Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

YOUGOSLAVIE

Après les émeutes du Kosovo

· Inprecor n° 104, 22 juin 1981 · p. 9-15 · 6 819 mots

Catherine Verla était le pseudonyme de Catherine Samary, économiste, spécialiste de l'autogestion yougoslave.

Ex-Yougoslavie Europe de l'Est

L régions yougoslaves composée majoritairement d'Albanais, ont eu déjà et auront d'importantes répercussions. Elles marqueront le prochain Congrès de la Ligue des communistes yougoslaves (LCY) en 1982. Pour l'instant, l'interprétation officielle qui semble se dégager est celle d'une véritable tentative « contre-révolutionnaire », coordonnée de l'intérieur (on parle d'une organisation « Front rouge », pro-albanaise) et de l'extérieur

(les émigrés et l'Albanie)... Des étudiants, des lycéens et des enseignants passibles de « nationalisme albanais » ont d'ores et déjà été expulsés de leur travail. Les rapports noués avec l'Albanie depuis 1968 — Tirana avait proclamé à cette occasion qu'elle serait aux côtés de la Yougosiavie dans le cas d'une agression étrangère, après l'intervention soviétique en Tchécoslovaquie - sont plus que compromis par l'escalade d'une polémique très violente. L'Albanie soutient désormais ouvertement les émeutiers, ainsi que leur revendication d'un statut de république pour le Kosovo, tout en soulignant qu'il serait

Catherine VERLA

Les purges ont commencé. Elles auront certainement encore maints prolongements : car les questions et les demandes d'autocritique qui fusent de partout, aux plus hauts

LCY et de l'Etat, sont une véritable remise en cause de la politique dévelop-

- Fin mars et début avril

1981 : manifestations étudiantes à dégénèrent en véritables émeutes, puis s'étendent aux lycéens, paysans et ouvriers, dans plusieurs villes de la région. Des travailleurs des mines, des centrales électriques, du bâtiment, participent massivement aux manifestations et apportent leur protection aux jeunes. On parle de 10 000 à 15 000 manifestants.

- Bilan : officiellement, morts et plus de 200 blessés (entre autres par armes à feu) ; officieusement - et très probablement - plus de 100 morts, plusieurs centaines de blessés, près de 500 arrestations.

- L'état de siège a été proclamé, le couvre-feu instauré et les rassemblements de plus de 5 personnes interdits ; un cordon de blindés a encerclé la ville de Pristina,

Une question nationale explosive

E calme ne règne toujours pas au Kosovo : les émeutes de mars et d'avril 1981 qui ont secoué cette « province autonome » limitrophe de l'Albanie, la plus pauvre des pée au Kosovo

Tito. Mais, ce qui est contesté n'est pas pour l'instant la politique qui a accru les écarts entre le Kosovo et les républiques les plus développées sur le plan socio-économique, ce qui est critiqué, c'est le

« laxisme » envers l'Albanie, sommet de la gences » des services de sécurité et des instances locales du parti, les « trop

LES EMEUTES DE KOSOVO l'ensemble de la

Kosovo a été interdite aux journalistes. Les troubles persistent et de nombreux habitants du Kosovo ont quitté la région en toute hâte.

festants étaient principalement :

tions de vie et de travail pour les étudiants et les ouvriers ! » goslave pour la province du KosovO! »

Libération des emprisonnés ! » ont été autorités yougoslaves :

de Enver Hodja! » vive le marxisme-léninisme ! » graves problèmes que la politique titiste n'a pas su résoudre.

autorités du pays présentent les manifestants comme massives qu'ait connue la Yougoslavie depuis la Révolution.

et envers Albanie sous ment distinet, province du non albanais

- Les mots d'ordre des mani-

- # Amélioration des condi-

- « Statut de république you-

- « Arrêt de la répression !

avec l'extérieur.

Sont également apparus et montés en épingle par les

- « Nous sommes les soldats

- " A bas le révisionnisme, lavie depuis le

YOUGOSLAVIE y compris légitime que le territoire du Kosovo soit rattaché à l'Albanie... Survenant dans le contexte d'une très grave crise économique (avec un taux d'inflation avoisinant les 40 %) qui affecte inévitablement en premier lieu cette région extrêmement pauvre, les événements du Kosovo condensent les plus

Alors que l'essentiel des questions posées renvoie l'extrême pauvreté de la population albanaise de cette région et aux discriminations raciales qu'elle subit en Yougoslavie, les

« ennemis » de la Yougoslavie, visant à son démembrement.

Elles veulent faire jouer les vieux réflexes racistes et d'autoprotection contre les agresseurs « étrangers », pour éviter de souligner les problèmes sociaux qui pourraient susciter une classe. Elle impose done le black-out de l'information (ce contre quoi les principaux journaux de Belgrade viennent de protester ouvertement) et cache particulièrement l'importance des manifestations ouvrières - sans doute les plus grands droits » accordés aux Albanais et à la province du Kosovo. Le dirigeant local,

Mahmut Bakalli, qui a dû « démissionner », avait pris ses fonctions à la tête du

Comité provincial en 1971, à l'époque des les dirigeants de « nationalisme », à la suite des conflits avec les Croates.

rapprocher ces manifestations nationalissurvenues il y a 10 ans, leur dynamique sociale et politique, de celle des Albanais du Kosovo ?

Il est frappant que le contenu social des deux mouvements soit largemais que les dynamiques politiques se rejoignent en partie.

A l'opposé des émeutes du Kosovo, le mouvement nationaliste-croate du début des années 1970 était le fait des élitaires de Croatie - qui est elle-même la République la plus développée de Yougoslavie, après la Slovénie.

