Le sort des réfugiés salvadorier Lars PALMGREN
La Virtud est un petit village retiré, sans électricité, sans école ni médecin. On n'y accède que par une petite route difficile. Situé près de la frontière avec le Salvador, il ne comptait d'ordinaire qu'un millier d'habitants. Maintenant, ce sont plus de 3 000 personnes qui vivent entassées là. Les 2 000 nouveaux venus sont des réfugiés salvadoriens qui ont traversé la frontière pour échapper à la répression. Dans la campagne autour de La Virtud, il y a 7 000 autres réfugiés.
Deux jours tout juste avant mon arrivée, le 18 mars très exactement, 5 000 nouveaux réfugiés avaient franchi le fleuve Lempa qui délimite la frontière à cet endroit. Ils sont maintenant regroupés au lieu-dit « Los Hernandez », près du cours d'eau, à une heure de marche de La Vir-
En avançant vers « Los Hernandez », rencontrons plusieurs groupes de soldats de l'armée hondurienne armés du fusil d'assaut G3 allemand, la même arcelle employée par l'armée salvadorienne avant l'offensive du 10 janmenée par le FMLN. Depuis, avec l'aide massive des Etats-Unis à la Junte salvadorienne, elle est dotée du fusil d'assaut M 16 américain.
hauteurs qui surplombent « Los Hernandez », on peut assister spectacle de milliers de réfugiés agglutinés devant une petite maison.
Nous sommes arrêtés par une patrouille de l'armée. Il faut une autorisation spéciale pour rencontrer les réfugiés. Lorsque nous parvenons enfin dez », la distribution de nourriture vient tout juste de commencer. Des femmes, des enfants et des vieillards en haillons sont alignés en file et attendent la ration de riz, de haricots et d'huile qui leur est fournie par les volontaires de l'organisation catholique Caritas qui travaillent dans la zone. Il y a assez de nourriture pour donner à chacun une petite ration, mais l'eau qui est tirée de la rivière est
De plus, presqu'aucun réfugié n'a emporté avec lui d'ustensiles de cuisine. Les réfugiés vont et viennent pendant des heures avec leurs rations, à la recherche du moyen de faire cruire leur nourriture. Les réfugiés sont concentrés sur une petite bande de terrain qui est contrôlée par l'armée hondurienne. Il n'y a aucune installation sanitaire, pas même de latrines. La saleté et la puanteur sont épouvantables.
Il y a de nombreux malades. On sent planer la tension et la peur. Les gens dorment entassés les uns sur les autres dans cet étroit périmètre. Personne ne s'avise de se promener, par peur des soldats honduriens. Ceux-ci ont déjà arrêté plusieurs réfugiés. Trois d'entre eux venaient d'être libérés la veille de mon arrivée, mais l'on reste sans nouvelle des autres.
Le jour precedant notre visite, un refugié a été tué par une sentinelle hondurienne. L'explication du soldat est simple : « Il ne s'est pas arrêté lorsque je le
On comprend la peur qui règne chez les réfugiés, mais, plus encore que les soldats honduriens, c'est l'armée salvadorienne et les tueurs des commandos d'extrême droite d'ORDEN qu'ils craignent. A plusieurs reprises, des unités salvadorienaccompagnées d'escadrons DEN, ont traversé la rivière pour mener des raids meurtriers contre les réfugiés. Ceux-ci savent très bien que leurs vies ne pèsent pas lourd pour les militaires salvadoriens et honduriens.
Un vieillard - appuyé sur un bâton — me raconte ce qui s'est passé quand ils ont traversé le Lempa : « Nous avons commencé à traverser de nuit, pour qu'ils ne nous voient pas. Ceux qui savaient nager aidaient ceux qui ne savaient pas. Nous avions aussi de petites embarcations pour les enfants ou les plus vieux. Au début, tout s'est bien passé, mais, quand le jour s'est levé, c'est devenu l'enfer. Ils nous tiraient dessus depuis les hauteurs et ils nous ont attaqué avec des avions, et un hélicoptère qui a tiré, tiré, tiré, juste au-
On ne sait pas combien de personnes ont été tuées à cette occasion. Sept cadavres ont été incinérés sur la rive hondurienne, mais plusieurs embarcations ont chaviré lorsque la fusillade a commencé Et, les jours suivants, des pêcheurs — en aval du fleuve - ont retrouvé dans leurs filets des cadavres d'enfants noyés. L'un des prêtres qui travaille avec les réfugiés m'a affirmé que chaque jour on découvrait des cadavres autour de « Los Hernandez » : « Mais la majorité de ceux qui ont été tués l'ont été sur la rive salvadorienne. » Combien ? On ne le saura jamais. Les grappes de vautours qui survolent la zone du fleuve indiquent qu'il y en a certainement beaucoup.
