et salvadorienne favorisent la discussion
Un entretien avec un dirigeant du PCml du Honduras
« Les rév
- INPRECOR : Quel a été l'impact de la révolution nicaraguayenne et du processus révolutionnaire en cours au Salvador sur le développement du mouvement de masse et l'évolution des partis se réclamant du marxisme au Honduras ?
- Deux types de bilan de ces événements ont été tirés. D'un côté, il y a certains groupes qui n'en ont retiré que l'aspect « lutte armée ». Il s'agit d'un groupe qui a scissionné de notre parti pour former le Front morazaniste de libération nationale - FMLN - (1). Ce groupe s'est à son tour divisé en deux, et l'autre secteur s'appelle le Front morazaniste libération du Honduras. Ces groupes sont très réduits et n'ont guère eu d'activité politique significative. Il semble même qu'ils soient tous les deux en train de disparaître.
La scission qui est survenue dans le Parti communiste hondurien (PCH), il y a un an, s'est également produite fondamentalement sur la question de la lutte armée. Mais le groupe qui a quitté le PC pour former l'URP (Union révolutionnaire du peuple) est beaucoup plus important que les deux groupes qui ont scissionne de notre propre parti. La plupart des membres de l'URP sont des travailblutions nicarag et l'unité d'action » leurs et des dirigeants syndicaux, et la scission a été un coup très rude pour le PC. Cependant, le programme de l'URP, si l'on met de côté leur prise de position en faveur de la lutte armée - qu'ils définissent comme une tâche immédiate , reste très proche du programme du PC (2).
Mais la tendance générale, c'est que les révolutions nicaraguayenne et salvadorienne ont provoqué un approfondissement de la discussion sur la tactique et la stratégie révolutionnaires au sein des formations qui se réclament du marxisme au Honduras. Et cette discussion s'accompagne d'une tendance vers une plus grande unité, non seulement entre les divers partis, mais aussi au sein du mouvement de masse.
- Quels sont les principaux points en 1. Morazan, général pendant la guerre de libération contre la colonisation espagnole, héros de l'Indépendance intervenue en 1821. Le pays, conquis à partir de 1523, fut rattaché à la capitainerie générale du Guatemala, dépendante de la couronne d'Espagne, à partir de 1790. Indépendant en 1821, il ne forma un Etat dans ses frontières actuelles qu'en 1839.
2. Un processus du même type est intervenu au Guatemala ou le PC - le Parti guatémaltêque du travail (PGT) - a connu une importante scission au cours de l'année 1980. L'aile ayenne discussion et quelles sont les positions des partis en présence ?
- Tout d'abord, il y a un accord général entre nous-mêmes, le PC et le PASO, pour comprendre que l'Amérique centrale est entrée dans une crise révolutionnaire qui est l'expression de la crise mondiale du système capitaliste. Le processus révolutionnaire en cours est également inégal, comme est inégal le développement du système capitaliste. Ici au Honduras, nous connaissons une situation qui tend vers l'éclatement d'une crise révolutionnaire, même si nous n'avons pas encore atteint le point de rupture ni le niveau d'intensité qu'a pu connaître la crise au Nicaragua juste avant la victoire, ni même la situation qui prévaut aujourd'hui au Salvador ou au Guatemala. Ce cadre majoritaire s'est intégrée à la coordination des organisations qui luttent pour le socialisme par la lutte armée, à savoir l'EGP (Armée de guérilla des pauvres), les FAR (Forces armées rebelles) et l'ORPA (Organisation révolutionnaire du peuple en armes). Cette aile majoritaire s'est battue pour continuer à étre reconnue par le mouvement communiste international comme son seul interlocuteur au Guatemala. Elle est reconnue par Moscou et les principaux partis communistes de masse d'Europe occidentale.
général d'accord nous a permis de réaliser l'unité concrète sur diverses questions tactiques au cours de la dernière période. Nos trois partis sont également d'accord sur la nécessité de la violence, de la lutte armée si la prise du pouvoir semble réali-
- Qu'est-ce que cela signifie concrètement ? Je veux dire que tu expliques que la question de la lutte armée n'est plus un facteur de division entre vos partis - comme cela l'était auparavant — mais, dans le même temps, deux partis au moins, le PC et le PCml ont connu des scissions précisément sur cette question...
