Mise en place sur instructions de l'impérialisme, la nouvelle politique du régime tunisien - qui veut se donner une image démocratique - commence à connaître ses propres limites.
Se drapant dans de nouveaux habits, le pouvoir vient d'adopter un ensemble de mesures de « libéralisation » destinées à donner un gage de bonne volonté à l'opposition bourgeoise et à la bureaucratie syndicale, afin de s'octroyer leurs services : libération de syndicalistes emprisonnés puis réintégration de certains d'entre eux dans leurs droits syndicaux ; intégration de certains éléments démocrates-socialistes (1) dans l'appareil d'Etat ; élimination du clan Sayah, suivie d'évictions et de condamnations de ceux qui ont été le plus directement impliqués dans le coup de force du 26 janvier 1978 ; suppression du poste de procureur général de la République,
Face au danger persistant du mouvement de masse et de la tension avec le régime libyen, la tactique utilisée par l'imbourgeoisies algérienne et Tunisie doit servir d'exemple et un procesus analogue se dessine, quoique plus timide encore, en Algérie et au Maroc : celui d'alterner une répression insidieuse avec l'amorce d'une façade démocratique. La libération de Mohammed Ben Bella et Tahar Zbiri (2) ainsi que la libération des détenus des émeutes de Kabylie en Algérie, la libération de certains prisonniers politiques l'été dernier et le maintien du jeu de l'opposition dans le cadre du régime marocain, tout cela montre cette volonté de changement politique destinée à canaliser de larges secteurs du mouvement de contestation, dans le but d'œuvrer à la mise en place de nouvelles stratégies anti-ouvrières, plan d'attaque contre le mouvement de masse en général.
Les difficultés rencontrées dans la restructuration de la bourgeoisie en Algérie, l'usure de l'assise de la monarchie alaouite au Maroc face aux coups de boutoir du Front POLISARIO et à la recrudescence des mouvements de grève, parallèlement à une dynamique de restructuration syndicale dans ces deux pays, expliquent la volonté des deux régimes d'accélérer le règlement de la question du Sahara occidental.
Les limites de l'«ouverture»
et la riposte ouvrière
écartant du même coup celui qui a eu la haute main sur tous les procès politiques depuis 1956 et les condamnations à mort ; velléités de s'attaquer aux pesanteurs bureaucratiques, ete.
Parallelement, la mise sur pied d'une Commission nationale syndicale, les les manœuvres autour de l'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT)), la répression de certains mouvements de lutte (aciéries d'El Fouledh et Chemins de fer SNCFT) ainsi que la dissolution de certaines sections de base, attestent des limites de cette « libéralisation ».
Par ailleurs, T'appui militaire de l'impérialisme français pour consolider d'Etat bourgeois est couplé à une aide économique dans le cadre de la préparation du Vle Plan, afin de donner au pouvoir les moyens de faire face au mouvement de masse et notamment à l'effervescence ouvrière. LA LIBERALISATION ET LE CONTEXTE POLITIQUE DANS LA REGION
Cette dernière question a redonné pendant plus de cinq ans un second souffle au régime marocain corrompu, qui a pu rallier autour de lui la majorité de l'opposition en jouant à fond la carte du nationalisme. Aujourd'hui, surenchère à laquelle se livrent les partis d'opposition et notamment l'Union socialiste des forces populaires (USFP) -dans la politique sahrienne, ment du régime est patent. Son isolement sur l'arène internationale, accentué par la résistance farouche des combattants du Front POLISARIO et par la dynamique d'une nouvelle radicalisation ouvrière, pousse le régime à opter pour une perspective de « libéralisapolitique, afin d'atténuer 1. Il s'agit de membres du parti bourdénommé Mouvement des 2. Mohammed Ben Bella a été l'un des chefs de l'insurrection algérienne (1954). Détenu en France à partir de 1956 à la suite du détournement de l'avion marocain qui devait le conduire en Tunisie, il a été libéré au moment des accords d'Evian de 1962. Président du Conseil puis président de la République algérienne (1963), il fut renversé par le coup d'Etat dirigé par le colonel Boumedienne en 1965. Maintenu au secret à partir de cette date, il n'a été libéré qu'en 1980.
