force de négociation du PCI. Dans le cadre de la crise politique globale et de la crise de direction bourgeoise, qui avait pris des formes très aiguës à partir de 1975, elle ne pouvait espérer davantage. Elle peut es compter, non sans raison, faire retomber sur la classe ouvrière le poids de la crise économique, ce qu'elle n'avait pu faire durant la période s'étendant de la crise de l'automne 74 à l'été 76. Elle peut sauvegarder la possibilité de faire des choix politiques différents, même dans le cadre parlementaire issu du 20 juin, et d'opter pour des variantes différentes de "contre-révolution démocratique", fondées également sur un affaiblissement des adversaires-alliés (gouvernement sans le PCI et une collaboration privilégiée avec les socialistes, gouvernement avec le PCI, dans des conditions de stabilisation relative, etc...) Evitons tout malentendu possible. La classe dominante n'a surmonté structurellement la crise à aucun niveau (politique, économique, social) ni ne pourra la surmonter à brève échéance. En dernière analyse, la situation de neutralisation relative entre les forces sociales opposées subsiste; les différenciations et les déchirements au sein des deux forces sociales fondamentales, en premier lieu de la bourgeoisie, n'ont pas disparu. Des secteurs et des couches de la classe dominante ne cessent d'être frappés, dans une mesure et avec une dynamique différentes, par la crise économique, par la difficulté de surmonter la récession, par la reprise des tendances inflationnistes. De ce fait, ils considèrent de façon fort différente la perspective d'une inflation encore plus massive qui pourrait devenir incontrôlable. Même dans la classe dominante - à plus forte raison parmi les classes moyennes - certains secteurs paieront le prix de la crise (ou l'ont déjà partiellement payé), d'autres seront frappés moins sérieusement ou pourront même en profiter en termes absolus ou relatifs. Les bureaucraties réformistes, quant à elles, ont pu se réjouir que le 20 juin ait réduit à la portion congrue leurs opposants de gauche ; elles peuvent estimer qu'après tout "le tigre n'a pas été si difficile à chevaucher". Elles comptent sur le fait que les données de la "réalité' s'imposeront à la fin aux yeux de tout le monde et détermineront un état. d'esprit de résignation dans la classe ouvrière. Mais elles ne peuvent pas ne pas se rendre compte que, si le gouvernement réussissait à imposer intégralement son programme, la force et le prestige aussi bien des syndicats que des partis traditionnels seraient entamés. Le mécanisme de la crise, qui a déjà affaibli le pouvoir des syndicats, pourrait accentuer ses efforts négatifs. En outre, les directions syndicales, qui subissent des pressions différentes selon les forces qu'elles représentent, les niveaux où elles se situent et les projets tactiques particuliers, connaissent des différenciations et des divisions de plus en plus âpres. Cela pourrait amener à des ruptures avec la pratique unitaire qui a caractérisé la dernière décennie.

Les fronts sociaux opposés restent donc minés par une série de contradictions. La bourgeoisie et sont parti principal ont conscience que les résultats atteints sont précaires, qu'il leur sera difficile de maintenir longtemps l'équilibre instable de la formule de gouvernement actuel et de réaliser toutes les conditions nécessaires pour dépasser effectivement la crise et aboutir à une stabilisation relative. Le mouvement ou -vrier dispose de forces intactes ; il a accru son poids au niveau parlementaire et institutionnel en général. Mais il est acculé de plus en plus sur la défensive. Il a même commencé à perdre du terrain pour la première fois depuis de nombreuses années. Si la situation telle qu'elle existe maintenant, fin automne 1976, se prolonge, l'instabilité structurelle pourra subsister et la classe dominante ne cessera d'avoir des problèmes énormes. Toutefois, elle pourra tirer des avantages considérables de la combinaison des effets provoqués par les mécanismes de la crise économique du système et par la neutralisation politique relative de ses adversaires. En d'autres termes, une situation dangereuse de reflux pourrait s'esquisser. Crise de l'extrême-gauche et flambées de néo-spontanéisme Un autre élément en jeu est la crise profonde qui a frappé l'extrême-gauche