Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

« Quelquefois, il faut reculer d'un pas pour gagner... »

· Inprecor n° 102, 25 mai 1981 · p. 23-24 · 1 850 mots

Pologne Syndicalisme

«Quelquefois, 1l faut reculer d'un pas

L de la geve gen crie prona de mie, pal Laprepates et

A signature du compromis qui a mis fin à la préparation

• les experts — dans le dos du syndicat —, a ouvert un très large débat dans « Solidarité ». Le fonctionnement du syndicat, de ses structures nationales, le rôle des experts dans les négociations - en un mot : la démocratie syndicale - y tiennent une large place.

Deux courants sont apparus au cours de cette discussion au sein de la Commission nationale de coordination (KP) :

«DIE PRESSE » : Lech Walesa, vous avez dit: " Nous vaincrons, fût-ce genoux ! ". Les demiers succès de " Solidarité " constituent-ils déjà la

- Lech WALESA : Cela fait un certain temps que nous sommes en train de vainere, mais la lutte sera encore longue.

- Pouvez-vous imaginer - à long terme - que syndicat et gouvernement en viennent à collaborer ?

- Si vous avez lu la définition que nous donnons du syndicat, vous savez qu'il ne peut y avoir collaboration avec le gouvernement, mais seulement défense de nos membres. Cela, nous des intérets le ferons aussi à l'avenir. Pour le moment, nous ne sommes pas encore un syndicat, mais seulement un mouvement syndical.

Nous constatons l'absence d'autres organisations qui pourraient nous soulager d'une partie de nos charges actuelles. Une telle organisation est déjà née, pour citer cet exemple, c'est le Syndicat des paysans indépendants « Solidarité ». Cela crée une deuxième force qui peut nous soulager d'une partie du travail. Ensuite, viendra la libération des prisonniers politiques, et cela fera disparaître un autre problème.

C'est ainsi que nous nous développerons pas à pas en syndicat.

- Jusqu'ici, le moyen d'action principal de « Solidarité » a été la confrontation. L'avenir réclame-t-il une autre tac-

- L'avenir réclame d'autres moyens et nous avons déjà fait la preuve qu'on peut atteindre des résultats d'une autre manière. Nous utiliserons des méthodes qui permetteront de résoudre nos problèmes sans confrontation.

- Cela signifie-t-il que « Solidarité » a besoin d'un autre type de militant ?

pour gagner...» Un entretien avec Lech Walesa nisme (2), n'est pas majoritaire. « Solidarité ». - Oui, et les élections apporteront déjà ce type de militant.

- quel devront etre les caracteristiques de ce nouveau type de militant ?

- Il devra être bon tacticien, bon organisateur, bon calculateur, il devra distinguer ce qu'on peut régler aujourd'hui et ce qui ne pourra être réglé que demain. C'est de ce type de militant dont nous aurons besoin.

- Cela signifie-t-il un changement dans la composition de la direction de « Solidarité », des lutteurs vers les tacticiens ?

- Nous n'en avons pas beaucoup. La plupart des dirigeants sont apparus portés par la vague de protestation. Cette vague est terminée. Maintenant vient le temps du travail. Maintenant il faut ajouter à ces militants des tacticiens. Beaucoup de militants surgis au cours des confrontations se réorienteront. Il n'y aura que quelques individus qui en seront incapables. Ceux-là, on pourra les laisser tomber. Mais leur nombre, compter sur les doigts de la main.

- L'évolution de la situation en Po-

Sele ria de tien l logne a rencontré beaucoup de publicité

et un grand soutien à l'étranger. Quel a

- Vous avez fait du très bon travail. Mais cela ne signifie pas que nous vous disions « merci » dès maintenant. Nous vous prions de nous aider davanta-

- Que pensez-vous des syndicats à l'Occident?

- Je constate que les syndicats occidentaux sont devenus quelque peu politiques. Cela signifie en même temps qu'ils sont devenus indépendants. Il faut s'orienter vers des syndicats politiquement indépendants, et qui défendent

POLOGNE celui des « radicaux », dont l'intervention de Karol Modzelewski à la réunion de la KKP est sans doute l'expression la plus achevée (1) ; et celui des « modérés », qui regroupe une bonne partie des experts et Lech Walesa, mais dont l'influence au sein de la KKP, au vu des dernières décisions prises par cet orga-

L'interview de Lech Walesa que nous publions ci-dessous permet de se faire une idée des projets de ce courant au sein de toujours les intérêts de leurs membres.

Dans ce sens, je crois que dès que nous aurons réglé nos propres affaires, nous aurons aussi un certain effet sur l'Occi-

- Quel a été en fait votre motivaion personnelle pour que vous vous soyez engagé avec tant de force, pour que vous preniez tant de risques et fassiez tant d'efforts?

- Il y a toujours quelqu'un qui doit en fin de compte un jour dire « Non ».

Pendant treize ans j'ai dit « Non ». Au cours de la treizième année, j'ai

« Non » avec beaucoup plus de foree.

- Quelle est votre situation personnelle en ce moment ? Dans le passé vous avez parlé à plusieurs reprises de votre démission, dès que le but serait atteint.

- J'ai déjà presque atteint le but.

Mais comme je vois le danger qui menace

« Solidarité », je suis arrivé à la conclusion que je devrais continuer à y œuvrer encore pendant un certain temps. Le danger vient surtout des « faucons » qui • recherchent à tout moment la confrontation. Nous avons besoin de courage, mais combiné avec la raison. Le courage seul ne peut remplacer la raison. Vu la situa-

1. Le texte de cette intervention a été reproduit dans Rouge, hebdomadaire de la LCR, numéro 976, du 30 avril 1981. Inprecor avait publié dans son numéro 91, du 15 décembre

1980, « Un entretien à bâtons rompus avec

Karol Modzelewski ».