« Malgre tout, nous pouvons nous estimer heureux qu'ils ne soient pas parvenus à faire un nouveau Sumpul », m'a dit l'un des responsables des réfugiés. Sumpul est ce massacre - le 14 mai 1980 - de 600 réfugiés, pour la plupart des femmes
SALVADOR - HONDURAS 1s au Honduras et des enfants, qui furent tués lors d'une opération combinée des armées salvadorienne et hondurienne au moment où ils essayaient de traverser la rivière Sumpul, qui délimite également la frontière
Cette fois, deux facteurs ont empêché le massacre. Tout d'abord, les réfugiés ont été protégés par des unités des forces révolutionnaires salvadoriennes. La plupart des réfugiés viennent du département de Cabanas au Salvador, et il a fallu organiser leur évacuation à la suite des terribles attaques lancées dans cette région par l'armée salvadorienne pour liquider
Pas seulement à cause des massacres, mais aussi parce que l'armée avait détruit les récoltes et que les opérations militaires interdisaient l'acheminement des denrées alimentaires en provenance d'autres régions. L'évacuation devint alors une nécessité pour empêcher la famine. Tandis que les réfugiés se dirigeaient vers le cours d'eau, les unités de guérilla s'employèrent à bloquer la progression de l'armée. Ensuite, ce qui a empêché l'armée hondurienne de bloquer de son côté le passage de la rivière, c'est que l'équipe internationale de médecins et les volontaires qui travaillent avec les réfugiés à La Virtud sont arrivés sur la rive avant l'armée hondurienne. Les Honduriens n'ont pu répéter l'action du Sumpul en présence de ces observateurs étrangers.
Le gouvernement hondurien continue de nier le massacre de Sumpul. Dans ure: réponse officielle aux prêtres et religieuses qui avaient les premiers alerté l'opinion publique sur ce massacre, le gouvernement hondurien a expliqué n'était que pure invention. Le gouvernement signalait aussi que la plupart des prêtres étaient « d'origine étrangère et qu'en conséquence ils ne devaient probablement pas se préoccuper de la défense de la souveraineté hondurienne ».
Une réaction presqu'aussi cynique a été fournie, après les événements survenus sur le fleuve Lempa, par le quotidien La •Prensa qui a écrit « A cause de la distance, il a été impossible aux témoins de déterminer si les avions qui ont attaqué les réfugiés appartenaient à l'armée de l'air salvadorienne ou à la guérilla (sic). »
Avec les derniers réfugiés qui sont arrivés à « Los Hernandez », le nombre total des réfugiés salvadoriens au Honduras atteint les 40 000. La plupart se trouvent dans cette zone autour de La Virtud, près des provinces salvadoriennes de Cabanas et de Chalatenango. Le reste se
trouve autour du village de Clomoncagua, au sud de La Virtud, près de la province salvadorienne de Morazan.
Selon le haut-commissaire des Nations-Unies aux Réfugiés présent au Honduras, Charles-Henri Basoche, près de 40 % des réfugiés sont des enfants de moins de 7 ans. 40 % sont des femmes et les 20% restants sont presque tous des vieillards.
Bien que le gouvernement hondurien ait récemment décidé de reconnaître comme réfugiés ces salvadoriens, ils n'ont en fait pas le statut de réfugiés. Il leur est interdit de quitter les zones contrôlées par l'armée et - à la différence de ce qui s'est produit pour les somozistes qui ont dû quitter le Nicaragua —, il leur est interdit de trouver du travail. Il n'y a pas longtemps, le gouvernement a tenté de regrouper tous les réfugiés dans deux ou trois grands camps de concentration. Il semble que ce projet ait été mis en veilleuse pour le moment.
