Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ANTILLES

Les Antilles sont et demeurent des colonies françaises

· Inprecor n° 104, 22 juin 1981 · p. 24-27 · 4 461 mots

France

Résolution du Groupe Révolution Socialiste (GRS), section antillaise de la IVe Internationale

Par les élections du 11 mai 1981, capitalisme pourrissant. Dans cette ba-

ANTILLES l'occasion des élections présidentielles en France, le

A Groupe Révolution socialiste (GRS), section antillaise de

Lla IVe Internationale, avait cherché à concretiser la montée du sentiment national des masses antillaises par une campagne d'agitation et une consigne d'abstention ouvrière et anticolonialiste.

D'autres formations, comme le Parti communiste martiniquais (PCM) (1) — mais pas le Parti communiste guadeloupéen (PCG) - et les organisations nationalistes petite-bourgeoises (2), avaient également appelé à cette occasion, et chacune sur la base de ses propres considérants, à l'abstention.

La presse bourgeoise a monté en épingle le score électoral de Valéry Giscard d'Estaing (près de 80 % des votes exprimés), mais en se gardant bien de souligner deux éléments indisles masses populaires françaises ont ouvert avec brio un nouveau chapitre de l'histoire de leur pays. En congédiant

Valéry Giscard d'Estaing, et cela en dépit de la division orchestrée par les dirigeants du Parti communiste (PCF) et du Parti socialiste (PS), les travailleurs français ont montré que le rapport de forces entre les classes introduit par le grand révolutionnaire de mai 1968 restait intact.

Ni l'échec de mai 1968 ni celui des législatives de mars 1978 n'ont entamé la détermination des masses face à l'ancien gouvernement, champion toutes catégories du cynisme, du chômage, du chantage, de l'austérité et des scandales nauséa-

Bien entendu, la défaite politique du grand capital à ces présidentielles ne signifie pas son éviction des leviers de commandes économiques du pays, le changement de nature de l'appareil d'Etat qui reste bourgeois et, en ce qui concerne les « TOM-DOM » (4), colonial.

Même si le gouvernement postérieur aux législatives comprend des ministres communistes (staliniens), même s'il devra compter avec l'expérience enrichie des travailleurs et travailleuses français(es), on ne doit en aucun cas se faire d'illusion sur sa volonté d'instaurer en France une société socialiste, c'est-à-dire une société basée sur l'expropriation des exploiteurs direct du pouvoir par les masses travailleuses, organes propres. Néanmoins, dans la l'élément essentiel, c'est l'immense espoir qui surgit au sein des masses, c'est le renforcement confiance des travailleurs dans leur propre puissance, c'est la possibilité une échelle nouvelle, d'un essor réel de la lutte pour abattre le vieux monde des colonies françaises

Ones où le taille, nos camarades français de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), section française de la IVe Internationale, ne manqueront pas de jouer un rôle aussi clairvoyant que celui qu'ils ont joué en se au sein du mouvement des masses, autour du thème juste « Battre la division pour chasser Giscard ! », pour imposer un gouvernement du PC et du PS sans ministre bourgeois.

SUR LES TRACES

DE NOS ANCETRES Les Antilles sont et demeurent des colonies de la France. L'élection François Mitterrand ne change rien à cet état de fait. Toute tentative de le masquer doit être clairement dénoncée comme frauduleuse.

1. Le Parti communiste martiniquais (PCM) et le Parti communiste guadeloupéen (PCG) ont longtemps bénéficié d'une absence complète de forces organisées sur leur gauche. Ces partis résultent d'une greffe stalinienne (via le PCF) mouvement ouvrier d'origine syndicaliste, influencé par la version coloniale du socialisme jauressien. Leur transformation en partis de masse s'est faite à la Libération (1944-1945) ou ils contrôlaient de fait la majorité de l'électorat.

Au cours des années, ils se sont adaptés à l'économisme syndical ambiant et ils ont réussi par leur dynamisme à faire triompher le vieux rêve assimilationniste et vaguement égalitaire de la petite-bourgeoisie locale. Les contradictions de l'assimilationnisme ont conduit chez eux à une crise de conscience qui a abouti à un tournant en catastrophe vers l'autonomisme.

