Margaret Thatcher, dirigeante du Parti conservateur et actuelle Premier ministre britannique. (DR)
GRANDE-BRETAGNE du Steve POTTER
Le panorama politique de la Grande-Bretagne est en train de se modifier rapidement. La résistance ouvrière face à l'austérité — en particulier la victoire des mineurs contre les fermetures de puits en février dernier — a fortement affaibli le gouvernement Thatcher. Le 26 mars 1981, le Parti social-démocrate (SDP) a été officiellement créé (1). Son but déclaré est de fournir « un développement commerce... Party) a glissé à gauche, un glissement qui s'est exprimé dans l'élection de Michael Foot à la direction du parti. La portée de ces événements ne saurait été sous-estimée car, pour la première fois en GrandeBretagne, la crise politique commence à coïncider avec la profondeur de la crise sociale et économique.
L'ampleur des changements politiques n'est nulle part plus évidente qu'au sein du Parti travailliste. L'étendue des victoires de la gauche du parti a provoqué une réaction hystérique de la part de la presse bourgeoise, qui a vu en Tony Benn le seul responsable de ces victoires.
Tony Benn a été deux fois minis-
Le déplacement à gauche
Partitravailliste tre dans les gouvernements travaillistes de Harold Wilson et de Jim Callaghan entre 1974 et 1979. Sous la houlette de ces gouvernements, le nombre des chômeurs a triplé. Il faut ajouter à cela les énormes limitations des dépenses sociales et la plus forte réduction relative du niveau de vie de tout le XXe siècle. Pourtant, les circonstances dans lesquelles le premier de ces gouvernements travaillistes est arrivé au pouvoir en 1974 étaient favorables.
La chute du gouvernement de Edward Heath avait été précipitée par les luttes des mineurs, et l'élection du gouvernement de Harold Wilson s'était opérée sur la base du Manifeste électoral le plus à gauche qu'ait adopté le Parti travailliste depuis la Seconde Guerre mondiale.
L'abandon du programme du Manifeste est la base de la critique qu'a faite Tony Benn de l'expérience de 1974-1979. Ce Manifeste était un programme de réforme institutionnelle du capitalisme britannique. Son but principal était la mise sur pied du National Enterprise Board (Direction des entreprises nationalisées), permettant à l'Etat de nationaliser secteurs l'industrie et de conclure des accords de planification avec le secteur privé. Tout cela se combinait à un vaste programme de dépenses publiques, au contrôle des importations et à une politique des salaires volontariste destinée à contrecarrer les tendances inflationnistes d'un programme. Ce programme, qualifié dans ses grandes lignes de « stratégie économique alternative », a depuis lors été remanié, et il forme maintenant la base politique du Parti travailliste du Trades Union Congress (TUC), la fédération syndicale
Dans le diagnostic dressé par Tony Benn de l'échec du gouvernement travailliste et de la non-mise en œuvre de ce programme, la structure non démocratique du Parti travailliste a été mise en cause. Il a élaboré une plate-forme de transformation du parti autour des trois axes suivants : désignation des députés travaillistes par leur section locale ; élec tion du dirigeant du Parti travailliste par un collège plus large que le seul groupe parlementaire ; rédaction et approbation du Manifeste électoral du parti par le Comité exécutif national au lieu des seuls premier secrétaire et membres du cabinet, ou bien du shadow-cabinet (gouvernement fantôme).
Ce programme s'est acquis un soutien de masse à la base du Parti travailliste et chez les syndicaliste, centré sur le refus de voir de nouveau au pouvoir un gouvernement du type de ceux de Harold Wilson ou de Jim Callaghan. Dans une série de quatre Conférences tenues en l'espace de seize mois, la victoire a été remportée pour deux des réformes préconisées.
Tony Benn résume correctement ce processus : « C'est la base qui commence à contrôler le parti au lieu que ce soit la direction parlementaire qui contrôle la base. » Bien que la motion sur le mode de rédaction du Manifeste ait été repoussée, la Conférence de Blackpool (2) a vu l'adoption de motions extrêmement radicales. La Conférence a voté :
- de faire campagne pour la semaine des 35 heures sans diminution de salaire et de lutter contre les fermetures d'unines;
1. Le Parti social-démocrate (SDP) a été fondé le 26 mars 1981 par quatre anciens dirigeants du Labour Party et anciens ministres, William Rodgers, Shirley Williams, David Owen et Roy Jenkins, connus également sous sobriquet de la « Bande des Quatre ».
