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ES répercussions de la victoire sandiniste au Nicaragua vador exercent leurs effets sur tous les Etats d'Amérique centrale. Inprecor, dans son numéro 99, du 13 avril 1981, avait rendu compte de certains des aspects les plus nouveaux des conflits de classe au Guatemala, et notamment la participation de plus en plus massive des communautés indiennes à la lutte pour le renversement du régime.
Nous publions, dans ce numéro, un important dossier réalisé par notre correspondant en Amérique centrale, Lars Palmgren, sur le Honduras.
Le Honduras est le pays le plus pauvre d'Amérique centrale. Le produit national brut (PNB) par habitant a été évalué à 2 400 F par an en 1979, contre 3 300 F au Salvador.
Le Honduras compte 3,4 millions d'habitants, pour une superficie de 112 000 km2. L'agriculture occupe 64 % de la population active et représente 35 % du PNB. Si le maïs nécessaire à l'alimentation locale représente 46 % des terres cultivées, l'agriculture hondurienne est dominée par deux agro-industries : la banane et le café.
LE REGNE DE LA « FRUTERA » Pendant près de quatre 4 décennies, l'histoire du Honduras s'est réduite, ou presque, à l'histoire de la Frutera, de l'United Fruit, le trust américain de la banane, qui a longtemps fait du Honduras le modèle des républiques bananières. Après la Première Guerre mondiale, la vie politique hondurienne fut dominée par le conflit entre les « rouges » et les « bleus ». Les premiers, « libéraux », étaient soutenus par la Cuyamel, le premier en date des trusts bananiers américains implantés dans le pays, et les seconds, « conservateurs », par l'United Fruit
Quant l'United Fruit eut finalement absorbé économique-
Du règne de l'United Fruit
ment la Cuyamel (1), Tiburcio Carias, ancien candidat « bleu » au pouvoir, exerça une dictature absolue de 1933 a 1944.
L'éloignement du dictateur ne devait pas signifier la fin de la mainmise de la multinationale bananière. C'est dans la capitale hondurienne, Tegucigalpa, qu'avait été installé en 1954, avec toute l'aide de la Frutera, le quartier général des contre-révolutionnaires guatémaltèques de Castillo Armas, qui devaient envahir le pays voisin pour en chasser le gouvernement réformiste d'Arbenz. Celui-ci avait osé nationaliser — contre indemnités - certaines des plantations de l'United Fruit au Guatemala.
LE POIDS DE L'ARMEE HONDURIENNE
La victoire de la révolution cubaine en 1959, et son impact dans le continent, précipitèrent au Honduras une intervention plus systématique de l'armée dans le jeu politique traditionnel. C'est ainsi qu'elle renversa en 1963 le président bourgeois modéré Villeda Morales, accusé comme son collègue Juan Bosch à Saint-Domingue de ne pas s'opposer avec suffisamment d'énergie au nouveau spectre qui hantait le sommeil agité de l'impérialisme en Amérique latine, le castrisme.
Le rôle de l'armée hondurienne fut renforcé avec l'éclatement, en 1969, de la « guerre du football », un conflit armé avec le Salvador. Plus que les incidents à l'issue du match, qui donna son nom au conflit, les inégalités de développement économique entre les deux pays et le problème des travailleurs migrants salvadoriens qui travaillaient dans les plantations honduriennes, étaient au cœur du différend.
Si l'on excepte la grève de quatre mois en 1954 des 40 000 macheteros des plantations bananières, qui s'est faite de manière spontanée et sans véritable structuration politique et syndicale, les luttes de classes au Honduras furent, jusqu'à une période récente, essentiellement marquées par la lutte pour la terre. Théoriquement, la réforme agraire au Honduras est en gestation depuis 1924. Entre 1968 et 1972, 28 000 ha furent expropriés et redistribués. Relancée en 1974-1975, la réforme agraire des militaires a connu bien des déboires ; la lenteur des procédures administratives, la corruption et la résistance des grands propriétaires terriens ont abouti au fait que la réforme est aujourd'hui au point mort. En cinq années, de 1974 à 1979, 28,6 % des 600 000 ha qui devaient effectivement être redistribués l'ont été, et un tiers seulement des familles prévues ont reçu de la terre. Cela a débouché sur d'importantes tensions dans les campagnes, où l'armée reste massivement présente pour éviter l'extension des troubles agraires.
De la même manière que ce « réformisme agraire » soutenu par les Etats-Unis avait pour fonction d'éviter une hausse trop forte des tensions dans le pays, le processus d'institutionnalisation en cours, qui a été initié sur le conseil même de Washington, avec le retour partiel des militaires dans les casernes qui l'accompagne, et l'élection en 1980 d'une Assemblée constituante, tente d'éviter que le Honduras ne s'engage sur la voie du Nicaragua, du Salvador et du Guatemala. Mais il n'est pas certain que les processus révolutionnaires à l'œuvre dans ces trois pays épargne longtemps « l'ile de la paix ».
1er mai 1981. 1. Aujourd'hui, United Brand Company, est la nouvelle appellation de l'United Fruit (UFCO).