2.

Une

Commission de contre-experts, dirigée par la camarade Jadwiga Staniskis a été nommée : de plus a été adoptée une liste de principes de négociations qui prévoit notamment que celles-ci doivent se dérouler - dans leur phase finale - devant toute la direction du syndicat, qui seule est habilitée à prendre des décisions, ce qui relégue les experts au rôle de conseillers qui aurait toujours dû rester le leur. Lire dans Inprecor, numéro 99, du 13 avril

1981, un entretien

Jadwiga

Staniskis, avec

« Certains

"Solidarité "

experts de n'ont pas vraiment conscience des intéréts des ouvriers... ».

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Lech Walesa pendant un office religieux. (DR) tion et les dangers que je vois, je resterai encore au syndicat pendant un certain temps. Je ferai tout pour que la raison s'associe au courage. Alors je m'en irai, que cela plaise à certains ou pas.

- Vos photos se trouvent dans les devantures des magasins à Gdansk. Vous être désigné comme l'« homme de l'année ». On parle de vous comme « le dirigeant des ouvriers ». Peut-on renoncer i un tel succès, quand on l'a vécu une première fois ?

- Je peux m'imaginer que oui. J'avais déjà connu plusieurs changements dans ma vie quand j'ai pris cette décision. Cette fois encore, rien ne m'empêchera de la mettre en pratique. Ce que je fais actuellement ne me plaît absolument pas.

— Ne sera-ce pas difficile d'en revenir à ce qu'on appelle « la vie quotidienne normale », après tout ce que vous avez vé-

- Non. Ma foi et le but que je me suis fixé viennent à mon aide. Dès que mon but sera atteint, je ne me vois plus

— Ces derniers temps, des critiques se sont élevées dans vos propres rangs à l'égard de votre style personnel. Qu'est-ce que vous dites de ces critiques ?

- Elles viennent surtout des « faucons » de « Solidarité ». Dès qu'ils sortent les armes, ils veulent tirer. Je crois qu'on peut sortir les armes et les rentrer de nouveau par la suite. Je peux être un candidat au suicide mais pas un criminel.

L'essentiel, c'est de gagner. Quelquefois, il faut reculer d'un pas pour gagner la lutte. Dans ce cas, il faut rentrer dans le bunker et rassembler les forces. Voilà ce que je fais. D'autres croient qu'il faut toujours avancer en courant. Je reste au syndicat pour que cela n'arri-

- La critique ne porte cependant pas seulement sur des questions tactiques mais également sur des questions personnelles. Ne comporte-t-elle pas un élément de jalousie concernant votre rôle en tant que symbole du mouvement ?

- Il y a beaucoup de facteurs qui contribuent à la critique de ma personne. Y compris la jalousie. Tout m'est attribué, alors que je ne fais pas tout moi-même. Alors, sans doute, la jalousie humaine joue-t-elle un rôle. En même temps, j'ai un jugement de la situation qui diffère de celui de certains autres militants. Ces militants qui ont critiqué le dernier accord de Varsovie, avaient raison dans la mesure où ils ne considéraient que ce que nous avons accepté. Mais je vois l'affaire différemment. A l'occasion de la signature de ce petit accord, il est arrivé pour la première fois qu'un tiers des conseillers populaires de Bydgoszez se sont assis à la même table avec nous. Pour la première fois, le comité provincial du POUP de Gdansk a appuyé notre attitude et celle des militants de « Solidarité » de Bydgoszez. Cela fut aussi le cas de plusieurs autres comités de ville du parti et de très nombreux comités d'entreprises du parti. Si nous étendons l'accord à toutes les organisations et à toutes les personnes qui se sont réveillées et qui ont mûri, et qui se sont ralliées à nous, alors il s'agit d'une grande conquête. C'est pourquoi j'insiste encore une fois que les conquêtes sont importantes, bien que l'accord soit critiqué à juste titre, puisque, en tant que tel, il est modeste. Il n'y a jamais trop de critique. Je parle de la critique constructive. J'ai commis beaucoup d'erreurs et je ne suis pas le seul à en avoir commis. Pareille critique m'est fort utile. Je ne me sens pas insulté.

- Suivez-vous des exemples, personnalités qui vous on particulièrement impressionné ?

- Non, je n'en ai pas. Je suis Lech Walesa... (et comme ce moment-là Bogdan Lis entre dans la pièce, il poursuit en riant) ...et Bogdan Lis et d'autres ouvriers, dont j'imite ce qu'il y a de bon et dont j'exploite les côtés utiles. Voilà l'art. Je suis un type malin, pas vrai ?

- Vous occupez-vous de politique internationale?

- Pour le moment, je n'en ai pas le temps. Un jour, quand je serai vieux et sclérosé, je m'en occuperai.

- Au cours des derniers mois, vous n'avez pratiquement pas eu de vie privée. Votre famille manifeste-t-elle de la compréhension pour une telle situation ?

- Oui, elle veut faire la grève. - Quelle attitude avez-vous vis-à-vis de l'Amérique, le pays où vit votre père ?

- (Lech Walesa répond en riant, mais en russe) J'aime l'Amérique !

- Comment vous êtes-vous formé en matière de psychologie pratique de masses ?

- Par la vie. J'ai travaillé pendant 21 ans « en bas ». La vie et la misère m'ont formé.

- Quel est le secret de votre succès personnel ?

- La chance... Propos recueilli par le quotidien Die Presse publié à Vienne (Autriche), 28 avril 1981.

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