Tahar Zbiri, ancien colonel de l'Armée •nationale populaire. auteur d'une tentative avortée de coup d'Etat contre le président Houari Boumedienne en 1967.
3. L'opération de Gafsa s'est déroulée le 27 janvier 1980. Lire à ce propos Inprecor, nutunisie dangers que représentent les tensions sociales intérieures.
De son côté, le régime algérien est en butte à une crise politique, sociale et économique sans précédent. Le secteur des hydrocarbures a certes pu lui donner une marge de manœuvre et une certaine autonomie face à l'impérialisme, mais il accentue en même temps sa dépendance par rapport au marché capitaliste mondial ; fonctionnant selon sa propre logique, drainant la plus grosse partie des investissements industriels, il renforce par là même le sous-développement des autres secteurs.
L'échec patent de la politique agricole et la perspective, aujourd'hui affirmée, de la privatisation des grandes sociétés nationales et l'attitude à prendre face aux mobilisations de masse peuvent qu'accentuer les contradictions entre les différentes fractions de la bourgeoisie.
Il s'agit aujourd'hui de parer au plus pressé : restructurer un Etat fort autour du FLN et du président Ben Jedid Chadli, afin de faire face à la radicalisation du mouvement de masse qui a permis l'émergence d'une nouvelle génération de syndicaux travers leur lutte contre la bureaucratie, posent le problème de la restructuration et de l'autonomie de l'Union générale des travailleurs algériens (UGTA).
L'exemple du 26 janvier 1978 est toujours présent à l'esprit, et l'affaire de Gafsa (3) devrait inciter les deux régimes à plus de sollicitude l'un envers l'autre.
La coopération avec la bourgeoisie tunisienne se situe surtout au niveau du renforcement des dispositifs répressifs au niveau des frontières, et par rapport aux opposants l'expulsion d'Algérie de Ben Salah et de Brahim Toubal (4). méro 70, du 21 février 1980, Déclaration commune du GMR tunisien et de la LCR française. français ! » ; et numéro 71, du 6 mars 1980. Déclaration du GMR tunisien, « L'opération de Gafsa et ses conséquences sur la situation politi-
4. Ben Salah, ancien ministre de l'Economie de Bourguiba, limogé en 1969, condamné à 10 ans de travaux forcés, évadé en 1973 : fondateur du Mouvement d'unité populaire (MUP), formation social-démocrate liée à l'Internationale socialiste et au président autrichien Bruno Kreisky.
Brahim Toubal est un opposant nationaliste arabe au régime tunisien, qui a résidé de longues années en Algérie, jusqu'à ce que les relations entre les autorités algériennes et tunisiennes s'améliorent.
POLITIQUE IMPERIALISTE ET CAPITAUX FINANCIERS ARABES
Les aspects importants de l'« aide » part les nouveaux investissements accor-
C'est face à ces dangers que les difaujourd'hui, même si c'est d'une façon différenciée, et avec l'aide de l'impérialisaméricaine se situent d'abord sur le plan militaire. Quoique moins importante et moins directe que celle de l'impérialisme français, elle n'en confirme pas moins le actif au gouvernement en place afin de défendre la stabilité du régime.
Le projet du Congrès américain voit l'accroissement de l'aide militaire pays du Tiers Monde qui lui sont soumis : mis à part Israël et l'Egypte qui bénéficient d'une aide importante, la Tunisie bénéficiera, tout comme le Maroc, la Thailande et le Soudan, d'un accroissement de l'assistance militaire américaine, dont le total aux pays « les plus en besoin » est de l'ordre de 1,7 milliard de
Par le biais de l'« assistance technique », l'impérialisme maintient et renforce la présence de ses organismes, tel l'AID (5), dans les projets agricoles du nord-ouest de la Tunisie et le familial. L'octroi de crédits et de dons financiers par la Banque Mondiale est conçu comme un soutien direct au régime et au gouvernement en place.