La montée de la révolution coloniale (Vietnam, Algérie, Cuba), puis la Révolution culturelle chinoise, combinée avec les explosions spontanées du mouvement de masse (émeutes de décembre 1959 en Martinique, grèves et luttes sanglantes de mai 1967 en Guade loupe...) allaient créer les bases du surgissement des forces de gauche au sein et au dehors de ces partis.

pensables à la compréhension de ce résultat : tout d'abord les procédés utilisés pour extorquer ce vote : chantages, pressions administratives et autres ; ensuite l'accroissement notable du taux d'abstention, qui a atteint une moyenne proche de 50 % des inscrits, et qui a été particulièrement fort dans les commutout particulièrement mouvement ouvrier, et l'extrême gauche, ont une influence notable.

La nouvelle situation créée par l'élection de François

Mitterrand à la présidence de la République et les tâches qui en découlent pour les marxistes révolutionnaires antillais, ont fait l'objet d'une Conférence nationale du GRS (3) et d'une session de son Comité central dont nous publions ci-après la résolution

Il serait vain, cependant, de ne pas constater que l'arrivée pouvoir suscite, chez nous, un espoir au sein de larges fractions des masses populaires, en même temps que se renforcent les illusions dans la volonté réelle de ce nouveau gouvernement de changer leur sort. Pour nombre de travailleurs avancés, l'installation d'un représentant gauche à l'Elysée constitue un débouché luttes menées depuis plusieurs

Certes, l'affaiblissement de la bourgeoisie française et l'entrée en scène du mouvement ouvrier français représentent une aide objective au mouvement ouvrier et anticolonialiste des colonies. Mais, en affirmant cela, nous n'entendons nullement dire qu'il suffirait d'organiser une quelconque contagion du mitterrandisme français aux Antilles pour faire un pas en

Des facteurs objectifs (diminution sociologique de la classe ouvrière agricole et sucrière)

ajoutés à leurs faillites politiques (hésitation devant le problème national, sectarisme « anti-

»..) expliquent la perte d'influence gauchiste contre laquelle ils se battent aujourd'hui.

2. Il s'agit essentieliement de P'UPLG

(Union populaire la libération de pour

Guadeloupe) à la Guadeloupe, et du MIM (Mouvement pour l'Indépendance de la Martinique —

« La parole au peuple ») à la Martinique.

3.

Révolution socialiste, hebdomadaire central du GRS, Boíte postale 1031, 97209

Fort-de-France

(tél. : 71-38-73),

Martinique:

et Daniel Maragnes, Bofte postale 28, Sainte-

Anne, Guadeloupe.

4. les DOM (départements d'outre-mer)

sont la Guyane en Amérique du Sud, la Réunion dans l'océan Indien, et la Martinique et la

Guadeloupe aux Antilles.

Les TOM (territoires d'outre-mer) sont

Pile de Mayotte (Comores), les fles Wallis et

Futuna, la Nouvelle-Calédonie et dépendances.

la Polynésie francaise et Saint-Pierre et Miquelon, sans oublier les Terres australes et antarctiques...

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avant. Non, nous disons simplement que les Antillais d'aujourd'hui ont le devoir de profiter des expériences de nos ancêtres pour avancer sans crainte dans la solution de nos problèmes. ture (5) et de Dessalines (6), qui ont conduit les masses esclaves haitiennes à s'engouffer dans la brèche de la liberté française de 1789 pour établir la liberté haitienne de 1804 ; à l'exemple de Delgrès et Ignace qui ont mis a profit la Révolution française de porter de rudes coups à l'ordre exclavagiste et colonial en Guadeloupe ; à l'exemple des masses esclaves de la Marti-

L'EMANCIPATION DES ANTILLES Ce n'est pas de François Mitterrand ni du mouvement ouvrier français dans son ensemble que nous attendons la libération. L'émancipation des Antilles sera l'œuvre des masses antillaises. Loin de nous l'idée paresseuse Mitterrand qu'il fasse pour nous ce que nous seuls pouvons faire : décoloniser nos pays. Il y a à cela plusieurs raisons: d'abord, une raison de dignité, qui, pour des fils d'esclaves, ne peut pas être un vain mot; ensuite, une raison d'effica cité dans la mesure où toute libération qui n'est pas conquise par les intéressés eux-mêmes ne serait qu'un simulacre, une apparence fragile et inconsistante ; et enfin, une raison de fait, à savoir qu'il pas dans le programme de Mitterrand de décoloniser les Antilles. Son projet global, c'est plutôt de décentraliser suffisament pour supprimer toute légitimité à notre volonté d'être totalement

DE GRANDES LUTTES NOUS ATTENDENT Mais la société coloniale repose sur contradictions telles, la crise du système colonial est si profonde, que même le programme de Mitterrand apparaît à la droite comme une insupportable source de désagréments.

