Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

USA

Procès du SWP : la déconfiture gouvernementale

· Inprecor n° 104, 22 juin 1981 · p. 16-17 · 1 602 mots

États-Unis IVe Internationale

ETATS-UNIS

New York City.- En 1973, il était impossible de penser arriver à un tel résultat, mais les poursuites qui ont été engagées cette année-là par les trotskystes du SWP et de la YSA jettent une lumière crue sur certains des aspects les plus importants de la vie politique américaine (1).

Le procès, qui en est à sa huitième semaine d'audience publique, droit qu'ont les socialistes du SWP et les autres opposants à la politique américaine de s'organiser librement sans être soumis aux manœuvres de harcelement et de provocation du gouvernement. Le SWP et la YSA demandent 40 millions de dollars de dommages et intérêts pour les actions illégales qui ont été menées contre eux par le FBI et les autres agences de renseignements, et ils demandent que le tribunal rende un arrêt interdisant à l'avenir la continuation de ce genre d'actions.

Comme l'opposition à sa politique se développe, Washington décrète toute une série de mesures pour bâillonner ses détracteurs. Ainsi la Maison Blanche est-elle en train de préparer un nouveau décret de l'exécutif sur les activités de renseignement (2) qui tendrait à autoriser, plutôt qu'à limiter, la collecte de renseignements et l'utilisation de certaines méthodes telles que les perquisitions, la mise sous surveillance électronique et l'infiltration. Une des premières cibles de cette action pourrait être le mouvement de solidarité avec le Salvador.

Les socialistes du SWP expliquent devant la cour que l'ensemble des pouvoirs discrétionnaires de la présidence Etats-Unis, tels qu'ils se concrétisent dans ce genre de projets, sont anti-démocratiques et contraires à la Constitution.

Une nouvelle sous-commission Sénat sur la sécurité le terrorisme (SST) a commencé ses auditions. « Terrorisme » est le nouveau mot-code de l'administration Reagan pour justifier toutes les actions répressives qu'elle entreprend ou qu'elle soutient.

Et où se situe la ligne entre ce qui relève et ce qui ne relève pas du terrorisme ? Le sénateur John East a expliqué au cours d'une autidition de la SST : « Beaucoup de ces activités de soutien qui sont nécessaires au terrorisme pour qu'il soit victorieux sont de fait légales et non violentes. Il semble donc que, pour traquer efficacement le terrorisme et pour que les agences chargées de l'ordre public ou du renseignement puissent prévoir le déclenchement d'actions terroristes, il faut exercer

Procès du SWP :

une certaine surveillance sur les mouvements de soutien légaux et non violents. » C'est ce genre d'argumentation qui est repris au procès du SWP

L'avocat de la défense (c'est l'administration américaine qui est poursuivie...) Ed Williams a interrogé le secrétaire national du SWP, Jack Barnes : « N'est-il pas vrai, M. Barnes, que vous avez été à la tête d'un centre opérationnel international de la IVe Internationale à Paris de 1972 au début 1973 ? » Ecartant les dénégations de Jack Barnes sur l'existence d'un tel organisme, Ed Williams est revenu plusieurs fois à la charge : « Il existe de nombreux documents qui nous ont été fournis par les plaignants, et qui proviennent de leurs propres dossiers. Ces documents se réferent au Centre opérationnel de la IVe Internationale... Ce sont ces termes-là qui sont employés...»

La conclusion évidente qui devrait être tirée de ces propos, c'est que la IVe Internationale et le SWP seraient impliqués dans une sorte d'opération militaire terroriste secrète et que leurs activités politiques ne constitueraient qu'une façade. Mais, en poursuivant sur ce terrain, Ed Williams est allé visiblement trop loin par rapport aux éléments qu'il avait entre les mains : pressé de spécifier « où ces termes précis étaient utilisés », il put tout au plus faire référence aux « dépenses courantes » (« operating expenses ») du centre de la IVe Internationale. La déconfiture gouvernementale a été totale la semaine dernière lorsque le juge Thomas Griesa annonça devant le tribunal : « Je pense que vous pouvez reconnaître qu'il n'y a pas de documents dans le dossier public qui parlent

"centre opérationnel" et que la déclaration de M. Williams était incorrecte. Il n'a pas avancé quoi que ce soit, il avait

L'amnistie accordée par le président Ronald Reagan aux deux agents du FBI qui avaient été condamnés pour des effractions illégales a fait place à une défense plus générale de ce genre d'activités. Dans une lettre qui a été rendue publique le 14 mai dernier, le représentant de la Maison Blanche a expliqué à l'Union américaine pour les droits civiques (American Civil Liberties Union) qu'il ne serait « ni nécessaire, ni prudent » d'interdire ce que

«opérations (« black bag jobs ») et de citer « le devoir sacré du président de préserver et protéger la sécurité nationale des Etats-Unis ».