Par ailleurs, l'aide militaire françaiet américaine, qui a commencé s'affirmer depuis la préparation du coup de force du 26 janvier 1978, s'est pleinement renforcée lors de l'opération de Gafsa, et n'est que l'affirmation du « soutien total à la Tunisie régime face à la menace tion » (déclaration du Premier ministre français Raymond Barre lors de sa visite à Tunis le 25 octobre 1980). Elle confirme à la fois l'importance qu'accorde l'impérialisme français à la stabilité du régime tunisien, et son soutien à la politique d'« ouverture » prônée par le gouvernement de Mohammed Mzali.
Sur le plan économique, et mis à Habib Bourguiba et Raymond Barre. (DR)
me, pour un renforcement et une modernisation de l'appareil d'Etat, temps que pour un processus de « libéradés pour financer le VIe Plan (19811986), de nouvelles institutions mixtes sont créées : une banque d'investissements mixte (30 % de capitaux français, 30% de capitaux arabes et 40% de capitaux tunisiens), ainsi que des sociétés mixtes pour la pêche.
aux pétro-dollars leurs investissements sont tournés vers l'infrastructure routière et surtout l'hôtellerie : création du complexe d'El Kantaoui, projet de complexe intégré El Kahéna (coût 21 millions de dinars, avec financement à 80 % étranger et surtout
C'est surtout la création de banques arabo-tunisiennes, ainsi que d'importantes institutions financières, telles la fusion Confitour-SIAT dans la BDET, qui attestent des nouvelles velléités d'autonomie financière de la part de la bourgeoisie tunisienne. Cette dernière fusion, même si elle ne se réalise pas dans l'immédiat, constitue néanmoins une des perspectives concrètes que se donne la bourgeoisie tunisienne afin de jouer un rôle d'intermédiaire dans le « trilogue » franco-araboafricain proposé par le président français Valéry Giscard d'Estaing.
L'impérialisme français, en misant sur la stabilité du régime tunisien et en la renforçant, pousse dans cette direction, afin d'orienter et d'encadrer les investissements des capitaux arabes en Afrique
D'autre part, face à la politique de lOrganisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et à la perspective de la diminution substantielle de la rente pétrolière, l'Etat tunisien mise sur le renforcement et la rationalisation du secteur touristique, afin d'accroître les investissements provenant de ce secteur (qui n'étaient que de 2% au cours de la dernière décennie). Entre les vœux pieux de la bourgeoisie tunisienne et la réalité effective
La crise du svteme capitaliste mor ial et les mesures protectionnistes de Communauté économique européenne (CEE) poussent les bourgeoisies des pays du Maghreb à réviser les termes de la dépendance afin de contourner le problème en mettant en avant certains projets périphériques par rapport aux centres impé-
Les difficultés d'exportation de certains produits et le manque de débouché sur le marché local trop étroit, poussent la bourgeoisie tunisienne et son homologue algérienne à opter pour la « coopération bilatérale », dans le but de diversifier les produits à exporter et d'affronter de cette manière, ensemble, les difficultés sur le marché européen. Cela suppose la création de sociétés mixtes et d'échanges industriels (dans la mécanique et l'industrie électrique par exemple).