2. La Conférence de Blackpool s'est tenue en septembre 1980.
W. Rodgers, Shirley Williams, Roy Jenkins et David Owen, dirigeants du nouveau SDP (Parti social-
- de nationaliser d'importants secteurs de l'industrie britannique et de renationaliser toute compagnie d'Etat que le gouvernement conservateur aurait cédée au secteur privé ;
- de se retirer complètement du Marché commun européen ;
- de mettre en œuvre une politique de désarmement nucléaire unilatéral, parallèlement à une diminution massive des dépenses militaires ;
- d'abolir la Chambre des Lords, la seconde chambre - non élue - du Parlement britannique.
L'effet combiné de la réforme du ligne politique radicale adoptée à la Conférence de Blackpool a été de rendre plus proche à des milliers de ouvriers l'espoir de voir mettre en place un gouvernement capable de réaliser ce type de politique. Le résultat de ces Conférences du Parti travailliste a été de fournir, aux yeux de la classe ouvrière, une alternative à la fois à la politique droitière de Jim Callaghan et de Harold Wilson, et à la politique « monétariste » du gouvernement de Margaret
L'intérêt accru pour la politique du Parti travailliste, et son déplacement vers a gauche, s'est traduit par le recrutement de 80 000 nouveaux membres au cours de l'année 1980. Le nombre des membres du parti se situerait entre 335 000 et 365 000 (le chiffre exact étant difficile à obtenir). Quant au nombre des membres affiliés aux syndicats, il dépasse les 6 millions.
Si la classe ouvrière a perçu favorablement ces développements Parti travailliste, il n'en a pas été de même pour la classe dirigeante, dont la réaction au travers de sa presse a frisé l'hystérie. L'effort principal des médias a été de mener campagne en faveur de la création du « Conseil pour la social-démocratie » au sein du Parti travailliste, dont le but avoué - dès le départ - était de préparer scission dans le Parti au cas où le cours victorieux de la gauche de ce parti n'était pas enrayé, et une fois la scission survenue - après que ses tentatives pour modérer les revendications de la base du parti auraient échoué - de promouvoir les socio-démocrates comme parti indépendant.
Le ressemblement des socio-démocrates en parti indépendant a été une étape saluée par presque tous les quotidiens britanniques. Sans un changement du système électoral, ce parti a peu de chance de former un gouvernement, néanmoins il peut en empêcher l'accès au Parti travail. liste. Ces spéculations sur l'issue d'éventuelles élections générales dénotent une étonnante préoccupation si l'on sait que les Conservateurs n'ont pas encore terminé les deux premières années de leur législature de cinq ans.
Cette préoccupation vient du fait que le projet du gouvernement semble s'enliser sérieusement ; les premiers signes d'une opposition consistante de la classe dirigeante au cours suivi par le gouvernement se sont faites sentir pendant l'audémocrate) de Grande-Bretagne. (DR) tomne dernier, quand le président de la Confédération de l'industrie britannique (CBI), Terence Beckett, a lancé l'idée d'un « combat au corps à corps avec le gouvernement ». La prise de position de Terence Beckett mettait l'accent sur la nécessité de relâcher les contrôles monétaires stricts imposés par le gouvernement ; un appel identique était lancé par le patron de Imperial Chemical Industries, la première multinationale britannique : « Nous espérions un climat tonifiant, a-t-il déclaré, et nous mourrons de froid. » Sur ces bonnes paroles, il annonçait les premières pertes enregistrées par la firme, de toute son histoire.
L'automne dernier a également vu les premiers signes annonciateurs de la fin du repli effectué par la classe ouvrière britannique sur la question du chômage. Les dockers et les métallurgistes ont remporté des victoires contre les menaces de licenciements et de chômage technique. Cette reprise de la lutte contre le chômage a pris un nouvel essor lors du défi lancé aux mineurs par le gouvernement qui a menacé de fermer un certain nombre de puits à l'échelle nationale ; ces mesures faisaient partie d'un Plan d'ensemble plus vaste de rationalisation de l'industrie minière.