dans ses composantes principales. Cette crise était inévitable, puisque après avoir connu une croissance remarquable, l'extrême-gauche a révélé son incapacité à apparaître et à agir comme une alternative d'abord dans les luttes ouvrières déclenchées dans le cadre d'une crise économique qui exigeait des ripostes globales et, ensuite, dans la confrontation politique qui a débouché sur le 20 juin. D'ailleurs, au-delà des formes électorales, cette confrontation posait le problème d'une nouvelle direction politique. Dans le cadre des difficultés connues par le mouvement ouvrier dans son ensemble, toutes les contradictions et les carences des différentes formations, non seulement ont émergé de plus en plus ouvertement, mais elles ont dramatiquement explosé. Les discussions âpres des deux ou trois derniers mois ont concerné par conséquent non pas des aspects de la ligne politique ou des choix tactiques, mais les fondements stratégiques, voire la raison d'être, de l'extrême-gauche. Le désarroi, la démoralisation, la fuite des militants sont le produit de ces facteurs. Justement dans le vif d'une crise globale du capitalisme, particulièrement aiguë en Europe, et de conflits

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croissants dans les Etats ouvriers bureaucratisés, l'extrême-gauche se montre de moins en moins capable de donner une réponse aux problèmes posés par la phase de transition : la crise chinoise, en éliminant progressivement toutes les illusions, la prive de ce qu'elle avait présenté avec assurance comme son point de référence fondamentale. Sur le plan de la stratégie politique, la défaite du 20 juin a laissé assez de ruines. Sur le plan des luttes et du mouvement, les bouffées d'oxygène des journées d'octobre n'ont pas suffi à faire oublier son inconsistance intrinsèque et, dans un certain sens, elles ont mis encore plus en évidence le rapport de force réel et l'incapacité à exploiter les difficultés sérieuses que les bureaucraties rencontrent dans leurs rapports avec les masses. En outre, dans la mesure où des luttes et des mobilisations ont lieu, l'extrême-gauce doit faire face à de nouvelles flambées de spontanéisme, dont il n'est pas difficile de saisir les racines et qui, en tout cas, ne peuvent que mener à une impasse. Une bataille pour la clarification serait nécessaire, urgente, pour éviter que les potentialités ne se perdent rapidement et que de nouvelles s'épuisent à court terme. Mais, à cause du complexe découlant de la conscience de leur faillite comme alternative aux yeux des masses, de la résurgence de traits spontanéistes qu'elles avaient toutes connues en 68-69, de l'inclination centriste à s'adapter aux pressions qu'elles subissent, les trois formations principales ont renoncé à toute bataille conséquente, en espérant peut-être pouvoir réaliser plus tard des opérations de récupération, par des méthodes, en dernière analyse, paternalistes. Le néo-spontanéisme s'est manifesté pendant les journées d'octobre dans des secteurs ouvriers restreints, à la suite de contrastes criants entre la volonté de lutte de secteurs importants de la classe ouvrière et la passivité délibérée des bureaucraties, véhicules de l'idéologie hypocrite de l'austérité. Alors que la bataille contre la crise ne peut être gagnée que par une mobilisation et avec des objectifs d'ensemble, et que même les ouvriers les moins politisés en sont conscients, ce type de néo-spontanéisme ne pouvait et ne peut qu'être de courte haleine, Il risque de susciter des crises de démoralisation parmi des cadres engagés depuis de nombreuses années. Les mouvements du "prolétariat jeune" - du moins à en juger des expériences faites jusqu' ici - ont aussi droit de cité dans la tendance néo-spontanéiste (1). Ici, le champ d'opération est plus large et il est possible que de tels mouvements représentent pendant un certain temps des éléments conflictuels susceptibles d'entraver les projets de stabilisation relative "à froid"'. Le retour à une optique à la 68 est assez transparent, aussi bien dans le mode d'organisation de mobilisation que dans l'inspiration marquée par l'utopisme et l'ultimatisme. Le fait que la compréhension plus grande d'une stratégie et d'une tactique politique acquise après 68 soit maintenant estompée chez les protagonistes de ces nouvelles luttes représente