Ce qui est réalisable aujourd'hui, et la bourgeoisie tunisienne devrait se tenir à l'évidence, c'est, avec l'apport des investissements arabes, de combler le déficit des sociétés nationales les plus importantes, telles El Fouledh, les Industries chi-
(ICM), la SIAT, ete. Ce qui suppose en retour une rationalisation importante et une restructuration amenant une compression du personnel, mis en chômage technique ou au chômage
« LIBERALISATION » ET AUSTERITE Il faut ajouter à cela les sombres perspectives qu'offre le Vle Plan tant sur le plan économique que sur le problème de l'emploi, et les objectifs non atteints dans le cadre du Ve Plan ; la diminution (voulue ?) de la production pétrolière dans les années à venir et la recherche de palliatifs pour la rentrée de devises, toujours les mêmes : industries manufacturières et tourisme (cf. interview du ministre de l'Economie Azouz Lasram dans La
23 octobre); la diminution de la consommation d'énergie et de la consommation des ménages. Toutes ces conditions et ces mesures toucheraient directement les couches les plus défavorisées et surtout la classe ouvrière.
Ce à quoi il faut déjà s'attendre dans les prochains mois, c'est à une nouvelle flamblée des prix touchant l'essence, le sucre (marché mondial) et d'autres produits de base, l'augmentation des prix des transports urbains et la réduction de l'intervention de la Caisse de compensation dans le maintien des tarifs des
C'est pour cela que le pouvoir mise avant tout - depuis 9 mois déjà avec l'accession de Mohammed Mzali à la tête du gouvernement — sur l'accélération de
5. Agence internationale pour le développement nord-américaine (US-AID).
la remise en marche de la centrale ouvrière (UGTT) ainsi que de l'Union générale des étudiants tunisiens (UGET).
Car rien n'est plus dangereux pour un tel régime, qui aujourd'hui opte pour la façade démocratique, qu'un syndicat incapable d'endiguer et de dévoyer l'énergie combative des travailleurs. Le projet politique de la bourgeoisie
La politique d'« ouverture » n'est pas une simple politique conjoncturelle entreprise par le régime pour gagner du temps ; on peut la considérer comme une nouvelle tentative destinée à résoudre la crise du régime (6) du Parti socialiste destourien (PSD), apparue des 1969, aggravée en 1977 et surtout après le 26 janvier 1978. Par cette politique, le régime tente de stabiliser et de consolider les bases pouvant assurer sa continuité. C'est ce que veut exprimer Mohammed Mzali lorsqu'il déclare : « La démocratie renforce le régime, et notre but est le renforcedu régime.. » Le régime mettra toute son énergie pour réussir dans cette voie que l'on peut résumer comme suit :
1. - Changer les figures politiques du gouvernement et du parti, rechercher un second souffle. Ce qui a été accompli par l'élimination des responsables directs des massacres du 26 janvier 1978 et par le rappel d'éléments de l'opposition bourgeoise. Le pouvoir continue à accorder à son parti une importance énorme de le réactiver comme politique dont la tâche est de faire passer sa politique parmi les masses, et d'apparaître comme un parti ouvert aux différentes classes. Cependant, malgré l'éloignement de Mohammed Sayah de la direction du parti, les milices de celui-ci n'ont pas été dissoutes (7). Le régime les a gardées, les a mis en veilleuses afin de les utiliser éventuellement à son secours. L'opération d'assainissement du PSD et sa structuration nouvelle est conformément à la nouvelle politique menée depuis avril 1980. Mongi Kooli a été désigné à la tête du parti comme nouveau directeur pour poursuivre cette politique au niveau des cellules et des comités de coordination, et pour la faire entériner au Congrès d'avril 1981.
2. - Restructurer l'UGTT et mettre en place une direction syndicale bénéficiant d'une relative influence auprès des travailleurs, mais partageant les choix du régime (soutenant la politique d'ouverture et acceptant - directement ou non -la tutelle du parti). Ce projet s'est imposé lorsque la Commission nationale syndicale (CNS) a été mise en place avec à sa tête un haut responsable du Parti socialiste destourien. Le but de cette CNS étant de récupérer d'anciens cadres de l'UGTT et de préparer un Congrès extraordinaire de l'UGTT sous son contrôle. Cependant, les congrès syndicaux préparatoires ont syndicalistes indépendants refusant les directives de la CNS ou exécutif de l'UGTT qui doit sortir du prochain Congrès.