Cette droite despotique et cynique catastrophe l'idée moyens d'information d'Etat soient autre chose qu'une caisse de résonassourdissante pour son discours exclusif et sans partage.

Elle analyse comme une manière de la possibilité proportionnelle (c'est-a-dire sur un mode de scrutin moins scandaleusement inique que l'actuel) de décider en matière de tarif douanier, d'utilisation des fonds de l'Etat, de plan économique indicatif — c'est-à-dire bourd'adaptation de l'enseignement aux réalités des Antilles, etc.

Elle regarde comme un cataclysme la simple perspective d'une disparition de ses pères protecteurs (les préfets), même si on lui promet de maintenir une représentation gouvernementale de l'Etat français chez nous.

su apprécier les changements introduits par la Révolution de février 1848 en France pour conquérir de haute lutte leur propre émancipa tion en mai 1848 ; à l'exemple de tous ces glorieux précédents historiques, il appartient aux travailleurs antillais d'aujourd'hui d'inventer — pour résoudre le problème d'aujourd'hui : le problème colonial - une façon intelligente et révolutionnaire de tirer parti de la montée des masses françaises sur le devant de la scène. L'enjeu est de taille, car il ne s'agit plus cette fois de gagner une liberté partielle mais d'installer sous nos cieux la liberté définitive. SERA L'OEUVRE DES MASSES ANTILLAISES! malédiction la possibilité que les travailleurs ne se lèvent effectivement en masse pour le véto ouvrier sur les licenciements, de 35 heures, pour un minimum) en rapport avec leurs besoins.

Voilà pourquoi de grandes luttes sont devant nous. La droite colonialiste les a déjà entamées en prétendant prendre appui sur le suffrage de la peur et de la honte pour empêcher la moindre modification à l'ordre colonial des choses.

LES ATOUTS

DU PROLETARIAT Dans la lutte qui s'annonce, le prolétariat n'est pas dépourvu d'atouts. La peur panique de la bourgeoisie antillaise et son affolement peuvent constituer arme dans les mains des travailleurs, si ceux-ci comprennent vite que la est le propre de ceux que l'histoire a déjà condamnés, de ceux qui s'accrochent à un système colonial balayé dans le monde entier. Si nos exploiteurs et leurs larbins diffusent le pessimisme et l'effroi, contaminer, mais au contraire de nous réjouir bruyamment et de porter plus loin l'avantage. d'une arme importante : c'est l'expérience qu'ils ont déjà faite de 35 ans de

Francois-Dominique Toussaint, de Joux, près de Pontarlier, 1803), esclave noir, il fut l'un des chefs de la révolte des Noirs en 1791, et se rallia à la France révolutionnaire de Haiti et devient président de la Républi-

Bonaparte envoya contre lui les troupes du général Leclere jusqu'à sa défaite en 1802. Emprisonné en France, il mourut des suites du climat rigoureux de la région frontalière avec la Suisse. Il devait son surnom de Louverture aux brèches qu'il ouvrait bravement dans les

6. Jean-Jacques Dessalines (1748-1806). ancien esclave devenu lieutenant de Toussaint-

Use battit victorieusement contre chassa de l'le (PPM), dirigé — de très loin faillite départementale ; l'expérience que ni les problèmes de notre identité, ni ceux de notre économie, ni ceux du chômage, ni de la misère, de l'irresponsabilité politique, de la méfiance dans l'avenir, ne peuvent être résolus dans un système de nature coloniale.

Cette expérience, il s'agit aujourd'hui d'en développer largement la conscience, de la préserver, de l'expliquer en profondeur, pour interdire la route à toute nouvelle mystification. Cela est possible en partant des organisations autonomes que les masses se sont déjà donné (syndicats, associations, etc.) et qu'il s'agit d'étendre et de renforcer en les démocratisant, en les unifiant sur la base de la vigilance de classe.