La réaction des mineurs ne s'est pas faite attendre. L'annonce des fermetures de puits fut faite par le National Coal Board (Direction des charbonnages britanniques) le 10 février, et, le 15 du même mois, les mineurs du Pays de Galles du Sud arrêtaient le travail, sans même qu'un ordre de grève ait été lancé au préalable. La grève s'est étendue les jours suivants à l'Ecosse, au Kent et aux puits du Sud-
Le recul gouvernemental a été spectaculaire. La Direction des charbonnages a retiré son Plan et le gouvernement a promis de subventionner les puits menacés de fermeture... Ce recul des conservateurs - bien que temporaire - a indigné leurs supporters serviles. Ainsi, Walter Goldsmith, président de l'Institut des chefs d'entreprise, a qualifié la volte-face des conservateurs de « capitulation scandaleuse » et il a même ajouté : « On pourrait tout aussi bien demander au syndicat des mineurs son choix sur la date des prochaines élections générales ! »
Le désarroi des patrons a été aggravé par le budget proposé par le chancelier de l'Echiquier, Geoffrey Howe. Or, le budget, s'il s'en prenait brutalement au niveau de vie de la classe ouvrière par le biais des impôts indirects, faisait très peu pour satisfaire les revendications des industriels qui avaient demandé une baisse des taux d'intérêts du taux de change de la livre sterling. On a même appris qu'une majorité du cabinet Thatcher s'était déclarée hostile à ce budget, ou du moins inquiète de son impopularité...
L'impopularité de ce gouvernement se traduit dans les sondages d'opinion qui donnent aux travaillistes une avance de 11% sur les conservateurs, ce qui serait suffisant pour leur donner la majorité absolue dans l'éventualité d'élections générales.
La perspective de voir se former un gouvernement travailliste dans les circonstances actuelles n'est pas envisagée d'un bon œil par la classe dirigeante. L'importance donnée au Parti social-démocrate (SDP) et l'insistance que met ce dernier à ne pas être considéré comme un parti du «centre » mais comme un parti de « centre gauche » vient du fait qu'il lui faut mordre substantiellement sur l'électorat du Parti travailliste pour être d'une quelconque utilité à la bourgeoisie. Ce qui est loin d'être garanti.
L'une des manifestations de mécontentement face à la politique du Parti conservateur, après le budget, fut la défection d'un député conservateur qui a rejoint le groupe des socio-démocrates du Parlement, qui n'avait jusqu'alors été composé que de renégats du Parti travailliste. On peut s'attendre à en voir d'autres. Les sondages d'opinion qui ont été effectués pour estimer la popularité de ce nouveau parti ont systématiquement montré qu'il y aurait plus d'électeurs conservateurs que d'électeurs travaillistes qui allaient changer leur vote au profit du SDP.
C'est dans ce contexte que se sont
Michael Foot et Tony Benn, dirigeants du Labour. (DR) tenus d'importantes discussions sur le passage à un système d'élections à la proportionnelle. Ce serait un pas important que franchirait la classe dirigeante ; car cela signifierait, d'une part exclure de façon dans les conditions normales, le Parti travailliste du gouvernement, et d'autre part cela signifierait la fin de l'alliance nouée dans le Parti conservateur entre le grand capital et la base des politiciens de la classe moyenne comme Margaret Thatcher. A l'heure actuelle, il semble que l'éclaircissement conservateur soit perçu prix trop élevé à payer par les cercles de lopinion bourgeoise, et ce malgré les avantages incontestables qu'offrirait la possiblité d'une coalition gouvernementale permanente.
Ces grandes manœuvres de la politique bourgeoise ne signifient pas pour autant que la bureaucratie travailliste ait renoncé à la possibilité de remettre en cause les vietoires de la gauche du parti pour faire du Parti travailliste « un parti capable de gouverner», c'est-a-dire un parti fermement attaché a la politique d'austérité et à la défense intransigeante de l'ordre capitaliste.
Les acquis de la gauche travailliste, qui viennent d'un déplacement gauche de ses membres, sont également liés à l'impuissance des bureaucrates syndicaux à enrayer les avancées de la gauche au Congrès du parti. Or, du point de vue numérique, cela peut se faire facilement, car la bureaucratie syndicale dispose, du fait de l'affiliation de certains syndicats en tant que tels, de six fois plus de mandats que les délégués des sections du Parti.
