Quand l'inspirateur du «Club Bierut » de Katowice s'adressait
E texte qui suit a été publié par Wolny Zwiazkowiec (le wice, tiré à 40 000 exemplaires) dans ses numéros 13 et 14 des 5 et 12 mars 1981. Il s'agit de la transcription d'un enregistrement clandestin, effectué en septembre ou octobre Andrzej ZABINSKI
Parmi les revendications de l'ennemi, on trouve celle de « syndicats autogérés ». C'est le slogan de l'ennemi, mais la classe ouvrière l'a massivement soutenu et continue à le soutenir. Elle le fait car elle ne nous fait plus confiance. Elle pense qu'ainsi, si on fait de nouveau des conneries, alors ces syndicats vont nous taper dessus. Ils vont nous rappeler les buts sociaux de notre politique, que nous avions avions toujours la bouche pleine de ces tâ-
Get on faisait le contraire. (...) Nous considérons que l'un comme l'autre (« Solidarité » et les anciens syndicats - NDT) sont des syndicats ouvriers. Alors, ce qui est le plus important, c'est que les membres du parti soient dans les deux. Il faut empêcher à tout prix qu'on ait d'un côté des syndicats du parti, c'est-à-dire tout petits, et de l'autre des syndicats sans-parti, c'est-à-dire anti-parti. (...)
Que comptons-nous faire ? En premier lieu, il faut dénoncer la conception territoriale du syndicat, prônée par M. Walesa ou ceux qui lui soufflent les idées. On voit bien là (...) qu'ils ne comprennent rien à la classe ouvrière quand ils proposent cela. Ils le font parce qu'ils manquent de cadres et qu'ils veulent s'installer dans toute la Pologne. Nous devons dénoncer cela, en leur posant des milliers de questions : comment cela va se passer maintenant pour les privilèges des mineurs, comment c'est possible que les mineurs soient ensemble avec les coiffeurs, où ailleurs vous avez vu de tels syndi-
C'est leur point faible, il faut y aller. Et c'est ce qu'on fait. Il faut que ces commissions ouvrières réalisent un immense travail d'explication, on pourra ainsi retourner la situation. On ne nous dira plus : « Vous voulez votre revanche ! ». On ne nous posera plus de questions à nous. Il faut qu'ils sachent ce que c'est d'avoir un peu de pouvoir, ça les refroidira. (...)
Nous devons lutter contre eux au niveau, disons... de la légalité. C'est pourquoi on ne peut rien leur céder sans lutte. L'adversaire doit se fatiguer, s'effilocher.
(...) Ça fait trois jours que toutes les entreprises de Silésie ont repris le travail.
aux commandants de la milice Dans toute la Pologne, il ne reste plus que dix entreprises, petites, en grève. La grève la plus dure, c'est celle de PZU (Assurances) de Przemysl. Ils ne veulent pas se rendre, ils exigent la venue d'une délégation gouvernementale... mais c'est bien, ça nous servira pour compromettre les gréves. Il n'y a pas lieu de se presser pour régler ça. Mais, vous savez, il semble qu'on ait liquidé trop tôt tout ces vice-Premiers ministres, ils étaient si nombreux ! Maintenant, ils pourraient nous servir pour les envoyer négocier.
Bien sûr, on emploie la même tactique avec Huta Katowice (la plus grande entreprise en Pologne, une aciérie regroupant 36 000 travailleurs - NDT). II faut y introduire en plus l'élément d'insécurité, que ce complexe sidérurgique ne va pas être développé. Il faut que les travailleurs de la construction pensent que les entreprises vont fermer, qu'ils doivent se tenir à carreau, car on videra...
Une autre affaire, la suppression de la quatrième équipe dans les mines (que les mineurs ont obtenu en même temps que la réduction du temps de travail début septembre - NDT). Moi, j'y étais opposé... mais enfin, ça nous ouvre d'autres possibilités. Il faut que ce soient les commissions ouvrières qui décident • ui va être licencié. Qu'elles fassent un uravail ingrat. Ils ne voulaient plus de quatrième brigade... nous, on n'a plus besoin d'autant d'ouvriers. Et on doit s'opposer, malgré le fait qu'il manque des travailleurs ailleurs, à l'embauche. Mais ce sont les commissions ouvrières qui licencient. Il faut leur mettre sur le dos des milliers d'affaires, je les plains, car ce sont des gars bien parfois, mais ils voulaient se mêler de politique - ha! ha! —, il faut qu'ils goûtent au pouvoir. Il faut leur donner partout des locaux, les plus luxueux possibles.
Je le dis toujours, je le répèterai ici : je ne connais pas d'homme qui ne se laisse corrompre par le pouvoir, la seule question, c'est le temps et le degré - ha ! ha ! —, on commence déjà à le voir. L'accès facile à l'argent, taxi pour Gdansk, téléphones, contacts avec le secrétaire départemental du POUP, le vice-Premier ministre untel, ils voyagent et commencent à jeter l'argent par les fenêtres, et après... C'est donc la bonne direction.
1980, d'une intervention d'Andrzej Zabinski, membre du Bureau politique du Parti ouvrier unifié polonais (POUP), devant les commandants de la milice et de la police politique de la région de Katowice. Ce texte a été largement reproduit dans les bulletins syndicaux publiés en dehors de la censure.
Comment cela va-t-il se terminer ? Si tout va bien, par la réunification de tous les syndicats, mais ça peut prendre des années. Le premier objectif, c'est qu'ils ne virent pas nos gars, le second, que nous on arrive à virer ceux du KOR, et après, on cassera tout cela petit à petit.
(...) L'autre affaire, très, très importante, c'est l'attaque contre le comité départemental du POUP. C'est prémédité et ils ont bien sûr visé juste. Les cadres, ceux du parti, de l'administration, ils ont pris peur. Ils ont touché le point faible : bande de voleurs... L'affaire Szczepanski (1) est vraie (...) mais ils tentent de la gonfler pour que la merde nous retombe dessus à tous. (...) Il ne s'agit pas là de liquider un homme, il s'agit de la majorité. Et, bien sûr, c'est une attaque contre tous les ca-
Ils savent qu'on a prospéré un peu, qu'il y avait beaucoup de cette volonté de s'enrichir, de ces affaires réglées de manière non-formelle dans ce pays. C'est vrai, et maintenant ils nous attaquent. Chacun sait... c'étaient de petites choses, mais on a tous les mains sales, c'est vrai, on ne peut pas le cacher... Mais je dis, l'attitude du parti doit être claire : on défend les cadres, c'est la ligne principielle. (...)
Toutes nos activités doivent aller dans ce sens. et les rumeurs, les rumeurs ne nous dérangent pas. D'ailleurs, à mon avis, je crois qu'il faut inspirer les rumeurs les plus absurdes. Car c'est une chance pour tout balayer ensuite. J'ai rigolé quand quelqu'un m'a téléphoné de Opole, disant que j'avais 20 ha de terres dans une exploitation étatisée et que ça me rapportait 600 000 zlotys de revenus. Une autre fois, j'ai appris que ma femme a fui en RFA... Que de telles rumeurs circulent, c'est bien...
Andrzej ZABINSKI Katowice, septembre-octobre 1980. 1. Maciej Szczepanski, ancien directeur de la Radio-télévision polonaise, s'était prévu une retraite confortable. Sur son cas particulier, lire Inprecor, numéro 85, du 25 septembre 1980. Cyril Smuga, « Comment vivent les bureaucrates ».