incontestablement une régression, Cela, d'autant plus que les mouvements du "prolétariat jeune" - indépendamment de la date de naissance de ceux qui y participent - naissent dans le vide ou dans le vide partiel laissé par le déclin du mouvement étudiant, Au fond, c'est la conscience d'être les fils d'une défaite partielle qui est à l'origine d'une certaine amertume et d'un certain pessimisme qui transparaissent derrière une "nouvelle rhétorique". Qui plus est, derrière des phénomènes comme les explosions au Parco Lambro ou une assemblée récente à l'Université de Milan (2), on aperçoit des phénomènes de désagrégation que la légitimité d'une certaine contestation ne saurait faire oublier. C'est parmi des tendances du mouvement des femmes, dans la sphère d'influence des groupes d'extrême-gauche ou des radicaux, que le néo-spontanéisme a trouvé son expression la plus éclatante et la plus agressive, Les analogies avec les premiers mouvements des étudiants de 68 sont incontestables : l'accent mis d'une façon indiscriminée sur la "'nouveauté"; l'opposition du mouvement présenté comme "vécu" immédiat à tout le reste; la dénonciation des organisations politiques, même d'extrême-gauche, comme antagonistes au mouvement comme survivances inutiles d'une époque révolue; l'utopisme ultimatiste dans le programme nous voulons tout maintenant), préfiguration de la société communiste; etc... Nous n'abordons pas ici la problématique du mouvement de libération des femmes en général, nous nous limitons à quelques considérations sur les traits spécifiques des courants néo-spontanéistes, Tout d'abord, le mouvement des femmes se développe maintenant, il connaît son propre 68 avec tout ce que 68 a eu d'extrêmement positif, Il ne s'agit donc pas d'un relancement nostalgique du passé, d'une espèce de retour aux sources. En deuxième lieu, le spontanéisme de certains secteurs du mouvement des femmes et la tendance à l'autonomisation ont des racines objectives profondes et ils peuvent subsister beaucoup plus que d'autres phénomènes analogues, soit dans leurs formes actuelles, soit dans des formes similaires (pourvu que le contexte politique le permette). Le mouvement ouvrier organisé a offert et offre un ensemble de conceptions théoriques, de stratégie politique d'ensemble et surtout les instruments de lutte valables ou relativement valables, Cela a exercé et exerce une force d'attraction sur le mouvement spontané d'origine ouvrière de même que, sous des formes plus médiatisées, sur le mouvement spontané d'origine étudiante, Par contre, le mouvement des femmes n'a reçu ni ne reçoit que très peu des organisations ouvrières traditionnelles et même des organisations d'extrême-gauche : des idées très générales, aucune stratégie politique concrète, aucun instrument organisationnel.

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Pour toutes ces raisons, on ne saurait mettre un signe d'identité entre les tendances exprimées par le mouvement du "prolétariat jeune" et les tendances féministes qui aujourd'hui semblent prévaloir dans des secteurs du mouvement. Mais celles-ci pourraient tout de même provoquer une fragmentation du mouvement anticapitaliste, un affaiblissement des forces organisées de l'extrême-gauche et même des replis individualistes ou intimistes. Des manifestations comme celle du 27 novembre à Rome sont en soi positives et susceptibles de développements ultérieurs (3). Mais il est négatif que justement au moment où la question de l'avortement, qui a beaucoup contribué à la formation du mouvement des femmes, est à l'ordre du jour, il n'y a eu jusqu'ici aucune mobilisation de masse unitaire. Pour un front unique contre les mesures d'Andreotti Après avoir mis en lumière toutes les tendances conjoncturelles négatives, nous répétons toutefois que les jeux ne sont pas faits et que la question reste ouverte. Il est donc nécessaire d'exploiter au plus vite les possibilités qui subsistent. Il est vital que la classe ouvrière ne se résigne pas à payer le prix de la politique dite d'austérité, que le projet d'Andreotti ne se réalise sans se heurter à une opposition opiniâtre, que les luttes ne se limitent pas à des mobilisations symboliques. Une responsabilité très grande appartient à l'avant-garde politiquement organisée. Faire une telle constatation ne relève pas de