Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SALVADOR

L'Eglise salvadorienne menacée d'éclatement

· Inprecor n° 101, 13 mai 1981 · p. 15 · 865 mots

El Salvador

Alors que l'archevêque Rivera у Damas s'aligne derrière la Junte

L'actuel archevêque de San Salvador, monseigneur avait décidé de se trouver à l'étranger la semaine dernière lorsque étaient appelées à commémorer l'anniversaire de l'assassinat de son prédécesseur, monseigneur Oscar Arnulfo Romero. Décision significative. Tandis que les éléments d'extrême droite de la hiérarchie catholique salvadorienne n'épargnaient aucun effort pour rompre avec l'héritage de Romero, Rivera, qui était un proche collaborateur de Romero, en vient désormais à appuyer la Junte.

Durant toute la période où Romero a occupé le poste d'archevêque, Rivera était son unique soutien au sein de la Conférence épiscopale de six membres qui est l'organe dirigeant de l'Eglise au Salvador. Libéral du point de vue théologique, Rivera n'a pas la sensibilité populaire de Romero. Depuis qu'il est devenu archevêque, il a subi la pression des forces conservatrices et a désormais totalement rompu avec la position de Romero qui était de sympathie à l'égard des organisations populaires. Ami personnel du président Napoleon Duarte, il a offert le soutien de l'Eglise à la Junte et repris à son compte l'appel lancé par le gouvernement aux guérilleros pour qu'ils déposent les armes.

Malgré l'accumulation des preuves qui indiquent que les forces de sécurité sont directement impliquées dans la répression qui a frappé l'Eglise, Rivera fait porter la responsabilité de ces attaques sur l'extrême droite et en absout le gou-

Loin de soutenir ou de protéger l'organisation légale d'aide de l'Eglise, le Secours juridique, dont les employés ont re çu des menaces de mort, il a menacé de le fermer parce qu'il favoriserait la guérilla.

La direction de l'organisation humanitaire catholique Caritas a été remplacée par une équipe qui défend la nouvelle ligne favorable à la Junte.

En l'absence d'une réelle direction face à l'accentuation de la répression, l'Eglise salvadorienne est en train de se désintégrer. Romero contribuait à rassembler les traditionnalistes, les modérés et les théologiens de la libération tout en protégeant les prêtres les plus radicaux. Avec Rivera, les traditionnalistes sont sortis de leur réserve pour appuyer ouvertement la droite, tandis que les éléments radicaux subissent des attaques crois-

Selon le Secours juridique, 140 attaques ont été perpétrées entre octobre 1980 et la mi-février 1981, contre 180 pour la période janvier-octobre 1980.

Au moins 50 des 216 paroisses du pays n'ont plus de prêtres pour les desservir. Les départements du Cuscatlan, de Cabanas et Chalatenango ont été particulièrement touchés. Au cours des derniers mois, sept prêtres et religieuses ont été

De nombreux autres prêtres ont quitté le pays et un curé belge a rejoint la guérilla. La « Coordination nationale de l'Eglise populaire », qui avait été mise sur pied par le clergé radical pour étendre le travail de l'Eglise parmi les communautés de base, a subi une sévère répression et ses organisateurs ont été contraints de passer

Deux évêques d'extrême droite, Eduardo Alvarez, de San Miguel, qui est le président de la Conférence épiscopale, et Pedro Arnulfo Aparicio y Quintanilla, de San Vicente, contrôlent désormais la hiérarchie. Aparicio, qui a frappé communication les organisations populaires dans son diocèse, a le soutien total du secrétaire de la Conférence épiscopale, Freddy Delgado. Les deux autres membres de la Conférence, l'évêque auxiliaire de la capitale, Marco René Revelo, et le vieil évêque Benjamin Barrera y Reyes, de Santa Ana, sont tous les deux des conservateurs et avaient toujours été de farouches opposants de Romero.

Jusqu'en décembre 1980, la domination de la droite dans la Conférence épis-

DOCUMENT ELSALVADOR copale avait été contrebalancée par le travail de deux partisans de Romero, qui occupaient des positions-clés ailleurs dans la hiérarchie : Ricardo Urioste et Fabio Amaya. Comme secrétaire général, Urioste était le second de Romero à San Salvador et, tout au long de la dernière année, il a fait pression sur Rivera pour qu'il poursuive le travail entrepris par Romero de protestation contre la répression. Mais avec de moins en moins de succès. En décembre, Urioste annonça à Rivera, en passant par-dessus Aparicio, que la Garde nationale avait tué un prêtre de son diocèse

Quand Urioste échoué dans sa tentative de convaincre Rivera de dénoncer cet assassinat, il critiqua alors publiquement son attitude en la qualifiant d'immorale et quitta le pays pour les Etats-Unis.

Amaya était le responsable de l'hebdomadaire de l'Eglise Orientacion qui dénonçait la répression menée par le gouvernement et l'extrême droite. Le journal était largement lu dans les campagnes et sa diffusion atteignait 15 000 exemplaires avant la mort de Romero.

Au début du mois de décembre, dans son sermon hebdomadaire, Aparicio a ac-

Amaya d'être communiste. Peu après, Amaya eut une crise cardiaque et on lui conseilla de quitter le pays. D'autres membres de l'équipe d'Orientacion reçurent des menaces de mort et furent contraints de démissionner. Depuis lors, la publication du journal a été suspendue.

La pression exercée contre l'Eglise est également venue du Vatican. Le pape a déclaré qu'il ne nommerait pas de nouveaux évêques et qu'il ne confirmerait pas Rivera dans son poste tant que la situation au Salvador ne serait pas stabilisée. Dans les circonstances actuelles, cela va plutôt limiter les moindres velléités radicales que Rivera aurait encore pu avoir. •

LATIN AMERICA WEEKLY REPORT

Londres, 3 avril 1981.

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