- C'est vrai, mais ceux qui ont scissinné ont une interprétation très volontariste et très formelle du problème de la lutte armée. Il réutilisent la formule de la « guerre populaire prolongée » sans être capables d'expliquer ce que cela signifie
Notre point de départ - et c'est ce qui fait qu'il y a une unité de pensée entre nos partis - c'est que la violence et la lutte armée doivent être une lutte armée soutenue par les masses : une violence de masse. Et cette violence prendra la forme d'un processus insurrectionnel de masse. Notre conception de la prise du pouvoir est qu'elle doit être l'aboutissement d'une insurrection de masse, qu'elle ne peut pas être le fait d'une lutte armée menée par de petis groupes isolés.
- Et qu'est-ce que cela signifie, par exemple, pour un parti comme le vôtre dans la situation actuelle ?
- C'est sûr qu'il est plus facile de tomber d'accord sur cette formule très générale que de se mettre d'accord et de définir le contenu concret de cette formule et de ce qu'elle signifie pour aujourd'hui. Concrètement, cela voudrait dire que nous avons commencé les préparatifs « hier ». Il y a encore beaucoup de questions à discuter et sur lesquelles il faut prendre des décisions. Des questions sur les préparatifs militaires pour une situation insurrectionnelle: quand et comment la préparation militaire doit-elle être entamée, quand et comment l'insurrection en tant que telle doit-elle être préparée, à quel moment et sous quelle forme faut-il lancer l'appel à l'insurrection, etc.
Il n'y a pas de réponses toutes faites à ces questions. Et on ne peut y répondre d'un seul point de vue subjectif. La ré. ponse doit venir d'une interprétation correcte du développement concret de la lutte des classes.
La question de la préparation de l'insurrection n'est d'ailleurs pas essentiellement un problème militaire, mais bien plutôt politique. Nous devons gagner l'adhésion des masses à cette perspective révolutionnaire. Comment ? En montrant le chemin à suivre dans toutes les différentes phases de la lutte des classes, en développant, en approfondissant et en coordonnant la lutte revendicative qui se déroule aujourd'hui.
- Peux-tu donner quelques exemples de la manière dont cette politique est mise en œuvre aujourd'hui ?
- Oui, mais laisse-moi d'abord dire quelques mots sur les organisations de la gauche hondurienne. Je ne crois pas que j'exagère en affirmant qu'il n'y a pas en Amérique centrale d'organisations de gauche qui contrôlent une portion aussi importante du mouvement de masse comme nous le faisons, en particulier le PCml et le PC. Cela s'est concrétisé dans la réunion de trois jours qui a récemment été organisée et à laquelle ont participé les délégués de plus de 200 organisations de masse, des syndicats, des organisations paysannes, des partis, des organisations étudiantes, etc. Notre force, c'est ce rapport au mouvement de masse.
Mais c'est également notre faiblesse. Dans quel sens ? Parce qu'en tant que partis et au niveau de nos militants, nous avons eu et nous continuons d'avoir tendance à laisser se diluer, dans la lutte au jour le jour, la perspective politique d'ensemble. Nous n'avons pas été capables de lier cette lutte revendicative quotidienne à une perspective politique d'ensemble, et c'est ce qu'il nous reste à faire. Nous devons travailler à ce que le mouvement fasse un pas en avant pour devenir un mouvement politique de masse, et plus seulement un mouvement revendicatif.
La solidarité avec la révolution salvadorienne et la lutte contre la répression ont été parties prenantes de plusieurs grèves générales menées pour des augmentations de salaires au cours de la dernière période. Ces axes de bataille sont un exemple de ce que nous essayons de
- Est-ce que ce que tu viens de dire est la position du seul PCml ou bien est-ce également la position du PC et du
- C'est notre position. Mais il s'agit également de problèmes qui sont l'objet de discussions avec les autres partis dans le cadre du Front patriotique hondurien (FPH), et sur lequel il y a une grande unité dans le sens que je t'ai expliqué.
- Le FPH a été formé à l'occasion des élections à l'Assemblée constituante d'avril 1980. Il était formé du PCml, du PC, du PASO et du Parti démocrate-chrétien (PDC). Est-ce que le FPH continue d'être formé par les mêmes partis ?
- Non. Le Parti démocrate-chrétien n'y participe plus. Et la manière dont le FPH va continuer de fonctionner, ou sa fonction, ne sont pas très claires. Pour le moment, il sert de cadre de discussion entre les groupes se réclamant du marxisme. Mais nous espérons que cette discussion, et l'homogénéisation des points de vue qui peut en résulter, va permettre de faire un pas important vers la solution de de direction révolutionnaire qui existe aujourd'hui au Honduras.