l'avant-gardisme, cela signifie reconnaître la réalité telle qu'elle est. Sans une mobilisation unitaire puissante de la classe ouvrière et d'autres couches exploitées autour d'elle, il sera évidemment difficile d'éviter le succès de l'opération déclenchée par le gouvernement et le patronat. Le problème de l'unité d'action, du front unique, est à l'ordre du jour maintenant. Mais sous quelle condition ? Y a-t-il un minimum de possibilités qu'il ne reste pas une simple question théorique ? Dans les circonstances actuelles, la compréhension du fait que sans une contre-offensive avec des objectifs politiques d'ensemble, on ne peut pas renverser la situation, on ne doit pas faire oublier qu'il faut auparavant gagner quelques batailles défensives importantes. L'axe central doit être à échéance immédiate, la défense intransigeante de l'échelle mobile qui est devenue l'enjeu symbolique de la confrontation entre les classes. Repousser le programme d'Andreotti et du patronat signifie, en premier lieu, repousser les attaques contre l'échelle mobile. Si on veut obtenir un maximum de convergence et d'unité sur cet objectif, il faut avoir la plus grande flexibilité tactique. Par exemple, il serait erroné d'avancer comme condition pour l'unité le renversement du gouvernement Andreotti parce que cela entraverait l'approche unitaire vers les masses influencées par le PCI et le PSI. Nous devons dire : luttons contre les mesures d'Andreotti. Il est clair que, si ces mesures ne passaient pas, la conséquence en serait presque certainement la chute d'Andreotti - et, ici, par une attaque sur sa gauche - ce qui remettrait en mouvement toute la situation politique. Mais une telle orientation unitaire, répétons-le, resterait sur le papier et serait en fait suiviste, si l'avant-garde renonçait à sa propre initiative, ce qui implique aujourd'hui une polémique dure contre les directions bureaucratiques, les directions syndicales en premier lieu. Dans le contexte donné, cette initiative est une condition sine qua non pour que le front de lutte se réactive, que les masses regagnent confiance, que les organisations traditionnelles soient obligées de rectifier un tant soit peu leur tir, du moins dans Pour notre organisation, il est impératif de s'engager à fond, avec toutes les énergies dont elle dispose dans cette bataille. L'enjeu, nous l'avons dit, est très grand et même pour l'avenir de notre organisation, beaucoup va dépendre de ce que nous serons capables de faire à cette étape... La crise de l'extrême-gauche nous impose d'ailleurs d'être présents aujourd'hui plus que jamais dans le débat orageux en cours avec nos alternatives théoriques et nos propositions stratégiques. Nous pouvons avoir une audience beaucoup plus large qu'auparavant. Même de ce point de vue, nous sommes à une étape où beaucoup de choses peuvent se décider. NOTES (1) Les mouvements dits "du prolétariat jeune" organisent les jeunes dans les quartiers sur la base de cercles, etc. Au cours des derniers mois, les manifestations les plus spectaculaires de ces mouvements ont lieu à Milan et dans d'autres grandes villes, surtout autour du problème du prix des cinémas. Des centaines et des milliers de jeunes ont manifesté dans les rues en obligeant pendant des heures les cinémas à réduire leurs prix. Le 8 décembre, des milliers de jeunes ont organisé à Milan une manifestation lors de l'inauguration de la saison de l'Opéra au Théâtre la Scala pour protester contre l'étalage de luxe et les prix exorbitants des billets. Des chocs violents avec la police ont eu lieu des heures durant. (2) Parco Lambro est un parc de Milan où, depuis un certain nombre d'années est organisée une fête de jeunes venant de toute l'Italie. L'année passée, la fête a été caractérisée par des accidents provoqués par des groupes de jeunes qui "expropriaient" des restaurants et des stands. Au mois de décembre, l'Université de Milan a été le théâtre d'un rassemblement du "prolétariat jeune". Des groupes de participants provoquèrent des dégâts assez sérieux qui donnèrent lieu à toutes sortes de spéculations de la part de la presse bourgeoise et réformiste. (3) Une manifestation contre la violence dont les femmes sont victimes a eu lieu à Rome le 27 novembre avec la participation de 8 à 9 mille

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