Appuyées par des dirigeants mêmes de la de Croatie, manifestations étudiants les plus tournés vers les professions de gestion et de commerce, et les couches privilégiées de Croatie aspirant à conserver pour elles-mêmes l'indes revenus en tourisme et autres affaires

La gauche marxiste s'exprimant dans la revue Praxis (1) s'est frontale-

1. Praxis, revue philosophique qui organisa pendant plusieurs années des rencontres internationales à Korcula. Interdite en Yougos-

1970, ses milieu des années principaux animateurs ont depuis perdu leurs postes à l'Université de Belgrade.

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ment opposée à ce mouvement qui ne semble pas avoir eu non plus de soutien significatif parmi les travailleurs. Si l'absen- l'ont directement réalisée. ce de contrôle démocratique sur la centralisation et l'affectation des ressources de la Fédération motivait dans un sens antibureaucratique au moins une partie des manifestants, l'aspiration: pouvoir politique et économique pour la Croatie en tant que telle, combinée à la volonté d'enrichissement sans limites des couches favorisées par l'ouverture de la Yougoslavie sur le marché mondial, marquaient profondément ce mouvement.

La logique sociale en était le démantèlement définitif de tout vestige de planification, l'extension sans bornes des lois du marché, l'extension des droits à la propriété privée, le refus de toute Politiquement, l'apparition de revendications séparatistes donnant à la Croatie des pouvoirs de politique internationale d'un Etat indépendant, a été l'aboutissement ultime de ces manifestations. Cela fut décisif dans le déclenchement de la répression qui toucha alors - en 1971-1972 — les principaux dirigeants de toutes les républiques et provinces suscep tibles d'avoir acquis un peu trop d'auto-

Les récentes émeutes du Kosovo ont, à l'inverse, pris les dirigeants locaux de la LCY par surprise (bien qu'ils soient suspectés de complaisance), elles ont impliqué une population jeune, paysanne et ouvrière - en particulier les travailleurs du bâtiment - qui est celle dont les revenus sont les plus bas de toute la Yougoslavie, la plus touchée par le chômage et l'inflation ; le Kosovo a été la région la plus défavorisée par l'extension de la logique de marché, par le ment de la planification centralisée. Le manque de travailleurs qualifiés (renforcé par l'exode croissant de la population non albanaise la plus qualifiée hors de la province), les difficultés d'exploitation des ressources naturelles dans un relief montagneux, découragent les investissements en quête de « rentabilité » immédiate, et ce, en dépit de salaires les plus bas de Yougoslavie, et de priorités officielles cent fois répétées. Le Kosovo a besoin de la solidarité des républiques les plus riches et de la logique d'une planification visant à réduire les écarts de développement économique, pour sortir de son « sous-développement ».

Mais on touche là à un problèmeobjectif d'une économie planifiée sur l'échelle la plus vaste possible, permettant une redistribution des ressources globales dans le but de réduire les inégalités, et les aspirations de chaque nationalité, de chaque république, de chaque à un contrôle et une gestion autonome de besoin de solidarité internationaliste reste soumis aux canaux déformants de la bureaucratique du tendance à s'estomper au profit d'un repli localiste, régional ou national, mais aussi d'espoir d'un contrôle plus démocratique de la production et de son affectation, par ceux qui

Qu'un tel repli nationaliste soit le fait des républiques développées n'est pas pour étonner : c'est à leur dépens que doit s'effectuer la redistribution fédérale des ressources, ce qu'elles appellent leur « colonisation » par les régions pauvres, de façon particulièrement éclairante sur les effets d'une solidarité imposée bureaucratiquement.

Ce qui est frappant dans les événements du Kosovo, c'est que, bien qu'émanant de couches sociales et d'une région économiquement défavorisée, ils aboutissent à la même logique décentralisatrice, séparatiste, ou en tous les cas de renforcement des pouvoirs étatiques de la région concernée, sous la forme de l'obtention du statut de république : c'est là le produit à la fois d'un lourd héritage historique séculaire, et d'une politique de la direction titiste qui a de fait aiguisé les tensions nationales et les replis régionaux. Cela traduit en tout état de cause la très faible intégration du Kosovo dans la

Oil convient de retracer les grands traits du passé qui expliquent cet état de fait.

Si l'on s'en tient au dernier demi-siècle avant la Révolution yougoslave, les

TABLEAU I REVENUS PAR HABITANTS 2635 dollars US SALAIRES INDUSTRIELS (par mois en 1980)

moyenne

280 dollars US, soit 55 % POPULATION AGRICOLE ETUDIANTS (pour 1 000 habitants) ANALPHABETISME (% de plus de 10 ans, en 1971)

Yougoslavie :

différentes fractions du territoire yougoslave ont appartenu à neuf Etats différents (Autriche, Hongrie, Italie, Roumanie, Turquie, Albanie, Serbie et Monténégro, sans compter l'éphémère Etat-Quisling des oustachis croates). L'unité territoriale de cette région sous la forme d'un seul Etat yougoslave ne remonte qu'au début de ce siècle, dans le cadre d'une monarchie marquée par la domination de la bourgeoisie serbe sur les autres nationalités (largement paysannes) et étroitement dépendante des capitaux étrangers.

Les frontières actuelles n'ont rien d'évident : la Fédération yougoslave ne devait-elle pas devenir une Fédération balkanique, incluant, entre autres, Bulgarie voire l'Albanie ? Les liens des républiques et provinces yougoslaves avec les Etats voisins sont multiples : minorités slovènes en Italie et Autriche ; minorités macédoniennes de Bulgarie et de Grèce ; Albanais Kosovo ; Hongrois de Voivodine... actuelles républiques yougoslaves ont, par contre, peu de passé en commun.