Dans les années 1950, la bureaucratie syndicale put écraser le mouvement des sections dirigé par Aneurin Bevan (3), du fait de la domination de l'aile droite sur les grands syndicats. Or la situation actuelle est différente : les dirigeants syndicaux - sous la pression militante de la base, qui soutient l'orientation politique
Tony Benn , sont constamment obligés de faire des concessions à la gauche. Le manque d'organisation de la bureaucratie syndicale a permis à la gauche de tirer pleinement avantage de la situa-
Cependant, les bureaucrates syndicaux ont été prompts à recouvrer leurs esprits. Ils ont impulsé la candidature de Michael Foot à la direction du parti face à Denis Healey, le candidat de la droite. Cette élection a été boycottée par Tony Benn car elle s'est faite selon les vieilles règles, c'est-à-dire que seuls les députés
Le choix de Michael Foot était judicieux ; par son passé, il est le plus radical de tous les dirigeants historiques ; en particulier, il a été lié au mouvement pour le désarmement nucléaire unilatéral. Mais il a été aussi durant dix ans le lieutenant fidèle de Harold Wilson et de Jim Callaghan. Il est le plus à même de prendre la tête de la gauche dans le parti, et le plus indiqué pour la faire avorter...
Michael Foot a commencé à concrétiser ce projet en prenant la tête de deux grandes manifestations contre le chômage à l'appel du Parti travailliste. Les travailleurs qui ont pris part à ces manifestations (150 000 personnes à Liverpool le 29 novembre 1980, et 70 000 en février de cette année) continuent de voir en
3. Aneurin Bevan, député travailliste (1929), ministre de la Santé et de la Reconsdans le gouvernement travailliste de lord Clement Attlee (1945), il fut l'un des arla création des assurances-maladie (National Health Service). Ministre du Travail (1951) il finit par s'opposer à la majorité de son propre parti à laquelle il reprochait l'abandon des options pacifistes et socialistes et devint l'une des figures marquantes de la gauche
4. Percy Bysshe Shelley (1792-1822), de Vieille noblesse terrienne, il ne voulut pas se traditions dont il devait être le bénéficiaire et se fit poète de l'amour platonique et de la nature. La révolte contre le conanglais le rapprocha de Byron qu'il rencontra en Suisse en 1816. Bien que condamné par la tuberculose, c'est dans un orage, en pleine mer, que mourut ce chantre de l'eau et du feu. Parmi les thèmes de son œuvre, on peut
Michael Foot un dirigeant de gauche, une illusion que l'intéressé a entretenu en lançant des appels pour le renversement du gouvernement et en invitant les gens à se « soulever comme des lions », selon la formule du poète Shelley (4):
Or, la suite même des événements dans le Parti travailliste a forcé Foot à prendre un cours de plus en plus droitier. Dans le Labour Party, une nouvelle droite, la « Campagne de solidarité pour le Parti travailliste », s'est constituée dans l'aile parlementaire. Elle cherche à renforcer ainsi les efforts de tous ceux qui remettent en question les acquis de la gauche dans le parti, et tout particulièrement ceux qui veulent redonner aux parlementaires le rôle décisif dans l'élection du dirigeant du parti au détriment des sections de base et des syndicats. Michael Foot — tout en déclarant qu'il se situe au-dessus des fractions - appuie ce regroupement. Quoique la cible principale de Michael Foot soit Tony Benn, il a cependant promis de commencer son offensive contre la tendance « Militant » (5) ainsi que contre les militants d'autres tendances de l'extrême gauche dans le parti.
La suite des événements au sein du Parti travailliste dans les mois à venir va être dominée tout particulièrement par le regroupement de la droite et son offensive contre la gauche. Cependant, gauche est loin d'être complètement désarmée devant une telle offensive ; l'essentiel des 80 000 nouvelles recrues qui ont rejoint le parti dans les derniers mois vont se retrouver dans le camp de la gauche. En même temps, les militants syndicalistes sont entraînés dans la lutte qui se déroule au sein du parti, étant donné que les conférences syndicales débatent de la façon de voter à la prochaine Conférence du Parti travailliste, en octobre 1981.
C'est cette unité d'action croissante entre les militants syndicaux et ceux du parti qui forme la clé de voûte des progrès de la gauche dans le parti, mais également d'une lutte efficace contre les conservateurs. Alors que le Parti travailliste a pris un rôle dirigeant dans la lutte contre le chômage et les réductions des dépenses sociales, le mouvement syndical a commencé de jouer un rôle ouvertement politique dans sa lutte contre les conservateurs ; c'est ainsi que le TUC a pris la décision - sans précédent - d'appeler à une relever la foi en la destinée humaine, l'évocation du contraste romantique entre l'idéal et la réalité, et l'affirmation de la nature transitoire du mal.