3. - Quelques aménagements peuvent avoir lieu sur le plan politique général, comme, par exemple, permettre aux courants politiques qui soutiennent la d'« ouverture » légale dans des partis reconnus, tout en contrôlant leur activité, ou bien autoriser la parution de nouveaux journaux tout en se réservant la possibilité de les interdire si le besoin s'en fait sentir.
Tout cela ne signifie pas que le pouvoir ait renoncé à utiliser la répression et qu'il laissera la classe ouvrière et les autres catégories sociales s'organiser impunément. Ainsi, en même temps qu'il pratique l'« ouverture », le pouvoir n'a pas dissout les corps de répression tels que les BOP (Brigades d'ordre publie), la DST (Direction de la sécurité du territoire - police politique), mais il les a contraire renforcés. De même, le renforcement de l'armée se poursuit avec l'aide de l'impérialisme. La réussite de cette politique n'est cependant pas assurée. Et si le pouvoir ne parvient pas à contenir les mobilisations de masse et à imposer son influence politique, il n'hésitera pas à mettre fin à celle politique, à limiter l'« ouverture » et à perpétrer de nouveaux massacres. La nature du régime n'a pas changé comme
6. Le Destour est le parti politique issu du « Mouvement jeune-tunisien » qui réclamait insistant sur l'émancipation du peuple tunisien et la fin du protectorat français. Après les émeutes de 1920 et 1921, ses dirigeants furent exilés et le parti s'affaiblit en même temps que de multiples conflits internes aboutissaient à la scission de 1934. De jeunes intellectuels occidentalisés favorables à un Etat fondèrent alors le Néo-Destour tandis que les partisans de la restauration de la Tunisie traditionnelle, islamique et arabe, se paient dans le Vieux-Destour.
S'appuyant sur les aspirations des masses à l'Indépendance, le Néo-Destour plus de vigueur la lutte contre le colonialisme français. Fortement structuré, il s'implanta dans tout le pays et s'engagea dans l'action clandestine quand il fut mis hors-la-loi. 1938, diverses grèves et émeutes amenérent l'incarcération de ses chefs. Autorisé en 1954 (gouvernement Mendès-France), le parti Néo-Des-
Les événements du 26 janvier 1978 à Tunis. (DR) voudraient le faire croire les organes officiels d'information. Cela impose à la classe ouvrière et à ses avant-gardes de ne pas tomber dans les illusions sur la « démocratie », de s'organiser et de préparer leurs forces pour faire face à toute éventualité. La situation de la classe ouvrière
Ni le coup de force du 26 janvier 1978 (destructuration syndicale et massacre), ni l'atmosphère qui a régné autour de l'opération de Gafsa (répression, quadrillage, « union nationale »), n'ont pu entamer durablement la combativité
Au lendemain du coup de force du 26 janvier 1978, la classe ouvrière, moins dans sa composante la plus radicale, a opposé une résistance sous toutes les formes : reprise du mouvement revendicatif avec de nouvelles formes de luttes ; contacts, réunions et structurations horizontales au niveau syndical ; refus général du syndicat et appel en faveur d'un Congrès extraordinaire démolendemain de l'opération Gafsa, faisant fi des balivernes sur l'« union nationale », les travailleurs de la SNT et tour joua un rôle décisif dans l'instauration de la République tunisienne (1957) sous la direction de son chef Habib Bourguiba qui l'impose rapidement comme le parti unique du nouvel
Malgré des affrontements sanglants avec la France en 1961 au sujet de l'évacuation de la base militaire géante de Bizerte, le régime a maintenu d'excellentes relations 1964, le Néo-Destour possède la dénomination de Parti socialiste destourien (PSD), et son leader historique, Habib Bourguiba, s'est fait élire président de la République à vie en 1974.
La haute hiérarchie du PSD comprend le président (Habib Bourguiba), le secrétaire général (le Premier ministre en exercice), le directeur, puis les sous-directeurs.