Lorsqu'au Moyen Age des Etats slaves étaient apparus, aucun n'était parvenu à regrouper la majeure partie du territoire actuel de la Yougoslavie. Les anciens royaumes serbe et monténégrin n'en avaient guère regroupé plus de 40 % : autrement dit, les différentes composantes de l'actuel Etat attendront le XXe siècle pour être regroupées. Pire, les lignes de démarcation qui les ont opposées pendant des siècles ont systématiquement différencié les régions pauvres des autres, laissant peu de traditions communes : la Slovénie et la Croatie, au Nord-Ouest, sont les deux républiques les plus développées, suivies par la province de Voïvodine au sein de la Serbie. Ce sont précisément ces régionslà qui ont été soumises à l'influence et à la domination de Rome (catholique) puis de l'Empire austro-hongrois, et dont l'industrialisation (pour la Slovénie) a suivi le rythme du développement capitaliste de l'Autriche et de la Hongrie, avec un retard pour la Croatie. A l'oppose, les régions situées plus au Sud-Est regroupent les républiques les plus arriérées (une partie de la Serbie, incluant la province du Kosovo, le Monténégro, la Macédoine, la Bosnie-Herzégovine) : ce sont des régions au relief très montagneux, facilitant l'autonomisation différentes populations et leur domination - sauf au Monténégro aux longues traditions d'indépendance - par puissant Empire ottoman, après qu'elles aient subi l'influence de la Grèce puis

Byzance (orthodoxe). Largement islamisées sous la domination turque, plusieurs de ces régions ne connaîtront un début d'industrialisation qu'après la Révolution yougoslave, bien que les ressources naturelles y soient abondantes (mais d'accès difficile). L'invasion ottomane venue d'Asie ouvrira done au XIVe siècle une ère de conflits entre deux civilisations, et fera table rase des débuts d'intégration nationale réalisés depuis le IXe siècle (Etats féodaux indépendants

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de Macédoine - allant de la Bulgarie à la côte Dalmate - et de Croatie ; Empire serbe qui couvrira au XIVe siècle la Macédoine, l'Albanie, l'Epire et la Thessalie ;

Etat bosniaque).

Les conflits religieux retarderont encore les processus d'intégration :

l'Eglise orthodoxe, en s'émancipant de la tutelle grecque, se fera l'ardent partisan de la cause serbe ;

- l'Eglise catholique conservera des rapports étroits avec Rome,

AUTRICHE

IT.

• SLOVÉNIE

Trieste

Sa Ljubljana

Rijeka

Pula

Karlovac

Bihac o

Una

Zadar >

Jajce

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Split

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- Dubrovnik

- Cetinje °.

_MER-

ADRIATIQUE

La province autonome

Kosovo est, avec la province autotonome de Voïvodine, intégrée à la

République de Serbie, c'est-à-dire soumise à ses lois et plans de développement.

La Voivodine est majoritairement composée de Serbes, et de

12 autres nationalités dont la plus nombreuse est hongroise (20 %).

limitrophe

Le

Kosovo, l'Albanie, est majoritairement com-

Budapest, et sera suspecte aux yeux des nationalistes orthodoxes ;

Albanais se représente à leurs yeux une sauvegarde contre les pressions orthodoxes et les cruelles « croisades » des Magyars (Honberceau du premier Etat serbe au Moyen

Age. Il y subsiste de nombreux vestiges de la vie culturelle et religieuse d'alors et le

Vienne et

Patriarcat serbe

CROATIE Nom des républiques

(Provinces)

• Zagreb

(Provinces)

(Provinces)

Zagreb

Drave

HONGRIE

NO

•Subotica

Osijek

Vrbas

Banja Luka

Bosna

* Novi Sad

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{Zenica

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Sarajevo

Beograd :

3

7 m

Titovo-Ufice

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NEGRO Novi Pazar

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Titograd QPec

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Skadar

Kosovo!

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" Skopje

NI

MACÉDOINE'

Ohrid

• Bitola

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Dojran posé d'Albanais (plus de 70 %).

du

Les autres

Yougoslavie sont la Slovénie,

Croatie, la Macédoine, le Monténé gro, la Bosnie-Herzégovine. Leurs langues sont distinctes (plus deux alphabets, et trois religions principales : catholique, musulmane). En

Slovénie qui est composée à 95 % de de Slovênes, sont hétérogènes.

- la masse des Bosniaques et des

Le Kosovo fut quant à lui le symbolisa théâtre avait son siège à Pec.

Capitale des républiques

Frontière des républiques

→ 100 km de la tutelle

ROUMANIE

Danube la Révolution.

Nis

BULGARIE nationale seulement que, républiques de a revêtu la

(visant à orthodoxe et dehors de la les autres républiques

Une opérée nations »

C'est l'invasion ottomane qui refoula plus au Nord, vers Belgrade, le centre de l'Etat serbe qui survécut quelque temps, alors que la population albanaise descendait des montagnes vers la plaine du Kosovo pour des raisons économiques. Sentimentalement, lattachement Serbes au Kosovo remonte donc à ce qui leur première affirmation nationale indépendante. Il faut y ajouter que la plaine du Kosovo fut aussi le d'une défaite historique de l'armée serbe face à l'invasion turque en 1389. On dit que, pour les Serbes, perdre le Kosovo, c'est comme perdre la face...