On ne peut évoquer sa mémoire sans parler de sa seconde femme, Mary Godwin (1797-1851), qui n'avait pas vingt ans quand elle composa Frankenstein. ou le Prométhée moderne (1818), roman pseudo-scientifique qui évoque la création artificielle d'un étre humain et le drame du démiurge...
5. La tendance « Militant » au sein du Labour Party, dirigé par Ted Grant, s'était rapprochée de la IVe Internationale à la fin des années 1950, elle a participé à la réunification de 1963 et a été désaffiliée en 1965. Cette tendance, qui est favorable à un « entrisme » de longue durée dans le Parti travailliste, publie l'hebdomadaire Militant à quelque 12 000 exemplaires.
grande manifestation, qui fut un succès, contre les tentatives de restriction à la Loi sur l'avortement. Les campagnes pour l'unité d'action entre les syndicats et le Parti travailliste, afin de chasser les conservateurs, rencontrent un réel écho parmi les militants actifs du Parti travailliste et des syndicats.
L'interaction croissante entre la lutte dans les syndicats et celle dans le Parti travailliste se traduit également dans la plate-forme élaborée par Tony Benn (qui se présente au poste de secrétaire-adjoint du parti en octobre) et Arthur Scargill, dirigeant des mineurs du Sud-Yorkshire, qui se présentera à la présidence du National Union of Mineworkers (NUM - syndicats des mineurs britanniques) en 1982.
La lutte acharnée de la gauche dans les syndicats, afin de gagner sur la question du vote bloqué (6), dans un premier temps pour défendre et étendre les acquis de l'an passé, est partie prenante d'une stratégie tendant à défaire la droite. En même temps, il est impossible de construire une gauche dans les syndicats sans faire passer au premier plan la lutte autour des enjeux de la lutte au sein du Parti travailliste.
En ce sens, les organisations qui se situent à la gauche du Parti travailliste ont échoué jusqu'à présent dans leur tentative d'avancer une stratégie aux conditions politiques Le Parti communiste de GrandeBretagne, loin de profiter de la crise dans le Parti travailliste, connaît un déclin organisationnel accéléré. Dans les années 1970, le nombre ses membres est tombé de près de 30 000 à moins de 20 000. Le déclin du parti a été tout particulièrement sensible dans les milieux qui constituaient ses bases non négligeables dans les syndicats ouvriers. Enfin, une déclin du PC britannique s'est traduit par le passage de ses éléments « eurocommunistes » dans le Parti travailliste. Un débat s'est engagé dans les colonnes du Morning Star, le quotidien en fâcheuse posture du PC, sur la question de savoir si le Parti communiste peut justifier son existence comme organisation indépendante du Parti travailliste. En réponse, la direction du PC a remis à l'ordre du jour la proposition avancée par Lénine et le Ile Congrès de l'Internationale communiste de mars 1920 sur l'affiliation du Parti communiste au Parti travailliste. Bien sûr, le PC n'a nullement l'intention de lutter pour une telle proposition, au cas où cela contrarierait les bureaucrates de gauche avec lesquels il recherche à s'allier. Le but unique d'une telle proposition, qui n'a pas été écho dans la gauche du parti, est d'éviter la discussion sur l'incapacité du PC à développements en cours dans le Par-
L'existence d'une extrême gauche forte et unifiée aurait sans aucun doute pu influencer les développements dans le Parti travailliste. Or le Socialist Workers Party (SWP - Parti socialiste des travail-
« Inprecor » a publié les conservateurs », numéro 69, du 7 février 1980.
17 avril 1980.
« Hugo Dewaz (1920-1980) », numéro 75, du 17 avril 1980.
numéro 87-88, du 30 octobre 1980.
3 décembre 1980.
contre Margaret Thatcher », numéro 92 leurs) de Grande-Bretagne, qui compte 2 500 membres, a à la fois rejeté toute perspective unitaire de la part de la deuxième organisation révolutionnaire britannique u'e l'International Marxist Group (IMG - section britannique de la IVe Internationale) et a tenté de minimiser l'importance des événements qui se déroulent au sein du Parti travailliste. Une série d'articles parus dans la presse du SWP continue d'insister sur le fait que la lutte des classes en Grande-Bretagne n'a jamais connue un tel reflux, que l'agitation au sein du Parti travailliste est sans lendemain et finira par aboutir à un déplacement massif vers la droite.