- A l'occasion des élections d'avril dernier, le FPH a appelé à l'abstention. Comment voyez-vous les élections qui vont certainement avoir lieu en novembre prochain?
- Nous sommes en train de discuter si nous devons y participer, encore que la forme exacte que cela pourra prendre dépende de la situation politique du moment. Nous allons participer à ces élections, ou au moins mener une campagne à l'occasion de ces élections. Cette campagne se fera dans le cadre de ce que je t'ai dit sur la nécessité de gagner les masses à notre perspective révolutionnaire.
- Quels pourraient être les aspects centraux d'une telle campagne ?
- Le point le plus important c'est que le programme que nous allons présenluttes et l'indépendance des masses par rapport aux différents projets de la bourgeoisie.
Nous n'avions pas auparavant une claire compréhension de l'importance de cette question. C'est pour cela qu'au cours des élections de l'année dernière nous avons laissé les démocrates-chrétiens utiliser le FPH et nous manœuvrer en fonction de leurs projets.
Cela ne signifie pas que nous jugions de la même manière les différents projets politiques de la classe dominante. Nous comprenons qu'il existe des différences au sein de la bourgeoisie et que cela s'exprime dans des projets politiques différents, dont certains ont même une connotation réformiste. L'ALIPO, qui est une tendance social-démocrate au sein du Parti libéral (PL), et les démocrates-chrétiens du PDC développent un programme qui, sur certains points, coïncide avec le nôtre. Et nous sommes disposés et désireux d'agir ensemble avec eux sur quelques questions concrètes. Mais notre programme, qui sera développé au cours de cette campagne pour les élections, ne doit soutenir aucune de ces solutions bourgeoises, bien au contraire, il devra refléter l'indépendance de la classe ouvrière et du mouve-
- Quelle sorte de candidats allez-vous présenter, si vous le faites ?
- L'une des formes de sélection des candidats, que nous sommes en train de discuter, serait d'organiser des assemblées populaires où tous les secteurs du mouvement de masse seraient représentés afin que ce soient ces assemblées qui désignent les candidats. Cela signifierait que nos candidats représenteraient les luttes en cours, qu'ils seraient de véritables représentants du peuple.
- Quelle est la situation du mouvement de masse ? J'ai cru comprendre qu'il y avait un processus de radicalisation et que ce processus s'exprimait notamment par le renforcement des positions « lutte de classes » au sein du mouvement syndical. Pourtant, dans le même temps, la bu-
reaucratie syndicale de l'ORIT, qui dispose historiquement d'une forte influence, continue de jouer un rôle important. Enfin, il faut dire que le mouvement de masse, et en particulier le mouvement syndical, est très divisé. Quelle est votre tactique dans cette situation ?
- Il est vrai que le mouvement de masse est dangereusement divisé, est également vrai que la bureaucratie de l'ORIT connaît une crise profonde. Ce que nous essayons de faire pour changer la situation, c'est de travailler à trois ni-
1.- Tout d'abord, nous nous efforçons d'unifier tous les syndicats indépendants à direction « lutte de classe » ; les premiers pas ont même été franchis en ce sens dans la voie de la création d'une nouvelle fédération syndicale sur la base de tous ces syndicats.
2.- Dans le même temps, nous expliquons la nécessité de l'unité de la classe ouvrière et de la formation d'une Centrale unique des travailleurs. Nous utilisons l'influence que nous avons dans les syndicats dominés par la bureaucratie de l'ORIT, non pas pour les faire scissionner de leur fédération, mais pour y renforcer les oppositions « lutte de classes » et par voie de conséquence les positions de ceux qui luttent au sein de ces syndicats pour l'unité ouvrière et la Centrale unique.
3.- Enfin, nous travaillons à l'organisation d'un Comité de coordination des différentes organisations de masses. La réunion de trois jours dont je t'ai parlé était une étape dans cette direction.
Tout ce travail est rendu nécessaire dans le cadre de la compréhension que nous avons de ce que sera l'insurrection armée des masses. Sans cela, parler de lutte armée risque bien de n'être que du ba-
Propos recueillis par Lars PALMGREN
Tegucigalpa, 5 avril 1981.