Face à ces facteurs de domination, le XIXe et le XXe siècles ont vu la montée d'une profonde aspiration à l'unification des peuples slaves du Sud, stimulée par le processus de desintegration et de reflux de l'Empire ottoman : des mouvements de solidarité se développèrent dans l'intelligentsia croate envers les soulèvements armés des populations paysannes voisines contre les Turcs.

La faillite de la bourgeoisie serbe, organiquement faible et timorée devant la montée des luttes ouvrières du XXe siècle, incapable de résoudre les questions paysannes et nationales et de s'émanciper des grandes puissances, favorisera l'unification des populations de toute la région dans la lutte de libération nationale et sociale lors de la Seconde Guerre mondiale.

La réorientation du Parti communiste yougoslave (PCY) sur la question nationale lui permettra de jouer un rôle-clé dans ce processus. Il importe donc d'évaluer quelle fut son évolution ses différentes lignes en la matière après

LE PCY ET LA « QUESTION NATIONALE » « En rayant la question nationale de l'ordre du jour, le prolétariat obtient une situation nette faisant ressortir claireles contradictions de classe et permettant d'entreprendre une lutte de classe pure. » (Programme de fondation du PCY, 1919-1920).

La vie, en mettant la question « à l'ordre du jour », contraint à des rectifications décisives, sans lesquelles le PCY n'aurait pu diriger et vaincre dans la lutte de libération nationale. Sans retracer tout l'historique des positions qu'il a prises, soulignons si la reconnaissance du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes d'abord un caractère tactique affaiblir la bourgeoisie serbe), elle s'est par la suite intégrée au programme des communistes yougoslaves, modelant les formes d'organisation données à la lutte de libération comme aux différentes composantes nationales du parti. On verra ce qu'il en adviendra dans la Constitution yougoslave...

distinction fut longtemps entre les grands «peuples(historiques ?) susceptibles

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leur Etat, et les « minorités auxquelles étaient reconnues l'« égalité en droits et en libertés » sans qu'il question pour elles de droit à l'autodétermination. Tel était le cas pour la minorité albanaise du Kosovo.

Mais en même temps, en 1941, Tito délégua des dirigeants yougoslaves créer la Parti communiste albanais (PCA) et organiser la résistance

Yougoslavie : 1939, les Albanais s'étaient opposés à l'infasciste italienne. Leur collaboratation avec les communistes yougoslaves fut très étroite mais non sans conflits. Les Yougoslaves dans les combats menés sur leur territoire puis retournaient en Albanie où ils recevaient de l'aide en retour. Mais une aide non sans « paternalisme » sans tendance tion ». Si Miladin Popovic, que Tito chargea de créer le PC albanais, fut très populaire (natif communistes non albanais à parler couramment l'albanais), on ne peut en dire autant des autres émissaires yougoslaves (2).

Les rapports avec le Kremlin, puis la rupture avec Staline ne pouvaient que diviser le PC albanais. Le soutien de Moscou fut accordé à Enver Hodja contre Kochi Dzodze qui était plus proche des Yougoslaves. La répression, de part et d'autre, après la rupture, fut d'autant plus féroce que les combats communs avaient été nombreux et les liens étroits (3)...

- De 1950 - début de l'autogestion —, jusqu'à l'introduction de la Réforme économique décentralisatrice de 1965, plusieurs traits marquent le système yougoslave sur le plan des questions

- Sous l'angle constitutionnel : la Fédération yougoslave est marquée par une hiérarchie entre les pouvoirs des organes fédéraux auxquels sont soumis ceux des diverses républiques. Le point-clé en est également la suppression de la Chambre des nationalités au niveau fédéral : c'est-à-dire que les organes de la Fédé. donnent aucun droit direct à chaque république, et en particulier aucun droit de véto pour les questions qui les concer-

A partir de 1963, les « minorités sont érigées en lités ». Concentrées pour 60 % d'entre elles dans les deux provinces autonomes de Serbie (la Voïvodine et le Kosovo), on leur reconnaît des droits culturels, mais non pas des droits politiques particuliers, hormis ceux qu'elles peuvent acquérir de particulier, au niveau communal, où certaines minorités nationales peuvent locaobtenir parfois une majorité de sièges). Mais les provinces autonomes sont totalement soumises à la République serbe dans laquelle elles s'intègrent.

- Sur le plan économique : cette

Yougoslavie

Bosnie-Herzégovine

Croatie

Macédoine

Monténégro

Slovénie

Serbie

Province autonome de Voïvodine

Province autonome de Kosovo-Metohija

La partie du pays plus développée,

La partie du pays moins développée,

Bosnie-Herzégovine, Macédoine,

Monténégro et Kosovo-Metohija à la « vassalisainsuffisamment

Ekonomist, numéro 1-4/1966, p. 400.

Dans les républiques et régions plus développées

Dans les républiques et régions moins développées

Source : Ibid.

période est globalement marquée par le maintien d'un Fonds central d'investissement géré par les organes fédéraux à côté régions sous-développées.

tralisation est croissante sur le plan de la détermination des revenus selon le marché et selon l'autogestion atomisée, entreprise par entreprise. Le Fonds d'aide doit être alimenté volontairement.

