Lech Walesa répond aux travailleurs de FSO-Zeran de Varsovie
MMEDIATEMENT après la fin de la dernière et tumultueuse réunion du plénum du Comité central du Parti ouvrier unifié polonais (POUP), des 10-11 juin, Lech Walesa a saisi l'occasion d'un meeting avec les travailleurs de l'usine de construction automobile FSO-Zeran de Varsovie pour lancer
- Un ouvrier : Quelle opinion as-tu des radicaux existant dans le mouvement?
- Lech WALESA : On en a besoin pour avoir un œil sur ce qui se passe, pour faire avancer les choses, et pour mettre un peu d'animation, mais je ne peux pas parler pour tout un chacun. Je suis quant à moi partisan d'une attitude raisonnable dans les activités du syndicat « Solidarité ». Certains de nos militants sont des lutteurs nés, peut-être faut-il chercher là la raison pour laquelle le travail syndical de base a été quelque peu négligé. Je pense que cette situation va se voir transformée par nos élections syndicales qui vont avoir lieu au mois d'août.
- Est-ce que tu ne penses pas que « Solidarité » est en train de se transformer en parti politique ?
- Jusqu'à présent, nous avons été plutôt un mouvement social qu'un véritable syndicat, mais c'est la société qui nous a obligé à résoudre toutes sortes de problèmes, et comme ces tâches nous avaient été assignées par la société, nous ne pouvions pas nous y soustraire. Graduellement, cependant, ce sont d'autres organisations qui devraient prendre en charge toutes ces tâches. Nous ne voulons pas nous transformer en parti et nous ne devrions en aucun cas en arriver là. Donc, je le répète, vous devriez un peu moins vous occuper des questions politiques sur vos lieux de travail, et vous préoccuper davantage des problèmes quotidiens, parce que la situation est déjà assez sérieuse. Et laisser les autres s'occuper des questions politiques...
- Y a-t-il dans le syndicat des militants qui poussent à l'affrontement ?
- Jusqu'à présent, le sens des réalités a prévalu et je suis convaincu que cela va continuer à être le cas. Les gens veulent la paix et c'est une erreur que d'exiger tout tout de suite. « Solidarité rurale » s'est construit pas à pas, il nous faut être prutale polonaise. dent, savoir ce que nous pouvons négocier et ne pas chercher à aller trop vite en besogne.
- Que penses-tu de la proposition de renégociation des Accords de Gdansk d'août 1980 ?
- Il faut dire que nous avons signé quelque 200 accords et que souvent ils sont contradictoires entre eux. Nous n'arrivons pas nous-mêmes à nous y retrouver. J'ai toujours pensé qu'il fallait mettre l'accent sur les questions importantes et ne pas se perdre dans les détails subalternes. Je suis favorable à une approche fle. xible de la question de la renégociation de ces accords, sans pour autant capituler. Mais pour essayer de mettre un peu d'ordre dans tout cela et rendre ces accords plus réalistes. Si les autorités gouvernementales peuvent nous convainere qu'une question ne peut pas trouver sa solution immédiatement, elles n'ont qu'à nous le prouver, et nous devons - dans ces conditions - être prêts à ne pas trop brusquer les choses. Mais les mots ne suffisent pas pour cela.
- Rulewski (1) a déclaré l'autre jour à la télévision que la grève qui devait avoir lieu jeudi dernier a été annulée, mais qu'elle aurait lieu demain, la semaine prochaine ou à une autre date encore, mais qu'elle aurait lieu. Qu'en penses-tu ?
- Nous ne devons pas parler en l'air et faire des déclarations de ce genre. Il ferait mieux de se préoccuper un peu plus des questions qui se posent à Bydgoszcz plutôt que d'organiser des grèves. Les grèves, après tout, nous portent préjudice à nous aussi. Je le répète, il n'y a pas plus radical que moi dans le syndicat, mais ce dont nous avons besoin avant tout, en ce moment, c'est de la paix.
- Est-ce que tu penses que les accords passés ont été respectés ?
- Pas très bien, mais il faut avoir à l'esprit que le nouveau gouvernement a à peine eu le temps de se mettre au travail.
un appel au calme. Une transcription des réponses apportées par Lech Walesa aux questions des travailleurs vient d'être reproduite dans le quotidien Zycie Warsawy publié dans la capiLaissons-lui un peu de temps. Nous lui disons : vous gouvernez quelque temps, et on vous laisse la paix pendant un certain temps, et on verra ensuite comment les choses vont se passer. Au Japon, les syndicats laissent un certain temps pour les négociations avec le gouvernement. Ils ont des discussions à des dates fixes chaque année et, le reste du temps, il y a la paix sociale. Ne pensez-vous pas qu'il s'agit-là d'une bonne façon de mener sa barque ? Moi, je le pense.
- Est-ce que tu vas quitter le poste de président de la Commission nationale de coordination (KKP) de « Solidarité » ?
- Je suis un travailleur. Même si j'ai occupé dans la dernière période deux postes honorifiques. De plus, je suis crevé et j'aimerais bien retrouver un travail normal et, si vous choisissez des gens responsables pour mener les affaires du syndicat, alors j'irai me reposer. Mais si les jusqu'auboutistes arrivent à leurs fins, alors je resterai et je lutterai afin que n'arrive pas ce qui s'est passé à tant de reprises dans l'histoire de la Pologne, à savoir de tout foutre en l'air ce que nous étions parvenus à faire et ce que nous aurions pu mener à bien jusqu'au bout.
- Est-ce que tu penses que le gouvernement organise sciemment une pénurie artificielle ?
- Je n'en sais rien. Ce qui est sûr, c'est que quelque chose est en train de se passer, je vais done garder un œil sur ce qui se passe pour faire en sorte qu'il soit mis un terme aux tentatives de ce genre. Je dois dire que je reçois quotidiennement des indications tendant à montrer que cette gabegie se poursuit.
Propos recueillis par « ZYCIE WARSAWY» 12 juin 1981. 1. Jan Rulewski est le dirigeant de « Solidarité » de Bydgoszcz qui a été passé à tabac par la milice en mars dernier.