Enfin, nous ne pouvons voir que comme un atout la transformation cours en France, les modifications inévitables dans l'appareil d'Etat (même si sa nature n'a pas changé), la suppression des mains des colonialistes les plus acharnés d'une série de moyens de chantage honteux, de pressions infâmes sur les de cynisme d'arrogance appuyée jusqu'à maintenant pouvoir d'un Etat français monolithique et absolutiste.

Mais les atouts des masses peuvent se transformer en leur contraire si elles ne se décident pas à s'en servir, c'est-àdire à prendre l'initiative avec rapidité et

Dans le champ de la lutte des classes (et la lutte de libération nationale n'est - quant au fond - qu'une lutte de classes), toute ouverture non utilisee, toute occasion d'offensive non exploitée, devient une incitation pour l'ennemi de classe à ce qu'il s'acharne sur les masses avec une rage décuplée, à la mesure de sa propre frousse. Voilà pourquoi l'attitude des dirigeants réformistes antillais et celle de certains courants d'extrême gauche est fortement critiquable et dangereuse.

L'IMPASSE REFORMISTE

ET LA MISERE SECTAIRE Les uns, comme le PPM (7), au nom aussi sommaire que celle qu'il défendait aux législatives de 1973 (ils parlaient alors de démission, sans poète Aimé Césaire, n'a pas d'équivalent en

Produit d'une scission du PCM (sous la pression à la fois du problème national et de l'intervention soviétique en Hongrie en 1956), il fut au départ prisonnier d'une pléiade de politiciens bourgeois qui ne tardèrent pas à faire, par leur désertion, la preuve des difficultés d'un anticolonialisme bourgeois aux Antilles. Parti d'influence plébéienne, mais d'idéologie nationaliste petite-bourgeoise, le PPM est parvenu à combiner, pour se hisser au niveau de du PCM, le prestige de Césaire, le contrôle de la mairie de Fort-de-France, le phénomène populiste et les lacunes du mouvement

Son comité directeur n'a résolu voter pour François Mitterrand dès le premier tour des dernières élections présidentielles qu'a une seule voix de majorité contre les partisans de l'abstention. Il n'a remporté qu'un tiers des suffrages dans la circonscription électorale de

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luttes de masse, du Parlement français), s'empressent aujourd'hui de réviser nettement en baisse leurs positions anticolonialistes. Perdant confiance dans les masses de leur pays, ils prétendent se raccrocher coûte que coûte aux éventuels cadeaux du gouvernement Mitterrand. Les autres, en s'empressant d'annoncer leurs candidatures aux législatives, s'inscrivent davantage dans le cadre d'une lutte de tendances contre PPM) que dans le cadre d'une volonté de répondre aux besoins

D'autres, comme le PCG, poursuivent leur orientation opportuniste, cherchent avec un entêtement digne de meilleures causes une alliance sans principe avec des socialistes départementalistes, dans le but illusoire de recueillir quelques miettes de l'« état de grâce » du nouveau président français

Dans l'extrême gauche, les réactions ne brillent pas par un souci beaucoup plus grand de mettre au-dessus de toute chose l'intérêt des masses, l'intérêt du mouvement de masse. Combat ouurier (8), dont

Laura remarqué le silence volontaire et opportuniste lors des présidentielles, manifeste comme premier souci la petite secte. Ainsi, après ge » des deux héros (9) des geôles coloniales (pour lesquels ils ont refusé jusqu'à la fin d'organiser une défense de masse, unitaire, active), les voici annonçant leurs candidatures sans la moindre préoccupation d'examiner les besoins de la lutte unitaire des masses, sans le moindre désir de concrétiser ces par des candidatures uniques des indépendantistes du mouvement

Quant aux courants nationalistes petits-bourgeois radicaux (MIM, UPLG), ils font en ce moment une double et douloureuse découverte :

- D'abord que l'intolérance sectaire et le refus du débat démocratique ne sont pas seulement néfastes dans le mouvemais aussi dans leurs propres rangs ;