Quel est le résultat ?

l'écart qui la séparait des républiques plus balement, et surtout pour le l'écart s'est accru (voir Tableau II et Tabeffet fortement influencée par le point de vue des républiques les plus riches qui refusent, a partir de 1957 surtout. de financer les régions les moins dévelop pées, en considérant que la rentabilité de investissements compris pour le pays dans son ensemble, à l'apport d'un développement accéléré de leur propre économie régionale. Incontestablement, le conflit entre ce point de vue

TABLEAU II

YOUGOSLAVIE : REVENU PAR TETE, DE 1947 A 1964

(en pourcentages)

1947

100,0

79.7

108,0

68,2

71,2

162,5

96,6

Serbie (sans ses deux provinces autonomes)

96,6

116,9

50,4

Serbie comprise mais sans Kosovo-Metohija

112,2

71,9

Source : Risto Vukcevic, « Développement condition développées,

TABLEAU III

YOUGOSLAVIE : INVESTISSEMENTS BRUTS DANS LES FONDS FIXES

PAR TETE

(en pourcentages)

1947-1955 1957-1960

100.0

100,0

102,4

71,5

Réforme de

Des républiques et régions les moins développées, seule la Macédoine a quelque peu comblé, entre 1947 et 1964, développées (Croatie et Slovénie) : glo-

L'orientation pratique qui prédo-

- sauf entre 1961 et 1962 - est en est inférieure,

1956

1960

1964

100,0

100,0

100,0

75.6

66,2

76,0

119,5

119,2

118,0

69.3

73,0

58,2

59,8

55,5

63,5

185.4

191,1

191,4

86,6

90,4

94,1

87,8

95.2

99,3

104,9

108,2

111,7

45,1

35,6

34,8

119,6

113,4

117,1

69,5

64,4

61,7 plus accéléré des régions économiquement stabilité de l'économie yougoslave ».

1961-1964 1947-1964

100,0

100.0

79,8

87.6 et celui des partisans d'un développement des régions retardataires traduit déjà, et se sanctionnera lors de la

1965, par la victoire des courants « libéraux », partisans des lois du marché : jusqu'en 1965, le Fonds fédéral d'aide aux régions sous-développées n'a pu démarrer... faute de ressources.

- Quant au Kosovo, il subira en outre jusqu'en 1966 (chute de Rankovitch) une politique d'écrasement culturel et policier de la population albanaise considérée avec mépris et méfiance. Sa situation socio-économique, son passé et sa langue distincts des Slaves en font aisément les « bougnoules » des Yougoslaves.

— A partir de la Réforme de 1965, central d'investissement est démantelé. Ne subsiste qu'un d'aide aux régions les moins développées qui doit compenser les effets de la décenbération nationale du peuple albanais, Tirana,

1966. pour une « version albanaise » de la lutte menée au coude à coude durant toute la durée de la Seconde Guerre mondiale.

3. Vladimir Dedjider, Tito parle..., NRF.

Gallimard, Paris, p. 315-316.

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tralisation extrême. Pour qu'il fonctionne enfin, on lui attribue de ressources prélevées automatiquement (égales à 1,85 % du produit social yougoslave); mais elles sont affectées sous forme de crédits (remboursables) et non pas d'aide sans contre-

Ce sont les gouvernements républiques concernées, et le Comité

UN « DEVELOPPEMENT LOURD DE TENSIONS EXPLOSIVES L'« albanisation » du Kosovo au niveau de ses institutions date donc de cette écoles, d'avoir une presse, des radios, des émissions de télévision, une université en récemment et connurent un développement prodigieux (cf. Tableau I). Cela se fit non sans résistances et réactions apeurées de la population serbe locale : d'autant que le recensement fait en 1971 démontrait que, grâce à une croissance démographique parmi les plus élevées du monde (44 o/oo par an), les Albanais du Kosovo étaient devenus la majorité de la population de la province.

La politique préconisée par Tito après 1968 était celle d'un rapprochement avec l'Albanie. Le Kosovo devait être le médiateur d'un tel approchement économique et culturel qui a signifié une très grande latitude d'accords directs entre cette province et Tirana. (enseigants venus d'Albanie, programmes de télévision et radio émis par Tirana,

La reconnaissance des droits nationaux dans un contexte où ils avaient été longuement contenus, et où le Kosovo restait le parent très pauvre de la Fédéra-

June montée des revendications « nationalistes » pour accélérer la réalisation de leurs droits : des émeutes étudiantes en 1968 furent reconnues comme « nobles » par l'Albanie, qui les a en même temps minimisées, dans le contexte du rapprochement avec le gouvernement yougoslave.

Le rôle des jeunes dans les manifestations de 1968 et de 1981 s'explique par l'extrême croissance démographique de cette population confrontée considérables culturels : la totalité de la population universitaire de Pristina est équivalente qu'était la population de cette de la dernière LA REVENDICATION DE « REPUBLIQUE DU KOSOVO » ABOUTISSEMENT LOGIQUE DE LA NOUVELLE CONSTITUTION DE 1974. Il est sans doute vrai que, dans une logique séparatiste, la revendication pour

Kosovo de statut de république est une étape considérée par les yougoslaves « danger pour l'unité territoriale de la Yougoslavie ». direction yougoslave à cette revendication sont des moins convaincants, et toute la logique de la politique préconisée par Tito depuis 1968, et surtout après le provincial du Kosovo, qui doivent gérer

En outre, les droits culturels des minorités nationales sont renforcés après le plénum de Brioni (1966) qui voit chute de Rankovitch. Quel en fut le résultat pour le Kosovo ? INEGAL ET COMBINE » guerre. Aujourd'hui, un habitant sur trois au Kosovo va à l'école ou à l'uni

(la plus forte moyenne de Yougoslavie), et l'université de Pristina est la troisième, en dimension, de tout le pays. Mais elle fut construite pour accueillir le tiers des effectifs actuels : les étudiants dorment à deux dans chaque lit.