7. Mohammed Sayad, ancien directeur du PSD, bien que limogé de ses hautes responsabilités à la tête du parti, reste ministre de l'Equi-
ses pour les inciter à refuser de négocier ont réussi dans de nombreux secteurs, de la SNCFT lançaient un avertissement au pouvoir en reprenant la lutte pour leurs propres revendications.
Aujourd'hui, avec la politique de « libéralisation » prônée par Mohammed Mzali, qui veut faire avaler la pilule aux travailleurs, la relance des mouvements de grève atteste de la combativité et de la détermination de larges secteurs de la classe ouvrière.
La plupart des revendications reprennent des thèmes déjà développés avant le 26 janvier 1978, et dont bon nombre d'acquis ont déjà été laminés par l'inflation et l'augmentation du coût de la vie (application des conventions collectives ; statuts; augmentations uniformes...); d'autres sont toujours maintenus : la restructuration syndicale et l'autonomie de l'UGTT
Autour de ce combat, des luttes contre les licenciements et pour la réintégration des syndicalistes, ainsi que la dénonciation des agissements des sbires du parti, se développent.
La politique d'« ouverture » a été accueillie par travailleurs par une grande vague de grèves — sans précédent depuis le 26 janvier 1978 — pour réclamer de leurs conditions de vie. Ces grèves ont débuté en mars 1980 et se 1980 ; elles ont touché d'importants secteurs et entreprises comme la Société nationale des transports tunisiens (SNT), les Chemins de fer (SNCFT), la Pharmacie Centrale, la Société tunisienne d'industrie automobile, le Confort, le Gaz et l'Electricité, El Fouledh (complexe sidérurgique), etc. Ces grèves ont été caractérisées par leur dureté et par la combativité des travailleurs : à la Pharmacie Centrale la grève a duré 12 jours, au Confort plus d'un mois, à la Société tunisienne d'Electricité et de Gaz 4 jours...
Les travailleurs ont parfois réussi à obtenir quelques succès. Mais le pouvoir — à partir de juin 1980 — a durci sa position par rapport aux grèves et a donné des instructions aux directions des entrepriLa répression à Tunis le 26 janvier 1978. (DR).
avec les représentants des travailleurs et à exercer la répression. luttes, sont apparues de nouvelles formes d'organisation, en particulier la mise en de comités comité de grèves dans plusieurs usines et établissements, sous le contrôle des travailleurs. Ce phénomène revêt une impormesure où il exprime l'apparition d'avant-gardes nouvelles par rapport à celles apparues avant le 26 janvier 1978. Ces nouvelles avant-gardes, malgré le spontaqui est le leur et leurs limites appelées à rôle important dans les luttes à venir.
Ces grèves ont fourni la preuve indiscutable du degré de vitalité des mouvements des travailleurs, de leur radicalileur combativité. Cette combativité que les massacre et la répression du 26 janvier 1978 n'ont pas réussi à détruire et qui réapparaît après une relative accalmie de près de deux ans. Et, si ces grèves ont relativement échoué au cours des quatre mois allant de novembre 1980 à février 1981, cela est dû à l'expectative qui prévaut dans le cadre de des congrès syndicaux. Dans leur majorité, les travailleurs ont bien accueilli l'élimination de Tijani Abid (le secrétaire général imposé à la tête de PUGTT après le coup de force de janvier 1978) et ont perçu la préparation du Congrès extraordinaire comme une occasion de reprendre en main leur organisation dévoyée, avec la préoceupation de Tutiliser dans leurs luttes quotidiennes ; et cela, malgré la manière dont s'est constituée la CNS, malgré son lien avec le PSD et ses pratiques bureaucratiques. Cela a clairement par la vague d'adhésions à l'UGTT de dizaines de milliers de travailleurs manuels et intellecpar leur participation congrès syndicaux de base.