- Ensuite que la prétention de fixer les clivages politiques fondamentaux sur des critères formels (la participation ou non aux élections françaises) et non sur des critères savoir l'attitude face aux intérêts concrets des abstraite. Leurs divisions internes actuel-

NOTRE DEMARCHE L'orientation du GRS est radicaleElle consiste, d'hui comme dans toute situation politique, à partir, non pas de petits calculs politiciens de petite ou de grande boutides contradictions réelles des situations politiques, de la dynamique objective de la lutte des classes, des tâches concrètes qui en découlent pour le d'émancipation. ambition n'est rien d'autre que d'être les interprètes les plus lucides de ces tâches, les appuis les plus sûrs des masses pour qu'elles aillent de l'avant, pour faire dans chaque période politique ce qu'il y a et ce qu'il est possible de faire, dans la perspective de la libération nationale

C'est au nom de notre fidélité à ces principes que nous appelons ceux regardent avec sympathie vers nous à nous rejoindre pour faire un grand pas en avant dans la construction révolutionnaire implanté, dont la situaplus en plus à la fois l'absence et la néces-

NOUS SERONS PRESENTS AUX LEGISLATIVES ! Notre présence aux élections législatives n'a pas d'autre sens que d'offrir aux avancés un moyen prononcer sur les tâches du moment, un moyen de se rassembler, de prendre date dans les luttes qui viennent, de combattre de la façon la plus radicale les prétentions de la droite colonialiste et de refuser de sombrer dans le suivisme de ceux qui font confiance au nouveau pouvoir.

Aux travailleurs qui font confiance au PC, au PPM, à l'UPLG, nous disons : en appuyant notre campagne, en la soutevous utiliserez le seul qu'il y a, dans ces élections, de faire un pas dans la réalisation de toutes les luttes qui s'imposent; le seul moyen d'exiger que ces luttes s'engagent sans exclusive à l'égard d'aucune des forces qui condamnent et combattent effectivement le système colonial ; le seul moyen de donner la priorité absolue aux intérêts du mouvement sur ceux des chapelles, et ceci du début à la fin.

POUR DES ETATS GENERAUX

DES ANTICOLONIALISTES !

Nos candidats défendront, en pred'une convocation urgente des états généraux du mouvement anticolonialiste antillais. Oui, Giscard est chassé, mais il laisse les colonies dans un état de délabrement avancé. Il faut faire de son action néfaste quelle est l'ampleur du mal, quels sont les plaies à soigner en premier, quels sont les remèdes les plus urgents, quelles sont les luttes les plus immé. diates, quels sont les objectifs qui ne attendre, quels sont les moyens de les atteindre.

Et cela, qui peut mieux le faire que les travailleurs et travailleuses de Martinique, de Guadeloupe, leurs organisyndicales et politiques, associations, leurs comités, leurs mouvements de jeunes et de femmes ?

Run appel à toutes les forces populaires authentiques de nos pays pour entamer ensemble ces retrouvailles de nous-mêmes avec nous-mêmes.

Best la première proposition de nos candidats.

DEHORS LES TROUPES

D'OCCUPATION! Dans un tel regroupement, nous proposerons une lutte pour un objectif que nous défendons depuis notre apparition, mais qui devient aujourd'hui, une lutte pratique possible : pour l'expulsion de toutes les troupes françaises de répression de notre sol. Ce n'est pas ici que nous convaincrons de leur malfaisance évidente. Mais il faut souligner que des seules gardes mobiles (gendarmerie), quelquefois le PCM (comme si les CRS, légionnaires, képis rouges, militaires, ete., étaient plus désirables que les gardes mobiles !). Nous ne non plus nous contenter de vagues articles de journaux ou de brèves allusions meetings. Ce qu'il faut, c'est une campagne active, profonde, permanente, impliquant toutes les structures (syndicats, associations, etc.) et dans laquelle chaque courant sera jugé suivant ses actes et devant le peuple informé.

DE L'AIR ! Pour un nettoyage systématique de la radio, de la télévision, des administrations ! Pour l'expulsion des colonialistes français les plus notoirement vomis par les masses ! Pour le châtiment des assassins! Pour la levée des inculpations contre les militants politiques! Pour la libération des militants emprisonnés !