En outre, au sortir de l'université, les chances d'emploi sont bien moindre qu'en moyenne en Yougoslavie où le

Best déjà fort: la langue, mais aussi une formation moins bonne qu'ailleurs, rendent difficile l'embauche dans les autres régions. Or, quelle fut la politique de développement économique de la

La gestion, par les autorités locales, de la part du Fonds d'investissements qui leur revenait, a été aberrante et bureaucratique : sous-développée, le Kosovo est en même temps la région dont l'industrie est à 80% automatisée, c'est-à-dire certes la plus moderne, mais la moins créatrice d'emploi. En outre, une part disproportionnée du Fonds a été allouée dépenses d'administration et de prestige (dernier en date : un coûteux Palais de la radio et de la télévision ; les autorités yougoslaves commencent à dire qu'il aurait mieux valu dépenser moins sur la forme mais être plus efficace sur le fond : la propagande anti-albanaise...).

Le taux de croissance de la bureaucratie locale depuis 1968 a été plus fort que celui de l'économie. Résultat : dans la population active, une personne sur quatre travaille dans l'administration et l'« infrastructure » au Kosovo, personne sur sept en Slovénie, la république la plus industrialisée.

Enfin, face au niveau de vie déplode la population, les privilèges de cette bureaucratie pléthorique sont particulièrement mal acceptés: d'où l'impact d'un développement plus égalitaire tournant de 1971, est allée dans le sens de la satisfaction des revendications statutaires actuelles des Albanais de cette province : ce n'est donc pas par hasard officiellement portent de plus en sur la politique préconisée par Tito lui-

Il faut souligner tout d'abord la différence profonde de situation province du Kosovo par rapport à celle de Voïvodine. Le dernier recensement fait juste après les émeutes et qui vient d'être publié en donne une bonne illustration. La majorité population du Kosovo est albanaise, et l'est de plus en recensement fait il y a dix ans, pour des raisons de démographique, mais de fuite des populations non albanaises (sauf les musulmans), hors du Kosovo à la suite des émeutes de 1968 : il y avait 74 % d'Albanais au Kosovo en 1971, 1l y en a aujourd'hui 77,4 %, contre respecti vement 18,3 % et 13,2 % de Serbes à ces deux dates. Apparemment, personne ne s'est déclaré « Yougoslave » au cours de

Il en va tout autrement en Voïvodine : d'une part la majorité de la population (54,5 %) y est serbe. Et la plus forte minorité, celle des Hongrois, a baissé depuis 1971 de 21,7% à 18,9 %. Fait hautement significatif, alors que 46 928 personnes s'y déclaraient « Yougoslaves » en 1971, aujourd'hui 164 880 personnes se sont enregistrées sous ce label (sur une locale de près millions d'habitants) : une croissance qui est significative de la relativement bonne position de la Voïvodine dans la Fédération yougoslave sur le plan économique, que du point de vue des droits culturels reconnus à ses très nombreuses minorités (13 au total, qui, en dehors des Serbes et des Hongrois ont chacune moins de 3% de la population

Cette différence entre la Voivodine et le Kosovo montre le non-sens des arguments officiels assimilant les Albanais aux autres « minorités », alors qu'elles n'ont pas du tout la même position socioéconomique et culturelle. La province du Kosovo est effectivement une entité ; sa population dans la Fédération yougoslave, racisme. Par contre, l'unité politique du Kosovo s'est affirmée dans les dernières années, à la faveur des droits que la nouvelle Constitution de 1974 lui

Les grandes modifications constitutionnelles ont notablement transformé l'essence de la Fédération yougoslave en renforçant les pouvoirs étatiques explicitement reconnus à chaque république et, pour la première fois, aux provinces autonomes : celles-ci sont quasiment sur pied d'égalité comme base constituant directement la Fédération et ses organes (représentation paritaire de chaque république et de chaque province ; ces dernières disposant seulement d'un nombre inférieur de sièges, sauf pour la présidence collégiale où chaque république et province est représentée de façon strictement égalitaire) : cela n'est pas formel, car le mode de décision en vigueur est désorconsensus plutôt que le vote véto des républiques et provinces sur les questions les concernant. En pratique, grâce à ces nouveaux droits, le Kosovo a pu établir des relations économiques et culturelles directes avec l'Albanie

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Tito en compagnie de Brejneu. (DR)

dernières années : c'est précisément sur ce point-clé que les dirigeants yougoslaves semblent aujourd'hui eritiquer la politique titiste.

Dans le même sens décentralisateur, la nouvelle Constitution a considérablement limité l'aspect hiérarchique

Fédération : en cas de conflit entre les lois votees par les republiques ou provinces, ce sont désormais ces dernieres qui sont appliquées en attendant que le

Conseil constitutionnel tranche le conflit.

Sur le plan de l'armée, les exigences de la « défense populaire » contre risques d'intervention « étrangère » ont conduit les dirigeants titistes a organiser, à côté des unités centralisées, une défense de type territoriale : chaque république et chaque province y a sa place avec son commandement propre.

Autrement dit, la province nome du Kosovo a déjà acquis beaucoup de droits qui la rapprochent des républiques. En outre, on voit effectivement mal

« INPRECOR » A PUBLIE SUR LA diants socialistes ! », première série, numéro 2, du 20 juin 1974.

Catherine Verla, « La reprise en mains », numéro 3, du 4 juillet 1974.

20, du 27 février 1975.

Inprecor, « La revue Praxis supprimée ! », numéro 21, du 13 mars 1975

17 mars 1978.

1978.

numéro 62-63, du ler novembre 1979.

Catherine Verla, « Un équilibre très instable », numéro 75, du 17 avril 1980.