Pendant 40 ans, les locaux du SWP ont été systématiquement cambriolés par le FBI ; rien que le local national de New

York a été cambriolé plus de 90 fois en des premiers objectifs de l'action judiciaire qui a été intentée est de déclarer ce genre d'action illégale.

mesure, appelée l'Intelligence Identities Protection Act (Loi de protection de l'identité des agents de renseignements) est en train de passer devant le Congrès. Le but de cette législation spéci-

Best de protéger les informateurs comme ces centaines d'agents qui ont espionné le SWP et la YSA au cours des 40 années d'enquête menée par le FBI.

Selon le Covert Action Information Bulletin (Bulletin d'information sur les activités clandestines), cela empêcherait une organisation de rendre publie et d'expulser un informateur du FBI qui serait découvert en son sein... On touche là le cœur des problèmes soulevés par l'action judiciaire du SWP et de la YSA. Malgré l'arrêt formel de l'enquête du FBI en 1976, un membre du Comité national du SWP a été démasqué comme informateur de la police en juin 1980, et il y a peu de doutes qu'il n'y en ait d'autres encore en

Toutes ces mesures aboutissent à une seule conclusion : l'administration Reagan se prépare ouvertement à fouler aux pieds les droits démocratiques pour écraser toute opposition à ses menées C'est ce qu'a mis en évidence la semaine dernière le témoignage du fonctionnaire

Département de la Justice Robert Keuch. Robert Keuch a passé en revue ce qu'il a appelé les « sept bases légales » qui autorisent l'enquête menée par le FBI contre le SWP et la YSA. La plupart d'entre elles tenaient très peu. Comme l'a dit le juge Thomas Griesa sur l'une d'elles : « Ce n'est pas une base que vous me donnez là. Si l'enquête n'a pas été justifiée être mis en difficulté...»

Le juge releva la tête quand Robert Keuch mentionna les mesures législatives comme le Voorhis Act voté en 1940 et qui interdit au SWP d'être formellement affilié à la IVe Internationale. L'agent du FBI Arthur Greene avait déclaré, en tant que témoin, juste une semaine auparavant, que le « principal objectif » des

1. Lire Inprecor, numéro 101, du 13 mai 1981, Janice Lynn, « Le procès du Socialist Workers Party (SWP), un défi aux manœuvres

Get numéro 103, du 8 juin 1981. Tom Martin, « Le capitalisme en accusaau procès du Socialist Workers 2. New York Times, 21 mai 1981.

Page 17

effractions commises par le FBI était de rechercher les preuves comme quoi le SWP avait violé le Voorhis Act.

Mais Robert Keuch, qui est fonctionnaire du ministère de la Justice depuis plus de 20 ans, est quelqu'un de beaucoup plus sophistiqué que Peter Green. Il sait - et il sait que le juge sait — que personne n'a jamais été poursuivi au nom du Voorhis Act, et il a dû reconnaître que cette législation était sans doute l'un des plus faibles arguments pour légitimer les enquêtes. Le juge voulut éclaircir de point :

- Vous dites que la raison fondamentale, la raison réelle des enquêtes qui ont été menées pendant toutes ces années n'était pas l'une de ces lois...

- Oui, je crois que c'est exact, répondit Robert Keuch.

- Alors, au nom de quoi a-t-on agi ? Robert Keuch fit alors référence à un arrêt de tribunal, rendu il y a quelques années, « sur le pouvoir et les responsabilités inhérentes à la fonction de président, selon lequel le président des Etats-Unis d'Amérique avait le devoir fondamental, selon l'article 2, ler paragraphe de la Constitution, de préserver, de protéger et de défendre la Constitution des EtatsUnis. Dans cette charge, il est implicite qu'il doit avoir le pouvoir de protéger notre gouvernement contre ceux qui voudraient le subvertir ou le renverser par des moyens illégaux ».

En ce qui concerne le SWP et la YSA, Robert Keuch a expliqué ensuite : « Je crois que c'est ce pouvoir inhérent à sa charge que le président a exercé en 1938 et après lui les autres présidents et les autres attorney généraux qui se sont succédés, quand ils ont autorisé ces enquêtes sur des organisations ou des individus qui étaient susceptibles d'utiliser des moyens illegaux ou anticonstitutionnels pour changer la forme du gouvernement. » Ce qui revenait à dire, en d'autres termes, que le gouvernement pouvait faire ce qu'il voulait, quand il le voulait et contre qui il voulait sans en rendre compte à per-

Le juge ouvrit des yeux ronds : « OK, déclara-t-il, vous venez de parler des autorités qui ont donné l'ordre d'enquêter sur le SWP et la YSA. Mais qu'en est-il du programme de harcèlement et de sabotage des activités du SWP et de la YSA ? »

- Tout ce que je peux dire, répondit Robert Keuch, c'est que le Département de la Justice n'était pas au courant de ces

Et Richard Nixon ne savait rien du Watergate, pas vrai ?

Tom MARTIN New York, 2 juin 1981. ETATS-UNIS

Une erreur sur cette page ?