Avant de quitter « Los Hernandez », une délégation des réfugiés m'a demandé de transmettre leur salut aux paysans honduriens : « Nous sommes profondément reconnaissants à nos frères honduriens, m'expliquérent-ils, et nous espérons
ROUGE
Quatrième
Internationale
avril-mai-juin 1981 EDITORIAL : Espagne : signal d'alarme..... Ernest Mandel et John Ross - Nécessite d'un organisation internationale Fitzroy Ambursley - L'échec du socialisme démocratique a la Jamaique et l'avenir de la révolution à Grenade .... Pierre Frank - La théorie de la révoltition permanente Alain Brossat - Petr L/hl, Rudolf Bahro, le marxisme renait a l'Est. ARCHIVES DU MARXISME : Grigory Kostiuk - Les Années maudites . NOTES DE LECTURE Wang Fan-hsi : Chinese revolutionary Memoirs 19/9-1949 : Léon Trotsky : OEuvres, tome 9 : Nadya de Beule : Hei Belgisch Trotskisme 1925-1940.... ABONNEMENTS : 1 AN, 4 NIIMFROS FRANCE AD. ordinaire •... 70 francs français Ab, ordinaire AD. SOUlICh 140 francs français Ab. soutien Cheques à l'ordre de : P.E.C 2. rue Richard Lenoir 93100 MONTREUIL FRANCE FRANCE pouvoir retourner chez nous rapidement. Ce n'est qu'une situation transitoire, nous voulons tous rentrer chez nous pour combattre et pour vaincre. Nous saurons alors nous rappeler de tous ceux qui nous ont Ce ne sont pas là des paroles en l'air. La solidarité des paysans honduriens est admirable. Ils ont ouvert leurs pauvres demeures et on même laissé une partie de leurs terres aux réfugiés. « Ce sont nos frères, m'a expliqué un paysan de "Los Hernandez" c'est tout simple, ce sont nos frères... » Pour l'anniversaire de l'assassinat de Romero, l'archevêque de San Salvador, des centaines de paysans honduriens ont rendu visite aux réfugiés en leur apportant toutes sortes de nourriture. Ce n'était pas seulement un geste pour honorer la mémoire de monseigneur Romero. « Nous avions entendu dire que les réfugiés n'avaient pas assez de nourriture », m'a expliqué l'un de ces paysans. au Honduras. Le Comité de coordination pour la solidarité avec le Salvador, qui est la principale organisation de solidarité, est formé de représentants des syndicats et des diverses organisations de masse. Cela AUPOGESTIONS revue trimestrielle A. Smolare AUTRES PAYS Toulouse.
300 francs belges 1 000 francs belges 600 francs belges Mampi CR00-02047302 de chèques Quatrième Internationale 1a, ruc de la Buanderie 1000 BRUXELLES BELGIQUE signifie que la solidarité avec le combat mené au Salvador et avec les réfugiés fait partie des luttes qui se sont déroulées depuis un an au Honduras. J'ai eu l'occasion de participer moi-même à une réunion organisée par ce Comité dans la ville industrielle de San Pedro Sula, dans la partie septentrionale du pays. Les participants étaient pour la plupart des représentants des divers syndicats. La manière dont ils ont discuté et décidé d'organiser une campagne pour collecter des vêtements qui puissent servir d'uniformes pour les révolutionnaires salvadoriens était une démonstration de la volonté et de l'expérience de travail de solidarité qui existent déjà dans les syndicats. L'un des participants à nion - du syndicat des mineurs — a expliqué que « la solidarité avec la révolution salvadorienne est partie intégrante de notre propre combat. Nous savons que leur triomphe au Salvador nous rapprochera de la victoire au Honduras ; mais s'ils sont vaincus, nos possibilités en seront réduites d'autant... » Lars PALMGREN Tegucigalpa, 29 mars 1981.
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N° 5 printemps 81 numéro spécial POLOGNE : LA BRECHE ? • Articles de. J.Kuron, K.Modzelewski , W. Kuczynski, etce Documents inédits • Débat avec K Pomian, D.Singer et Editions PRIVAT, 14 rue des Arts, 31.000 Abonnemonts 1981 : 100 F.(indiv.) et 120 F. (inst.) France. 110 F (indiv.) et 110 F. (inst.) Etranger. Prix au numiro : 30 F. Vendue en librairie