1980.

Catherine Verla, « Les grèves en Yougoslavie », numéro 75, du 17 avril 1980.

17 avril 1980.

Inprecor, « L'avenir de l'Etat ouvrier yougoslave », numéro 77, du 15 mai 1980ce qui la distinguerait de celles-ci : plus homogène dans sa composition éthnique que la plupart d'entre elles, elle est devenue une entité parce que largement rejetée au rang de parent pauvre par les autres ; elle dispose d'un ciment culturel et historique au moins aussi puissant que les régions qui sont des républiques. Et l'on comprend, au vu de l'expérience, que la population de la province ait l'espoir d'une meilleure prise en compte de ses besoins si elle devient plus indépendante de la Serbie, qui jusqu'alors n'a pas su la sortir de son sous-développement

Est-ce que cette modification de statut donnerait davantage au Kosovo un droit légal de sécession ? La Constitution yougoslave ne fait que constater que les actuelles républiques se sont librement réunies, sur la base de la reconnaissance du droit des peuples à disposer d'eux-mémes, allant jusqu'à la sécession.

est-ce plus qu'un constat du passé? La formulation est suffisamment ambiguë

YOUGOSLAVIE ET L'ALBANIE ...

Catherine Verla, « Halte à la répression contre les professeurs marxistes et les étu-

Mihail Markovic, « Les contradictions des Etats à Constitution socialiste », numéro

Catherine Verla, « Le point d'une situation confuse », numéro 39, du 5 décembre

Catherine Verla, « Des choix fondamentaux », numéro 61-62, du 11 novembre 1976.

Guy Desorle, « Crise du maoïsme : le défi albanais », numéro 24, deuxième série, du

Catherine Verla. « Le nouveau système d'autogestion », numéro 25, du 30 mars

Ernest Mandel, « Le Mouvement des non-alignés et la Conférence de La Havane ».

Inprecor, « Quelques points de repère historiques », numéro 75, du 17 avril 1980.

Inprecor, « Les grandes étapes du systéme yougoslave », numéro 75, du 17 avril

Neca Jovanov, « Quelques caractéristiques importantes des grèves », numéro 75, du pour qu'on ne puise y lire un droit actuel, même pour les républiques. Il est précisément indiqué par ailleurs (ce qui confirme l'interprétation selon laquelle le droit de sécession n'est en fait pas reconnu à chaque république ou nationalité), que toute modification territoriale de la Fédération doit recevoir l'agrément de l'ensemble de ses composantes... Et, en pratique, lorsque des revendications séparatistes ont pu apparaitre dans le passé (dans la République croate), elles ont été réprimées sans qu'une quelconque procédure de consultation de la population croate ait été envisagée. Autrement dit, même sous l'angle du « risque » de sécession, la modification du statut du Kosovo ne changerait pas grand chose : ce « risque » est plutôt porté par les raisons socio-culturelles qui ont poussé à l'émeute que par un quelconque statut. Ce qui est certain, par contre, et c'est ce qui fait peur aux dirigeants yougoslaves, c'est que la revendication de « République » exprime une poussée « nationaliste » réelle, dans le sens d'une volonté d'affirmation et de défense de leurs droits par les Albanais: les autorités fédérales ont peur, en cédant sur une telle revendication, de jouer à l'apprenti-sorcier.

Il est possible - bien que la propagande officielle l'exagère sans doute -que l'Albanie, tristement stalinienne, puisse avoir un certain impact sur la jeunesse du Kosovo aujourd'hui et sur ses travailleurs. Cela témoigne de l'échec profond de la politique titiste. Pourtant, en sens inverse, l'autogestion, les degrés de liberté infiniment plus grands en Yougoslavie que chez son voisin, sont une force d'attraction dont les effets se sont, semble-t-il, manifestés en Albanie dans le milieu des années 1970 par des purges importantes au sein du PCA. Il est même très possible que l'escalade polémique actuelle, et l'utilisation par le régime de Tirana des troubles du Kosovo, serve

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idées anarcho-syndicalistes de l'autogestion ouvrière, n'est rien d'autre qu'une manière raffinée de préserver et de consolider la propriété privée capitaliste des prolétariat et de la propriété sociale socialiste sur laquelle il s'appuie, les a leurs initiatives par des directives claires ?.. Ce qui ressort, c'est l'individualismunistes sont obligés d'accepter le pluralisme politique bourgeois pour parvenir, soi-disant à travers des réformes, à faire obtenir de nombreux droits à la classe marxiste à l'égard du rôle dirigeant du parti communiste... L'expérience historique a prouvé que le rôle dirigeant et sans partage du parti révolutionnaire de que dans les autres pays capitalistes. L'empoisonnement des masses par l'idéointernes de dérivatif aux problèmes de l'Albanie. Celle-ci souligne les inégalités sociales produites par le « réviyougoslave », le chômage et sionisme l'émigration massive de travailleurs ainsi questions la non-résolution des que nationales. Les dirigeants yougoslaves rétorquent que les prisons et les camps d'Albanie regorgent de prisonniers politiques et qu'il y en a même plus... qu'en

Yougoslavie. Ils soulignent la collectivisation forcée, la répression religieuse, l'impossiblité de circuler librement...

Entre ces maux, lesquels « choisir » ? Il revient à la population albanaise de se déterminer elle-même.