Selon le SWP, la tâche fondamentale est de reconstruire les structures de base du mouvement syndical. Cette estimation conjoncturelle erronée se concrétise par la position du SWP sur le poids du réformisme, qui, synthétiquement, soutient que l'influence du Parti travailliste dans la classe ouvrière a décliné en rapport direct avec la capacité ou non d'accorder des réformes. Cette théorie laisse de côté le fait que le Parti travailliste, tout en étant un parti ouvrier bourgeois, représente une étape importante dans l'indépendance politique de la classe ouvrière, et que c'est la raison fondamentale pour laquelle la classe ouvrière tourne vers le Parti travailliste pour lors, le SWP dédaigne la tâche qui consisterait à encourager ses partisans à s'organiser dans le Parti travailliste, préfère ainsi dénoncer l'« entrisme ».
Or, l'organisation d'un nombre non négligeable de militants dans le Parti travailliste n'est pas l'antidote au sectarisme comme le montre le cas de la tendance « Militant ». Cette tendance, qui a été la principale cible de la « chasse aux trotskistes » organisée par l'aile droite de la bureaucratie ces six dernières années, s'est renforcée substantiellement au cours de la même période, et compte actuellement plus de 1 500 militants. Certains dirigeants de la tendance « Militant » sont dans le Parti depuis 34 ans. La nécessité, selon eux pour tout socialiste d'être dans le Parti travailliste à l'heure actuelle, est brandie comme un principe irréfutable. Ils vont jusqu'à accuser les socialistes qui ne sont pas dans le parti d'être « passés de l'autre côté de la barrière de classes ». Ce contact prolongé avec le fonctionnement interne du Labour Party a modifié la politique de
Celia Pugh, « La grève de la sidérurgie relance la mobilisation contre Brian Grogan, « La grève des sidérurgistes britanniques », numéro 75, du Brian Grogan, « Les progrès de la gauche au Congrès du Parti travailliste », Phil Hearse, « 80 000 contre les " Cruise missiles " ! », numéro 90, du Pat Kane « A l'appel des travaillistes à Liverpool, 150 000 manifestants du 2 janvier 1981. cette ancienne tendance révolutionnaire. Aujourd'hui, ils mettent en avant le mot d'ordre d'« Expropriation, sanctionnée par la loi, de 250 monopoles ! ». Cette revendication qui remet en question l'idée de révolution socialiste par la méthode classique des soviets, va de pair avec la conviction qu'il est possible de transformer le Parti travailliste en un outil de changement révolutionnaire au service de
Les partisans de la tendance « Militant » ne sont pas éduqués dans l'esprit selon lequel le Parti travailliste sera un obstacle à la voie de la révolution socialiste, parce que la bureaucratie n'abandonnera jamais le parti à ceux qui se prononcent pour cette même révolution socialiste, mais au contraire dans l'esprit d'un continuel déplacement gauche dans le parti « sous la pression des événements ». Un tel point de vue objectiviste de la politique donne à la pratique des partisans de la tendance « Militant » un caractère propagandiste et seetaire, qui les amène à s'opposer à une coalition de masse telle la « Campagne pour le désarmement nucléaire » parce qu'elle n'a pas un programme socialiste, ou bien à refuser de s'allier réellement avec les autres tendances de gauche qui luttent au sein du Parti travailliste.
La tendance « Militant » constitue l'obstacle essentiel, après l'opposition de la bureaucratie travailliste, à la construction d'une direction révolutionnaire à la tête des Labour Party Young Socialists (LPYS), l'organisation de jeunesse du Parti travailliste. Cette organisation s'est développée de façon significative dans les derniers mois, malgré la « Militant » qui a cherché à freiner dans les LPYS le développement des actions de masse et la mobilisation de la jeunesse, et a done retardé son extension bien en-deçà de son réel potentiel.
Les partisans du journal Revolution, publication jeune publiée en liaison avec la IVe Internationale en GrandeBretagne, commencent à présenter une alternative à la direction du « Mili-
6. Au sein des syndicats, la gauche se bat pour empêcher les directions d'utiliser la procédure de vote bloqué pour les votes aux Conférences du Parti travailliste, ce qui permet aux directions des syndicats les plus importants d'avoir un poids disproportionné par rapport aux sections de base du Labour Party, dans la mesure où le nombre de mandats de ces syndicats correspond aux nombre de leurs adhérents.