Cette participation ne signifie pas un appui aux orientations de la CNS. Car, malgré les manœuvres de cette CNS et les provocations du pouvoir, les travailleurs usines et régions, à imposer leurs propres représentants dans les élections syndicales. Les résultats de ces élections montrent que d'importants secteurs ont échappé au contrôle direct de la CNS. Cette situation, sans menacer directement le succès prévisible de cette dernière lors du prochain Congrès de l'UGTT, exprime cependant son relatif échec à accomplir sa mission. La demière crise et les perspectives de la politique d'ouverture
D'importantes grèves se sont déclenchées au cours de la dernière période. Dans la Société nationale des transports (SNT), malgré les appels de la CNS et ceux de la direction de la Fédération de transports (connue pour sa fidélité à Habib Achour et élue presque à l'unanimité des travailleurs), la grève s'est poursuivie durant 6 jours, ce qui se produit pour la premiere fois a Tunis. Cela montre le degré atteint par le mécontentement des travailleurs des transports face à la dégradation de leur pouvoir d'achat et face aux promesses non tenues depuis un an.
Il en fut de même lors des grèves des cheminots (SNCFT), bien que les directions régionales du syndicat (alignées sur la CNS) aient réussi dès le troisième jour à porter un coup d'arrêt à la grève, en organisant une grande assemblée générale où fut fixé un délai pour la satisfaction des revendications...
Ces mouvements revendicatifs se sont accompagnés d'une vague de grèves et de manifestations dans les lycées à partir du mois de janvier 1981. Ces mouvements lycéens exprimaient l'échec de la politique d'éducation et le refus par la jeunesse de l'avenir que lui prépare le pouvoir. Les mots d'ordre des manifestations lycéennes demandaient des débouchés conformes aux spécialités étudiées, un syndicat indépendant et dénonçaient la répression. Ces manifestations ont pris rapidement un caractère ouvertement hostile au pouvoir ; celui-ci a répondu par les BOP et les exclusions des écoles et aussi par quelques concessions partielles.
Malheureusement, perspectives politiques et organisationnelles du mouvement lycéen, et la léthargie que connaît encore le mouvement étudiant, font que le pouvoir pourra sans doute surmonter cet obstacle malgré les difficultés.
La conjonction des luttes ouvrières et lycéennes a créé la première crise grave du gouvernement Mohammed Mzali et pose plusieurs questions sur l'avenir de la politique d'« ouverture ». Quelle sera la position du pouvoir face à l'aggravation de la situation sociale ? La dernière crise a en effet mis le pouvoir devant le choix suivant:
- ou bien le recours à quelques concessions pour contenir le mouvement de masse, accompagnées d'une répression des éléments radicalisés ;
- ou bien l'application d'une politique violemment répressive face au dé-
veloppement de tout mouvement de masse ; ce qui signifierait renoncer à poursuivre la politique d'« ouverture » et la remplacer par une politique fondée sur la répression directe et généralisée.
Le premier choix est le plus probable aujourd'hui, malgré les obstacles, les difficultés et dangers qu'il comporte pour les autorités. Le pouvoir s'engage actuellement dans cette voie. Ainsi, il a décidé salaires, il s'emploie à organiser la tenue du Congrès de son parti, il essaie de se présenter comme une force politique renouvelée en récupérant des éléments de l'opposition bourgeoise et de la bureaucratie syndicale. Dans le même temps, il a fait des pressions sur la CNS pour qu'elle se hâte de tenir, elle aussi, le Congrès de l'UGTT. Cela d'autant que l'absence d'une direction syndicale au plein sens du terme à l'heure actuelle, ne peut que favoriser les actions ouvrières.