Les travailleurs français n'ont pas chassé Giscard pour qu'on continue, en leur nom, la politique colonialiste qu'un changement s'impose vite et qu'il peut se résumer en quelques mots : De l'air ! Liberté ! Assez d'étouffement et de crimes !

Cela signifie : engageons une lutte sérieuse pour chasser au plus vite les endirigent FR 3 (la troisième chaîne de télévision) chez nous, pour établir les moyens d'un réel contrôle démocratique, interdisant le retour ultérieur de l'absolutisme tyrannique du mensonge et de la

Cela signifie de même : fin des privilèges et des cadeaux de l'Etat à France-Menti (journal de Hersant (10), pratiquement transformé en journal officiel du colonialisme).

8. Combat ouvrier est l'hebdomadaire de ouvrière en France : Boite postale 214, 97110

9. Il s'agit des détenus politiques Beaujour et Mangee, accusés d'avoir donné asile à un délinquant poursuivi par la police. priété de l'ex-nazi et ex-escroc Robert Hersant - qui contrôle une part non négligeable de la contrevenant par là liberté de la presse édictées en 1944 - est couramment surnommé France-Menti aux Antilles pour les mensonges qu'il déverse quotidienne-

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Cela signifie aussi: mettons à la porte les Chaudet et autres chefs d'administration qui, en nombre non négligeable, se sont signalés par les pressions honteuses, le chantage, la menace, la répression. Chassons-les sans attendre l'autorisation de personne !

Cela signifie également : publication des noms, passage en jugement et châtiment des assassins de Nouvet, Ilmany, Marie-Louise (11), Lacrampe, ainsi que des responsables de la tuerie de mai 1967 en Guadeloupe. Toute hésitation de la part du nouveau gouvernement à s'engager dans cette voie ne fera que jeter la suspicion sur ses intentions.

Cela signifie encore : libération des emprisonnés inculpés par la Cour de de l'Etat, dont la suppression figure dans le programme du Parti socialiste français. Non aux inculpations de militants anticolonialistes !

Voilà des tâches urgentes que nous proposons a tous ceux qui se situent dans le camp des masses. Voilà des objectifs prioritaires que nos candidats concrétisent par leur présence !

Dès avant l'élimination de Giscard, les conseils généraux des colonies se révélaient en crise profonde, crise d'impuissance, crise de non-représentativité. Aujourd'hui, il n'y a pas à attendre : dissolution des cavernes d'Ali-Baba de Fort-de-France et Basse-Terre !

A ceux qui craindraient un « vide institutionnel », nous répondons avec notre proposition : convocation d'une Assemblée constituante avec comme objectif de constituer autre chose et non de continuer le système colonial. Une telle élection à la proportionnelle prendra tout son sens lorsque les mesures envisagées dans les paragraphes précédents (De l'air ! Dehors les troupes d'occupation !) seront effectivement acquises. Une telle Assemblée constituante devra s'atteler immédiatement aux tâches de l'heure :

- Réforme agraire ; - Etatisation sous contrôle ouvrier des entreprises étrangères (françaises et autres);

Décolonisation de l'éducation et de la culture ;

- Egalité réelle de la femme ; - Mise en place d'un gouvernement des masses populaires.

Il n'y a pas une minute à attendre avant de prendre des mesures concrètes pour améliorer le sort des plus déshérités. Pour cela, les revendications existent :

- Véto ouvrier sur les licenciements empêcher des maintenant toute aggravation du chômage ; ouverture d'une politique de grands travaux pour la création d'emplois et la satisfaction des besoins. collectifs (hôpitaux, écoles, crèches, logements sociaux...)

- Répartition du travail entre toutes les mains ouvrières, pour en finir avec le chômage et dès maintenant : les 35 heures sans perte de salaire ;

- Ateliers industriels et artisanaux avec capitaux d'Etat ;

- Etatisation, sans indemnités, sous contrôle des travailleurs de l'industrie sucrière, de même que de toutes les entreprises qui licencient en arguant de bilans frauduleux ;

- Hausse substantielle du pouvoir les prix et une hausse des bas salaires ;

- Discussion d'un SMIC antillais en rapport avec les prix réels pratiqués dans

Mais il importe d'étendre sérieusement les moyens des travailleurs de se défendre, en accroissant leurs droits dans l'entreprise de même que dans la vie quotidienne (assemblées de quartier pour faire face aux problèmes locaux, associations d'usagers des transports, des logements, du téléphone...). Il en va de même ouvrières : mise en place de ligues paysannes pour résoudre la question agraire ; accroissement des droits des associations des mouvements de femmes, des usagers de la radio, de la télé...