Londres : manifestation des mineurs devant le Parlement à Londres. (DR) tant », en sopposant a sa politique droitiere et en développant tout particulièrement l'agitation autour de l'organisation des campagnes contre l'armement nucléaire et pour le retrait des troupes britanniques d'Irlande du Nord.
Le soutien aux luttes pour l'adoption de méthodes démocratiques au sein du Parti travailliste, et une attitude non sectaire sur l'organisation des forces les plus larges possible pour faire ces réformes, a été indispensable à l'activité des socialistes révolutionnaires tout au long de ces derniers mois. Il est devenu de plus en plus nécessaire, pour un nombre croissant de socialistes révolutionnaires, de rejoindre les rangs du Parti travailliste afin d'être en contact direct avec ces luttes.
En même temps, la lutte contre le gouvernement conservateur a impliqué la nécessité de se battre autour d'un programme d'action capable de gagner un soutien à la fois dans le Parti travailliste et dans le mouvement syndical. Présenter un tel programme, un plan pour combattre la crise, est possible sur la base de la défense et de l'extension des acquis de la gauche au sein du Parti travailliste. Les éléments-clés d'un tel programme sont la lutte pour les 35 heures sans diminution de salaire ; la nationalisation sous contrôle ouvrier de toutes les entreprises qui licencient du personnel; l'embauche préférentielle pour les femmes, les jeunes et les Noirs pour les défendre contre les effets inégalitaires de la récession ; le désarmement nucléaire unilatéral et le retrait de l'OTAN, avec le remplacement du programme de dépenses militaires par un programme de travaux publics ; la défense des droits démocratiques ; le retrait des troupes britanniques d'Irlande du Nord.
Un tel programme de lutte de classes se différencie de la « stratégie économique alternative » des réformistes de gauche. La profondeur de la crise politique rend encore plus urgente la question du gouvernement. Gagner sur l'un quelconque des points d'un tel programme implique la construction d'un mouvement pour renverser le gouvernement conservateur. Préparer un tel mouvement signifie en réalité le préparer pour une grève générale, et pose la question de savoir par quoi l'on remplace le gouvernement conservateur. Bien qu'un appel clair et sans équivoque pour le retour, sans conditions, des travaillistes au gouvernement soit le point de départ, il est également nécessaire d'expliquer qu'il faut lutter pour empêcher que des trahisons du type de celles de Harold Wilson et de Jim Callaghan ne se reproduisent.
Le combat pour engager le prochain gouvernement travailliste à suivre un programme de type anticapitaliste est donc partie prenante de la lutte pour la défaite des conservateurs.
Cette lutte pour chasser les conservateurs et les remplacer par un gouvernement travailliste qui s'engagerait à suivre une politique socialiste constitue la base de la construction d'un courant lutte de classes dans le mouvement ouvrier britannique. Et un tel courant se doit d'être en priorité construit dans les syndicats ouvriers. Les mineurs ont une fois de plus montré que - bien que l'ensemble de la classe ouvrière soit prête à lutter contre les conservateurs -, c'est dans les confrontations avec les syndicats ouvriers que les choses se résoudront. Une telle aile gauche, s'appuyant sur les syndicats ouvriers, se doit d'être construite à la fois dans les syndicats et dans le Parti travailliste. Aujourd'hui, il n'est pas possible de construire un courant lutte de classes conséquent dans les syndicats sans s'engager activement dans la lutte au sein du Parti travailliste. Il n'est pas non plus possible de remporter de victoire contre la bureaucratie travailliste sans s'organiser consciemment et systématiquement au sein des syndicats.
La remise en cause des larges avantages matériels par l'impérialisme britannique, qui avaient garanti pendant de longues années un certain consensus politique, et qui avaient agi comme un frein au changement révolutionnaire en Grande-Bretagne, constitue maintenant un facteur essentiel de la vie politique.
Les révolutionnaires ont la meilleure occasion aujourd'hui depuis le début des années 1970 d'influencer les développements de la situation en Grande-Bretagne ; à condition d'en saisir tout l'importance...
Steve POTTER 2 avril 1981.