Toutefois, si la politique d'« ouverture » ne réussit pas à court ou à moyen terme à consolider les bases du régime et il ne fait pas de doute que la bourgeoisie son masque « démocratique » pour adopter une politique de répression directe et générale, comme elle l'a fait par le passé. L'orientation politique des marxistes révolutionnaires en Tunisie
Face aux changements intervenus sur la scène politique tunisienne, il revient aux marxistes révolutionnaires de fixer clairement les tâches qui s'imposent afin de pouvoir influer sur les événements et montrer la voie aux travailleurs. En effet, sans analyse détaillée de la situation, il existe un risque sérieux de se heurter à l'un des écueils suivants :
— le premier est de ne pas comprendre les nouveaux développements politiques et de continuer à brandir les mêmes slogans que par le passé comme si rien ne s'était passé ;
- le deuxième est de tomber dans le piège de la politique d'« ouverture » sans être capable d'avancer une alternative politique de classe.
Le problème qui se pose à la classe ouvrière tunisienne dans ce contexte est celui de se saisir des libertés partielles qu'elle peut obtenir pour s'organiser sur le plan syndical et politique, afin d'élever son degré de conscience de classe et de préparer ses forces pour les luttes à venir. Ce qui signifie agir dans les directions suivantes:
1. - Lutter pour la satisfaction des revendications ouvrières, pour l'augmentation des salaires ; pour l'échelle mobile ; contre les licenciements et pour imposer le contrôle des travailleurs sur les usines et les établissements.
2. - Continuer la lutte pour l'indépendance de l'UGTT et sa démocratie interne en insistant sur la nécessité de construire une tendance syndicale de « lutte de classes » et anti-bureaucratique.
- Poursuivre la lutte pour les libertés démocratiques.
Cependant, ces axes sont insuffisants. Face au regroupement des différents secteurs de la bourgeoisie autour de la politique d'« ouverture » et à leur tentative d'entraîner les travailleurs à leur suite, il s'agit d'élaborer une riposte de classe qui fasse apparaître comme une force indépendante sur le terrain politique. Les luttes et les expériences 1977, tout comme les caractéristiques particulières de la situation politique actuelle, fondent la nécessité de mettre à l'ordre du jour le mot d'ordre « Construction du parti des travailleurs ».
«MAL AMAL » Journal du Groupe marxiste révolutionnaire tunisien (GMR-t) 28 mars 1981. PS : Au dernier Congrès du Parti socialiste destourien (PSD), tenu le 10
1981, le pouvoir a annoncé acceptation conditionnelle du multipartisme, il a même envisagé la dissolution du Parlement et l'organisation d'élections législatives (prévues depuis un certain temps déjà).
Ces mesures viennent confirmer que le pouvoir est à l'heure actuelle décidé à pousuivre la politique d'« ouverture », malgré la crise qu'il a connu en février 1981, ainsi que les marxistes révolutionnaires tunisiens l'avaient prévu dans leur analyse de la situation politique.
Les dernières décisions concernant le pluralisme sont assorties de conditions en contradiction avec le respect des libertés démocratiques les plus élémentaires (obligation de reconnaître la légitimité du régime de Bourguiba et du Néo-Destour, absence de liens idéologiques avec I'« extérieur »). Ces conditions privent les courants ouvriers et marxistes de leurs droits à l'organisation politique légale.
La réponse des marxistes révolutionnaires tunisiens à ces mesures est la dénonciation des conditions posées par le régime et la lutte pour imposer la reconnaissance de tous les courants politiques sans limitation ni condition.
Au moment même où les diverses composantes de l'opposition bourgeoise obtiennent le droit à l'organisation politique, les marxistes révolutionnaires considèrent que le mot d'ordre de « Construction du parti des travailleurs!» revêt une importance extrêmement grande, qu'il faut le construire rapidement et qu'il faut mobiliser toutes les énergies dans cette perspective pour permettre à la classe ouvrière de s'imposer sur le terrain politique.
Quant aux élections législatives, elles doivent être l'occasion de mener la bataille autour des axes suivants :
1. - Refus du cadre tracé par le régime pour ces élections et l'appel à des élections libres à une Assemblée constituante.
2. - Présentation d'une liste ouvrière indépendante qui soit un point de départ pour la construction du parti des travailleurs.
GMR-t 6 avril 1981. Quelle relève pour l'aprés-Bourguiba ? (DR)