La bataille qui s'ouvre aujourd'hui n'oppose pas le GRS seul contre le colonialisme. Non, il oppose fondamentalement les colonialistes et les anticolonialistes. Son enjeu est différent de celui des présidentielles. Aux présidentielles, deux politiques s'affrontaient : celle du patronat français et celle du mouvement populaire français. Mais le candidat soutenu par les travailleurs français, malgré la préd'authentiques anticolonialistes parmi ces travailleurs, ce candidat François Mitterrand - n'avait pris aucune position claire pour la décolonisation des Antilles, de la Guyane, de la Réunion, de la Nouvelle-Calédonie, etc.

Aujourd'hui, s'agit de savoir si les colonialistes de la droite antillaise pourront encore tenir le haut du pavé, ou si les anticolonialistes réussiront à améliorer le rapport de forces en faveur des masses.

Dans cet affrontement, le GRS est convaincu de représenter les intérêts les plus profonds des masses. Il s'estime done autorisé à réclamer vos suttrages, et surtout votre participation active à sa campagne là où il se présentera. Ailleurs, et au second tour, nous vous appelerons a ne pas rester neutres dans une lutte entre colonialistes et anticolonialistes, et donc de vous prononcer pour ceux seront rapprochés le plus des thèmes et propositions que nous faisons ici.

Cela ne saurait comprendre - on 11. Gérard Nouvet, jeune lycéen assassiné le 13 mai 1971 en plein centre de Fort-de-France par les éclats d'une grenade tirée par un gendarme mobile français. Ce matin-là, le gaulliste Pierre Messmer, alors ministre des DOM-TOM, par des manifestations lycéennes — violemment réprimées — organisées courant de l'après-midi, alors qu'il n'était ni militant ni gréviste, que Gérard Nouvet a reçu une avec quelques camarades dans un centre ville calme. Il mourra le soir-même.

C'EST LE PROGRAMME

DES TRAVAILLEURS! Travailleurs, travailleuses, Ce programme, c'est le vôtre. C'est le vôtre parce qu'il correspond à vos intérêts profonds, parce qu'il est un moyen concret et pratique d'aller plus loin, de prendre l'initiative. C'est le vôtre parce qu'il ne craint pas votre jugement ni la confrontation avec la vie. C'est pourquoi nos candidats, en le défendant, indiqueront clairement votre droit et votre devoir de l'enrichir de votre expérience, de vos luttes, de votre vérification pratique. C'est aussi pourquoi nous le proposons pour les états généraux pour lesquels nous nous battrons avec vous, en

C'est sur cette base que nous vous demandons de soutenir, de participer à notre campagne actuelle. CONTRE LA DROITE COLONIALISTE, VOTE ANTICOLONIALISTE! s'en doute - des « socialistes » qui ne fondamentalement cause la forme concentrée du colonialisfrançais moderne : le statut départemental.

C'est ce système lui-même prétend combattre nos propositions. nos propositions. C'est contre lui que nous vous invitons à des luttes qui, de la plus petite à la plus grande, redonneront confiance aux opprimés, installeront en eux l'optimisme des vainqueurs de demain, l'espoir lucide de vaincre.

Place aux Antilles, debout ! Avec le GRS, remplissons aujourd'hui nos tâches d'aujourd'hui !

Avançons sans transiger ! Comité central du

GROUPE REVOLUTION SOCIALISTE

(GRS) section antillaise de la IVe Internationale

24 mai 1981. Renor Illimany et Georges Marie-Louise, le premier, ouvrier agricole et pêre de sept enfants, a été tué par balles ; le second, égé de 19 ans et habitant le Marigot a été battu à mort : son corps a été retrouvé avec des traces de tortures (langue coupée, brûlures multiples, etc.). Cela se passait le 14 février 1974 ; Renor Illimany et Georges Marie Louise participaient à une marche de travailleurs de la banane en grève. Sans sommation, les gendarmes mobiles ont tiré, chargé, ratonné et froidement assassiné...

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