Les émeutes du Kosovo montrent, en tous les cas, qu'il ne suffit pas de reconnaître des droits culturels, voire une très grande autonomie politique, aux diverses nationalités dans le cadre des provinces yougoslaves pour « résoudre » les questions nationales. Tant que des inégalités économisubsistent entre les différentes populations, alors elles revêtent très rapidement les formes des conflits nationaux, d'autant plus que le passé pèse encore lourdement dans les

Depuis le tournant décentralisateur de 1965 sur le plan économique et de

1971-1974 sur le plan des institutions fédérales, la direction titiste a — en fait — satisfait la plupart des revendications des républiques les plus développées, y compris celles concernant les devises que le mouvement croate avait exprimées. Sur le plan idéologique officiel, la « nation » un « phénoa été reconnue comme mène social » qui n'est « pas seulement une réalité historique temporaire », mais

L'AUTOGESTION YOUGOSLAVE VUE DE TIRANA...

de l'autogestion yougoslave sont les suivants :

moyens de production.

conduits à une gestion décentralisée de l'économie et sans Plan unique d'Etat.

me bourgeois qui exalte les droits absolus de l'individu dans la société.

ouvrière et par cette voie, passer même à la société socialiste.

la classe ouvrière est indispensable.

logie religieuse y est considéré comme une simple question privée.

brochure publiée à Tirana en 1978, disponible en langue française.

une « grande conquête et un progrès social du socialisme », de Kardelj. On a poussé les populations à affirmer leur nationalité spécifique, leur langue et leur culture, contre toute tendance à l'assimilation « yougoslave ».

Et, bien que cela soit nié officiellement, la Fédération est davantage devenue de fait une Confédération d'Etats de plus en plus autonomes, y compris sur le plan économique : chaque république développe davantage d'échanges commerciaux avec l'étranger qu'avec les républiques voisines, chacune veut « sa » raffineaérienne, « son » réseau ferroviaire... La consommation nationale ne suffirait même pas à rentabiliser toutes ces installations en emploi, et l'on relève des différences techniques si grandes entre les systèmes énergétiques, qu'un

Serbie par exemple, pourrait facilement exporté vers la Bulgarie que vers la Croatie...

La gauche marxiste qui s'exprimait dans la revue Praxis estime généralement cette valorisation des aspirations nationales a été un dérivatif pour éviter résoudre les questions celles, décisives, de la démocratie ouvrière au niveau de toute la Fédération.

les questions nationales vrais problèmes que l'on ne peut juger de la tour d'ivoire d'une « lutte de pure ». La solution n'en est pas évidente :

ni les frontières des Etats composant la celles du pays tout

Yougoslavie, entier, ni la forme politique d'alliance ces unités, ne « coulent de sour-

S'il est certain que l'alliance des

Les griefs énoncés par les Albanais (et avec quelle fougue !) à l'encontre

- La voie de la décentralisation des moyens de production, selon les

- La négation par les révisionnistes yougoslaves de l'Etat de dictature du

- La théorie titiste rejoint la théorie des eurocommunistes. Les eurocom-

- Les révisionnistes yougoslaves observent également une attitude anti-

- En Yougoslavie, on a traité la religion absolument de la même façon

Source : Enver Hojda, L'autogestion yougoslave, théorie et pratique capitaliste, peuples slaves du Sud a eu et conserve une portée progressiste incontestable face aux manœuvres des puissances » ; s'il est également certain que leur union économique, que l'intégration économique région dans une seule et même planification pourrait seule résoudre les problèmes d'arriération de certaines républiques et provinces, cela serait également vrai d'une « Fédération » ou « Confédération » qui intégrerait l'Albanie et qui se transformerait demain en une Fédération d'Etats socialistes des Balkans... réunissant enfin des nationalités que d'absurdes frontières historiques ont séparé dans des Etats différents.

Mais l'expérience prouve que ce qui serait « objectivement nécessaire » sur le plan économique (une planification intégrée sur la plus vaste région possible) est voué à d'insolubles contradictions est imposé par la force d'une adminisd'Etat qui se dresse des intéressés. Sans parler des gaspillages notoires d'une gestion bureaucratique, dont l'hypertrophie du développement de l'administration du Kosovo n'est que l'ultime preuve. A l'opposé, le libre jeu du marché impose logique sociale qui ne fait qu'exacerber les tensions en aiguisant les inégalités. Le régime yougoslave a combiné ces deux écueils. Il en récolte les fruits. La troisième voie, préconisée après 1971-1974, en accordant à l'autogestion des droits élargis dans la détermination des décisions d'investissements, devait permettre l'intégration de l'autogestion au niveau fédéral. Elle se heurte à un obstacle infranchissable : l'absence de système de parti unique et à la répression de toutes les oppositions, internes externes à ce parti. La reconnaissance du « fait national » pourrait être un acquis du régime yougoslave, si, en même temps, tous les moyens avaient été donnés pour que les différentes nationalités yougoslaves définissent en commun, au travers du plus large débat et contrôle démocratique des ressources communes, la politique de développement la meilleure. Quand les sacrifices » demandés aux nationalités les plus riches servent à alimenter les bureaucrates locaux ou les banques alors on conçoit que l'égoisme régional se développe. Quand, en sens inverse, la population du Kosovo ne voit des fonds fédéraux que ce qui sert à une politique de prestige des potentats locaux, alors elle ne croit plus en la solidarité de la Fédération. Si la seule leçon qu'en tirent les dirigeants yougoslaves est... qu'il aurait fallu réprimer davantage la propagande et les enseignants venus de Tirana, alors on peut craindre que le Kosovo ne se transforme demain en poudrière. En attendant, il a sans doute le triste privilège de servir à la fois de dérivatif par rapport aux impasses tant du régime yougoslave que de celui de l'Albanie.

Catherine VERLA Paris, mai-juin 1981.

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